CHAPITRE III
une armée, et celle de Xerxès, déjà peu unie, n'y aurait pas résisté. Il donna lui-même le signal, et se hâta de retourner en Asie, entraînant à sa suite ce que lui avaient laissé Artémisium, les Thermopyles, Marathon et Salamine. Trois cent mille hommes choisis restèrent à Mardonius, qui promit d'achever la conquête de la Grèce.
Thémistocle aurait voulu fermer au roi fugitif le chemin de l'Asie. Eurybiade s'y opposa, fidèle cette fois à la prescription de Lycurgue et au véritable intérêt de la Grèce , qui commandait de se débarrasser de l'ennemi le plus tôt possible. Mais toute retraite est désastreuse, et Xerxès perdit, par les maladies, les marches et les combats, un grand nombre de soldats qui durent traverser la Macédoine et la Thrace au milieu de populations ardentes à la vengeance. Sa flotte le conduisit à Abydos, d'où il se dirigea vers Sardes.
Le butin fut immense, et Apollon, qui avait conseillé la Grèce, en eut sa part. Athènes s'était placée à la tête de tous les combattants par la promptitude de ses résolutions, l'énergie de son patriotisme et l'intelligente direction de la guerre. Thémistocle fut honoré autant que le permit Tenvie, et Sparte ellemême ne lui ménagea ni les récompenses ni les honneurs.
La postérité n'a pu qu'admirer ces prodiges du patriotisme, et ce n'est pas sans émotion qu'elle répète ces paroles par lesquelles Isocrate, les yeux tournés vers Athènes, loue la Grèce entière : « Où trouver des citoyens plus estimables, plus enflammés de l'amour de la Grèce, que ces braves qui, plutôt
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que d'être regardés comme les auteurs de l'asservissement de la république, ne craignirent point de voir leur ville dépeuplée, leur pays livré au pillage, les lieux saints dépouillés de leurs ornements, leurs temples en proie aux flammes et leur patrie soumise à toutes les horreurs de la guerre (1)? »
4. La supériorité des armes ne faisait pas seule la grandeur d'Athènes. Elle avait pour la patrie commune une sollicitude et un dévouement que ne connaissaient pas les autres cités. Mardonius essaya de la détacher de la Grèce. Il lui fit promettre par Alexandre de Macédoine de lui assurer, en échange d'une alliance avec la Perse , tout l'or nécessaire pour relever ses maisons et ses temples, avec des terres pour ceux de ses habitants qui préféreraient s'étabhr ailleurs.
Sparte s'émut; Athènes repoussa, sans prendre conseil que d'elle-même, des propositions qu'elle regardait comme un outrage, a Nous pardonnons à nos ennemis, dit un décret rédigé par Aristide, d'avoir pu croire que tout s'achetait à prix d'argent, eux qui ne connaissent rien de plus précieux. Mais nous en voulons aux Lacédémoniens qui, ne considérant que la disette et la pauvreté actuelles des Athéniens, ne se souviennent plus de leur vertu et de leur magnanimité, et les invitent, pour l'appât de quelques vivres, à combattre pour le salut de la Grèce (2). »
Et ils ajoutaient avec un légitime orgueil qu'il n'yi
(1) Panégyrique d'Athènes.
(2) Pldtarode, Aristide y 17.