‹ Les institutions d'AthènesChapitre 77 sur 335 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ville en proie aux factions. La lutte était plus vive que jamais entre les Paraliens, les Pédiéens et les Hypéracriens. Leurs trois chefs, Mégaclès, Lycurgue et Pisistrate, avaient autant d'audace que d'ambition. Il sembla que Solon dût être entre eux un conciliateur, et contre leurs tentatives un protecteur pour la liberté commune. Mais que peut la sagesse lorsqu'elle se heurte à un désir ardent de domination?

Solon crut pouvoir préférer Pisistrate à ses rivaux, parce qu'il reconnaissait en lui plus de talents. Pisistrate était habile, aimable, insinuant. « 11 savait si bien imiter les qualités que la nature lui avait refusées, qu'il paraissait les posséder à un plus haut degré que ceux qui en étaient dou-és naturellement, et qu'il passait généralement pour un homme modeste, réservé, zélé partisan de la justice et de l'égalité, ennemi déclaré de ceux qui voulaient changer la forme actuelle du gouvernement et introduire des nouveautés (1). » Solon, qui s'était laissé prendre à ces apparences, ne tarda pas à discerner la vérité. Il ne rompit pourtant pas avec Pisistrate, espérant amener à tout sacrifier pour sa patrie celui qu'il jugeait capable de tout sacrifier à son ambition.

Pisistrate se fit des blessures que ses partisans attribuèrent à ses ennemis, et qui provoquèrent une manifestation en sa faveur. Il fallut accorder cinquante gardes à celui que le peuple regardait comme le défenseur de ses intérêts. Solon s'y opposa vainement. Pisistrate, soutenu par le peuple, se rendit maître de l'Acropole, espérant ainsi ôter tout espoir à ses rivaux et aux grands. Solon résista jusqu'au

(1) Plutarque, Solon, 39.

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dernier moment, et essaya de soulever contre l'usurpateur ceux qu'il avait rendus à la liberté. Mais personne ne répondit à cet appel du vieux législateur, et Pisistrate l'entoura de tant d'égards qu'il finit par se le rendre favorable. Il maintint en effet ses lois et se défendit, comme un simple citoyen, contre une accusation de meurtre. Solon put mourir avec l'espérance que la tyrannie n'étoufferait pas sa réforme, et que la modération naturelle de Pisistrate laisserait au peuple sa part de gouvernement (359).

Ses lois furent en effet respectées sous la tyrannie momentanée et sous la démocratie qui fut longtemps le régime d'Athènes.

Celles qui touchaient à la forme gouvernementale subirent des altérations ou furent définitivement abrogées, mais l'esprit général se maintint à travers toutes les transformations, et Athènes, dans toutes les phases de son existence, put justement être appelée « la cité de Solon. »

5. Athènes était tombée de nouveau sous l'autorité d'un homme, et la tyrannie succédait au gouvernement démocratique organisé par Solon. Le peuple ne se croyait pas moins maître. Mais un seul parlait et agissait au nom de tous.

a On croit et l'on appelle tyrans, dit Cornélius Népos, tous ceux qui exercent un pouvoir perpétuel dans une cité qui a connu la liberté (1). » Ce pouvoir peut ne pas être dangereux pour la liberté, et se montrer respectueux pour tous les droits, mais il ne

(1) Omnes autem et habentur et dicuntur tyranni, qui potestate sunt perpétua in ea civitate quse libertate usa est. Miltiade, 8.

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