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S4 LES INSTITUTIONS

dimimiera en rien. Celui qui trouvera ces dispositions en lui fera d'autant mieux qu'il s'en approchera plus souvent, el se laissera moins facilement priver d'une si grande grace: car les d^lices du Dieu tout-puissant sont de demeurer avec les enfants des hommes.

Mais si quelqu'un se sent dans la ti^deur et dans la negligence, sans devotion et sans d6sir de prendre cette nourriture divine, qu'il ne s'en abstienne pas pour cela, pourvu que sa conscience ne soil lourment^e du remords d'aucun p6ch6 ; car c'est alors qu'il a un plus grand besoin de ce don pr6cieux et de ce secours celeste dans lequel il trouve le comble de la saintet6, de I'amour, et g6n6ralement de tout ce qui lui est n6cessaire, s'il s'en approche et s'il le regoit avec un coeur libre et d6gag6 de toutes les choses du monde, et qui soit uni et applique uniquement a Dieu. C'est proprement aussi dans ce Sacrement adorable qu'on trouve la grace avec plus d'abondance que partout ailleurs, d'autant que les sens et les puissances de Tame, qui 6taient dissip^es, s'y ramassent et s'y r^unissent par la vertu agissante de la presence corporelle de Notre-Seigneur J6sus-Christ. Ceux principalementque leurfaiblessefail toraber plus facilement sont relev6s et ramen6sa eux-m6mes ; ils sont d61ivr6s des embiiches de toutes les

choses de la lerre ; ils sont embras6s du d6sir de cellesdu ciel ; ils sontexcil6s a la pratique des choses sainles par Dieu m6me,qui habite en eux. Enfin leur corps est renfermSet renouvel6 dans le corps adorable de J6sus-Christ. II faut ajouter a cela que ce Sacrement nous transforme en Dieu, et nous unit heureusement a lui, en sorte que nous devenons maitres de tout ce qui lui appartient, et que son corps et son coeur ne font plus qu'un m6me corps et un m6me cceur avec le n6tre. Nos sens, nos niembres, notre amour, notre volont6, loutes nos puissances, lous nos d^sirs lui sont tellement soumis et se rapportent si imm6diatement a lui, que nous le sentons dans toutes les facult6s de notre ame et de notre corps. Lors done que quelqu'un se trouve plein de misferes et charg6 du poids de ses p6ch6s, qu'il coure, avec une humble connaissance de sa bassesse et de son n6ant, a ce tr6sor rempli de toute sortie de richesses, a cetle source f6conde de d61ices, et il 6prouvera sans doute en soi-m6me qu'elle est capable de I'enrichir et de suppl6er abondamment a toute son indigence. Qu'il fasse cette reflexion, et qu'il dise ainsi en lui-m6meen s'en approchant : « Mon charitable Seigneur et € mon Dieu ! voila que la multitude de mes ini- « quit6s est venue a un tel excfes, que je ne puis « plus les effacer ; c'est pourquoi je desire rece-

(( voir votre Fils bien-aim6 et vous Toffrir pour t mes p6ch6s, lui qui s'est offert lui-m6me a I -vous comme une hostie parfaite sur I'autel de « la Croix, afin de satisfaire pour raoi a votre « justice ; puisque vous n'avez rien deplus cher, « ni dans la terre ni dans le del, et qu'il n'y a « que lui seul qui soit capable de faire ma paix « avec vous par cette satisfaction. Je veux aussi « recevoir, 6 P6re celeste I ce meme Fils bieni aim6, afin de vous rendre par lui des actions de « graces, et de vous I'offrir pour tous les dons, f toutes les faveurs et toutes les graces dont f vous m'avez combl6, moi qui suis un pauvre « p^cheur indigne, et qui ne puis jamais recone naitre tant de bienfaits. »

Qu'il reconnaisse ensuite combien il a de pente au mal et combien il est lent a faire le bien, et qu'il dise : « 0 Pere 6ternel ! je veux recevoir votre Fils bien-aim6 pour vous en faire un sacrifice, afin de surmonter par lui le monde, la chair et le d6mon, mes ennerais morlels. Je desire aussi, 6 P6re de mis6ricorde, recevoir ce m6me Fils, afin que ses richesses suppl6ent a mon indigence, que sa bont6 infinie dissipe ma malice, el que sa Divinity incomprehensible r6pare les pertes de mon humanil6, soulage sa faiblesse, remplisse son vide, et lui communique la perfection qui lui manque. Enfin, 6

« P6re de consolation f je desire de recevoir ce « in6me Fils qui est I'objet de votre amour, afm « que vous m'afTermissiez aussi solidement en « vous que vous avez permis qu il fut attache t fixement a la Croix, d'oii il n'a point voulu « descendre jusqu'a ce qu'il m'eilt pleinement « rachet6, et qu'il m'eiil r6concili6 avec vous. Je t vous prie, par Texc^s de sa charit6 infinie, de « me faire la grace de demeurer toujours si forle- « menl attache a vous et de per36v6rer dans t celle union avec tant de fermet6, que je ne « puisse jamais vous quitter, quand je vous « verrais abandonn6 de tout le monde. Je vous « fais aussi cette pri6re, mon Dieu ! pour tons € ceux pour lesquels j'ai une obligation parti- « culi6re de vous prier, et m6me pour tons les « vivanls et les morts. »

Apr6s cela, qu'il m6dite profond6ment sur la grandeur de celui qu'il va recevoir, et combien il est indigne de loger en son sein le Dieu de majesty, lui qui m6riterail plul6t de servir de viclime aux (lammes 6ternelles ; qu'il se souvienne que Marie, cette vierge sainte et tr^s digne mfere de Dieu, qui n'avait jamais p6ch6, fut saisie de crainle lorsque I'Ange lui porta la nouvelle qu'elle devait concevoir le Fils de Dieu ; qu'il pense comment saint Jean, le pr6curseur de J6sus- Christ, trembla lorsqu'il fut oblig6 de

toucher de ses mains I'humanit^ sainte du Sauveur,et de la plonger dans les eaux du Jourdain. Avec combien plus de raison, nous qui sommes de malheureux et abominables p6cheurs, devonsnous apporter le plus de respect, de crainte et d'amour qu'il nous est possible en recevant le Dieu de gloire!....

Quiconque done d6sire de se detacher et se d6livrer de tous les vices et de tous les d6fauts, qui veut 6tre par6 magnifiquement des graces et des vertus, s'efforce de retourner a sa premiere origine, et m6ne una vie qui le rende digne souvent de participer au Sacrement adorable du corps du Seigneur, par lequel il sera uni a notre grand Dieu aussi intimement qu'une petite goutte d'eau avec le vinquand on la verse dans un grand vase plein de cette liqueur ; de telle sorte que toutes les creatures ensemble ne sachent rien irouver qui divise et qui s6pare de Dieu une ame parvenue a cet 6tat. Si elle ne sent pas cetle union au dedans de son coeur, elle ne doit pas perdre courage pour cela ; mais elle doit avoir une ferine confiance aux paroles de Dieu, puisque, si elle croit plus forlement lorsque le sentiment de Dieu est moins en elle, sa foi lui m6ritera une r6corapense plus abondanle. A ces marques on est forc6 de reconnaitre qu'il n'y a presque personne parmi nous qui ail une foi ferme, constanle et veritable.

Quelqu'un me dira sans doule : Mais comment pourrais-je esp6ier d'accomplir quelque chose de grand, moi qui me sens si dSfeclueux, si faulif et si fort enclin aup6cli6?Que chacun distingue deux Glioses en soi, qui ont aussi 616 en J6sus- Christ, la partie sup6rieureet la partie inf6rieure de Tame. La partie sup6rieure du Sauveur 6tait conlinuellement occup6e dans la possession et la jouissance veritable du bonheur6ternel, quoique la partie inferieure filt accabl6e en ra6me temps d'un grand nombre d'afllictions, et filt obligee de lutter, pour ainsi dire, avec les travaux et les soulTrances ; et cependant Tune de ces parties n'emp6ciiait point I'aulre de se porter vers son objet, ni de faire sa fonction. C'est de la sorte que nous en devons user. II faut que les puissances sup6rieures de notre ame s'616vent a Dieu et s'attachent fortement a lui, tandis que les puissances inf6rieures seroni avec le corps dans I'affliction et dans les tourments. Oui, il faut que I'esprit se porte a Dieu avec beaucoup d'effort et de courage, el y demeure dans la simplicity et le d6gagement : car la puissance sup6rieure n'a Hen de commun avec la puissance inf6rieure ; et cette derni6re, qui communique avec les sens, est souvent trop sensible aux impressions qu'elle regoit, telles que la faim, la self, le froid, la frayeur, la fatigue, et les autres choses de

celte nature qui sont agreables ou facheuses. Au reste, plusle combat que ces ennemis nous livrent est rude, plus la victoire que nous remportons sur eux est honorable; plus I'altaque des vices que nous surmontons est violente, plus noire vertu est ferme et agr^able a Dieu. Si nous voulons done recevoir dignement le Sacrement auguste du corps du Seigneur, prenons garde que nos puissances sup6rieures soient tourn6es vers Dieu, que notre volont6 le cherche; voyons si ce que nous aimons et ce que nous desirous en lui vient d'une intention pure, quelle est la mesure de la fid61it6 qui nous attache a son service, et examinons toutes ces choses dans la sinc6rit6 de notre coeur. Certes, celui qui est dispose de la sorte ne revolt jamais, durant cetle vie, le Sacrement du corps du Seigneur qu'il n'y trouve des graces toulessingulieres ; et plus il le re^oit souvent, plus est grand I'accroissement des graces qu'il y trouve : jusque-la m6me que quelqu'un, qui auparavant aurait 616 destine a demeurer dans le dernier ordre des Anges par sa disposition moins parfaite, pourrait, en s'en approchant une seule fois avec un amour brtllant et une intention parfaitement pure, m^riter, par cette ferveur si violente et si 6pur6e, de passer non seulemenl k un degr6 au-dessus, mais mfime d'etre 6lev6 jusqu'a la huili^rae et neuvi{;me hi6-

rarchie. D'ou il arrive que si deux personnes passaienl leur vie tout enti6re dans une perfection et dans une saintet6 6gales. et que I'une cependant s'appliquat plus souvent a communier dignement, elle en recevrait cet avanlage de briller 6ternellement au-dessus de I'autre comme un soleil lumineux, et d'etre unie a son Dieu d'une fagon toute particulifere et tout admirable.

Au reste, ces fruits pr6cieux du corps de J6sus- Christ ne se communiquent pas seulement dans la communion visible et ext6rieure, mais bien davantage dans celle qui est invisible et inl6rieure, et qui consiste dans une sorte d'6tanchement de la soif ardente de Tame alt6r6e des douceurs de ce Sacrement. Or cliacun pourrait ainsi communier en esprit en quelque rencontre que ce put 6tre, soit en sant6, soit en maladie, et m^me mille fois lejour et davantage, avec une foi si pure, que Dieu le comblerait de plus de graces que tous les hommes ensemble. Mais cependant nous devons communier sous les esp6ces du Sacrement autant que notre ferveur nous y porte et que les ordonnances de I'figlise le permettent. Et si nous ne nous y sentons point excites, ne laissons pas de nous y disposer de tout notre pouvoir, menant une vie qui serve a nous y preparer. Ainsi nous acquerrons dans le si6cle present la vraie saintet6 qui nous fera trouver un

bonlieur 6ternel dans le si^cle a venir : car la saintet6 consiste a suivre et a imiter Dieu, et la beatitude a le poss6der parfaitement.

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