CHAPITRE III
ennemis. Une nouvelle tempête les assaillit au moment où ils tournaient TEubée, et trente de leurs vaisseaux tombèrent au pouvoir des Grecs.
Les Perses se décidèrent cependant à une action générale, dont l'issue ne leur paraissait pas douteuse, car ils avaient le nombre pour eux, malgré l'arrivée de cinquante-trois nouvelles galères athéniennes. La flotte grecque, jusque-là maîtresse de la mer, leur aurait tenu tête ; elle se retira en apprenant que les Thermopyles étaient forcées.
Léonidas y commandait une petite armée composée de Tégéates, de Mantinéens, d'Orchoméniens, d'Arcadiens, de Corinthiens, de Thespiens, de Thébains, de Phocidiens, de Locriens, et de quelques soldats de Phlionte et de Mycènes. Il avait trois cents Spartiates. Soit que ses auxiliaires eussent jugé que toute défense était inutile, soit qu'il les eût renvoyés luimême, afin de ne pas perdre inutilement des soldats qui pouvaient être utiles ailleurs, il resta seul avec ses soldats pour défendre le défilé.
La défense fut acharnée et glorieuse. Ils y périrent tous. Un traître avait indiqué aux Perses un passage, et enveloppés de toutes parts, ils combattirent jusqu'à la fin, sans espérer la victoire et sans craindre la mort. Ils avaient montré du moins ce que peut l'obéissance à la loi, et fait comprendre aux Perses ce qu'était le peuple qu'ils croyaient écraser.
L'armée envahit l'Hellade par deux corps. L'un d'eux se dirigea vers Delphes, oii le dieu se défendit par un orage terrible. Les soldats se débandent, fuient en désordre sous la malédiction divine, et les habitants achèvent la déroute.
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L'autre, après avoir brûlé Thespies et Platées, marcha sur l'Attique. Les habitants avaient cherché un refuge à Trézène, à Ègine et à Salamine. Tous ceux qui pouvaient porter les armes ou manier une rame, avaient pris place dans l'armée ou sur la flotte. Quelques vieillards montèrent à l'Acropole, où ils se retranchèrent, voulant mourir dans les murs de leur patrie.
On pouvait craindre que les chefs ne s'entendissent pas. L'abandon d'Athènes impliquait-il une retraite absolue et générale dans le Péloponèse, que les Spartiates regardaient comme un camp retranché, à la défense duquel devaient concourir toutes les forces de la Grèce? Thémistocle ne le crut pas, et il parvint, après de longs efforts, à convaincre les alliés et à triompher de l'égoïste rivalité de Sparte.
La flotte grecque se composait de trois cent quatre-vingts vaisseaux. Les Perses en avaient plus de mille, et pendant qu'ils couvraient la côte attique à la hauteur de Phalère, leur armée se dirigeait vers le Péloponèse. L'habileté de Thémistocle avait réuni les Grecs : elle détermina les Perses à l'attaque.
Athènes applaudit sur son théâtre le récit de cette lutte inégale, dans laquelle la discipline et la valeur eurent raison du nombre et de l'indécision. Nous pouvons aujourd'hui suivre, dans le poète qui avait combattu à Marathon (1), les phases de ce choc redoutable, et comprendre combien Athènes honora les vainqueurs. Les Perses perdirent deux cents vaisseaux, les Grecs quarante. La disproportion des forces était grande encore, mais un échec démoralise
(1) Eschyle, Les Perses.