VII
(2) Voyage du jeune Anacharsis, Introd., î™* section.
On ne peut quitter cette période de la guerre contre l'Asie sans s'arrêter aux conséquences qu'aurait amenées la domination de la Grèce par les Perses. Quelle gloire de moins dans la philosophie, les lettres et les arts! Combien de génies étoulïés sous la molle et voluptueuse influence d'une civilisation énervée et corrompue ! Que d'actions héroïques, de hautes inspirations, de dévouements généreux rendus impossibles par l'assujettissement sous un maître étranger!
Et la Grèce n'était pas seule menacée. Les projets des Perses allaient plus loin et leurs conquêtes ne se seraient point bornées à cette petite contrée. L'ItaUe les aurait appelés par les richesses des villes du littoral. Ils se seraient heurtés d'un côté à la puissance maritime des Carthaginois, et auraient rencontré de l'autre Rome au moment où, confiante dans ses destinées et sûre d'elle-même, elle reprenait dans la liberté, par la politique et la valeur, les conquêtes faites par les rois et perdues par leur expulsion.
L'Asie aurait-elle vaincu l'Europe et conduit désormais ses destinées? Aurait-elle succombé en Italie, sur les mers que dominaient les Carthaginois, ou sous la tactique de Gélon de Syracuse? La Grèce a épargné à l'Europe occidentale les redoutables incertitudes d'un si grave problème. Elle fut pour elle une avantgarde vigilante et intrépide qui ne laissa pas engager le corps d'armée, et le sauva d'un danger qu'il no soupçonna peut-être pas.