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CHAPITRE XXIV

COMMENT NOUS DEVONS ETRE UNIS A JESUS-CHRIST, ET NE NODS ENTRETENIR QUE DES CHOSES DU CIEL

« Je connals, dit I'Ap^tre, un homme en Jesus- Chrisl. » Peu de personnes prennent comme il faul le sens de ces paroles. Certes, il est absolumenl n6cessaire, si nous voulons n"6tre quune rn^me chose avec J6sus-Christ , d'abandonner enli^rement tout ce qui porte nos regards vers un autre objel que lui, soit au dedans de nous, soil hors de nous. Tous les esprils bienheureux, qui sont dans la gloire, sonl si ins6parablement unis, que chacun en particulier ressent les monies niouvenients de joie et d'all6gresse du bonheur et de la f61icit6 des autres que de la sienne propre ; et leur volont6 est tellement d'accord avec la volonl6 divine, que celui qui

esl le moindre de tous ne desire ni n'ambilionne la beatitude du plus 61ev6. II serait a souhaiter que notre volont6 fiit ainsi unie a celle de Dieu : car Dieu ne met point de difference entre le Juif et le Gentil, et il est hors de doute que si saint Paul, ce vase d'61ection, vivait encore, il aurait peut-6lre plus d'affection et de familiarity pour une personne que pour une autre ; mais ce plus ou ce moins d'affection et de familiarity n'aurait pour r6gle, en toutes choses, que Jesus-Christ, et il ne consid6rerait personne qu'autanl qu'on serait a J^sus-Christ ou qu'on voudrait etre ramen6 a J6sus-Christ. De meme, il ne faut pas qu'il y ait rien en nous qui ne soil conforme a la volonl6 divine; nous ne devons pas m6me avoir d'amour et de d6sir de notre propre bonheur 6ternel qu'en J^sus-Christ, ni vouloir etre dnns le ciel plus haut ou plus bas, plus pres ou plus loin de Dieu que le Trfes-Haut ne I'a r^solu de touie 6ternil6, et ne le veut maintenant. Cette resignation nous doit 6tre si ch6re et si agitable, que nous ne puissions pas souhaiter autre chose. Or, il me semble qu'il n'y a rien qui con- Iribue davantage a nous mettre en cet etat que de vivre coinme si Taction de tous nos sens 6lait suspendue; que de nous renfermer en nousm^nies hors du monde et de la chair ; que de bannir enliferement de noire esprit les soins et

les inquietudes des choses passag6res ; que de nous entrelenir assiddment avec notre Cr^ateur et avec nous-ra6mes ; que d'entendre toujours parler avec joie des choses invisibles. Elevens notre esprit au ciel, qui doit 6tre un jour notre possession el notre heritage, afin de ne remplir les facult6s de notre ame que d'id6es celestes et divines, afin de la purifier des illusions terrestres et mat^rielles pour la rendre un miroir sans tache qui repr6sente I'image de la Divinile, qui soit sans cesse 6clair6 de sa lumiere, et qui trouve en elle comme un commencement du si6cle a venir. Quoique noire corps soit parmi les choses d'ici-bas, notre esprit s'efforcera, par la ferveur et TassiduitS de ses pri6res, d'6tre admis, comme par une sorte dejouissance, dans la compagnie et la familiarity des Bienheureux, si bien que, renoncant et m6prisant les vanit6s de la terre, il se porta uniquement aux biens solides qui sont dans le ciel.

II n'y a que celui qui est assez heureux pour goilter ces d61ices et sentir en lui-m6me I'agr^ableodeur qu'elles r6pandent, qui comprenne ceci parfaitemeut ; d'oii vient que nous lisons que le Seigneur dit a saint Augustin :. t 0 homme, si « vous voulez m'acqu6rir, abandonnez-vous pour « moi, et alors vous ouvrant les bras, je me ren- « drai moi-m6me a vous en ^change, et m'arra-

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« chant a moi-m^me, je me donnerai effective- « ment a vous ».

Une personne 6minente en savoir s'informait d'une fille dont la vie 6lait tres parfaite, par quelle voie elle 6tait arriv6e a une si grande saintet6. Elle lui r6pondit, avec une ob6issance humble el simple, qu'elle y 6tait parvenue en pratiquant lesdix maximes qui suivent :

Premieremenl, dit-elle, lorsque je m'apercevais avoir quelque complaisance pour mol, a I'heurem^me, en quoi que ce put^trej'y renoncais.

Secondement, je n'ai jamais cherch6 d'excuse pour opposer aux calomnies qu'on inventailcontre moi, mais j'ai laiss6 a la v6rii6 le soin de m'excuser.

Troisiemement, j'ai toujours ch6ri la pauvret6 et rejet6 la consolation des creatures p6rissables.

Quatri^memenl, j'ai toujours refuse I'honneur qu'on m'a voulu rendre, el j'ai pris plaisir a demeurer dans le m6pris et dans les opprobres qui m'arrivaient.

Ginquifemement, je n'ai jamais 616 telleraent accabl^e de peines, de douleurs et de traverses que je n'en aie souhaif6 encore de plus j?randes, me reconnaissant pourtant indigne que Dieu me les envoyat avec ledon de les supporter.

Sixi6mement, je ne me suis jamais arr6t6e

avec satisfaction sur aucune lumi6re ni sur aucune v^ril6 qui ra'ail 6t6 infuse de Dieu, et je ne me suis repos6e sur aucun don de sa grace, mais sur lui seul, qui est le dispensateur de toutes les graces.

Septi^mement, je me tournais el me portais sans cesse avec un amour violent vers le bien souverain et infini, qui est Dieu m6rae.

Huitifemement, lorsque je connaissais des personnes qui commettaient quelque faute contre la v6rit6 par leurs paroles ou par leurs oeuvres, les voyant ainsi courir a leur perleet a leur damnation 6ternelle, je les reprenais de leurs d6fauts par une pure cliarit6.

Neuvifemement, depuis que j'ai commence a marcher dans la voie du salut, je n'ai jamais retourn6 les yeux vers les cr6aiures inconstantes.

Dixiememeut, j'ai lach6 de m'exercer au dedans et au dehors a toutes les vertus de la mani^re la plus parfaile: car je me suis tenue en esprit parmi les Anges et les Saints, dans le ciel et sur la terre, comrae en la compagnie de personnes qui me sont aussi familieres que Test a un honn6le horame sa propre famille.

G'est pourquoi, toutes les foisque je renlre en moi-ra6me, j'y trouve I'imagede la Trinit6, dans laquelle je me vols une m6me chose avec Dieu en qui je consid^re toutes les creatures, et je n'ai

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pas une moindre connaissance de ceci que de tous les articles de ma foi.

Apres que cette sainte fiUe eut parl6 de la sorte, cet homme savant, qui I'avait interrog6e, rendit des actions de graces et de louanges a Dieu pour les faveurs dont il I'avait combine. Alors.elle lui dit : Enseignez-moi, Monsieur, comment il faut que je vive? — Vous traiterez, lui r6pliqua-t-il , plus doucement voire corps, afin qu'il n'apporte aucun empSchement aux fonctions de votre esprit. Mais cette vierge extremement sage lui repartit : ~ A Dieu ne plaise que j'en use de la sorle ! il est bien plus juste que je suive jusqu'a la mort dans la pauvrel6, dans la misere, dans la faim, dans la soif, dans le froid, dans le chaud, dans les tourments el dans les affronts J6sus-Christ mon Sauveur, qui n'a jamais goill6 aucune douceur dans la vie.

GHAPITRE XXV

DU BUT DE TOUTE LA PERFECTION, LAQUELLE CONSISTE A UNIR L'aME et TOUTES SES PUISSANCES AVEC DIEU

Le principe et la source de tous les biens qui arrivent <i Thomme spiritnel, c'esl une relraite

DE TAULER. 2o7

exl6rieure continuelle et le parfait recueillement de son coeur, joint a une r6llexion exacte sur ses d6fauts; c'est dapprendre, par la ferveur de sa devotion aux plaies et aux souffrances de J6sus- Christ, el par la pratique des verlus morales, a accepter les biens et les maux avec 6galit6 d'esprit ; c'est de les recevoir avec actions de graces, comme venant de la main de Oieu ; c'est entin de pers6v6rer avec joie dans ce d6sir et dans cette volont6.

Au contraire, la source et I'origine de tout mal, c'est roccupation inutile de nos sens ext6rieurs ; ce sont les discours vains et frivoles; c'est I'amiti^ el la familiarity des hommes, d'ordinaire si infructueuse. Que chdcun done, concevanl une forte aversion pour toutes les aflfections d6r6gl6es et pour toutes les volupt6s qui r61oignent de Dieu, se presse, aulant que la faiblesse de sa nature le lui peut permettre, de rentrer en soi-m6me, avec une profonde humility et une resignation parfaite a la volont6 divine, et que, d^tournant les yeux de son corps de dessus les objets sensibles, il tienne ceux de son ame dans une innocence et dans une tranquillity veritable el continuelle: qu'il emp6che son esprit de se remplir des images et des fantdmes des choses visibles et p6rissables, pour ne I'appliquer et ne I'^lever qu'a la contemplation

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des immortelles ; qu'il affranchisse enti^rement sa volont6 et ses d^sirs des inquietudes, des plaisirs, des craintes, et de I'amour des biens de la terre, pour ne s'occuper sans cesse, par des souhails profonds, des d^sirs pressants et des pri^res ferventes, que des pens6es du ciel toutes vives et tout enflamm^es ; qu'il excite et qu'il accoutume son coeur a deraeurer toujours attache par les liens de I'amour au souverain bien; qu'il possede avec une vraie pauvret6 d'esprit et d'atTection les richesses spirituelles et temporelies ; qu'il ne remplisse sa m^moire que des choses d'en haut, et qu'il ne I'occupe que du premier Etre, qui est le seul bien par essence : en sorte que toute son ame avec toutes ses puissances et toutes ses forces, se r^unissant en Dieu, devienne un m^me esprit avec lui ; et qu'ainsi I'amour divio la faisant entrer dans un doux sommeil au milieu des plaisirs celestes, elle 6coute dans cette profonde paix ce que Dieu lui dit. AussitCt qu'elle s'apercevra qu'il la veut encore faire passer plus avant dans la vie int6rieure, qu'elle quitle la contemplation et les exercices particuliersauxquels elle s'occupait par son propre travail, pour entrer, par un ravissement et par une extase, dans I'obscurite sainte d'un silence Eloquent, pendant lequel Dieu lui fera connailre plus parfailemeni son propre n6ant

el celui de toutes les creatures, dans cette lurniere sur6minente dont il est le pere, laquelle ne s'6teint jamais et ou Dieu se Irouve effeclivement.

Pour les autres exercices, corame la contemplation, la meditation, les pri^res, le proslernement, le jeiane, les veilles, ils se doivent rapporter, comme a leur fin, a cette union amoureuse dont nous avons parl6; il ne les faut entreprendre qu'avec prudence et discernement, et qu'autanl qu'ils peuvent 6tre utiles a I'entretenir. Or, la raison pour laquelle si peu de personnes y arrivent, c'est qu'elles ne pers6v6renl pas dans la pratique de cette perfection, et qu'elles ont peu ou n'ont point du tout de soin de d6truire en elles les volupl6s et les vices, d'obtenir la puret6 de cceur, et d'etre sans cesse appliqu6es a Dieu de la mani^re dont nous I'avons dit. Mais parce qu'aucune creature mortelle, tant qu'elle vit parmi la corruption de la chair, ne peut demeurer continuellement dans cette sublimit6 de contemplation, je n'ai rapport6 ceschoses qu'afin que nous sachions a quoi il faut attacher nos affections, et quelle est I'occupation, I'exercice el I'emploi que nous devons donner a notre ferveur et a notre zele, toutes les fois que nous tombons dans le trouble et dans la distraction.

Au reste, quand I'ame se trouve dans cette union avec Dieu, qu'elle lui en rende grUces et

qu'elle sen r6jouisse; mais si elle a lieu de craindre d'en 6tre d6chue, qu'elle s'afflige, quelle soupire, qu'elle g6misse de sa perte, el qu'elle rentre de plus en plus au fond d'elle-m^me.

Si elle rencontre de la difficult^ au commencement, qu'elle ne se rebute pas pour cela; car il arrive souvent que ce qu'une personne avait entrepris d'abord avec quelque sorte de violence et de peine, lui devient ensuite facile par Ihabilude, et lui donne enfin de la satisfaction et du plaisir, pourvu qu'elle n'abandonne point son entreprise. En un mot, si quelqu'un veut faire des progres dans la vertu, qu'il s'imagine 6tre devant le P6re celeste, qui est effectivement present partout, et qu'il entende sans cesse ces paroles retentir a ses oreilles, comme si elles lui 6taient adress6es de vive voix : « Mon tils, ren- « trez en vous-m6me, vous d^gageant de toutes « choses. Cherchez la puret6 de coeur, d^tour- « nant votre enlendement de dessus les images « d'ici-bas, d6ta^iant votre volenti et voire coeur « de I'amour des objets visibles. » — Qu'il ajoule a cela par un doux transport un souvenir continuel de Dieu, s'unissant imm^diatement k lui avec ferveur, alin que I'ame, 6lant recueillie en elle-m6me avec toutes ses forces et loutes ses puissances, comme nous I'avons dil, devienne ua m6me esprit avec lui.

DE TAUI>ER. 261

C*est la un abr6g6 de toule saintet6 par lequel on arrive ais6menl au terme el a la fin derniere dfi la perfection ; mais on la cherche si rareraenl qu'a peine voit-on une seule personne entre mille qui se la propose, chacun consumant sa vie el ses forces dans des occupations qui ne servent de rien, et passant inutilement la plus jrrande partie de ses jours sans aucun avancement spirituel, n6gligeant ainsi, par un aveuglement deplorable, ce bien auquel nul autre ne peut 6tre compart. Que celui done qui souhaite d'etre heureusement affranchi de tout p6ch6 et d'etre enrich i de loutes les vertus, se retire sans cesse en Dieu et s'y arrSte ; qu'il en fasse comme le camp ou il dresse ses tentes, et il triomphera de lous ses ennemis : car, plus une personne connait parfaitement sa bassesse, son infirmilS. son impuissance, plus ello offre sinc^rement a Dieu toutes ses oeuvres sans s'en attribuer rien, plus elle se sanctifie elle-mfime et sanctifie en m6me temps ses actions.

Que ferons-nous done, si nous sommes sages ? Nous foulerons aux pieds le ciel, la terre et tout ce qu'ils conliennent, aussi bien que nous-m6mes, nous fonderons notre esp^rance en Dieu, et ne nous reposerons quen lui seul, ne souhaitant rien au monde que de lui 6tre entitrement unis ? Pourquoi faut-il, par un d6r6glement 61range,

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que nous fassions nos d61ices de creatures mortelles avec lesquelles nous ne pouvons avoir d'union, au lieu que nous pouvons en queique sorte elre lransform6s en Dieu? Offrons-nous done a lui avec touLes les creatures avec toute TalTeclion, lous les d6sirs que nous avons pour elles ; et en faisant, pour lui rendre honneur, ce sacritice a sa divine volont6, nous avancerons plus en un seul jour dans la veritable verlii, que nous ne ferions pendant plus de trente ann6es en conservant notre amour-propre.

GHAPITRE XXVI

ABREGE DES INSTITUTIONS DE TAULER, RENKERM6 EN TROIS -POINTS. COMMENT NOUS DEVONS NOUS QUITTER NOUS-MEMES PQUU NOUS DONNER PARFAITEMENT A DIEU

Voici Irois points qui compiennent, comme en abr6ff6, tout ce qui est traits plus au long dans cet ouvrage.

Le premier est celui-ci : quiconque d6sire de s'61ever a un degr6 sublime de saintet6 et d'jHre rcQU au nombre des vrais amis de Dieu, quiconque veut I'aimer de loules les puissances de son hne, et le procliain comme soi-m6me, et le goii-

OE FAULER. 263

ter v6ritablement des ce monde, doit 6toufTer en son coeur toule la joie el le plaisir qu'il pourrait prendre hors de Dieu dans les creatures mortelles, quelles qu'elles soient : car on doit rejeter absolument quoi que ce puisse 6tre qui llatte la nature, et lout ce en quoi eile se cherclie, se trouve et se procure, soit au dedans, soil au dehors, un contenlement d6r6gl6 dont Dieu n'est point la veritable cause. Nous devons nous 6tudier a ne salisfaire en aucune maniere uotre sensuality : ce qui exclut toutes les choses que I'amour seul du plaisir, et non la loi d'unen6cessit6 legitime, nous fait poursuivre.

Le second point est : que celui qui voudra parvenir dans ce monde ou dans I'autre a la connaissance de la v6rit6 souveraine, doit se retrancher les plaisirs m6mes de I'espril dans toutes les choses auxquelles il pourrait avoir quelque attachement et quelque complaisance. Souvent, pendant qu'on se quille au dehors, on se laisse aller au dedans a de certains plaisirs d'esprit n6s des id6es et des occupations de I'entendement qui se cherche et se contente soi-m6me, et qui, se prenant pour son objet el pour sa tin, ferme la porte de sa connaissance a la veritable lumiere : en sorte qu'elie ne peut plus r6pandre en lui ses rayons purs et eclatants, a cause du plaisir qu'il trouve dans ses exercices; et qu'il cherche avec

d^r^glement dans sa propre nature et dans toutes ses ceuvres. Soil que cet homme contemple ou qu'il m6dite, soil qu'il invente des formes ou des images qui I'Smeuvent et le flattent, soil enfin qu'il s'occupe m6me aux objets inteliectuels ou fassequoi que ce puisse etre, si lout cela ne coniribue a ce qu'il prenne Dieu purement pour son premier objet et pour sa veritable fin, a ce qu'il le cherche et le possede lui seul avec un coeur simple, sincere et d6gag6 de tout autre objet, il ne saurait arriver a la veritable joie du coeur, n'ayant point pris la voie d'un entier d6pouillement.

Ce d^nuement, cette mortification de I'esprit est sans comparaison plus difficile que celle du corps; car les grands exercices de celui-ci, comme prier beaucoup, se tenir a genoux, jeAner, veiller, et faire d'aulres semblables oeuvres de pi6t6, c'est doux et agr^able au regard de I'esprit ; c'est la nature qui y pr«!!side et qui est ravie de s'y occuper, parce quesouvent elle se r6serve quelque int6r6tdansces sortes de pratiques. Mais dans la mortification de I'esprit. il faut dire adieu aux plaisirs, il faut les bannir, les renoncer, et mourir enli6rement a la propre complaisance ; il faut se d6pouiller de toute image, de touie id6e, de toule volonl6. de toute satisfaction, de toute mani^re d'agir qui acoompagne les bonnes

oeuvres de cette nature ; de telle sorle n^anmoins qu'on ne pense pas qu'il soit permis d'en n^gliger aucune.

C'est la proprement se mortifier et s'an6antir soi-m6me ; c'est la une esp^ce de mort, de d61aissement et d'abn6gation qui fait que I'homme ne se propose que Dieu seul et ne se repose qu'en lui. Qu'il s'appuie et se fonde purement et uniquement sur son n6ant, afin que Dieu puisse accomplir en lui et avec lui lout ce qui plait a sa divine volont6; el que Dieu seul veille, op6re, illumine, existe dans eel homme, qui par consequent n'aura plus de volont^, d'action, de luraifere, ni m^me d'existence, non pas absolumenl el a regard de sa nature propre, mais en une certaine maniere, en tanl qu'il est lout absorb^ en Dieu. qu'il n'a de Iui-ra6ine ni mouvement, ni action, ni d6sirs, et qu'il ne cherche rien en son particulier, ni pour le temps, ni pour I'^ternil6.

Le troisi^me point est : qu'aprfes que Thomme a enti^rement bris6 tous les liens qui I'atlachaienl au dehors et au dedans, et qu'il a appris a ne s'appuyer que sur son propre n6ant de la facon queje Taid^jadit, ilest en liberie de s'unir a cebien pur et sans melange, qui n'est autre que Dieu infiniment bon etinfiniment puissant. Mais cette union doit 6treen quelquesorteessentielle,

entiere, indivisible et parfaite : car I'inl6r6t se retire tout entier en Dieu et ne s'en dStache jamais; et Dieu, deson c6t6, y repond toujours en se communiquant a I'ame fidele. L'homme en cet 6tat regoit Dieu d'une facon essentielle, non sous quelques images ou dans des meditations, non par quelque 616vation d'esprit, ni sous quelque sorte de gout ou de lumi6re ; mais il le recoit iui-m6me en soi d'une mani^re qui surpasse de beaucoup tout mode, touteraison, tout transport, tout goiit, et toute lumiere qu'il puisse avoir, lui ou quelque autre creature. L'homme se trouve alors comme entour6 d'un nuage sacre ; mais Dieu I'illumine lui-m6me par son essence, lui qui est ineffable et infiniment au-dessus de tons les noms qu'on lui pent donner, et qui ne subsiste proprement el simplement qu'en lui-m6me; car I'essence divine consid6r6e en elle-m6me ne pent 6tre d6sign6e par aucun nom, et si on lui en donne quelqu'un, ce nest que par rapport aux creatures. Par exemple, a cause qu'il est le cr6ateur de toutes choses, nous I'appelons Dieu, et les AUemands I'appelient Gott, qui veut dire bon, comme il Test etTectivement. Et de ce que la creature a besoin de lui, nous I'appelons Mis6ricordieux, Doux, Indulgent, Favorable. Mais comme cette m^me creature, 6lanl sujelle aux vices, lombe souvent en des offenses que Dieu

DE TALLER. i,^l

punil, nous lui doiinons a cet 6gard le nom de Juge et la quality de Vengeur; et ainsi nous lui imposons plusieurs aulres noms ou attributs qui ne lui conviennent point proprenient suivant sa nature, 6tant en soi sans nom, sans image, sans forme, sans qualil6s, el d6gag6 de loute sorte d'accident.

Si nous connaissons Dieu de la sorte, la conversion qui nous attache a lui se pent dire veritable et essentielle; ce qui toulefois se fait en on moment et ne s'exprime par aucun discours; et celui qui est parfait, la peut reuouveler mille fois pendant I'espace d'un jour et dune nuit, en sorte que, par chacune de ces conversions, il sera uni essentiellement a Dieu, et m6rilera la jouissance et la beatitude e>sentielle. Oli ! que cette conversion est desirable, et que chacun devrait prendre plaisir a se d61ivrer de lout embarras, a sortir de sa captivil6, pour ne tourner les affections et les legarus de son ame que vers cette aimable lumi6re, afin de recevoir et de sentir le vif 6clal de ses rayons, quoiqu'ils ne dureni qu'un moment ! Les hommes paifails, et d6gag6s par consequent des choses de la lerre, 6tant une fois enlr6s dans cette voie, n'en sorlenl plus qu'aulant que la faiblesse humaine et la revolution des temps les oblige d'interrompre, pour un moment, le cours de cette spleu-

268 LES INSTITDTIONS

deur passagere. Mais ils ne s'en apercoivenl pas plutOt, qu'abandonnanttouteautre chose, soudain ils rentrent dans Tunion de cetle essence : ils n'occupent toutes les forces de leur esprit qu'a ceseul exercice, n'ayanl d'autre allenteni d'autre d6sir que de faire toujours place aux epanchements amoureux de la Divinity, et de preparer a Dieu m^me une voie dans lenr cceur, afin qii'il accomplisse en eux son oeuvre avec plaisir : que le P6re celeste y puisse produire imm6dialement son Verbe qu'il a engendr6 de toute 6ternit6, et qu'il puisse ex6cuter sa volont6 divine dans la plus pure, la plus excellente et la plus secrete partie de I'ame, en tout lieu, en tout temps, et en la mani^re qu'il lui plait.

L'homrae ne pent arriver a cet t^tat par un chemin plus court que par un assujettissenient perp6tuel a la volont6 de Dieu, par une profonde humility d'esprit, par un veritable abaissement de soi-m6me, et par une abnegation enti^re el sincere, se plongeant avec connaissance dans son propre n6ant et dans son origine 6ternelle, qui n'est autre que Dieu, dont la bonl6 el la grandeur sont intinies, et dans lequel il a 61^ de toute 6ternit6; en s'oubliant el soi-m6me et tons les hommes, et g6n6ralement tout ce qui n'est point Dieu ; en se d^gageanl des id6es el des images de toutes les choses ^Irang^res; ayant

sans relache Dieu seul pour objet essentiel, jusqu'a ce qu'il I'ait lellement altii«^ et uni a soi, que tout autre objet quel qu'il puisse 6tre, soit d'essence, soit deconnaissance, soitdeplaisir, lui 6chappe el lui devienneinconnu,etqu'enfin il ne connaisseque Dieu seul, tantparrexp6nence que par la raisori. V6ritablenient ceux qui viveiU de la sorte sonl ies plusparfaits de cetle vie, el ils serventplus a I'Eglise sainle pendant I'espace d'une beure, que ne le sauraient faire pendant plusieurs ann6es lous ceux qui vivent autremenl ; car un seul recueillenient en nous-m6mes el un regard de cetle sorte vers Dieu valent beaucoup mieux qu'un grand nombre d'oeuvres et d'exercices qu'on pratique sans 6tre dans cette disposition. C'est dans ce desirable 6tat qu'on trouve une paix assur6e et une vie vraiment semblable a celle de Dieu ; et c'est en cetle vie qu'est rabr6g6 de tout ce qui est contenu plus au long dans ce livre, tanl de ce qui pr6c6de que de ce qui suit : ce qu'il sera facile de comprendre par ce qui s'est passe dans une cerlaine apparition que je vais rapporter en pen de paroles.

Un liomme d'un rare raerile vit en esprit deux femmes d'une vertu extraordinaire, et il apprit en m6me temps, par r6v61ation, quel 6tait r^tat et la perfection de lune et de I'autre. Elles 6taienl occupies loutes deux a contempler

270 LtS INSTirUTlONS

imm^diatement Dieu. Mais il en voyait ane s'envoler si haul, qu'a peine pouvait-il la remarquer ni la reconnaitre. car elle ne paraissait plus a ses yeux que comme un petit rayon qui sort d'un flambeau; pour I'autre, il la voyait dans un lieu beaucoup plus bas. II fut frapp6 d'6tonnenient a la vue de ce spectacle, parce qu'il voyait que les yeux de ces deux personnes 6taient 6galement tourn^s vers Dieu. Dieu I'^claira, et lui fit connaitre que celle qui s'61evait le plus haut ^tait arriv6e a ce degr6 de perfection, qu'elle ne s'attribuait pas le moindre de tous les dons qu'elle recevait de lui , quels qu'ils pussent 6tre, mais qu'aussitCt qu'elle les avait re^-us, elle les lui rapportait sinc6rement; et que, comme elle acceptait les consolations divines sans s'y attacher ni se les approprier, aussi recevait-elle avec actions de graces de la main du Seigneur les souffrances, les incommodit6s, les m^pris, et tout ce qui lui arrivait de rude et de facheux. Faisant ainsi rejaillir les dons de Dieu sur Dieu m6me, elle s'y 6levait aussi par ce moyen, ne souffrant aucun obstacle ni aucun retardement par aucune usurpation particuliere, et ne s'attachant uniquement qu'a I'essence divine toute simple et toule pure.

II connut que la cause pour laquelle I'aulre demeurait dans uner^gion plus basse, 6tait qu'elle

I)E TAULKR. 271

prenait du plaisir et de la satisfaction aux dons qu'elle recevait, et qu'elle y avail une attache qui rempecliait de monler a leur source et de prendre Tessor jusqu'a Dieu. David dit : t Si mes ennemis ne r^gnent point dans mon ame, alors je serai pur et exempt de tous les grands crimes, et il arrivera que les paroles de ma bouche, les d6sirs et les pens^es de mon coeur vous seront agr6ables. 0 mon Dieu, vous 6tes ma force et mon lib6rateur! Bienheureux I'homme que vous instruisez, Seigneur, et auquel vous enseignez votre loi : car, 6 mon doux Sauveur! vous 6les un amour plein de charmes, sans bornes, ineffable et 6ternel ; et vous conduisez comme par un flux et un reflux inefl"able dans votre coeur paternel, noire origine d6s r6ternil6, toutes les ames qui s'abandonnent a une pauvret6 remplie de patience, de soufl"rance, de resignation et d'humilit6. » Ainsi soit-il.

GHAPITRE XXVII

l'ordre qu'il faut tenir dans le commencement et

DANS le PROGRES DE LA VIE SPIRITUELLE. COMMENT IL FAUT FARLER A PROPOS ET GARDER LE SILENCE

Trois Glioses contribuent a rendre I'homme juste :

La premiere est une conscience pure et exempte des reinords du p6ch6 mortel. C'est pourquoi celui qui desire devenir lioinme de bien se doit examiner et prendre garde s6rieu-. sement depuis quel lemps il est tomb6 dans le p6ch6, afin de se purifier de toutes ses fautes, suivant les ordonnances saintes de I'Eglise.

La seconde, c'est qu'il soil parfaitement soumis en toutes choses aux ordres de Dieu, aux lois de rfiglise et aux mouvements de la droite raison. 11 faut rendre une promple ob6issance a ces trois guides : c'est le moyen de vivre sans crainte el sans inquietude, et d'etre exempts dans toutes nos actions des reproches de noire propre coeur.

La troisi^me, dont personne ne doit 6tre d6pourvu, c'est d'avoir toujours I'lionneur de Dieu pour fin principale dans tout ce que nous fai-

sons. Que si la multitude de nos affaires nous emp6che d'avoir toujours ce premier objet devant les yeux, il faut au moins que nous soyons disposes de telle sorte, que nous n'ayons d'autre intention ni d'autre d6sir que de vivre selon sa volonl6 adorable.

La possession de ces irois qualit6s fail I'homme de bien, et celui-la surement ne Test pas a qui il en manque seulement une, car il doit savoir qu'il est priv6 de la grdce de J6sus-Christ. Au contraire, celui qui a form6 dans son coeur le dessein de pratiquer ces irois maximes, devient bon au m6me moment, et est susceptible de recevoir la grace et Dieu m6me, quelque m^chant qu'il Mt auparavant. Mais si cet horame qui est bon veut devenir un homme inl6rieur et spirituel, il faut encore qu'il ajoute trois qualit6s aux pr6c6denles.

La premiere, c'est d'avoir le coeur pur et d^gag6 de toutes les choses terrestres;

La seconde, de poss6der int6rieurement la liberty de I'esprit ;

La troisierae, de se sentir uni a Dieu.

Que chacun done de ceux qui s'imaginent 6tre dans ces dispositions s'examine lui-m6me; car quiconque desire avoir le cceur pur et Hre d6livr6 de toutes les images 6trangeres, ne doit mettre son amour ni son plaisir dans aucune des

choses qu'il possMe, iii s'attacher a aucan objet avec une avidil6 volontaire, ni s'arr6ter et s'occuper avec personne ou souffrir qu'un autre s'occupe avec lui par une affection d6r6gl6e : car loule familiarity, loute conversation et tout amour qui ne regardent point purement I'honneur de Dieu, all6rent et souillent le coeur de rhomme. parceque leur origine vient de la chair et non pas de Dieu. C'est pourquoi celui qui aspire a la vie spirituelle et divine doit renoncer a toutes les cupidit6s de la chair, s'attacher a Dieu seul par les liens de I'amour, et le poss6der ainsi en s'y attachant : c'est le moyeu d'eflfacer tons les fanldmes qui obsedent notre cceur, d'en purifier les souillures et d'6teindre les feux de I'amour d6r6gl6 dont il brUIe pour les creatures. Ainsi, en poss6dant Dieu par la charity, on dissipe toutes les images 6trang6res qui sont au dedans. En effet, Dieu est un esprit dont personne ne saurait faire le portrait, qu'on ne peut repr^senter sous des traits sensibles ni exprimer par aucune figure, puisqu'il surpas.se infiniment rid6e qu'on s'en pourrait former. Ge n'est pas que, quand nous voulons approcher de Dieu ou m6me pendant nos exercices, il ne soit permis de tracer dans notre ame des images saintes et 6difianles. comme .sont celles de la Passion du Seigneur, et toutes les aulres qui peuvent animer

noire z6Ie et notre devotion ; raais, pour ce qui regarde la possession de Dieu, il ne se faut appuyer que sur la puret6 toute simple et toule nue, qui n'est autre que Dieu m6me. Voila le premier point el comme le premier fondement de la vie spirituelle.

Le second, comme je I'ai remarqu6, est la liberty int^rieure, qui consisle en ceque I'homme, rejetant loules les id6es profanes des choses du si^cle, s'61feve a Dieu promptement, librement, avec d6gagemenl et sans image, dans tons les exercices de I'homme int6rieur, comme dans les actions de graces, dans les louanges de Dieu, dans les t^moignages de respect, dans les prieres ferventes, et dans les mouvements d'une charit6 embras6e, exergant tous les actes de Tamour de Dieu avec le plaisir et la douceur de la grjice, et ayant une activity secrete pour toutes les occupations spirituelles. Get exercice de Thorame int6rieur nous conduit au troisi^me point, qui consiste a sentir son esprit uni a Dieu. Celui qui s'approche ainsi de Dieu par des 61ans int6rieurs avec une liberty et un d6gagement entier des objets ext6rieurs, et qui ne prend que Dieu seul pour fin, ne peut pas manquer de ressentir les etfels de la bont6 divine, et d'6prouver en soim6me une union veritable avec Dieu, laquelle perfectionne la vie int6rieure et spirituelle.

Cette union, faisant nailre de nouveaux d^sirs, excite la ferveur au dedans, donne de nouvelles forces pour aimer et pour agir, et I'esprit, en agissant, acquiert une plus forte union avec Dieu; de sorte que I'esprit, Taction de I'esprit, I'union avec Dieu et le progr^s dans son amour se perfectionnent, se renouvellent de plus en plus, et c'est dans ce renouvellement d'oeuvre et d'union que consisle la vie spirituelle.

Nous pouvons done mainlenant juger comment on devienl homme de bien par le secours des vertus morales, et m6me comment on peut se sanctifier par la puret6 de I'intention, par les vertus qui sonl dans I'Sme et par Tunion avec Dieu, vertus sans lesquelles I'homme ne peut 6lre ni bon ni spirituel. Les vertus morales sont I'humilit^, la chastet^, la patience, la resignation, el les aulres qui se trouvant, avec toutes les qualit6s que nous avons 6num6r6es ci-dessus, r6unies dans une personne, lui donnent sujet d'esp6rer qu'elle m6ne une vie spirituelle : ce qu'elle ne doit jamais s'atlribuer sans cela.

Pour ce qui est des vertus th6ologales, comme la foi vive, I'espoir et la confiance ferme, la charity parfaite, elles sont n6cessaires pour perfeclionner cette sorte de vie, a laquelle on conlribue aussi en apprenant a mod^rer sa langue, comme un sage de I'antiquit^ nous I'insinue lorsqu'il

dil : qu'il s'esl souvent repenli d'avoir parl6, mals jamais d'avoir gard6 le silence, i La langue, comme dil l'ap6tre saint Jacques, est un mal inquiet ef intrailable, et nul ne la peut dompler; elle est pleine d'un venin mortel; elle a port6 la guerre parmi plusieurs qui jouissaient de la paix. La langue est comme la main, elle donne la vie et la mort. >> Que cljacun soil done prompt a 6couter, et lent a parler ; en sorte qu'avant d'ouvrir la bouche, on fasse rMexion sur une de ces trois choses : s'il est a propos de parler, si Dieu sera glorifi6, si ceux qui nous 6coutent y trouveront la paix. Le Sage dit que le ccBur des insens^s est dans leur bouche, et que la bouche des sages est dans leur cceur. C'est pourquoi, que celui qui d6sire d'fitre estim6 sage aux yeux des hommes pour la gloire de Dieu, s'abstienne de parler beaucoup, et qu'il ne m^le rien dans ses discours qui m^rite d'etre repris : car celui qui ne fait point de fautes en parlant, dit I'ap6lre saint Jacques, est un homme parfait.

Qu'il prenne aussi bien garde de ne blesser ou de ne troubler personne par ses paroles, de peur qu'elles ne soient plutOt des verges que des sources de paix et de douceur ; qu'il ait perp6tuelleraent le mensonge en horreur; qu'il ne .soile jamais des homes de la justice et de la v6rit6 lorsqu'il loue ou qu'il blame quelqu'un, parce

que I'un el I'autre sont ^galement dangereux : car si I'exc^s des louanges fail nommer flatteur celui qui les donne, le blame excessif le fait estimer envieux et I6m6raire. Qu'il 6vite les paroles piquantes, aussi bien quand il corrige que quand il inslruit, et que ses discours soient toujours accompagn^s de moderation et de douceur. Qu'il soil concis, circonspecl, vrai et modesle dans ses paroles ; qu'il s'accoutume a trailer avec respect ceux qui sont presents, et a dire du bien des absents ; qu'il ne s'emporte point en des plainles et en des querelles ; qu'il cede, autant qu'il est possible, au sentiment des autres, et qu'il ne s'y oppose que par son silence, si le devoir de la charite fraternelle ne I'oblige de les instruire; enfin qu'il mette en oubli loutes les choses qui m6ritent d'etre oubli6es, de m6me que s'il ne les avail jamais sues.

DP, TAULER. 279

GHAPITRE XXVIII

COMBIEN NOUS DEVON'S ETRE DEGAGES, TRANQUILLES, PURS ET VICES DE NOUS-MEMES, AFIN QUE DIEU PUISSE AGIR DANS NOTRE AME, ET QUELS PROGRES NOUS POUVONS FAIRE A CHAQUE MOMENT

Si I'liomme dent nous venons tie parler veut avancer conlinuellemenl dans la perfection de la vie spirituelle, qu'il rende sa vie conforme a celle de Dieu, et qu'il devienne un m6me esprit avec lui. Son soin principal doit 6tre de travailler de plus en plus a I'^loignement entier, sincere et continuel de toutes les choses qui sont hors de Dieu, et a une conversion parfaite et amoureuse vers ce souverain Ktre avec un recueillement libre et volontaire de loutes ses forces, de tout son esprit et de tous ses sens, a fin de contribuer de toute I'^tendue de son pouvoir a cet unique et parfait relour de son ime vers Dieu. Mais tout cela ne suffit pas si Dieu n'y coopere de son c6l6 : car c'est lui qui, par le secours de sa grace, accomplit effectivement cette conversion ; c'est lui qui s'insinue au fond de noire coeur, et qui 616ve rhomme si fort au dessus des forces de la

280 LES INSTITUIIONS

nature, qu'il le place ju-que dans le sein de Dieu. Que si quelqu'un demandequel estle moyen le plus court et le plus assure pour nous mettre en cette disposition, je hii r^pondrai : c'est de demeurer recueilli soigneusement en soi-m6me, et de s'accoutumer afaire de continuelles reflexions sur son int6rieur : parce que c'est la proprement qu'on sent reluire la veritable lumi6re ; c'est la qu'on entend les inspirations de I'Esprit-Saint, qu'on regoit les mouvements qu'il impriine, et qu'on doit suivre avec beaucoup de promptitude : car il sollicite, il presse, il entraine sans cesse ceux qui lui appartiennent. Mais I'homme ext6rieur, et qui se dissipe au dehors, ne I'entend point. L'Esprit-Sainl nous pousseetnous exhorte au d6nuement, a la puret^, a la simplicity et au repos ; au contraire, la nature et notre sensuality, le monde et le d^mon, nous incitent a la multiplicity, et nous emportent dans les occupations ext^rieures et dans les inquietudes. C'est a quoi I'homme interieur et rempli d'une v6ritable devotion doit prendre garde, afin de pouvoir reconnaitre si Dieu est en lui ; et lout en demeurant continuellement en soi-m^me, il faut qu'il prepare une place au Seigneur pour accomplir son oeuvre ;iu dedans de lui : car le trdne de Dieu est dans noire cceur, puisque son royaume est en nous.

Qu& celui done qui ne veul pas venir dans le lieu oil il y a un tr6sor cach6, ne se plaigne point d'6tre pauvre et de n'avoir point de part aux richesses qu'il renferme, comme on en volt plusieurs qui sent assez malheureux pour se plaindre que Dieu ne leur accorde rien, qu'il ne les attire point a lui, et qu'ils ne le sentent point au fond de leurame. Car comment pourrait-on accuser le soleil de ne pas r6pandre ses rayons et sa lumiere dans les lleux les plus secrets d'une raaison, pendant que celui a qui elle appartient fermerait toutes les fenStres qui devraient donner passage a sa lumiere ? Cast ce qui a fait dire a saint Augustin : « Je me suis tromp6 comme une « brebis 6gar6e, chercliant au dehors de moi « celui qui 6tait au dedans. J'ai parcouru les « rues et les places de celte grande ville du « monde en vous cberchant, et je ne vous ai point « trouv6, parce que je vous cherchais mal et « que je n'arrivais point au lieu oil vous 6tiez. « Vous 6liez en moi, et je vous cherchais au « dehors ; vous 6tiez proche, et je vous cher- « chais loin ; et si je fusse venu oil vous 6tiez, « je vous eusse tout aussitCt rencontre. » Et ce m6me P6re dit encore ailleurs : « J'ai commence « trop tard a vous aimer, 6 V6ril6 ^galement « ancienne et nouvelle ! J'ai commence Irop tard « a vous connaitre, 6 V6rit6 6ternelle t »

Certes, quiconque desire de d^couvrir la v6rit6 universelle, doit sonder le fond de son coeur ; il faut qu'il p6netre, par des 6lancements amoureux et de brtllants soupirs vers Dieu, les plus secrets replis de son ame, qu'ii les d^veloppe sans cesse avec humility, et qu'il se place directement sous la main de Dieu, sans regarder ni devant, ni derri^re, ni par c6t6, mais jetant les yeux continuelleinenl en haul.

Ainsi les influences de la Divinity, ces pr6cieux rayons de raiel qui coulenl sans cesse et qui ne finiront jamais de couler, pourront se r6pandre sur nous. Car, comme la fluidity de I'eau fait qu'elle lombe d'elle-mfime dans le vase qui est plac6 au-dessous dans une juste position, ainsi, lorsquenotreaineestdirectementexpos6e a Dieu, le soleil de la Divinity, qui ne pent avoir de couchantet qui n'est jamais obscurci, dardesur elle ses rayons lumineux, comme le soleil materiel verse les siens sui- le c6t6 de la terre qui est directement au-dessous de lui ; et comme celui-ci, ne rencontrantaucun obstacle, attire toutesles exhalaisons et les impurel^s de la terre, les 6chauffe, les purifie,etles616vejusquedans la sphere ou cesvapeurs6paissessechangenten desm6t6ores si purs et si 6clatants qu'ils brillent comme des 6loiles, ainsi le Soleil de justice produit cet heureux effel dans I'homme int6rieur qui regarde Dieu et qui

l)E TALLER. 283

lui est irain6diatement soamis. Get Astre divin lance sans cesse sur le fond si bien pr6par6 de cet homme les trails de salumi^re ; il enleve, par une douce chaleur, toutes les vapeurs impures des passions el des plaisirs de la terre, el fait monter I'esprit de plus en plus, jusqu'a ce qu'il le conduise enfin a la sphere de sa Divinity et qu'il le rende tout divin : en sorle que I'liomme qui est ainsi transform^ sent ct trouve Dieu bien plus pr^s de lui qu'il ne Test de lui-m6me ni de quelque autre chose que ce soil; il le voil reluire aux yeux deson ameavec un plus grand rejaillissement de clart6 que celui que le soleil visible fait parailre aux yeux de son corps, et il se trouve intimement uni a celte vive luniiere qui le p^netre. C'esl I'opinion d'un lh6ologien c^lebre, que plusieurs auront la beatitude 6iernelle, quoiqu'ils entrent ici-bas aussi peu dans la familiarity de Dieu, el qu'ils y soient aussi ignorants dans la connaissance de ses secrets qu'un villageois qui aurait loujours 616 nourri a la campagne sans 6lre entr6 dans les palais des grands, el sans avoir appris de quelle fagon on s'y gouverne, serait peu informs avec quelles paroles el quelles civilil6s il faudrait aborder et entrelenir la Majesl6 royale. Ce sentiment ne doit point parailre 6trange, puisqu'il se trouve un grand nombre de personnes qui out porl6 I'habil religieux pen-

dantplusieurs ann6es, et qui d^sirent passer pour des gens de bien et I'^tre effectivement, qui n^anmoins sont si fort persuades que les seules actions ext^rieures leur suffisent, qu'ils ne se mettent pas plus en peine de s'informer et de s'instruire de cette union et de cet entretien secret avec Dieu, que d'apprendrece qui se passe dans la cour du soudan d'£gypte. Toutes ces choses occupent aussi peu leur amour el leur souvenir que si elles ne les regardaient point du tout. Que si par hasard on vient a parler des choses divines et spiriluelles, ils les entendent aussi peu qu'un homme nourri dans la Gr6ce entend le latin. Ils croient que c'est assez d'avoir r<^cil6 de bouche de longues prieres et un grand nombre de psauraes, et de s'6tre acquitt6s ext6rieurement, et d'une fagon toute morte, des obligations oil la profession de leur ob^issance les engage. Que Dieu s'unisse avec qui il lui plaira, ce n'est pas la le sujet de leur inquietude ; au contraire, s'il y avail quelque esp6rance de s'61everaux honneurs, d'acqu6rir les commodil^s et de gouter les plaisirs qui se pr6sen tent dans la vie, alors vous connailriez conibien toutes ces choses leur sont peu indifT6rentes. II ne faut done point s'6lonner si ces personnes tiWes, se Irouvant quelquefois devant Dieu, y tiennent, comme elles y tiendronl loujours, un rang infi-

niment au-dessous de ceux qui sont ses parfaits et ses v^ritables amis.

Enfin riiomrae int6rieur veillera diiigemmenl sur loule sa conduite, prenant garde qu'il ne se m6le rien d'6tranger, d'in6gal et de disproportionn6 a celle iumi6re qui reluit en son ame soil quelques illusions, soil quelques pens6es, oubien mfimequelque multiplicity d'occupations int6rieures ou exl6rieures; car il arrive souvent que le m6pris des dons de Dieu couvre Ihomme de t^ntibres 6paisses, et le jetle dans I'insensibilit6, dans la s6cheresse et dans le d6goiit : de telle sorte qu'il se livre a contre-cceur a tous les exercices de verlu, et qu'il perd toute connaissance de ce qui regarde Dieu. Les cboses saintes et divines deviennent sa plus grande peine, son plus grand tourmenl, et il est incapable de se faire aucune violence pour aller a Dieu, dans I'incertitude oil il est de quel c0t6 il doit le trouver. Mais qu'il conserve la patience dans toutes' ces sortes d'6motions, car ces rudes 6preuves ne ruinent pas enti^reraenl I'esp^rance du salul. La sagesse deDieu, au contraire, les permetlra, afin de rendre a I'avenir I'bomme plus prudent et plus altenlif sur sa conduite (puisque Ton conserve avec moins de soin les choses qu'on acquiert sans peine], ou bien afin qu'il ne s'attribue point le principe de sa grace, mais que, re-.

connaissant sa propre bassesse, il se rende d'autant plus agr^able a Dieu qu'il lui rapportera toules choses avec des sentiments plus sinc6res et une volont6 plus ardente.

Plus le retour, la conversion d'un liomme vers Dieu sera forte, efficace et pure, plus in time aussi, plus parfaite et plus sublime sera la jouissance qu'il aura de Dieu dans I'^ternit^, et ce qui manquera de perfection a I'une se trouvera du moinsdans Tautre. Car, comme toutes les intelligences bienheureuses ont acquis tout leur 6clat et leur grandeur par un retour et un regard fixe vers Dieu, qui leur a fait obtenir dans un moment et par un seul acte tout ce qu'elles poss6dent et tout ce qu'elles poss6deront jamais de beatitude et de gloire, de m6me Dieu a permis a tous les hommes de se tourner vers lui par des actes r6it^r6s a I'infini, jusqu'a ce qu'ils aient aussi m6rit6 un bonheur, une f61icit6 parfaite : puisqu'il n'y a pas un seul instant oil I'homme ne puisse s'approcher de Dieu davantage et s'unir plus intiinement a lui d'une mani^re merveilleuse et ineffable. Toutes les fois qu'il renouvelle ce mouvement et celfe conversion, si elle est sincere et veritable, et si elle ne tend qu'a Dieu comme a son unique objet, il acquiert un renouvellement de grke, de purel6, de lumi^re et d'union avec Dieu.

Je supplie ceux qui passent leur vie sans crainle ni sollicilude pour les choses du salut, de faire reflexion sur la grandeur de leur n6gligence, lorsqu'ils s'exposenl, par leur paresse, par leur langueur el par leur lachel6, a perdre 6ternellement un rang et un bonheur qu'ils pourraienl ais6menl acqu(^rir. Cerles, si quelqu'un, en seraant du bl6 sur la terre, pouvait, selon son choix et ses d6sirs, changer chaque grain en aulant de rubis, de saphirs ou de perles d'un tr6s grand prix, et que n6anmoins il n'en voulill rien faire, il est certain que lout ce qu'il a d'amis au monde raccuseraient d'6tre le plus negligent et le plus insens6 des hommes; et cependant celui-la neglige et m6prise de plus grands biens, sans comparaison. qui refuse de se soumettre a la volont6 adorable de Dieu, qui ne renouvelle et ne r6it6re pas a chaque moment sa conversion, et qui ne se porte pas de toutes ses forces, de loute sa volont6, de tous ses d6sirs vers Dieu si puissant et si bon, et qu'il doit aimer comme la source aimable d'ou il tire son origine.

Pratiquons done sans cesse ce renouvellement et ce retour vers Dieu, quiltant la multiplicity pour embrasser ce qui est simple ; passons du temps a r6ternit6; sortons de la bassesse de notre origine pour entrer dans la sublime profon-

288 LRS INSTITUTIONS

deur de la Divinity ; enfin allons jusqu'a Dieu, en noiis 6levaiit au-dessus de toutes clioses et de nous-mSmes avec tanl de ferveur et de z61e, que chaque acte de noire conversion soil capable de r6parer la perte de plus de dix ann^es.

Un jour le Seigneur, se manifestant a un saint personnage dans une r6v61ation, se plaignil a lui de six d6fauts qui sonl ordinaires a ses amis. — « Le premier d6faut, lui dil-il, c'est qu'ils cher- * client leur consolation hors de moi, et qu'ils t ne d6couvrent pas a moi seul leurs afllictions, « afin que par moi-meme je les console, moi qui « veux 6tre le parfait et unique sujet de toutes « leurs satisfactions. — Le second, c'est que, « lorsqu'ils se trouvent ensemble, ils s'entretien- « nent de choses vaines tr6s inutilement, el ne « se souviennent pas m6me de mon nom. — Le « troisi6me, c'est que, tandis que je viens a eux « pour remplir leur coeur, leur ame et leurs sens « de moi-m6me, et de toute sorte d'amour et de « douceur, ils sent tellement occup6setdistraits, t ils sont embarrasses de tant de choses et voil6s « par tant d'illusions, que je suis contraint de « me retirer aussit6t avec douleur. — Le qua- < Irifeme, c'est que, sous I'habit saint de la reli- « gion, ils me servent avec Irop de ti^deur, de « lAchet6 et de d6guisenient, el qu'a peine s'en « trouve-t-il quelques-uns qui ra'aiment el qui

DE tauler. 289

« m'alTectionnent avec un v6rilable d6gagement : c c'est leur propre int6r6t qu'ils cherchent en « secret, en se servant eux-m6mes et non pas « moi ; et c'est pour leur propre honneur qu'ils « se passionnent, et non pas pour le mien. — Le « cinqui^rae, c'est qu'ils ne veulent pas me ser- « vir a leurs cl6pens, mais qu'il faut que je paie « leurs peines par quelque consolation, ou par € quelque lumi6re et quelque devotion sensible, « oubienpar (juelque autre recompense qui, si « elle vient a leur raanquer, fail que leur ardeur « s'6vanouit aussitdt. — Le sixi6me, c'est que je « suis toujours present a leur coeur, que je me « communique a eux avec amour en leur olTrant t sans cesse les biens et les consolations que je « suis pr6t a leur donner, et que je les exhorle, f tant par moi-m^me que par toutes les cr6a- « tures, a me recevoir dans ma pauvret6 et mon « indigence, et a 6couter mes avertissements « fidfeles. Mais il n'y en a presque point qui lo « fassent; ils n'aiment el ne cberchent, tous tanl « qu'ils sent, que mes biens et mes faveurs, et « non pas moi, et ils se causent une perte irr6pa- € rable en ne voulant pas faire reflexion sur « I'exc^s de Tamour que je leur porte. »

Une personne souhaitant que Dieu lui fit connaitre quel genre de vie lui serait plus agr^able, vit dans une apparition le Sauveur sous la figure

290 LES LNSTirUTlONS

dun jeune homme parfait en beaul.6 qui avail trois hommes devant lui ; Tun 6tait prostern6par terre a ses pieds, et le Seigneur tenait sa main 6tendue sur lui ; I'autre 6tait devant sa face, et quoiqu'il fut toutproche, il ne le regardait pourtant pas, parce qu'il 6tait tourn6 de I'autre c6l6 ; et le troisieme, etant 61ev6 de terre et expos6 aux yeux de Dieu, voltigeait tout autour de lui.

Celte personne connut par r6v61ation que celui qui 6tail prostern6 a terre repr6sentait ceux qui, par un effet de leur caprice, s'attachent toujours a leurs conceptions particuli6res et a leurs coutumes, aux exercices ext6rieurs et au travail de la vie active, lels que la conversation, le chant, la lecture et autres choses semblables, et qui ne sauraient Clever leur visage pour voir Dieu, parce que leur esprit est dissip6 par la raulliplicil6 des objels qui les jettent dans I'inqui^tude. Dieu toutefois, par sa mis6ricorde, ne laisse pas d'6tendre sur eux sa main secourable, dans le d6sir qu'il a d'agir en eux, attendant toujours de les trouver dans le d6gagement et dans le repos. Cependant il leur laisse leurs occupations et leurs exercices, il ne force personne d'en sortir, et celui qui veut y demeurer y demeure.

Celui qui 6tait devant la face du Seigneur repr6sentait ceux qui, 6lant plus d6gag6s et plus elev6s que les premiers, ne s'attachent pas

comme eux a leurs sentiments et a leur conduite particuli6re ; mais qui cependant sont souvent oblig6s de vaquer aux actions ext6rieures de vertu, lorsqu'ils gouvernent les autres, qu'ils les assistenl par leurs enseignements, par leurs consolations ou par quelque autre sorte de service, ou bien en leur parlant et en leur 6crivant, si le devoir de leur ministere les y engage. Quoique dans cette multiplicity d'objels el d'exercices leur intention soit toujours pure, Taction des sens ne laisse pas de Her en quelque sorte, d'asservir, d'obscurcir I'homme int6rieur, et alors il ne pent plus clairement voir Dieu des yeux de son entendement. Mais au moment ou ils se A6lournent de ces occupations, ils se trouvent devant la face du Seigneur, ils I'apercoivent au fond de leurame, qui, 6tant libre et d6gag6e, ne cherche et ne d6sire que Dieu, lequel de son c6t6 agit en eux a I'instant.

Enfin le troisi6me qui est 61ev6 de terre, et qui voltige en tournant de part et d'autre, figure ceux qui se d61ivrent de toutes les occupations terrestres, et qui sed6gagent de toutes les choses ext6rieures, afin que Dieu puisse accomplir en eux incessamment les oeuvres qu'il plait a sa volont6 d'y produire. Ces personnes volent entre le ciel et la terre, et elles passent avec autant de rapidit6 que les nues, sans s'arrfiter le moins du

monde a aucune creature, toujours d6gag6es de tout et jamais attach^es a rien en aucune maniire que ce soit.

Au reste, comme Dieu vaut mieux que tout I'univers, son action aussi et son ouvrage surpassent en bont6 toutes les oeuvres de tons les homines ; et comme ces personnes lui donnent occasion d'agir en eiles, elles lui sont plus agr6ables que tout le reste des mortels, et il estime et ch6rit plus leur 6tat et leur disposition que les actions et les exercices de tons les hommes ensemble.

GHAPITRE XXIX

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