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CHAPITRE II

LE MAL QUE NOUS FONT LES P^CHES v6nIELS ET DE QUELLE MANIERE NOUS LES POUVONS EVITER

Quoiqu'il ne soil pas en notre pouvoir d'6viter tous les p6ch6s v6niels, nous devons n6anmoins et nous pouvons, avec la grace de Dieu, veiller sur nous avec tant de soin qu'il soil rare que nous y tombions, m6me par m6garde, et que nous n'en commetlions jamais de propos d^Iib6r6, quand il s'agirail m6me de sauver noire vie. Car, ainsi qu'un nuage 6pais obscurcit les yeux du corps, de m6me les p6ch6s v6niels obscurcissent les yeux. de I'ame el nous emp6chent de voir Dieu ; ils 6teignent la ferveur de Tainour divin ; ils emp^chent que nos priferes ne soient exauc6es aussi facilemenl qu'eiles le seraient si nous en 6lionsaffranchis ; ils d6ligurenl el souillent Tame, ce qui contrisle I'Esprit-Sainl, et donne un sujet de joie a I'esprit malin ; ils privent Tame de la familiarity de Dieu autant de temps qu'elle demeure sans s'en corriger; ils entrainent I'homme dans de plus grands el de plus 6normes p6ch6s ; ils affaiblissent lellement

les forces de Tame qu'elle en est moins capable de r6sister a ses mauvaises inclinations ; ils rendent I'esprit languissant et paresseux a faire le bien ; ils attachent nos d6sirs aux choses passag6res ; ils prolongent la dur6e des souflfrances du purgatoire, et ils tiennent Tame priv6e pendant longtemps de la vue et de la presence de son Dieu.

Que chacun examine mainlenant en soi-m^me si c'est si peude chose que le prejudice quecausent ces sortes de p6ch6s, particuli^rement lorsqu'on les commet de propos d61ib6r6, ou bien par une mauvaise habitude. Or il faut savoirqu'il y a six moyens ou six dispositions par lesquelles, avec le secours de la grace, nous pouvons 6viter les p6ch6s, tant morlels que v6niels, pendant que nous sommes actuellement dans ces dispositions.

La premiere, c'est lorsque nous sommes prot6g6s par la puissance de Dieu et que nos forces sont soutenues de la force m6me divine, c'est-adire lorsque Dieu le P6re engendre, pour ainsi dire, son Fils unique dans le fond de nos coeurs : car alors la grace de J6sus-Christ p6nfetre loutes les puissances de notre Sme, en sorle que chacune d'elles regoit une vigueur toute divine pour resistor a tout ce qui n'est point de Dieu, et plus encore k tout ce qui lui est conlraire.

La seconde, c'est lorsque les puissances int6-

rieures altendent I'ordre des puissances sup6rieures : car c'est ce qui conserve Thomme dans la droiture et dans la justice; et c'est la I'^tat dans lequel Dieu avail cr66 le premier homme, qui lomba dans le p6ch6 au m6me moment que les puissances inf6rieures de son kme le d6tourn6rent de la d6pendance qui les soumettait aux puissances sup6rieures. Ainsi, il laut n6cessairement que nous tombions lorsque, sans I'aveu et les ordres de la raison, nous nous portons au plaisir des sens. Mais lorsque la droite raison nous permet de sortir comme de nous-m6mes pour agir au dehors, nous ne devons point appr6hender de chute; et pour cela, il est besoin d'avoir une grande lumiere d'en haut et une profonde humility, de peur d'etre surpris par notre ennemi.

La lroisi6me, c'est lorsque la volonl6 humaine, s'abandonnant enli6rement a la volont6 divine, ne fait qu'une m6me volont6 avec elle, et que la raison, ayanl toujours I'oeil tourn6 vers Dieu, n'a point d'autre soin que de m6priser sa propre volont6 pour vivre selon la volont6 divine. L'homme ne p6che jamais sans qu'il ne sorte plus ou moins decet 6tat.

La qualri^me, c'est lorsqu'on garde la m6diocril6 en toutes choses ; car celui qui pent prendre le milieu dans toutes ses actions est sans d^faut,

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puisque lous les dSfauts viennent d'un d^reglement qui consiste a faire plus ou moins qu'il ne faut; mais celui qui fait ce qu'il doit faire et qui omet ce qu'il doit omettre, est toujours 6cout6 favorablement de Dieu.

La cinquieme, c'est lorsque rhomme embrasse int6rieurement et ext6rieurement une pauvrel6 volontaire: car les pauvres, vivant au milieu d'une affliction continuelle, portent avec eux leur peine toute pr6te, s'ils viennent a tomber par hasard dans quelque p6ch6, et consument leur faute dans la fournaise ardente de la pauvret6.

La sixi^me, c'est lorsque le feu vivant de I'Esprit-Saint a embras6 le coeur de I'homme, parce que le grand amour de Dieu efface lous les p6ch6s de la conscience, et la rend pure et exempte de toute souillure; en sorle que si quelqu'un brAlait incessamment de ce feu divin, il vivrait incessamment sans p6ch6, n'^tant pas possible que I'amour et la haine puissent habiter ensemble dans un mfirae coeur. Celui done qui aime parfaitemenl Dieu, est comme forc6d'6viter tout ce qui est contraire a Dieu. Celui enfin qui, examinanl paravance toutes ses paroles et toutes ses actions avant que de les produire, reconnait celles qui ne sont d'aucune utility, les supprime pour la gloire de Dieu, et travaille de toutes ses forces, en la mani6re que je viens de dire, a se

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garder du p6ch6, celui-la, dis-je, est d6fendu et respects par les Anges et pai* toute la troupe c61esle des Bienheureux ; son oraison, qui est toute pure, est aussitdt exauc6e de Dieu ; il a la libert6 de s'approcher de lui et de jouir de sa familiarity, et pour un plaisir passager qu'il a m6pris6, il trouve en Dieu la paix et la consolation de son ame; son coeur est si bien affermi et ses forces tenement augment6es, que les tentalions ne sauraient plus le vaincre ni I'entrainer dans de grands p6ch6s; et s'il mourait dans cet 6tat, il entrerait dans la joie de la celeste patrie, sans passer dans les souffrances du purgatoire.

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