‹ Les institutions d'AthènesChapitre 76 sur 335 · CHAPITRE TU · texte numérisé non relu

CHAPITRE TU

irritèrent au point qu'ils défendirent, sous peine de mort, de proposer une attaque nouvelle.

Ce que nul n'osa faire, Solon le tenta. Épiménide venait de réconcilier Athènes avecles dieux :il voulut la réconcilier avec elle-même (i).

4. Il reçut la dignité d'archonte et fut fait premier magistrat, législateur, arbitre souverain. Les voyages, le commerce et la conversation des sages avaient développé son esprit et préparé ses réformes. Il s'occupa des pauvres pour les soulager, des riches pour les modérer, de tous pour ramener la confiance et rétablir l'harmonie. Il régla le gouvernement qu'il établit sur une égalité hiérarchisée et sur une sage distribution des peines et des récompenses. H répartit la puissance suprême entre une assemblée à laquelle tous les citoyens avaient le droit d'assister, un conseil de quatre cents membres, formé par l'élection ou le sort parmi les citoyens les plus riches, neuf magistrats appelés archontes, et l'aréopage, « tribunal qui s'attirait la confiance et l'amour des peuples par ses lumières et par son intégrité (2). »

Considérant le citoyen « dans sa personne, comme faisant partie de l'État; dans la plupart des obligations qu'il contracte, comme appartenant à une famille qui appartient elle-même à l'État; dans sa conduite, comme membre d'une société dont les mœurs consti-

(1) Épiménide serait, d'après Plularque {Solon^ 12), citoyen de la Crète. La Crète serait ainsi mêlée à l'origine de la législation de Sparte et à celle d'Athènes.

(2) Barthélémy, Voyage d'Anacharsis, Introduction, S-^^ partie, l"' section.

]iî INSTITUTIONS d'aTHÈNES

tuent la force d'un État(l), d il fit des lois positives et promulgua des principes de sagesse propres à former les caractères, et à donner à ses prescriptions un appui plus solide et plus durable que la crainte. Solin (2) prête à Solon ce jugement sur sa législation : (( Je ne donnai au peuple que le pouvoir qui ne pouvait lui être refusé. Je donnai au peuple ce qu'il fallait de force pour ses besoins, sans agrandir ni diminuer sa dignité. Quant à ceux qui avaient du pouvoir et étaient signalés par leurs richesses, je veillai à ce qu'ils ne fussent exposés à aucun traitement indigne. J'ai tenu ce fort bouclier au-dessus des deux partis, de manière à ne permettre un triomphe injuste ni à l'un ni à l'autre. »

Solon n'eut qu'une autorité médiocre et passagère. Il s'appuya sur ce pouvoir moral que lui donnaient ses vertus et l'amour du peuple. « Le législateur ne pouvant, dit Rousseau (3), employer ni la force, ni le raisonnement, c'est une nécessité qu'il recoure à une autorité d'un autre ordre, qui puisse entraîner sans violence et persuader sans convaincre. »

Machiavel (i) avait dit la même chose.

Il eut pour ennemis tous ceux dont les passions et les intérêts étaient comprimés, épuisa la douceur pour les ramener, et comprit que le temps seul pouvait affermir sa réforme. Il fit jurer l'observation de ses lois et s'absenta pour dix ans. Il revint après avoir visité l'Asie, l'Egypte et la Crète, et trouva la

(1) BARTHÉLÉMr, Voyage d'Anacharsis, Introduction, â^e partie, l'e section.

(2) Fragments, VI, 3.

(3) Contrai social, II, 7.

(4) Discours sur Tite-Live, 1,2.

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