POUVOIRS PUBLICS AU SECOND SIÈCLE
s'en dispensa indirecteraeqt pour l'exercice de ïadleotiOf en prenant la censure à vie; Nerva négligea de prendre le titre de censeur, mais les droits en demeurèrent désormais attachés au litre de César ; il paraît que Texercice en fut pratiqué sous cette forme : l'empereur plaçait par adkctio au nombre des tribunicii des candidats à la préture (toujours élus, cela va sans dire) qui n'avaient exercé ni le tribunat ni Tédilité (1).
L'autorité centoriale conférait aussi à l'empereur le droit d'exclure du Sénat qui bon lui semblait; autrefois ce pouvoir s'exerçait tous les cinq ans par la révision de la liste ; il s'exerça désormais annuellement; on avait introduit dans le nombre des conditions légales que devaient remplir les sénateurs pour être maintenus celle de prêter serment aux lois et aux actes de l'empereur (2), en d'autres termes d'obéir toujours à celui dont ils étaient censés partager le pouvoir,
La situation, telle qu'elle était au lendemain de cette révolution latente, sous un empereur qui n'avait ni rinstinct 'ni la volonté du despotisme, a été fort bien exprimée par M. de la Berge : ses paroles seraient le commentaire de la phrase de Pline citée plus haut... si elle avait besoin d'être commentée.
« Le vice unique, mais radical du principat, dit-il (3), la concentration de tous les pouvoirs dans les mains d'un seul homme, n'est en aucune façon
(\)Id,,iôvi., 883, 886.
(2)/d., ibid ,p. 883.
(3) Esiai sur le règne de Trajan^ p. 75 : Le titre même est expressif ; M. de la Berge ne dit plus : le Principat.
corrigé ou atténué dans )a période Antonine. Ce vice, les contemporains ne le voient pas. Le gouvernement personnel est accepté par tout le monde >». « En acceptant le principat, en le conservant, pourquoi nepas l'améliorer? Et pour y introduire les modifications dont Texpérience démontrait la nécessité quellecirconstance semble plus favorable que Tavënement d*un empereur tel que Trajan, décidé à associer le Sénat à son gouvernement dans une large mesure et allant même au-devant et ensuite au delà des vœux prublics ? Personne n'y songeait, et Ton s'expliquera cette insouciance, qu'on pourrait qualifier d'aveuglement, en se rappelant combien diffèrent l'idée romaine et la nôtre sur la responsabilité du pouvoir. . . A Rome, le magistrat était inattaquable tant qu'il n'était pas sorti de charge; son pouvoir, essentiellement absolu, n'avait pour limites que la brièveté de sa délégation et le contlit que pouvait amener l'exercice, aussi souverainement indépendant, des autres magistratures {{). »
Du reste à côté de l'effacement du principe sur lequel avait paru fondée la dyarchie, il faut reconnaître que l'exercice pratique de celle-ci se ranima sous Trajan ou pour parler plus juste, fut ranimé par Trajan. u Les hommages que Trajan rendit au Sénat, la liberté qu'il laissa à ses délibérations nous permettent d'affirmer, dit. encore M. de la Berge (2), qu'il
(1) Ibid.y p. 77. V. aussi vol. L p. 75-77 de noire ouvrage et le i^' paragraphe du présent chapitre.
(2) /6i(/.,p. 82-3; cf. 85.