CHAPITRE IV
l'architecture des monuments ROMAINS AUX SIÈCLES DE CÉSAR ET D' AUGUSTE
§ 1*'. — I-'ixivasioii de l'art greo et la pez^ slstaxioe de l'ax*t x*ozxialxi. — X^es xuloxiuznexits du temps de César.
Depuis les conquêtes faites par leurs légions en Sicile et en Grèce, la passion de l'art hellénique s'était éveillée chez les Romains. Sans doute les statues et les tahleaux que chaque proconsul, chaque préteur de province pouvait s'approprier pour en orner son musée étaient surtout l'objet d'une compétition de pillages plus ou moins éclairés par le goût ; mais l'architecture nationale ne put échapper à Timitation de modèles charmants et sublimes, quand tant de riches Romains les avaient eu longtemps sous les yeux, soit durant leur vie d'étudiants, soit durant leur vie militante.
Aucun produit de cette imitation, antériottr à César, n'a subsisté dans l'Italie romaine. Le
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second Capitule, entrepris par Sylla après rincendie de Tan 83, bâti surtout par Oatulus et achevé par César, fut certainement élevé sur le plan vénéré de l'ancien centre religieux de Rome ; dans la décoration seule, quelques innovations se produisirent. Sylla fit apporter, pour cet objet, des colonnes Hu temple de Jupiter Olympien, à Athènes, temple que nous savons ^ avoir été d'ordre corinthien (il en subsiste encore 16 colonnes) ; mais M. Phocion Roque pense que celles qui furent emportées à Rome faisaient partie des colonnes préparées jadis au temps des Pisistratides, quand il ne pouvait être question de construire un temple corinthien, et qui avaient été abandonnées dans la poursuite d'un travail plusieurs fois séculaire. Des monnaies de Petilius Capitolinus nous apprennent de plus que le nouveau temple était hexastyle (1). Plusieurs temples de style grec furent sans doute élevés à Rome et en Italie (2), depuis les dernières années du m® siècle jusqu'à la mort de César ; mais, sauf le Capitole, les monuments célèbres de cette époque étaient d'une autre nature, et, avant d'aller plus loin, il
(1) Voyez le DioU des antiq. gr. et rom., p. 902, et la Topographie d'Athènes, d'après le colonel Leake,p. 176-77, Cf. Pline Hist. nat. L. XXXVI, chap. 5.
(2) Indépendamment de la Grande- Grèce, où ils appartenaient à Fart national.
L'ART OEBa ▲ ROMB
y a lieu d'énoncer ou plutôt de rappeler cette observation générale : que l'influence de la Grèce fut beaucoup moins profonde et moins étendue sur l'architecture des Latins que sur leur littérature. Ils poursuivirent la beauté avec moins d'ardeur que les Grecs et souvent par des moyens différents et moins habiles.
€ L'art des Grecs, dit M. Duruy (1), est d'une merveilleuse simplicité et d'une logique inexorable.... Le temple grec est ^m : structure et ornementation dérivent d'une même pensée. — Les Romains ne sont pas des artistes d'une nature si délicate — ». Et un peu plus loin (2) : « Les Romains veulent, dans leur immense capitale, des monuments à la mesure de leur empire,... imposants par la masse bien plus que par les idées qu'ils éveillent et surchargés d'ornements de placage. > Enfin (3) faisant ressortir les conditions, le caractère et le but de cette architecture par une comparaison plus serrée avec celle des Grecs, il s'exprime ainsi^ de manière à comprendre dans un jugement commun la nature de cet art à toutes les époques oh nous pouvons le suivre : ce Le sol du Latium condamnait les habitants à bâtir de briques, consolidées par du blocage et des chaînons de pierre.... Avec des
(1) ffisU des Eom, T. IV, p. 210.
(2) Ihid, p. 212.
(3) Ibid. p. 217-19.
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matériaux d*un emploi si facile et pourtant si résistants, rien ne les empêcha de donner à leurs monuments ces proportions colossales qui ne sont pas toujours une des conditions de la beauté, mais dont l'artiste peut obtenir de puissants effets.... Cette nature des matériaux a permis aux Romains d'ajouter à Tart grec des éléments nouveaux : Tare et la voûte, qu'ils empruntèrent aux Etrusques (1). Les Grecs connaissaient la voûte, mais ils s'en passèrent (2), parce qu'elle eût troublé leurs combinaisons, à la fois si simples et si belles, de surfaces et de lignes verticales et horizontales.... L'arc et la voûte, ajoutés à la plate-bande et à la colonne, donnèrent lieu à des combinaisons nouvelles : le pleincintre et l'arc brisé. » Nous aurons donc souvent à étudier ici bien autre chose que l'application des lois de l'art grec à des monuments élevés par les Romains, et nous aurons à suivre la construction parallèle d'édifices appartenant à des genres empruntés à la Grèce et de monuments propres au sol italique.
Depuis assez longtemps déjà les Romains connaissaient les jeux de la scène, qu'ils avaient empruntés aux Grecs, mais oh ils acquirent, dans la comédie^ le mérite d'un art original, et,
(1) Voyez le !«' chapitre de cette vn« partie.
(2) Pas toujours, mais presque toujours.
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au siècle de César, les théâtres commencèrent à figurer au nombre des grands monuments de Rome. Celle-ci n'avait d'abord élevé, en ce genre, que des constructions temporaires, et cependant on avait commencé à les décorer avec luxe. « Trois cent trente colonnes, dit Pline (1), furent (f transportées à Rome d'au-delà des mers, au « temps de Tédilité de M. Scaurus (beau-fils de c< Sylla), pour décorer la scène d'un théâtre tem- « poraire qui devait à peine durer un mois. » Plus loin (2), Fauteur ajoute que la scène reposait sur un soubassement de marbre, surmonté d'un mur de verre, et au-dessus des planche^ dorées. L'on vit^ au temps de César, « deux « théâtres contigus qu'un mécanisme puissant « faisait tourner avec les spectateurs, de ma- « nière à former une arène pour les combats de « Tamphithéâtre. (3) » Il est bien clair que ces théâtres ne pouvaient être qu'en bois, comme l'avait été d'abord celui d'Athènes. Tel était sans doute aussi, du moins quant aux estrades, le cirque de Tarquin, puisqu'il fut ruiné par un incendie et rétabli par César ; c'est lui qui porta le nom de Grand Cirque (Circus maximus) ; il