CHAPITRE III
2. La Perse ne pouvait oublier la conduite d'Athènes, et Darius avait plusieurs motifs de vengeance. Après s'être assuré de la neutralité ou du concours des villes ioniennes dans lesquelles il avait rétabli ou fortifié le gouvernement populaire, Mardonius fixa comme lieu de réunion à sa flotte le golfe Thermaïque. Au pied du mont Athos, trois cents de ses vaisseaux furent brisés par la tempête, et vingt mille hommes périrent. Il dut regagner l'Asie (492). Il n'allait faire la guerre ni aux vents ni aux flots, et il ne pouvait s'avouer vaincu. Ce fut la consolation de tant de pertes.
La colère de Darius s'irrita pourtant de cet insuccès. Il fit demander aux Spartiates que l'opinion plaçait à la tête de la Grèce, et aux Athéniens que sa haine poursuivait, l'hommage de la terre et de l'eau. Les Spartiates jetèrent les envoyés dans un puits et les Athéniens les précipitèrent dans le barathre, oubliant les uns et les autres le caractère sacré des ambassadeurs.
Au moment où elle était menacée par le Grand Roi, Athènes continuait sa lutte contre Égine. L'intervention bienveillante de Sparte n'amena qu'un moment de répit. La guerre se bornait à des surprises, à des attaques de détail; mais elle n'en était pas moins une cause d'affaiblissement pour les deux villes, et l'intérêt commun exigeait qu'elle fût abandonnée. Elle ne cessa pourtant qu'en 481.
Il y avait des causes nombreuses de division entre tous ces peuples trop rapprochés pour n'être pas jaloux les uns des autres, et trop fiers de leur indépendance pour ne pas blesser celle de leurs voisins.
Il fallait entre eux un pacificateur habile. Thémistocle eut plus tard cet honneur. « Ce qu'il fit en cette occasion de plus important, dit Plutarque (l), ce fut d'éteindre les guerres intestines qui agitaient la Grèce, de réconcilier les villes entre elles, de leur persuader de sacrifier leurs inimitiés personnelles en présence du danger qui les menaçait toutes. »
Datis et Artapherne conduisaient une grande armée contre la Grèce. La flotte prit Naxos et aborda en Eubée, où Carystos et Érétrie tombèrent au pouvoir des troupes débarquées. Leurs habitants furent transportés auprès du golfe Persique, où ils conservèrent leur langue, leurs vêtements et leurs mœurs.
L'armée perse, composée de plus de cent mille hommes, descendit à Marathon. Athènes envoya contre elle dix mille soldats auxquels se joignirent mille Platéens. Les dix généraux n'étaient pas d'accord, les uns voulant combattre immédiatement, afin de ne pas laisser place à la trahison que For des Perses rendait redoutable, les autres demandant que l'on attendît les renforts et particulièrement les Spartiates.
Miltiade, un des dix généraux, était pour l'action immédiate, et lorsque le jour de son commandement fut arrivé, il engagea le combat. Préparée par la discipline, assurée par la valeur, achevée par une intelligente ténacité, la victoire fut complète. L'armée perse, écrasée, s'enfuit par mer et perdit sept vaisseaux. Platées avait scellé dans le sang sa fidèle alliance avec Athènes, et mille de ses soldats avaient combattu avec les dix mille Athéniens,
(1) Thémistocle, 8,