CHAPITRE IV
Athènes conseillait, ce qui était moins violent et plus avantageux, de laisser chaque ville maîtresse de sa conduite. On ménageait ainsi leur vanité, et l'on montrait pour elles et pour l'avenir, une confiance qui devait les séparer pour jamais des Perses.
La Thracft était encore occupée par l'armée asiatique. Les deux flottes de Sparte et d'Athènes allèrent dans l'Hellespont pour briser les ponts deXerxès. La mer s'en était chargée, et pendant que Léotychidas retournait dans le Péloponèse, Xanthippe prit Sestos et consacra dans l'Acropole les chaînes que Xerxès avait prétendu imposer à la mer.
Trente vaisseaux d'Athènes et vingt du Péloponèse enlevèrent aux Perses la plus grande partie de Cypre et prirent Byzance. Tout n'était pas fini encore; mais si l'ennemi gardait quelques postes, il avait perdu tout espoir d'intervenir dans les affaires de la Grèce.
Aristide, le grand citoyen, avait été le gardien jaloux des droits établis par un long usage au profit de l'aristocratie. Il lui semblait trouver dans ce respect de la tradition la garantie de la vertu publique. Il ne pensa pas toujours ainsi. Soit par conviction, soit par nécessité, il introduisit à la fin de sa vie une nouveauté à Athènes, et détruisit au profit du peuple, l'équilibre que Thésée avait cherché, que Solon avait réalisé, et que Clisthénès n'avait pas ébranlé malgré des changements profonds. Il croyait, ce que devait dire plus tard Aristote (1), que « le bien en politique c'est la justice, » mais il fit une trop large part à l'explication qui fait consister la justice dans « l'utilité générale. » Les philosophes peuvent accorder
(l) Politique, III, 7, I.
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le devoir avec l'intérêt (1), il est difficile que les hommes politiques ne le lui subordonnent pas. Les tentations sont si nombreuses et si pressantes!
« S'apercevantque le peuple cherchait à s'emparer du gouvernement et à le rendre purement démocratique, Aristide sentit que, d'un côté, il méritait des égards, après avoir montré tant de valeur dans les combats, et que, de l'autre, il ne serait pas facile, lorsqu'il avait les armes à la main, et qu'il était enflé de ses victoires, de le réduire par la force. Il fit donc un décret qui portait que le gouvernement serait commun à tous les citoyens, et qu'on prendrait indistinctementles archontes parmi tous les Athéniens (2) . » Les classes disparurent avec leurs privilèges. Les premières ne fournirent plus exclusivement les archontes, les membres du conseil, les autres magistrats et les fonctionnaires. Mais la dernière qui était admise à tous ces avantages, perdait celui de ne pas payer d'impôt.
Strabon fait remarquer que ce mouvement d'opinion ne se borna pas à Athènes. 11 cite Élis, Thèbes, ArgosetMantinée qui réunirent les bourgades auparavant séparées, et acceptèrent le régime démocratique qu'elles avaient repoussé jusqu'alors (3). Il est vraisemblable que la politique étroite et exigeante de Sparte ne fût pas étrangère à ce changement. L'exemple a une grande puissance, mais son influence n'est décisive que lorsqu'elle rencontre des dispositions favorables. Ainsi, au vii^ siècle, la royauté fut
(1) C'est ce qu'a fait Cicéron dans le traité de Officiis.
(2) Plutarque, Aristide, 37.
(3) Voir livre VIII, 3, 2.