CHAPITRE III liO
plus fidèles d'Hippias. Il se vengeait encore dans la mort et affaiblissait la tyrannie, en la rendant plus odieuse et la privant de ses appuis.
Les supplices se succédèrent et la défiance augmenta. Hippias vit des ennemis partout, et les Athéniens, en honorant les conspirateurs, en célébrant les louanges de Lééna, amie d'Aristogiton, devenue muette pour ne pas révéler dans les supplices le nom des citoyens compromis, irritèrent encore l'inquiétude, les soupçons et la violence. Il crut assurer son pouvoir par la mort de ses ennemis, la terreur inspirée aux mécontents et des mesures oppressives. Il fit au dehors des alliances qui parurent aux Athéniens des outrages pour leurs traditions, et sembla provoquer des séditions que tout conseillait.
Les Alcméonides qui, dans l'exil, n'avaient jamais perdu l'espoir de reconquérir leur autorité, profitèrent de ces fautes. Ils trouvèrent un appui à Sparte, que la haine de race et l'antagonisme de gouvernement soulevaient toujours contre Athènes.
Une première expédition de la flotte contre Phalère ne réussit pas. Une seconde, sous le commandement du roi Cléomène, conduisit l'armée lacédémonienne sous les murs d'Athènes. Hippias, réfugié dans l'Acropole, y semblait à l'abri de toute atteinte, les Lacédémoniens ne sachant pas faire les sièges, et les Athéniens respectant jusque dans leurs factions les murs pélasgiques. Mais il voulut soustraire ses fils aux souffrances et aux dangers d'un siège. Ils furent pris, et on ne les lui rendit qu'à la condition qu'il s'éloignerait dans cinq jours de l'Attique. Il se retira à Sigée (510).
150 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
Les Eupatrides crurent le moment favorable pour reprendre le pouvoir. Ils trouvèrent dans Glisthénès, delà race des Alcméonides, un rival qui, par patriotisme, n'hésita pas à porter la main sur l'organisation politique de Solon, et à donner au principe démocratique sa plus large extension. Solon avait espéré contenir le peuple en contrôlant ses actes et en donnant un contrepoids à son pouvoir. Archonte éponyme par la faveur populaire, Glisthénès remplaça les quatre anciennes tribus dont les membres formaient une espèce de communauté étroitement unie, par dix tribus composées chacune de dix dèmes que rien ne rattachait entre eux, et qui avaient une existence séparée. Il y fit entrer des citoyens nouveaux et porta un coup mortel à l'influence aristocratique.
Le nombre des membres du conseil fut élevé de quatre cents à cinq cents ; il se réunissait tous les jours où la religion le permettait; cinquante prytanes veillaient sur la chose publique et dirigeaient tour à tour la politique intérieure. Un d'entre eux était dépositaire des clefs de l'Acropole, de celles du trésor et du sceau de l'État, et les remettait le lendemain à son successeur.
L'assemblée du peuple eut lieu quatre fois par prytanie, sans compter les convocations extraordinaires. L'Attique fut divisée en cinquante naucraries ou perceptions financières, chaque tribu eut ses soldats et ses généraux, le peuple composa les tribunaux, et les neuf archontes restèrent chargés d'attributions importantes.
Il est difficile de discerner exactement dans les dé-