‹ Les institutions d'AthènesChapitre 83 sur 335 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tions de la Perse menaçaient de leur enlever l'une et l'autre.

La Perse, de son côté, fut encouragée et sollicitée par Hippias qui se montrait disposé à payer d'un haut prix le secours qui le ramènerait à Athènes. Les Aleuades, princes de Thessalie, imploraient son aide pour recouvrer leur pouvoir (1), et lui ouvraient leur pays, a Tous les hommes, dit Aristote (2), se laissent persuader par ce qui est utile. » Le roi de Perse n'eut besoin ni de se venger du médecin Démocède qui l'avait abandonné, ni de donner satisfaction aux désirs de sa femme Atossa qui aurait voulu compter parmi ses esclaves des Athéniennes et des Spartiates. Des motifs politiques expliquent suffisamment cette grande entreprise, dont il ne soupçonna peut-être d'abord ni l'importance, ni le péril.

Darius avait fait dans les profondeurs de la Scythie une expédition qui aurait pu lui être fatale. Ses généraux achevèrent la soumission de la Thrace, et, la Pœonie conquise, imposèrent au roi de Macédoine l'hommage de la terre et de l'eau (308).

La Grèce se trouvait ainsi menacée par le nord et par l'orient. Le secours demandé , quelques années après, à Aristagoras, tyran de Milet, par les grands qu'une révolution avait chassés de Naxos, amena l'intervention du satrape de Sardes, Artapherne. Deux cents vaisseaux soutinrent leur cause. Le siège de Naxos ne réussit pas, grâce à la connivence du Perse Mégabaze avec les assiégés. Arista

(1) Voir Hérodote, VII, 6.

(2) Rhétorique, 1. VIII.

goras, qui commandait l'expédition, craignit les conséquences de cet échec. Il se révolta contre Darius, s'empara des tyrans des villes grecques qui se trouvaient sur la flotte, et rétablit le gouvernement populaire sur les côtes de l'Asie Mineure.

Il fallait des alliés. Il crut être assuré d'en trouver en Grèce. Sparte repoussa ses avances, et son roi Gléomène ne put être acheté, quelque prix qu'on y mit. Athènes avait des griefs contre la Perse et devait applaudir au triomphe de la démocratie dans des villes dont les intérêts lui étaient chers. Elle n'avait pas oublié la sommation insolente faite par le satrape au nom de son maître, d'ouvrir ses portes à Hippias, et elle considérait la guerre comme inévitable dans un avenir prochain. Elle envoya vingt vaisseaux qui favorisèrent la prise d'Éphèse et de Sardes. Sardes fut incendiée par un de ces hasards qu'offrent fréquemment les guerres, et un temple célèbre périt dans ce désastre général. Une armée perse se réunit pour venger cet attentat, et les Athéniens, qui se repentaient d'avoir pris les armes, se retirèrent de la lutte.

Les Ioniens ne se découragèrent pas. Ils furent battus dans un combat naval, où six cents vaisseaux perses écrasèrent, malgré les efforts du Phocéen Dionysios, cent cinquante-trois trirèmes. Milet, Chios, Lesbos, Ténédos furent prises et leurs habitants transportés au fond de l'empire perse. Plusieurs villes de l'Hellespont furent brûlées et d'autres abandonnées par leurs habitants, qui allèrent chercher une autre patrie dans le Pont-Euxin. La Grèce pleura l'ïonie qu'elle n'avait pas su défendre et dont la soumission présageait d'autres malheurs.

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