‹ Les institutions de l'ancienne Rome (volume 3)Chapitre 14 sur 31 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'architecture DOMESTIQUE AUTEMPS DE l'eMPIRE

Les Thermes pourraient servir de transition entre les monuments publics et Tarchitecture domestique, puisqu'il y en eut, à Rome, pour Tune et l'autre destination ; mais il ne subsiste là aucua bain public qui appartienne au premier siècle de l'empire. C'est donc dans le dernier chapitre de cette quatrième partie qu'il sera dit quelques mots de ce genre d'édiûces : nous n'avons à parler en ce moment que des habitations privées pour lesquelles les documents abondent et surabondent dans les fouilles de Pompéi et aussi dans celles du Palatin.

Ces derniers mots peuvent paraître assez étranges, quand on sait que, sous l'empire, le Palatin fut occupé presque tout entier, sauf le temple d'Apollon, par les palais impériaux et leurs dépendances. Cependant les restes de la demeure d'Auguste, mis au jour en 1775 par l'abbé Rancoureil et dont l'architecte Barberi dressa le plan (1), rentrent parfaitement dans

(1) Boissier. Promenades archéologiques^ Rome et Pompéi p. 68-9.

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l'étude de rarchitecture domestique, le fondateur de l'empire ayant affecté, dans sa vie privée comme ailleurs, le maintien de la tradition républicaine. Sa demeure {palatium, édifice bâti sur le Palatin, car originairement ce mot ne signifiait pas autre cbose) <x contenait, dit M. Boissier, une cour intérieure ou péristyle, entourée de colonnes, sur laquelle s'ouvraient les divers appartements du palais. Ces appartements se composaient d'une série de pièces rondes, carrées, rectangulaires, qui se répondent assez exactement entre elles, et où l'architecte semble avoir cherché à unir la variété à la symétrie. On y trouva même

deux salons octogones Ce qui causa d'abord

quelque surprise, ce fut de voir que, si ces salles ou ces chambres sont nombreuses, elles sont en général assez étroites, et qu'aucune ne paraît avoir une étendue suffisante pour servir à des réceptions officielles ; mais Auguste, on le sait, affectait de vivre chez lui comme un citoyen ordinaire... » (1) Nous savons d'ailleurs, par les fouilles de Pompéi, que, dans les demeures des particuliers, même fort aisés, les appartements étaient de dimensions singulièrement exiguës, telles que, pour expliquer tantbienquemal cette singularité, il a fallu se souvenir que, dans l'ancienne Italie, on vivait dehors bien plus que chez nous. M. Boissier pense aussi que Tibère occupa une ancienne ha^

(1) Ibid, p. 69-70.

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bîtation de sa famille et ]a ût seulement agrandir (l).

Une cour intérieure, environnée d'appartements qui s'ouvraient sur elle, était, nous le reconnaîtrons, le système général d'architecture usité pour les familles riches, comme il l'était pour la résidence d'Auguste ; mais les fouilles du Palatin nous ont fourni récemment, dans une des peintures de la maison de Livie, des données plus étendues sur l'architecture des Romains. Elles ont été étudiées, dans la Revtùe archéoîO" gique de 1870-71, par MM. Léon Renier et Georges Perrot, dont M. Boissier a résumé le travail aux pages 81-85 de son ouvrage ; il me suffira de tirer de ces trois études les détails nouveaux relatifs au sujet qui nous occupe en ce moment.

La maison elle-même a été reconnue par M. Renier pour avoir été la résidence de Livie, après la mort de son mari, d'après les inscriptions d'une conduite d'eau, trouvée dans un couloir souterrain, communiquant avec l'ancien palais de l'empereur ; palais qui avait été transformé en sanctuaire en l'honneur d'Auguste divinisé et dont sa veuve voulût être la première prêtresse. L'inscription, plusieurs fois répétée, porte IVLIAE AUG. Or Iulia est le nom qu'elle avait pris ou reçu en qualité d'héritière d'Au-

(1) Ihid, p. 75.

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guste (pour un tiers) ; Auguste lui-même avait été jadis adopté par Jules César sous le nom de lulius Octavianus.

Le plan de cette maison, conservée jusqu'à la hauteur du premier étage, est donné par l'auteur à la planche XrV du premier volume de 1870 ; il nous offre le type que nous verrons reproduit plus oh moins fidèlement dans les demeures opulentes de Pompéi, A l'entrée, un atriuniy salle où étaient reçus les visiteurs ; au fond, un tabli" num ou galerie de tableaux, ayant à droite et à gauche des appartements moins larges, alae, communiquant, comme lui, avec Yatrium ; puis un péristyle, sur lequel ouvrent trois séries de petits appartements, dont l'une le sépare des pièces déjà nommées; les deux autres s'étendent à droite et à gauche. Ce péristyle communique avec une allée extérieure, qui sépare de tout ce que nous venons d'énumérer une suite de pièces d'un caractère différent. Parmi elles, en effet, on a reconnu, à partir de l'extrémité correspondant à Yatrit6m et dans l'ordre suivant : le triclinitùm ou salle à manger, rhospitiiMn (chambre d'amis), les bains, et aussi, à l'extrémité opposée au triclinium^ deux chambres n'ouvrant que sur le dehors et que l'on désigne sous le nom de boutiques, tahernae ; de même, à Pompéi, certaines maisons avaient des pièces tout à fait indépendantes de l'habitation et exploitées de Méte façon par les propriétaires.

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Mais, si le plan de la maison de Livie ne nous offre qu'une variante de ce que nous voyons ailleurs, il n'en est pas de même de l'une des peintures murales conservées sur le stuc du tablinum (1). Elle figure une fenêtre ouverte sur une rue. Or, dans la représentation de la fenêtre et surtout dans celle des maisons de la rue, nous trouvons enfin le moyen de nous faire une idée précise de l'architecture privée, à cette époque, dans son aspect extérieur. « Ce qui fait certainement le principal intérêt de ce tableau, dit M. Georges Perrot (2), ce sont les renseignements qu'il nous fournit sur la disposition des étages supérieurs des habitations romaines. Or on sait que c'est là justement ce que ne nous donne point Pompéi, où on n'a retrouvé que de faibles débris des étages supérieurs, et où les maisons étaient bien moins élevées qu'à Rome. ... Ce que nous pouvons regretter, c'est que la partie comprise dans le champ du tableau ne dépasse pas le second étage, c'est que nous ne voyions pas comment la construction s'amortissait et quelle espèce de toiture la surmontait. ï> Mais, telle qu'elle est, il convient de faire connaître cette peinture par la reproduction presque inté-

(1) Les autres représentent des sujets mythologiques ou des scènes de la vie romaine, très probablement des rites d*mcantation, comme le pense M. Perrot.

(2) Revue arohéoUy août 1870, p. 157 du volume.

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grale de ce qu'en dit un peu plus haut M. Perrot (1).

« Il n'y a point ici moyen de se tromper sur rintention du décorateur : il a supposé une fenêtre ouverte, telle qu'elle se présenterait au visiteur venant de l'Atrium. Du premier pieddroit, on n'aperçoit donc que la face intérieure et la saillie d'une corniche, qui fait ici l'office d'imposte (2) ; cette corniche, qui se profile sur le ciel, porte sur sa cymaise, un sphinx ailé ;mais, de l'autre côté de la baie et à son sommet, l'épaisseur du mur est figurée en perspective. Le pied-droit est d'un rouge vif; la corniche qui le surmonte est de plusieurs couleurs : rouge, vert, blanc et jaune ; le sphinx, d'un ton de granit. L'épaisseur perspective de l'autre jambage et le dessous de linteau sont d'un rouge sombre (3^. Ce qu'on est censé apercevoir par cette fenêtre ouverte, ce sont deux maisons ou deux corps de logis, situés de l'autre côté d'une rue sur laquelle donnerait cette fenêtre. L'un des corps de logis^ celui qui occupe la gauche du tableau, est en saillie sur celui de droite (4) ; sur la face fuyante qui détermine l'avant-corps, on aperçoit

(1) Ibid. p. 153-4, et pi. XX.

(2) Pas tout à fait au haut de la fenêtre.

(3) Evidemment cette coloration intérieure était alors de mode à Rome.

(4) C'est-à-dire en avant, car il est en retrait yers la gauche.

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une porte et, au-dessus, une étroite fenêtre. A droite, dans la partie supérieure du tableau, ilja une bande verticale du ciel (1). . . Dans les deux corps de logis que nous montre notre fresque, on remarque... des terrasses, comme celle qui est au-dessus de la grande porte d'entrée, des balcons ou mœniana^ les uns découverts, comme celui où se montrent deux femmes^ les autres (2), comme celui qui se trouve à gauche, protégés par un petit toit, que supportent des colonnes de style ionique. C'est tout à fait ce qu'on appelle aujourd'hui en Italie une loggia. Le corps de logis principal nous présente une porte à deux battants, qui est ornée de deux pilastres et d'un linteau saillant. C'est un motif de porte que l'on rencontre souvent à Pompéi. Dans les parties supérieures de l'habitation, nous distinguons deux sortes de baies : des portes donnant sur les balcons, et des lucarnes qui sont semées assez irrégulièrement sur la face des deux bâtiments ; elles diffèrent entre elles de forme et de grandeur. » — La lumière, plus vive que dans nos climats, exige là moins d'ouverture pour la recevoir.

L'ensemble d'une riche demeure nous est

(1) Cette bande est au-dessus non d'un toit, mais d'une terrasse, formant couverture d'un vestibule , qui occupe le rez-de-chaussée.

(2) Ou plutôt l'autre.

connu maintenant dans presque tous ses traits essentiels ; il suffira d'indiquer les plus importantes des variations de détails. Le fait général, c'est la distinction entre la partie ouverte aux clients et au commun des visiteurs et celle qui est réservée à la famille, aux domestiques et aux intimes. On passait généralement de Tune à l'autre par d'étroits corridors appelés fauces. Un portique formé de colonnes ou d'arcades décorait souvent la façade et s'étendait quelquefois de trois côtés d'une cour extérieure {area). L'atrium, bien qu'ouvert à tous les visiteurs, faisait réellement partie de la demeure ; le tablinum aussi avait ce double caractère. Nous avons déjà signalé l'inclinaison des côtés du toit, recouvrant l'atrium vers le centre de cette pièce et où se trouvait une ouverture (compZt*t?mm), qui servait à la fois à l'éclairer et à recueillir les eaux de la pluie dans un bassin (impluvium), Vitruve dit que la largeur ducompluvium ne devait pas dépasser le tiers ni être inférieure au quart de celle de l'atrium luimême (1). La décoration intérieure offre l'emploi du stuc sur les parois et de mosaïques dans le pavé des appartements (2).

(1) Voy. les pages 47-51 du troisième volume du texte explicatif, dans les Chefs -d'œtt/ore de Vart cmtique, avec renvois à divers auteurs latins et modernes et des citations de Mazois {les Ruines de Pompéi).

(2) Ibid. p. 53.

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Il ne faudrait pas croire que les architectes des demeures italiennes fussent assujettis à des régies strictes pour la disposition des groupes de pièces. Partout on reconnaît les principes qui Tiennent d'être indiqués, mais souvent l'application diffère. La maison dite de Pansa(l), parait être, à Pompéi, une de celles qui réunissaient au plus haut degré la richesse et la régularité de la disposition : derrière le péristyle, s'étend un cecits ou salon, qui lui-même précède un jardin, tous deux dans l'axe de l'atrium; à gauche de l'œcus se trouvaient la cuisine et une cour donnant sur Textérieur ; à droite le lararitmif ou sanctuaire des dieux lares, et une petite maison ne donnant que sur l'extérieur, aussi bien qu'une autre placée du même côté du péristyle et les nombreuses boutiques, dont une boulangerie (pistri-mmjf qui enveloppent l'atrium de trois côtés. Les maisons du Faune (pi. XXIX), du Questeur (pi. XXX), de Méléagre (pi. XIXI), du Centaure (pi. XXXII), s'écartent bien plus des règles de la symétrie : celle-ci nous donne un exemple de deux corps d'habitation bien distincts, et néan-

(1) I6ÛI., pi. XXV et XXVI, p. 54-6. Les principales maisons dePompéi ont reçu des noms empruntés à quelque détail de leur décoration intérieure ou à quelque fait signalé par ime inscription. — Voir aussi le plan d*une de ces maisons, à la page 682 du cinquième volume de M. Duruy, et la restauration représentée à la page

moins communiquant par une porte ménagée entre deux cours intérieures. Dans la maison de r Ariadne (pi. XXXIII) , les murs extérieurs ne sont pas parallèles à Taxe de Tatrium et des péristyles; dans celle de l'Apollon, le jardin est tout à fait en dehors de la direction de Taxe.

Pompéi nous montre encore (pi. XXXXVI) le plan compliqué d'un établissement industriel (la fuîlonica ou atelier de foulons); mais surtout nous y trouvons le modèle le plus ancien des thermes (1), à Toxception des bains de Liyie, V. infra. Bien que ce fût un établissement public, comme il ne s'agit que d'une ville municipale, leur peu d'étendue permet de les considérer comme devant se rapprocher beaucoup des thermes appartenant aux grandes maisons de Rome. M. Saglio a étudié la question des édifices de bains dans Tarticle Baîneus du JDtctiofir naire des antiquités grecqices et romaines. Les principaux résultats des découvertes archéologiques réunies dans cette étude vont être résumées ici.

Jusqu'au temps des Scipions, l'usage des bains, analogue à ce qu'il est aujourd'hui chez nous, n'avait pas amené l'emploi de construc^

(1) Voy. pi. XX-XXrV et p. 41-5. Le plan n» XX est celui des bains découverts en 1824 et qu*on appelle pQur cela les Anciens bains, par opposition aux Nouveaux bains, découverts en 1857.

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tioûs spéciales et d'une forme recherchée ; au siècle d* Auguste encore^ nous voyons que les bains de Livie, compris dans la demeure assez simple dont le plan a été indiqué plus haut, se composaient seulement de deux pièces, dont Tune contenait le fourneau. Mais les ruines de Pompéi, détruite un demi-siècle seulement après la mort de cette impératrice, nous montrent déjà, dans les bains publics et privés, toute la complication connue des établissements balnéaires de TEmpire : il est vrai, M. Saglio fait observer que cette ville était située dans on pays gréco-italique, dans la Gampanie.

Suivant Tusage adopté dans cette ville et que l'on retrouve partout, dans les nombreuses ruines de bains romains qui se rencontrent en divers pays, chaque balnetùs devait contenir au moins trois pièces : le tepidaritmif oh l'on se préparait par une transition à la température du bain chaud ou du si4datorii^^mf et oh l'on pouvait revenir à une chaleur tempérée avant le bain froid; le caldariimif dans lequel se trouvaient deux bassins, destinés tant au simple lavage qu'au bain complet; enfin, le frigidarium, ordinairement séparé de celui-là par le tepidariimii pièce à décoration plus luxueuse, parce qu'on y séjournait davantage et parce que les peintures n'en pouvaient être gâtées par la vapeur de Teau chaude. Mais, en ce qui concerne le travail arohitectoniquei c'était surtout au caldaritmi

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qne Tartiste donnait ses soins. Il était généralement voûté, an moins dans les bains publics, et Tune de ses extrémités formait abside. La chaleur était toujours répandue dans le caldariurr. entier, servant aussi d'étuve (siùdatto)^ par ur fourneau extérieur, échauffant l'air qui circulai . dans Tintérieur des murs et sous le pavé. Gettu pièce contenait, d'ailleurs, deux bassins : Tun.. moins profond (Jabrum), vers l'abside, pour silaver seulement, l'autre plus profond (alveus), pour le bain proprement dit. Dans les établissements les plus complets, la sitdctio était distincte du caldariiimf et Yapodytérion^ où l'on quittait ses habits. Tétait du tepidaritmi.

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