CHAPITRE m
lait-il de plus pour entretenir les malentendus et aviver les haines?
Les dettes furent une seconde cause de malaise et de désordre.
L'aristocratie avait de vastes possessions territoriales. C'était une source de richesses à laquelle le commerce apporta une abondance nouvelle. Mais, en augmentant la fortune publique, l'activité commerciale a pour conséquence nécessaire le renchérissement des moyens de subsistance. Les petits propriétaires en souffrirent. Ils ne vendirent leurs produits ni plus facilement, ni à de meilleures conditions, et cependant leurs charges s'accroissaient. Ils contractèrent des dettes, engagèrent leurs terres, furent obligés de les abandonner à leurs créanciers, et se trouvèrent réduits à n'avoir plus aucun moyen d'existence, à cultiver comme fermiers ce qu'ils avaient possédé comme propriétaires, ou à continuer, sous une gêne décourageante et sous le coup de menaces continuelles, un travail sans espérance et sans résultat.
Sur ce point aussi, comme sur celui de la justice, le peuple devait s'en prendre aux grands. Il ne se trouvait pas protégé, parce qu'il n'y avait pas de droit écrit, et que l'arbitraire était souverain. Il souffrait; écrasée par les dettes, la classe moyenne diminuait en nombre et tombait sous la dépendance des grands. La souffrance amène des plaintes, les plaintes engendrent les mouvements populaires, et les mouvements populaires ouvrent l'inconnu.
C'est à la suite des troubles intérieurs, ou dans le but de les éviter; que l'aristocratie choisitun des siens pour donner une première satisfaction au peuple.
138 INSTITUTIONS d'aTHÈXES
En 621, l'archonte Dracon fut chargé de rédiger un code de lois criminelles.
3. Jusqu'alors les lois n'avaient pas été écrites. L'équité naturelle avait prescrit certaines règles , Tusage les avait sanctionnées, et les juges les appliquaient. Mais la part faite à l'arbitraire était grande. Un texte écrit parut une garantie pour les particuliers, une sauvegarde pour les magistrats. La procédure dut avoir ses formes, et chaque espèce de délit ou de crime ses peines. Rien ne fut laissé au hasard ou à l'arbitraire. L'instruction resta à certains magistrats et le jugement à d'autres. Les lois furent sévères au point qu'on a pu dire qu'elles étaient écrites avec du sang, et que la mort était la seule peine qu'elles édictassent ; mais plus de douceur aurait été de la faiblesse, et la fusion entre la tradition et les nécessités nouvelles, entre les droits de la famille et ceux de l'État, ne pouvait être opérée qu'en éloignant toute idée d'indulgence et toute apparence de concession.
Nous ne connaissons des institutions judiciaires de Dracon que ce qui concerne les tribunaux chargés d'informer de l'homicide. C'est assez pour nous faire comprendre l'intelligence de l'aristocratie accordant ce que la sédition lui eût peut-être imposé, mais cela ne suffit pas pour offrir un tableau de l'état moral, politique et social d'Athènes. On ne parle de sa législation que pour en signaler l'atroce sévérité. Peut-être ce jugement, inspiré par l'esprit de parti, devrait-il être revu. Mais les éléments nous manquent, et il suffit de constater que Dracon ne réussit pas.