CHAPITRE III
« Il se flatta de pouvoir former des hommes libres et des citoyens vertueux ; mais il ne fit que des mécontents ; et ses règlements excitèrent tant de murmures, qu'il fut obligé de se retirer dans l'île d'Égine, oiî il mourut bientôt après (1). »
Son nom est resté attaché à toute répression jugée excessive. Est-ce à son caractère, est-ce à la nécessité qu'il faut attribuer des lois que paraissait repousser l'esprit modéré des Athéniens? Il est probable que l'excès des maux dont souffrait la cité lui fit considérer comme nécessaire un remède aussi violent. Comme on lui reprochait l'abus de la peine de mort, il aurait répondu : « J'ai cru que les moindres fautes méritaient cette peine, et je n'en ai pas trouvé d'autre pour les plus grandes (2). »
Le mal ne fut pas corrigé, les troubles se multiplièrent, le désordre devint général, et l'on put redouter une guerre civile. Le désir de se soustraire à ces dangers sans cesse renaissants, poussait aux tentatives désespérées, et Athènes fut le théâtre d'une révolution violente (612).
Cylon, riche Athénien, gendre de Théagénès, tyran de Mégare, fut touché des maux de sa patrie ; peutêtre aussi l'ambition fut-elle sa seule inspiratrice. Il voyait à Gorinthe, à Mégare, à Épidaure, à Sicyone des chefs que la foule avait portés au pouvoir. Il voulut tenter, en plaçant Athènes sous ses lois, de devenir un chef populaire et de prendre le pouvoir pour le transmettre. Il réunit des amis, auxquels se
(1) Barthélémy, Voyage d'Anacharsis, Introduction, 2°»^ partie, l""^ section.
(2) Pldtarque, Solon, ï2.
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joignirent des Mégariens, et, appuyé sur une réponse de l'oracle de Delphes, il s'empara de la citadelle.
Il y fut assiégé, et, manquant d'eau et de vivres, il parvint avec son frère à s'échapper. Ses partisans n'eurent d'autre ressource que de s'asseoir en suppliants près de l'autel d'Athéna.
Mégaclès, riche et ambitieux, chef de la famille des Alcméonides, avait dirigé l'attaque contre l'usurpateur. La victoire lui parut incomplète si la protection de la déesse sauvait les insurgés. Il leur persuada de ne pas se soustraire au jugement, et, pour ne pas perdre le droit d'asile, de rester attachés, par un fil que tous tiendraient, à la statue d'Athéna.
On accepte, dans les situations désespérées, tout moyen de salut. Les révoltés quittèrent leur asile, convaincus que la communication avec la déesse leur assurait l'impunité ; mais le fil se rompit. On feignit de croire que c'était une manifestation de la volonté divine, qui retirait sa protection à des indignes. Les uns furent lapidés hors du temple, les autres massacrés au pied des autels; quelques-uns, sauvés par les femmes des archontes, gardèrent et entretinrent la haine qu'excitaient cette violation de tous les droits et cette atteinte impie aux privilèges que les dieux accordaient à ceux qui se plaçaient sous leur égide.
Le peuple demanda vengeance et s'agita, plein de menaces. Les Mégariens, que la race et l'intérêt faisaient ennemis, déclarèrent la guerre en s'emparant de Salamine, que les Athéniens ne purent reprendre malgré des tentatives réitérées. Ces insuccès les