‹ Les institutions d'AthènesChapitre 96 sur 335 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

abolie dans presque toutes les cités de la Grèce. Celles qui repoussèrent cette forme antique de gouvernement purent y être encouragées par des révolutions heureuses accomplies autour d'elles , mais elles renfermaient déjà des ferments de révolte que cet exemple développa.

2. L'expérience avait montré la puissance de l'union. Il était important de la conserver en prévision de dangers futurs, et de la garantir par une contribution pécuniaire. Aristide, sur la demande des Lacédémoniens qui semblaient prendre leur parti de la supériorité d'Athènes, fut chargé de l'établir. Il dut visiter le territoire de chaque ville de la confédération, examiner sesrevenus et fixer ce qu'elle devait payer. 11 était pauvre avant, il ne cessa pas de l'être, et a imposa cette taxe, non seulement avec autant de désintéressement que de justice, mais avec une impartialité qui le rendit agréable à tous (1). » La taxe s'éleva à quatre cent soixante talents (2).

Il fit jurer aux peuples l'observation des articles de l'alliance, et les jura lui-même au nom des Athéniens. Ce serment fut observé tant qu'il resta d'accord avec l'intérêt. Les Athéniens le violèrent alors sans scrupule, et Aristide, plus juste pour son compte que pour celui de sa patrie, ne la désapprouva pas puisqu'elle pourvoyait à sa sûreté, et resta volontiers chargé du parjure.

(1) Plutarque, Aristide, 40.

(2) Elle subit depuis des modifications, dans le sens de l'augmentation. Elle fut de six cents talents au commencement de la guerre du Péloponèse {Plutarque, Périclès). Elle arriva plus tard à treize cents. (ÂNDOciDE; de la Paix.)

180 INSTITUTIONS d'aTHÈNES

Athènes n'admira pas moins sa vertu. Elle le frappa sans doute de l'ostracisme, mais ne cessa jamais de le regarder, à cause de son courage, de son patriotisme et de son désintéressement, comme le plus grand de ses citoyens, etl'on sait qu'elle dut pourvoir aux funérailles de celui qui avait eu la répartition et la garde du trésor de la Grèce.

Thémistocle avait des talents supérieurs, une haute ambition et un âpre amour de l'argent. Banni d'Athènes, qui se lassait de l'entendre parler à tout propos de ses services, et qui avait peut-être des motifs de le croire coupable, il habita quelque temps Argos, et compromis, quoiqu'il eût repoussé les ouvertures qui lui étaient faites, dans la trahison du roi de Sparte, Pausanias, qui proposait à la Perse de lui livrer la Grèce, il fut sommé de se justifier. Le peuple donna l'ordre de le saisir. Il s'enfuit d'Argos et passa dans l'île de Gorcyre, de là en Epire et puis chez Admète, roi des Molosses.

Il ne s'y trouva pas en sûreté, se dirigea vers Gumes, d'oii il se rendit à Éges, ville de l'Éolide, et fut enfin présenté au roi, Xerxès d'après les uns, Artaxerxès, son fils, d'après d'autres.

« Grand roi, lui dit-il, je suis Thémistocle Athénien, qui, banni et persécuté par les Grecs, viens chercher un asile auprès de vous. A la vérité, j'ai fait bien du mal aux Perses, mais je leur ai fait encore plus de bien, en empêchant les Grecs de les poursuivre lorsque la sûreté de la Grèce et de ma patrie, qui me devaient leur salut, me permettait de vous rendre quelque service. Aujourd'hui, mes sentiments sont conformes à ma fortune, et je viens

Page 1