‹ Les institutions d'AthènesChapitre 87 sur 335 · CHAPITRE ITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE ITI

heurs. L'un d'eux engageait Athènes à chercher un refuge dans des murailles de bois. Thémistocle l'expliqua en disant qu'il s'agissait de la flotte, à laquelle allaient être confiées des destinées que les murs ne pouvaient protéger. Athènes devait donc être abandonnée. L'indépendance de la Grèce valait bien ce sacrifice. Les dieux l'ordonnaient, et les Athéniens s^y résignèrent.

Voici comment parlaient les oracles :

« Pallas ne peut, malgré ses instances et sa profonde sagesse, fléchir Zeus Olympien. A toi, je dirai de nouveau cette parole ferme comme le plus dur métal. Tout ce qui se trouve entre la montagne de Gécrops et les vallons du divin Cithéron étant pris, Zeus, aux vastes regards, accorde à Pallas une muraille de bois qui, seule, ne pourra être prise ni détruite. Tu y trouveras ton salut, toi et tes enfants. Mais garde-toi d'attendre la cavalerie , les gens de pied, et la nombreuse armée qui vient du continent. Cède et courbe le dos. Un jour viendra où tu pourras faire volte-face. 0 divine Salamine, tu seras funeste aux enfants des femmes : tu les perdras, le blé étant disséminé dans les champs ou recueilli dans les granges (1). »

Un autre oracle, plus eftrayant encore par les maux qu'il annonçait, se terminait par des mots d'espoir et des encouragements. « Malheureux, pourquoi restez-vous prosternés? Fuyez aux extrémités de la terre. Abandonnez vos maisons et les roches circulaires de la citadelle, car Athènes sera détruite de fond en comble ; tout sera renversé, tout sera la

(1) Jacobs, II, épigr. 83. Cf. Hérodote, VII, 141.

proie des flammes du terrible Ares monté sur son char syrien. Maintes tours seront renversées, et non pas seulement les vôtres ; maints temples d'immortels livrés aux flammes dévorantes. Les dieux palpitent d'effroi, la sueur découle de leurs statues. Du faîte des temples descend un sang noir avant-coureur d'effroyables calamités. Allons, sortez du sanctuaire et à tant de maux opposez votre courage (1). »

Les dieux parlaient beaucoup dans les grandes circonstances, et les peuples étaient disposés à les écouter. L'oracle de Delphes avait promis la victoire aux Athéniens, pourvu qu'ils fissent des prières, des sacrifices, et qu'ils livrassent la bataille sur le champ de Déméter Eleusinienne et de Perséphoné. Tisamène, le devin d'Élée, annonça la victoire de Platées. Il n'y eut pas de combat sans recours aux dieux , sans examen des entrailles des victimes , sans promesse ou sans menaces.

L'invasion commençait. L'armée perse était en Thessalie et la flotte suivait tous ses mouvements pour la soutenir et la ravitailler. Des sacrifices humains marquaient chacun de ses pas. Pourquoi fautil que les Grecs aient eu recours, eux aussi, à ce moyen sanglant de rassurer les peuples, en s'assurant la protection des dieux?

Au golfe Maliaque, une tempête qui dura trois jours brisa plus de quatre cents vaisseaux de guerre, et fit périr un grand nombre d'hommes. Les Grecs profitèrent de ce désordre pour leur enlever quelques vaisseaux; mais la supériorité de la flotte des Perses était encore telle qu'ils espérèrent envelopper leurs

(1) Jacobs, II, épigr. n» 92. Cf. Hérodote, VII, 140.

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