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CHAPITRE XIV

DU RENONCEMENT A LA PROPRE VOLONTE ; DE L'USAGE DES CHOSES DE LA TERRE ; COMMENT NOUS DEVONS ETRE PAUVRES D'ESPRIT, ET PRODUIRE TOUTES NOS ACTIONS EXTERIEURES PAR UN PRINCIPE DE SAINTETE ET DE VERTU

L'ob6issance renferme I'abn^gation de la propre volont6 et du propre sens ; car on ne saurait 6tre v6ritablemeut ob6issant, sans assujettir en loutes choses le sens int6rieur aussi bien que les actions ext^rieures a une volont6 6trang6re. Or, cette abnegation et ce d6tachement, dont nous avons d6ja amplement parl6 ci-dessus, font vivre I'homme avec une veritable discretion

dans tout ce qu'il fait et ce qu'il ne fait pas, sans aucun choix d'une ctiose plut6t que d'une autre, le soumettant pour la gloire de Dieu a la volenti de ses sup6rieurs, et lui faisant suivre les conseils des personnes vertueuses avec lesquelles il vit.

Celui qui a I'esprit de propri6t6 ne vit que pour soi, ne fait rien pour Dieu, et ne s'emploie pas pour le prochain. Gelte sorte d'esprit parliculier s'attache avec tant d'opiniatret6 a toutes ses pens6es et a tous ses projets, qu'a peine Pen peut-on dissuader. 11 a de si hauts sentiments de lui-mSme qu'il a bien de la peine a les abandonner. ce qui sans doute ne peut venir que d'un principe d'orgueil : d'oti il arrive qu il perd quelquefois la paix de la conscience, qu'il ne trouve aucun goilt aux bonnes oeuvres qu'il fait, parce qu'il est mal dispose pour recevoir la gr^ce, et n'a point de repos, parce qu'il desire tantfit une chose et tanlOt une autre.

II y a des temps oil cet homme d^sirerait de passer par diverses 6preuves, d'avoir la paix avec Dieu et de faire une g6n6reuse conversion : alors il se condamnerait a I'indigence. Quelquefois 11 lui prend envie de se retirer dans une solitude ou dans quelque autre congregation plus sainte, et dans celte multiplicil6 de penst^es el d'6garemenls il s'imagine 6tre heureux ; mais.

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en v6ril6, il n'est mil que par lui-m6me et il n'est conduit que par sa propre volenti, quoiqu'il ne s'en apergoive point : car il n'arrive presque jamais qu'il s'616ve aucun trouble dans I'homme que par sa propre volont6, soil qu'il le connaisse ou qu'il ne le connaisse pas, I'amour 6tant la source de la paix et de la bonne intelligence qui est enlre les hommes, et la volont6 propre 6tant le venin qui empoisonne celte source et qui lui est directement oppos6.

Dieu n'a rien lant en aversion que la propre volenti. « Faites cesser, dit saint Bernard, la t propre volont6, et I'enfer ne subsistera plus. » Et sur qui pensez-vous que ce feu d6vorant exercera sa force, si ce n'est sur celui que la propre volont6 aura affermi dans le mal? Au reste, il y en a un grand nombre qui ont de la repugnance pour plusieurs sorles de choses, et qui atTectent de certaines singularit6s d'oii leur r6sultent de continuelles difficult^s. On peut dire de ces personnes que les choses de la terre ne leur font point obstacle, mais qu'elles sont elles-m6mes leur obstacle dans ces cboses pendant qu'elles les recherchent avec un amour d6r6gl6. Qui que vous soyez, done, qui Hes dans ce d6sordre, commencez par vous-m6me et vous renoncez tout le premier : car, si vous n'arrachez de votre coeur et ne rejetez loin de vous eel amour-pro-

pre, source de d^sordre, de quelque c6t6 que vous vous tourniez, quelque part que vous vous refugiez, vous rencontrerez toujours de I'agilation et des emp^chements. Celui qui ne se quitte point trouve d'autant moins la paix qu'il cherche, qu'il s'empresse davantage a la poursuivre ; semblable en cela a celui qui s'est 6gar6 de son droit chemin, son anxi6t6 redouble a mesure que les sentiers se multiplient, et n'ayant aucun bon guide pour choisir le meilleur, il s'6gare de plus en plus. Que devons-nous done faire pour 6viter ce malheur? Nous devons sortir de nousmfimes et nous renoncer aussil6l qu'il se pr6sente a nous quelque objet dans lequel nous nous rechercherions avec un amour vicieux, et alors nous aurons tout abandonn6.

Mais voyons mainteoant ce que c'est que I'amour d6r6gl6. Si je me sens convert de honte et de confusion, si je me trouve accabl6 de quelque disgrace, si je souffre une perte de biens, ou qu'il m'arrive quelque autre d6plaisir qui me fasse tomber dans un grand ennui et dans une grande affliction, c'est un t6moignage Evident que je suis poss6d6 de I'amour de moi m6me : car si ces choses arrivaient a une personne que j'aimasse moins que moi, elles ne me toucheraient pas si sensiblement dans sa personne que dans la mienne, quoique je valusse inflnimenl

moins qu'elle : ce qui ne peut venir que de I'affection propre que je me porte. Ce sentiment est d6r6gl6, puisque nous s(»mmes obliges en conscience d'almer plus que nous-m6mes ceux qui sont plus vertueux que nous, et d'avoir pour eux plus de tendresse, puisqu'ils sont plus chers ei plus agr6ables a Dieu dont I'amour doit 6tre la r6gle du n6lre. Ainsi nous devons aimer davantage les choses qu'ii aime le plus, et m6me ne rien aimer ni hair en nous que ce que Dieu y trouve d'aimable ou de digne de haine.

Si, done, I'amour d6r6gl6 de nous-m6mes ne nous aveuglait pas, nous ressenlirions de la joie au milieu de I'accablement et de la persecution ; car il n'y a que cet ennemi domestiquequi nous soit contraire, qui soufTre et qui soit frapp6 des maux que nous 6prouvons; il devrail 6tre par consequent I'objet de noire aversion. Et qui est celui, je vous prie, qui serail fach6 que quelqu'un s'unit avec lui pour faire la guerre a son ennemi capital?.... Nous sommes done enti^rement insens6s si nous nous laissons troubler et enflammer de colore lorsqu'on nous ravit ce que nous poss6dons; el y a-t-il rien que nous devious avoir lant en horreur que cetle propriety malheureuse qui produit en nous lant de fausses joies et de v6ritables misferes, et qui nous r6duit dans un tel endurcissement, qu'il ne nous est

pas possible d'61ever avec liberty notre coeur et notre esprit a Dieu comme nous voudrions t Qu'est-ce que Dieu aime surtout en nous? C'est i'abandon entier de nous-m6mes, afin qu'il y puisse accomplir sans resistance tous les mouvements de sa volont6 bienfaisante.

Celui done qui se possede avec moins d'attache est celui que Dieu ch6rit davantage ; il a non seulemenl plus de conformity avec I'fitre divin et de disposition a ex6cuter avec joie ses commandemenls, mais encore il possfede plus de sagesse , il est d'autant plus a Dieu qu'il est moins a lui-m6me, suivant I'ordre parfait de la charit6. Plus nous aimons Dieu et plus nous tachons de lui plaire, plus aussi nous avons d'amour sincere et veritable pour nous-m^mes : sur quoi il est a propos de remarquer, qu'encore que nous soyons obliges de renoncer a toute propriety d6sordonn6e, nous devons n6anmoins conserver, sans la perdre jamais, la propri6t6 legitime et la possession oil nous sommes de louer Dieu, de I'aimer et de le servir continuellement ; el il ne nous est pas permis de I'abandonner, puisque c'est en elle que consiste notre vie 6ternelle : car nous aimerons 6lernellement Dieu, nous le louerons, nous le contemplerons, el nous ne vivrons point d'autre vie que de celle-la lorsqu'il r^gnera en nous par sa gloire.

Au reste, lorsque, en glorifiant Dieu, le zele que nous avons pour lui nous fait tomber comme en d6faillance, ne sachant plus quelles louanges ni quelles marques d'amour lui donner, a cause de la grandeur infinie de sa Majesty, celte faiblesse nous serl pour nous 61ever a Dieu : nous sommes alors plut6t dans un 6lal passible que dans un ^tat d'action en recevant Tinlluence divine, et nous devenons par elle une m6me vie avec Dieu, qui nous 616ve au-dessus de nous, et qui, nous faisant vivre en lui, nous fait mourir a nous-n)6mes ; si bien qu'alors, par cet amour divin qui nous a transport's en Dieu el nous a fait mourir en lui, nous ne sommes plus avec noire Dieu qu'une vie et qu'un amour, et nous vivrons un jour perp6tuellement d'une vie d'amour, de louange et de jouissance lout ensemble. Lorsque nous aimons Dieu, ou que nous le louons par la grace ou dans la gloire, nous sommes toujours presents devant lui, et sentons comme une faim continuelle et un d6sir infatigable de le glorilier. Mais lorsque nous nous 61evons au-dessus de nous-m6mes par des transports d'amour, nous produisons moins noire action que nous ne la recevons, tout ce que nous faisons n'6tant rien autre chose qu'une certaine pente sans effort et une affection simple et amoureuse vers I'amour 6ternel , qui est Dieu m^me :

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ce qui surpasse la port6e et les d6sirs de la puissance qui aime. Quand nous sommes ainsi 61ev6s par Tamour au-dessus de ce que nous sommes, nous sommes enti^rement rassasi6s, et il ne nous manque plus rien.

Mais disons quelque chose de plus de I'amourpropre. De m^me que celui qui vit dans cet attachement de soi-m6me ne se quitte jamais si enli6rementque son orgueil n'aime loujours mieux commander aux autres que de leur ob6ir, de m6me celui qui est occup6 a an^antir en toutes choses sa propre affection, tant dans ce qu'il fait que dans ce qu'il cesse de faire, et m6me dans ce qu'il souffre, est plus port6 a rendre qu'a recevoir lob^issance : aussi la cause et la mati^re de tout orgueil est d6truile en lui, I'humilit^ y regoit sa derni^re consommalion, Dieu y acquiert toute la puissance qu'il veut avoir sur I'homme, et la volont6 humaine devient si 6troilement unie a la volont6 divine, que I'homme ne saurait vouloir ni d6sirer que ce que Dieu veut et desire. C'est en cet 6tat qu'il se d^pouille du vieil homme pour se rev6lir du nouveau qui est cr66 suivant la volont6 sainte du Seigneur.

Si quelqu'un abandonnait quelque grand empire, renon^.ait m6me a la souverainel6 de tout I'univers el en c6dait la jouissance, ce serail ne rien quitter du tout ou bien quitter lr6s peu de

chose s'il se r6servait la possession de lui-m6me. Mais celui qui se renonce et se qui tie soi-m6me, a tout quitt6, soit richesses, soit honneurs, ou toute autre chose qu'il ait 6t6 oblige de se r6server ; car il sait se servir de tout pour la gloire de Dieu, dans la rigueur de la n6cessit6, comme de choses qu'on lui a pr6t6es; il en use comme un serviteur a qui on a laiss6 I'usage d'une chose pour en donner le superflu aux. pauvres et aux mis6rables, et non pour le retenir par un amour d6sordonn6. II s'imagine que ceux qui ont un plus grand besoin que lui des biens qu'il poss6de, en sont plus les mailres que lui-m6me, et il a une si forte aversion dans son coeur pour toutes les choses de la terre, qu'il recherche plut(5t I'opprobre et le m6pris que I'honneur et la gloire, et pr6f6re I'ob^issance au commandement : aussi le monde ne lui peut-il sembler qu'une rude croix. Il fuira done ce que le monde aime, et aimera ce que le monde fuit.

Mais lorsqu'il esp^re pouvoir produire quelque fruit par ses actions ext6rieures, soit en gagnant quelqu'un a Dieu, soit en servant les malades, ou bien en exer^ant quelques autres actes de charit6, il quitte avec joie la retraite et la solitude, quelque inclination qu'il ait pour elle. parce que la charite ne cherche point ses propres interits (I Cor., 13), et qu'il n'y a point

de vie plus parfaite que celle qui se passe dans le commerce et dans la soci6l6 des hommes lorsqu'elle est remplie de charii6 envers le prochain. Et d'autant qu'il est plus porl6 au recueillement int6rieur que beaucoup d'autres, il se produit au dehors avec bien moins de danger et moins d'embarras que ceux qui se portent avec facilite aux objets exterieurs. Or I'homme doit employer tous ses soins pour retrancher en soi I'amour et le plaisir des 6tres strangers, afin de demeurer pur et sans souillure parmi les choses vaines et passag6res : car Dieu ne veut pas que nous ayons la propri6l6 m6me d'aussi peu de bien que notre ceil serait capable d'en renfermer. C'est pourquoi tant6t il nous 6te, tant6t il nous redonne ce qu'il nous a (5t6, et nous fail passer par des 6preuves diff6rentes, atin que, nous meltant dansun d6nuement entier et une indigence parfaite, il puisse op6rer luim6me notre salui en nous.

Lors done que I'homme d6tach6 et inort au monde se produit au dehors et se tourne vers les objets exterieurs, il ne laisse pas pour cela de demeurer toujours renferin6 dans lui-m6me et d'avoir sans cesse les yeux de son 5me tourn^s vers le Seigneur. S'il s'apergoit qu'il s'est port6 inutilement et sans necessity aux choses du dehors, il retourne aussitOl sa pens6e et son affec-

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lion vers Dieu, avec une grande aversion de sa 16g6ret6 el de son inconstance ; et parce qu'il n'a d'allache pour aucunft chose, il n'a pas plus de peine a s'occuper exl6rieuremenl qu'a se recueillir en soi-m6me. L'apOlre sainl Pierre dit : Votis voyez. Seigneur, que nous avons tout quitte (Mallh., 19). quoiqu'ils n'eussenl, en effel, quitl6 qu'une barque el desfiiels.Ce qui a fait dire a sainl Gr6goire : « Que celui-la a quitl6 beaucoup, qui, t en renon^anl a ce qu'il poss^dait, a encore re- « nonc6 a la concupiscence. » lis onl done quitt6, en le suivant, loul ce qu'ils pouvaient souhaiter et pr6tendre en ne le suivant pas : car celui qui se quitte soi-m6me et par sa propre volont6, guitte aussi effeclivement loutes choses que si elles lui apparlenaient et qu'il en filt le maitre, puisque c'est quitter un objel que de s'abstenir, par amour pour Dieu, de le d6sirer. C'est ainsi que le Seigneur disait lui-m6me : Bienheurev^. les pauvres d'esprit f c'esl-a-dire de volonl6 ; et nous ne devons point douter que, s'il y eiil eu une voie plus sure que celle-la, ce bon Maitre ne nous I'etlt enseign6e, puisqu'il dit encore dans un autre endroit : Que celui qui veut venir apres moi, commence par renoncer a soi-meme. C'est en cela que tout consiste.

Veillez done sur vous-m6me, avec une entifere exactitude, et aussiWt que vous remarquerez en

vous la moindre recherche de vous-m^me, renoncez-y au m6me moment, parce que vous y aurez d'autant moins de peine que vous aurez 6t6 plus prompt a le faire; et vous serez d'autant plus propre a cette abnegation de vous-m6me, que vous serez quitt6 plus souvent et plus enti^rement. Mais lorsque vous vous y exercerez, faites-le plut6t pour la gloire de Dieu que pour I'amour de cette vertu.

II faut n^anmoins savoir qu'il n'y a personne en cette vie qui soit si parfaitementmort a toutes choses, qu'il n'en rencontre encore quelqu'une a laquelle il ne doive mourir. Mais il y en a bien peu qui songent a batir sur ce fondement, et qui consid6rent assez qu'il doit y avoir de la proportion et de r6galit6 entre une chose qu'on achate et le prix auquel on I'ach^te, et que, par consequent, Dieu, avec toutes ses richesses, n'entrera en nous qu'autant que nous quitterons tout et nous-m6mes aussi, et il ne vivra au dedans de nous qu'autant que nous y mourrons a nousm6mes. C'est pourquoi faites lous vos efforts et employez tout ce que vous avez pour acqu6rir Tabnegation de vous-mfime; car c'est ainsi, et non point autrement, que vous obtiendrez une paix veritable, laquelle, etant fondee et alTermie sur I'immutabilite de Dieu, ne pourra 6tre que trfes difficilemenl troubiee.

Les hommes ne doivent pas lant prendre garde a ce qu'ils font qu'a ce qu'ils sont en euxm6mes ; car si le fond de leur coeur 6tait bon, leurs actions ie seraient aussi sans difficult^, et si leur conscience 6tait juste etdroile, leurs oeuvres le deviendraient aussi. Plusieurs font consister la saintel6 dans Taction; mais ce n'est pas en cela que se trouve ce qu'elle a de meilleur, car c'est dans son principe qu'on doit la juger aussi bien que les actions qu'elle produit, c'esta-dire qu'il faut 6tre saint pour agir saintement. Quelque saintes que soient dos oeuvres, elles ne nous sanctifient point en quality d'ceuvres. C'est nous, au contraire, qui les sanctifions en tant que nous sommes saints ; et autant est saint le principe qui les produit en nous, autant aussi sont-elles saintes. Le boire. le manger, la veille, le repos, la pri^re, le discours, la mortification de la chair par le jeAne, el g6n6ralement toutes nos actions, n'ont rien de grand el de considerable qu'en tant qu'elles sortenl d'une source abondante d'amour qui les rapporte a la gloire 6ternelle de Dieu, et I'^tendue de eel amour est la mesure de leur saintet6 : car celui qui aime le plus Dieu, est sans doule celui qui est le plus saint en lui-m6me.

Nous devons done employer tons nos soins a nous procurer un grand fond de saintet6 el de

justice, pour en faire soriir autant de bonnes oeuvres que nous le pourrons. Car c'est au fond de I'ame que r6sicle I'essence de rhomme juste, et sa beatitude et toutes ses oeuvres deviennent vertueuses, de ce que sa volont6 est bonne et occup6e par amour au service de Dieu. Enfln. c'est 1^ qu'il faut rapporter sans cesse tous nos soins et tous nos exercices ; c'est la fin a laquelle toutes nos pens6es et toutes nos actions doivent tendre, afin que Dieu soil glorifi6 en nous et que ses grandeurs soient reconnues. Plus nous agirons dans cet esprit, plus toutes nos oeuvres, quelles qu'elles puissent 6tre, seront grandes et divines. C'est pourquoi attachez-vousfortement a Dieu, 6 ames fiddles, et toutes sortes de biens vous accompagneront. Ne cherchez que lui seul, et vous rencontrerez tous les autres biens en lui ; carcelui qui abandonne tout et qui ne se reserve rien pour I'amour de Dieu, possMe sans doute toutes choses en Dieu, comme dit TApdtre ;.et il n'y a rien qui lui soit plus agr^able el qui nous soil plus utile et plus doux, que de faire el de souffrir pour sa seule gloire tout ce que nous faisons et tout ce que nous souffrons : parce que cela ne se fail jamais sans un avanlage considerable, el il n'y a point d'action qui soit plus propre a produire en nous toute sorle de sainlel6. Dieu r6pand loujours avec abondance tous les

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biens dans celui qui lui est uni par amour et par des sentimenls de louange, comme dans un vase Irfes pur et tr6s propre a recevoir les dons de sa grace.

Lors done que nous sommes arrives a cet 6tat, nous obtenons avec joie, en renongant a nousmSmes, en glorifiant Dieu et en nous unissant a lui par Tamour. ce que nous ne cherchions auparavanlqu'avec beaucoup de peine et de d^plaisir lorsque nous suivions nos propres sentiments : de sorle que notre abnegation fait reussir toutes choses a notre avantage. (Rom , 8, 28.) G'est pourquoi nous devons renoncer de bon coeur a notre propre volonl6, qui est la peste la plus redoutable et la plus dangereuse dont nous puissions 6lre altaqu6s : car elle ravit a Dieu, autant qu'il lui est possible, sa toute-puissance, sa sagesse et sa justice ; et elle serait bien aise qu'il ne voulut ou ne put pas punir le p6ch6, ce qui est lui dter par le d6sir sa puissance et sa sagesse. De m6me qu'elle voudr^it bien s'exempler des cliatiraents qu'elle m6rite, elle d6sirerait par la qu'il se montrat injuste. Et comme I'amequi aime Dieu endurerait plutdt toute sorte de peines et de lourments quede relrancher la moindre partie de sa gloire, de m6me une time infect6e de la 16pre de la propre volenti priveraitDieu volonliersde son excellence, afinde conserversa propri6t6. Prions

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celui qui s'est rendu ob6issantjusqu'a la mort de la Croix, pour I'amour de nous, de nous pr6server de ce maltieur f Ainsi soit-il.

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