CHAPITRE IIÎ
amenèrent une eau abondante, et multiplia les routes qui la reliaient à son port, aux dèmes et à la Bcotie par les passes du Cithéron.
Il ouvrit de nouveaux débouchés au commerce, développa la marine marchande et prépara la marine militaire qui, après avoir défendu la liberté contre les Barbares, assura la prépondérance d'Athènes sur toute la Grèce.
Il fortifia quelques colonies, en créa de nouvelles, et montra ce qu'il était possible d'en tirer au profit du commerce et de la politique.
Il réunit des livres et les mit à la disposition de ceux qui voulaient travailler. L'Iliade et V Odyssée ne s'étaient jusqu'alors conservées que dans la mémoire des rhapsodes. Il les recueillit, en fit comparer les leçons diverses, et constitua ces poèmes que les siècles ont entourés de leur admiration, que toutes les langues ont imités, et dont le mystérieux auteur
Est jeune encor de gloire et d'immortalité (1).
Athènes profitait de son intelligente initiative et de sa sollicitude pour les intérêts généraux, mais elle n'était pas conquise : elle aurait cessé d'être ellemême. Il conserva le pouvoir jusqu'à sa mort (527), et s'il put le transmettre à ses trois fils, Hippias, Hipparquc et Thessalos, il ne l'affermit pas entre leurs mains. Les hommes supérieurs ont rarement des successeurs de leur génie. Les trois fils de Pisistrate héritèrent de ses goûts littéraires et artistiques, ils n'eurent ni sa modération, ni son habileté.
(1) M. J. Chénier.
l^-S INSTITUTIONS d'aTHÈNES
0. Hippias était l'aîné. Il eut la plus grande part au gouvernement et au mécontentement que provoquèrent les faveurs accordées à sa famille et les impôts rendus nécessaires par de grands travaux.
Un secours qu'il accorda aux Platéens contre Thèbes qui prétendait à la prépondérance en Béotie, valut à Athènes une reconnaissance que ne montrent pas toujours les villes et les États : ce fut le point de départ d'une alliance qui ne se démentit pas au milieu de la perpétuelle mobilité de la Grèce (519).
Si Racine a pu dire :
Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices (1),
il est facile de comprendre combien la pente est facile aux excès. D'ailleurs, les rivalités qui avaient plusieurs fois renversé Pisistrate vivaient toujours. Au lieu de les calmer, on les irrita par dédain ou par imprudence.
Une insulte faite à une jeune fille à l'occasion d'une fête publique, suscita des vengeurs et fit renaître un ardent amour de la liberté. Si Harmodios et Aristogilon ne purent frapper Hippias, ils immolèrent Hipparque. Hippias, que l'hésitation des conjurés avait sauvé, put, grâce à sa résolution, comprimer le mouvement et rester le maître. Ce ne fut pas pour longtemps.
Pour venger son frère, il devint cruel. Harmodios avait été tué par les gardes d'Hipparque. Aristogiton périt dans les tortures, après avoir, disent quelques historiens; dénoncé comme ses complices les amis les
(1) Britannicus, acte I", scène I.