‹ Les institutions de la police en PerseChapitre 15 sur 19 · III. — L'organisation de la Police dans tes régions · texte numérisé non relu

III. — L'organisation de la Police dans tes régions

du Fars.

A. — La Commission de la Carte administrative a exposé dans le Livre Blanc des réformes la situation politique de la région du Fars pendant le Gouvernement général de Nézamos-Saltaneh et Tllkhanat de Sowlat-ed-Dowleh, jusqu'aux intérims de Ghavamol-Molk comme Gouverneur général et de ZeTghamod-Dowleh comme flkhani. Je vous renvoie sur ce point au Livre Blanc, texte français, pp. 23 et 24 et pp. 69 agi, III; àu Livre Btanc, texte persan, pp. 25, 27 et pp. 60 à iio, III et à la Revue du Monde Musulman, n«* 22 et 23.

Les intérims de Ghavamol-Molk et de ZeTgham-ed- Dowleh n'ont eu aucun résultat pour la répression du désordre dans toute la région du Far$; mais la Gendarmerie gouvernementale, avec des alternatives de succès et de revers a fini par l'emporter sur les forces, souvent coalisées, des tribus, qui sont devenues plus prudentes et plus circonspectes, en présence de cette nouvelle force bien organisée du gouvernement de Téhéran.

B. — C'est le 16 octobre 1912 que legouverneur général actuel du Fars, Mokhberos-Saltaneh, a rejoint son poste à Chiraz. Quelle situation a-t-il trouvée à son arrivée ?

Du mois d'octobre 191 1 au mois d'octobre 191 2, cette

situation n'est pas brillante. Écoutez Mokhberos-Saltaneh lui-même. Il télégraphie le 22 Ghows i33i : « Que pouvais-je faire de plus que je n*ai fait ? De quels moyens disposai-je dans un pays de bandits et de brigands ? J'ai fait tout ce qu'il était en mon pouvoir de faire. Mais le banditisme des tribus est connu. Une d'entre elles terrorise la route d'Abadeh à Sarhadd. Une autre fait la terreur de la route de Bouchir. Je suis en train de rassembler une armée. Veuillez bien télégraphier au gouverneur de Behbéhan en lui enjoignant de diriger la force de 200 hommes qu'il avait préparée pour attaquer Ayaz-Ketha, contre les Boveïr-Ahmedis. Les Boveïr-Ahmedis font essentiellement partie de la circonscription placée sous la surveillance du gouverneur de Behbehan. Je travaille jour et nuit à la constitution d'une force armée, etc.. »

Cest qu'en effet, l'année dernière encore, l'agitation était générale parmi les tribus du Sud. Quand les pillages sur les routes d'Ispahan, de Chiraz, de Yezd et de Kerman s'arrêtaient, c'est que l'hiver et la mauvaise saison suspendaient le commerce et la circulation. Après le mauvais temps, ils reprenaient aussitôt et avec plus de violence.

Or, Chiraz, pour le commerce international, est le dépôt de l'exportation de la province du Fars pour Topium et la gomme qui y sont apportés des diverses régions pour être embarqués à Bouchir. C'est aussi un centre de distribution pour les marchandises importées par Bouchir à destination de Ispahan, Yezd et des divers districts de la province du Fars elle-même. Notamment ces districts, consommateurs importants, étaient fermés à l'importation comme à l'exportation, aucune caravane n'osait plus s'y aventurer.

La grande route Bouchir-Ispahan était dans une situation déplorable. La section Chiraz- Ispahan était fermée même aux voyageurs non accompagnés de fortes escortes militaires. En été, les Arabes; en hiver, les Lachanis, les Tchar-Rahis rendaient la circulation difficile sur la section

de route Chiraz-Dehbid. Au printemps, c'étaient les Kouhgueiouis qui arrêtaient le commerce sur la section Abadeh- Kouh-Guilouyeh.

Les incursions arabes étaient nombreuses sur la section Abadeh-Chiraz. Seules les routes Ghachghaîes pouvaient parfois à la rigueur, mais non sans danger et sans escorte, être empruntées par de rares caravanes; encore fallait-il excepter la section Kamaredj-Chiraz, Kamaredj-Bouchir et la section Chiraz-Kazeroun, où Mohammed Ali Kiian elles autres Khans Kachgoulis avaient organisé un onéreux système de Rahdaris.

C. — Dans toute la région du Sud, Bakhtyaris, Kouh- Guilouyehy Ghachghaïs, Khamseh, tribus diverses, étaient en guerre les unes contre les autres. Les Khans et les Ilkhanis n'avaient pas plus d'autorité que le Gouvernement de Téhéran lui-même. C'était, comme je vous l'ai dit, les Kouh-Guilouyeh cherchant à échapper à l'autorité des Bakhtyaris. C'était Sowlat-ed-Dowleh cherchant à reprendre à ses frères l'Ilkhanat des Ghachghaïs; c'était le fils deGhavamol- Molk, Nasr-ed-Dowleh, qui par ses démêlés avec Reza- Gholi Khan, chef des Cheîbanis, apportait le trouble dans les tribus arabes de la frontière de Kerman et sur les routes de Bender-Abbas-Chirazet de Bender-Abbas-Kerman. C'était le mécontentement du clergé local ; c'était la crise ministérielle de Téhéran aggravant encore l'impuissance générale du Gouvernement. C'étaient les retards apportés au départ pour Chiraz de Mokhberos-Saltaneh et les hésitations et les mauvaises volontés de Ghavamol-Molk. et de ZeTgham ed-Dowleh.

Bref, l'anarchie et le désordre étaient à leur comble et partout.

Les villes et les banlieues de Kamaredj, Kazeroun, Tangi-Torkan, Rahdar et Chapour étaient transformées en champs de bataille entre Khourchid Khan, Nasser ed-Divan»

Sowlat-ed-Dowleh, Nézamos-Saltaneh, Mohammed Ali Khan et Mohammed Khan. Les autorités n'avaient ni argent ni troupeSy aucune amélioration ne semblait ni possible ni prochaine. Chaque petit Khan local s'installait en maître sur une portion de route et l'exploitait à son gré, trouvant une abondante source de profits dans des exactions de toutes sortes, et commettant les pires violences sur les muletiers et les chameliers.

D. — La question des Rahdaris. — Le Rahdari est le tribut énorme levé, sur le passage des caravanes, par les chefs locaux, sur les routes, sous la forme de transits et autres droits exorbitants, droits de fourrages, de pâturages, etc. Dans le Sud, sur les routes Bakhtyaries et du Fars, la question de la suppression des Rahdaris est la question capitale. Le rétablissement de l'ordre dans la région en dépend. C'est la désastreuse institution du Rahdari qui est la cause principale des pillages et des exactions qui se commettent le long des routes Ispahan-Ahwaz, Chiraz- Bouchir, Chiraz-Ispahan, etc.

Avant l'année 1900, il y a 14 ans, le Rahdari, sur la route Chiraz-Bouchir, existait sous la forme de petits péages de quelques chahis par caravanes, prélevés presque entièrement sur la partie la plus basse de la route, vers Bouchir et dans quelques centres comme Borassoun. Le péage était prélevé de temps en temps, irrégulièrement, par les Khans locaux à certaines stations. L'acquittement du péage donnait aux caravanes le droit au veilleur de nuit et à une escorte jusqu'à la station suivante. Jusqu'en 1900 d'ailleurs, les tribus étaient peu et mal armées; ce n'est que depuis 1900 qu'elles ont pu se procurer par Mascate l'armement qu'elles possèdent.

A côté et en plus du Rahdari, qui est un péage, il y a PAllafi, qui est un droit de pâturage. La coutume qui l'a établi en Perse est jplus ancienne que celle qui a créé le

Rahdari. Mais cette taxe n'était perçue que dans certaines circonstances et à certains moments. Elle ne constituait pas un tribut permanent. Par la suite, la taxe s'est transformée; elle est devenue une véritable contribution prélevée aux haltes de la route par les Khans locaux sur les muletiers, pour les fournitures de fourrages. Cette contribution est généralement affermée, c'est-à-dire qu'elle est recouvrée par un individu qui obtient le monopole des fourrages et qui prélève pour son compte et pour le compte des Khans un ou deux krans en plus du prix du fourrage par tète d'animal. Cette contribution peut être aussi perçue par le procédé suivant : on compte pour chaque animal une fourniture complète et à plein prix, tout en ne lui donnant en réalité qu'une fraction de ration.

Dès l'année igoS, le Rahdari et l'AlIafi, irrégulièrement perçus, constituaient cependant un tribut suffisamment lourd pour attirer l'attention du Gouvernement Persan et pour Tobliger à prendre des mesures en vue d'arriver à sa suppression. Malheureusement les seules auto;*ités capables de prendre ces mesures étaient les Khans locaux qui avaient tout intérêt à conserver cette source de bénéfices. De plus, le Gouvernement Persan, quand il voulut obliger les Khans locaux à assurer la sécurité sur les routes, commit la faute de leur imposer l'entretien et l'armement de gardes de routes, en omettant de garantir leur paiement régulier. Ce paiement fut un prétexte pour maintenir et augmenter les Rahdaris et les Âllafis sur les routes. 11 n'y a pas que les Khans locaux qui ont recours à cette source de bénéfices; mais jusqu'en 1906, les Gouverneurs de Bouchir et de Chiraz, sous prétexte de payer leur part contributive au Ministre des Finances, prélèvent sous une forme ou sous une autre toutes les contributions possibles sur les muletiers, les chameliers et sur tous les entrepreneurs de transport.

La situation s'est aggravée jusqu'en igio; cette année-là Sowlat-ed-Dowleh, qui avait intérêt à se rapprocher des

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mmrchands et à paraître les protéger, attira les caravanes sur les routes de Firouzalbad et Djerreh et réduisit sur ce trajet les Rahdaris, les AlLafis et les exi^nces des Toufangtchigari, c'est-à-dire des gardes de la route.

E. — La mise aux enchères des routes» — Cette amélioration ne dura d'ailleurs pas. Pour aboutir au même point les Caravanes peuvent suivre divers embranchements de la même route. Ainsi les Kazerounis s'étant, à un moment donné, séparés des Kachgoulis, ceux-ci empêchèrent les caravanes de passer par Kazeroun et détournèrent le commerce de Tang-i-Tortan à Chapouren le faisant passer par la route de Maudan à Imam Kotal. De même, peu de temps après, les Kazerounis ayant fait alliance avec Khourchid Khan, obligèrent les caravanes à passer par un sentier très escarpé entre Kamaredj et Kazeroun.

On comprend alors facilement que les petits Khans locaux peuvent acheter aux enchères de l'Ilkhani ou du grand chef dont ils dépendent l'exploitation de tel ou tel tronçon de route. C'est ainsi qu'en mars 1907 le Khan des Angalis décida, moyennant le paiement de 5oo tomans et le cadeau d'un cheval, le gouverneur de Bouchir à détourner le trafic de la route d'Ahmedi vers la route de Borassoun. Au mois de mai, le même gouverneur se vit offrir 4.000 tomans par le même Khan pour l'exploitation du tronçon de la route de Chief, alors que le Khan des Ahmedis ne lui avait offert que i.5oo tomans.

Sowlat-ed-Dowleh lui-même prit l'habitude de donner ainsi en fermage, l'exploitation de toutes les routes qu'il peut commander sur le territoire Ghachghaï. — Lorsque les Kachgoulis se séparèrent de lui en septembre 191 1, c'est qu'il s'agissait de l'exploitation du tronçon de route entre Kamaredj et Chiraz dont les Kachgoulis voulaient garder le monopole.

Telle était la situation sur les routes du *Fars lors de

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l'arrivée de Mokhberos-Saltaneh au Gouvernement général de Chiraz. Il faut ajouter à ce tableau celui des luttes des GhachghaTs et des Khamseh, ou plutôt le résultat des rivalités de Sowlat-ed-Dowleh et de Ghavamol-Molk. Il faut y ajouter encore les divisions et les combats des cinq tribus de Khamseh entre elles, que Ghavamol-Molk était impuissant à réprimer. Il ny avait plus aucune autorité dans la région, ou du moins les tribus n'en reconnaissaient plus aucune. La route de Bouchir-Chiraz était à peu près complètement fermée au commerce, et la région du Fars tout entière devait s'approvisionner par Bender-Abbas.

DOUZIÈME LEÇON (i)

A. — Quel a été le plan d'action suggéré à Mokhberos-Sal taneh pour remédier à cet état de choses et pour essayer de rétablir Tordre dans le Gouvernement général du Fars (2) ?

a) Direction politique. — L'élaboration de ce plan et le départ de Mokhberos-Saltaneh àChiraz demandèrent quelques mois. Ses préférences personnelles Tinclinaient à s'appuyer plutôt sur Ghavamol-Molk et les tribus Khamseh. Néanmoins, le cabinet actuel Âlaos-Saltaneh étant favorable, avec la gendarmerie, à Sowlat-ed-Dowleh qui a repris Tllkhanat des Ghachghaïs et qui entretient de bonnes relations personnelles avec Ein-ed-Dowleh (3), ministre de Tlntérieur du moment, Mokhberos-Saltaneh ne suit ses préférences qu'avec prudence et circonspec tion (4).

b) Le plan financier. — Pour assurer les dépenses de son administration y un compte de iSo.ooo francs par mois

(1) 28 janvier 1914 — 8 Dalve, i Rabiol Âwal i332. Sous la présidence d'Arfa ed Dowley, ministre de la Justice.

(2) Le Jurisconsulte du Ministère de rintériear n'a pas été consulté sur ce plan.

(3) Eined Dowley a quitté depuis le Ministère de l'Intérieur. Alaos Saltaneh, Président du Conseil, a pris le portefeuille de l'Intérieur avec l'assistance 1 de Ghavamos Saltaneh, ancien ministre de l'Intérieur, des Finances et de la Guerre. Juillet 1914.

(4) Voir Lipre Blanc, texte français, p. 82, la note, et Revue du Monde Musulman^ p. 22, p. 143, en note.

lui est ouvert à la Banque Impériale. Ce compte est alimenté par les revenus de la province du Fars et doit être complété au besoin par une subvention du Gouvernement de Téhéran. — La Banque Impériale peut même consentir des avances à Mokhberos-Saltaneh, mais sous réserve d'un contrôle sévère des dépenses engagées et à payer. — Le point difficile était de concilier ce régime financier spécial et particulier au Fars avec les dispositions générales de la loi de Djouza 1829. Après bien des difficultés, la conciliation put se faire, bien que M. le Trésorier général Mornard, non sans raison, eut fait remarquer qu'une pareille politique financière était de nature à encourager tous les Gouverneurs généraux à compter sur le Trésor pour équilibrer leurs budgets régionaux. Un pareil procédé, disait le Trésorier général, devait amener ainsi les Gouverneurs à ménager les tribus, en négligeant la perception des taxes locales et à se faire à bon marché une réputation de bon administrateur et de. bon pacificateur. — Tout ce que le Trésorier général put obtenir, ce fut d'adjoindre son agent financier, M. Stas, au contrôle financier déjà demandé par la Banque Impériale.

En somme la même question se posait pour le plan financier de Mokhberos-Saltaneh dans le Fars qui s'était déjà posée pour Tacte de Radjab dans le pays confié à l'administration des Bakhtyaris. — Comment concilier ces dispositions locales avec la Loi générale financière de Djouza ?

I. — L'agent financier du Trésor à Chiraz devait êtreautorisè par le Gouverneur général à décider sur place et sans en référer au Gouvernement de Téhéran du recouvrement du Maliat pour les années passées et pour l'exercice couf rant et des remises d'impôts à consentir ou à refuser aux tribus. Cette décentralisation avait pour but d'éviter dea retards et des oppositions toujours possiblies du fait du Gouvernement central qui ne peut se rendre un compte

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suffisamment exact à Téhéran des contingences et des nécessités locales (i) de la province du Fars.

II. — En second lieu, Mokhberos-Saltaneh a demandé l'ouverture à la Banque Impériale d'un crédit mensuel de 3o.ooo tomans. Tous les Maliat perçus dans la région doivent être versés à la Banque en garantie de ce compte. Le Gouvernement de Téhéran doit payer les différences s'il y en a. Les dépenses d'Administration engagées par Mokhberos-Saltaneh sont contrôlées par l'agent financier de la Trésorerie générale et par la Banque Impériale.

III. — Enfin la Trésorerie générale doit assurer le paiement régulier des dépenses actuelles et futures de la Gendarmerie gouvernementale dans la région du Fars.

Tout ce bel arrangement financier ne se fit pas sans de grandes difficultés, augmentées d'ailleurs par divers accidents survenus à des Européens il y a une année, au mois de décembre 19 12, a Dachté-Ardjan et sur d'autres points de la route Bouchir-Chiraz-Abadeh. — A cette époque, la Banque Impériale fit des difficultés pour accorder les avances nécessaires.

Profitant de ces retards et de ces incidents, les tribus, qui avaient manifesté des intentions favorables au nouveau régime qu'elles espéraient exploiter, redevinrent hostiles. Mokhberos-Saltaneh eut des velléités de démission avant d'avoir rien commencé.

Cependant, fortement encouragé, il se ressaisit et combina avec la Gendarmerie, avec Sowlat-ed-Dowleh, avec, le Gouverneur du Kouh-Guilouyeh, les Khans Bakhtyaris et le Gouverneur d'Ispahan, un mouvement d'ensemble et d'encerclement contre les Kachgoulis, les Boveîr-Ahmedis, les Mamassanis et diverses sections Ghahghaîes. Kazeroun fut choisi comme base des opérations.

1) Voir mon Essai sur V administration persane^ Paris, Leroaz, 1914, p. 58, et le Livre Rouge, texte persan, pages 117 et 118, 1 5' leçon.

B. Le plan administratif et militaire, — Mokhberos- Saltaneh, comme tout bon Persan, a un fonds d'idées et de théories. iMais comme tout bon Persan encore, il est peu pratique. Il tient surtout aux vieilles idées surannées d'autorité personnelle et de prestige. II veut rétablir Tordre dans le Fars. Il veut assurer une meilleure perception des impôts. Il veut élaborer un budget. Tout cela est très joli, très bien pensé. Mais il veut avant tout et surtout créer, indépendamment et à côté de la Gendarmerie gouvernementale, une force militaire de i.5oo à 2.000 hommes bien armés, spécialement attachés à sa personne, et placés sous ses ordres directs (1). Le prétexte invoqué par Mokhberos- Saltaneh semble avoir été le suivant: permettre à la Gendarmerie de rester à Chiraz, où elle peut se développer progressivement, et demeurer disponible, un peu comme la brigade des Cosaques dans le Nord, pour coopérer, au cas échéant, sur les routes et contre les tribus avec les colonnes volantes du Gouverneur, mais surtout pour appuyer au chef-lieu l'autorité du Gouvernement central de Téhéran et l'autorité du Gouverneur général du Fars.

Quoi qu'il en soit, il a obtenu gain de cause. Le colonel Merville, un des anciens officiers de la Gendarmerie du Trésor créée en 191 1 par le Trésorier Shuster, a été chargé à Chiraz d'organiser la force personnelle réclamée par Mokhberos-Saltaneh. Il faut espérer que l'avenir nous révélera Tutilité de cette nouvelle dépense.

Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que Mokhberos- Saltaneh, qui ne rêve que l'élaboration d'un budget régulier pour la province du Fars, a bien prévu ce qu'il fallait pour créer la force militaire dont il avait envie, mais il a omis, simple détail, de prévoir pour l'avenir dans ses recettes les dépenses d'entretien de cette nouvelle troupe.

(1) Voir VEssai sur l'administration persane^ loc, cit., p. 86. Voir le Lipre Rouge, p. 173.

D'ailleurs, d'après l'avis émis par Mirza MoustafaKhan, inspecteur des finances à Chiraz, le Budget proposé par Mokhberos-Saltaneh, ne constitue, suivant la coutume persane, qu'une masse, qu'une liste de dépenses atteignant, sous des titres divers, un total de 99.000 tomans. Le Gouverneur général ne songe même pas à donner le détail de ses dépenses. Mirza Moustafa Khan prépare lui-même un budget du Fars, présentant en chapitres distincts, l'indication des dépenses régulières normales essentielles et permanentes d'Administration et pouvant servir de base aux Budgets des exercices suivants. «

Il y a lieu de se demander si le Livre Blanc publié par la Commission de la Carte administrative et du Budget provincial à Téhéran sur les réformes administratives dans le Fars a été utilisé pour ce travail. Mirza Moustafa Khan doit préparer aussi un budget supplémentaire pour le règlement des arriérés, pour les indemnités à payer aux victimes des attaques à main armée sur les routes et pour les autres dépenses extraordinaires. C'est, comme vous le voyez, un contrôle sérieux auquel se trouvent soumises, très utilement du reste, les bonnes intentions de Mokhberos- Saltaneh.

C. — Les plans de Mokhberos-Saltaneh et les projets de réformes de la Commission de la Carte administrative et du Budget provincial. — CeGouverneurGénéral s'est occupé tout d'abord de la suppression des Rahdaris sur la route Chiraz-Kazeroun. Mais alors savez-vous cequi est arrivé? Les Khans locaux, notamment sur la partie de la route comprise entre Kazeroun et Bouchir (i) ne pouvaient consentir de bon gré à perdre une source de bénéfices aussi importants. Ils ont compensé cette perte en obligeant les muletiers et cha-

(i) Sur toutes les routes, consultez les cartes spéciales annexées au Livre Blanc, I'* et 2* parties, et à la Repue du Monde Musulman, n** 22 et 23.

meliers à doubler le prix de location du matériel et des animaux de bât. De Bouchir à Chiraz, la location d'une mule a atteint de 3a à 70 tomans, i5o à 35o francs ! La moyenne du coût des transports de Chiraz à Bouchir a été de 40 tomans par mule. A 800 milles de Chiraz, c'est-à-dire à 1.200 kilomètres, le pétrole russe coûte moins cher de transport par le Nord que celui qui vient par le Golfe à i85 milles de Chiraz, c'est-à-dire à 3oo kilomètres seulement. Aux locations exorbitantes des moyens de transport, il faut encore ajouter, l'année dernière, les pertes et les pillages, résultats des hostilités qui n'ont pas cessé entre les diverses tribus de Kazeroun et de Tang-i-Torkan; entre les Kachgoulis de Ali-Mohammed, les vagabonds de Kamaredj, les kalantars des Chaban-Kareh, le Khan de Barassoun et les Dalikis.

Pendant ce temps, Mokhberos-Saltaneh passe son temps à tenter d'enlever à la Mission suédoise les armes que le Gouvernement Persan a fait venir pour la Gendarmerie gouvernementale, dans le but d'équiper son escorte personnelle.

Pas une fois, il n'a songé à étudier les réformes proposées dans le Livre BlanCy dont il a cependant reçu communication régulière. Pas une fois, il n'a tenté un essai loyal de ces réformes. Bien au contraire, il a voulu donner en plus au Gouverneur général des ports les Gouvernements de Dachti et de Dachtestan, alors que ce fonctionnaire inutile est dans l'impossibilité absolue d'exercer déjà les attributions trop étendues qui lui ont été confiées et qui sont à supprimer purement et simplement, comme je l'ai exposé au Livre BlanCy pages iSq et suivantes, texte français, et page 92, texte persan (i).

Il ne semble pas que les plans de Mokhberos-Saltaneh aient eu jusqu'ici un grand succès. Le Gouvernement

(1) Voir aussi la Revue du Monde Musulman, n" 23, p. 55 et suivantes.

Persan avait donc le devoir de conseiller à ce Gouverneur général de mettre en application les projets de réformes auxquels j'ai collaboré avec la Commission de la Carte administrative et du Budget provincial. Or, ces projets sont basés sur des principes tout à fait opposés à ceux qui inspirent les diverses autorités qui président aux destinées du Fars et du Sud de la Perse. Je rappelle brièvement ces principes que j'ai déjà exposés dans le Livre Vert des Réformes administratives, page 33, et dans le Livre Blanc^ pages 1 , 3, 82, i5o et i5g. Ce sont les principes relatifs à la suppression des influences personnelles et à leur remplacement par un système régulier d'Administration (i); à la réduction et à la diminution des grandes circonscriptions administratives; à la création de petits États-tampons entre les diverses tribus; à la création d'un Conseil des tribus. D'ailleurs, sur ce dernier point, c'est-à-dire sur l'institution d'un Conseil des tribus, j*ai pu relever divers indices qui ont prouvé Tannée dernière que l'utilité de cette institution était parfaitement démontrée. Il y en a eu en effet quelques applications:

C'est un essai d'entrevue entre l'Ilkhani des GhachghaTs et le Cheikh de Mohammerah à Chouster le i4juin 1912, et c'est le premier essai de conversation de Mokhberos-Saltaneh avecSovvrlat-ed-DowlehàChiraz,quandMokhberos-Saltaneh a pris possession de son Gouvernement général.

(1) Voir aussi mon Essai sur V administration persane ^ passitn, et Lipre Rouge y passim.

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