CHAPITRE III
avait, ni sur la terre, ni dans ses entrailles, assez d'or pour leur faire trahir leur devoir.
Les Lacédémoniens avaient offert de recevoir et de nourrir à Sparte les femmes et les enfants. Les Athéniens les envoyèrent à Salamine, oii vinrent encore les trouver les propositions de Mardonius. Un citoyen, ayant demandé qu'on les examinât, fut lapidé, et une colonne, élevée plus tard dans l'Acropole, apprit aux générations futures l'infamie d'un seul, et la peine que lui infligea l'indignation de tous.
Cependant Mardonius reparaissait sur les ruines d'Athènes, six mois après la première invasion. Les Lacédémoniens répondirent tard à l'appel d'Aristide. Ils envoyèrent pourtant dix mille hommes, parmi lesquels cinq mille Spartiates.
Corinthe, Leucade, Anactorion, Ambracie, Potidée, Mégare, Sicyone,Tégée, Orchomène, Épidaure, Trézène, Mycènes, Tirynthe, Léprée, Phlionthe, Hermione, Ërétrie, Lytrée, Chalcis, Céphallénie-, Égine, Platées, fournirent des contingents en rapport avec leurs forces. Les îles concoururent à la défense commune. Presque toute la Grèce était sous les armes. Athènes avait huit mille soldats.
Mardonius était remonté en Béotie. Eleusis fut le centre de réunion de l'armée grecque, qui se trouva, quelques jours après, en présence de trois cent mille Perses et de cinquante mille Grecs auxiliaires. Elle s'élevait à trente-huit mille hommes. Pausanias, roi de Sparte, en avait le commandement.
« Pendant que la Grèce tout entière était dans l'attente de l'événement, et que les Athéniens, en particulier, se trouvaient dans la situation la plus
critique , plusieurs citoyens des familles les plus nobles et les plus riches, que la guerre avait ruinés, et qui, ayant perdu, avec leur fortune, la gloire et l'autorité dont ils jouissaient, voyaient en d'autres mains les honneurs et les dignités , s'assemblèrent secrètement dans une maison de Platées et conspirèrent pour renverser à Athènes le gouvernement populaire, et, s'ils ne pouvaient réussir, perdre la Grèce entière en la livrant aux Barbares (1). » Aristide en fut averti, et par des mesures promptes autant qu'habiles, il arrêta les effets de la conspiration, frappa huit des coupables et obligea les autres à racheter cette trahison par un dévouement éclatant à la patrie.
Dans un premier engagement, les Grecs eurent le dessus. Les deux armées restèrent quelques jours en présence sans reprendre le combat, parce que les devins assuraient le succès à ceux qui garderaient la défensive. Pressé par le manque de vivres, Mardonius projeta une surprise. Alexandre de Macédoine en avertit Aristide, qui fit prendre immédiatement à l'armée, par l'ordre de Pausanias, les positions de combat. Les Thébains, de leur côté, tenaient Mardonius au courant de ce qui se passait dans l'armée des Grecs. Elle avait quitté ses premières positions pour se rapprocher de Platées, dans un endroit où les eaux étaient plus abondantes. Les Lacédémoniens ne se mirent que lentement en marche. Ils attendaient des présages favorables. La lutte fut longue et terrible. Les Thébains, qui avaient déserté la cause de la Grèce, opposèrent une résistance obstinée
(1) Plctarque, Aristide, 22.