‹ Les Institutions Militaires de L'Égypte Sous les LagidesChapitre 54 sur 332 · BoucHé-LEcLERCQ, p · texte numérisé non relu

BoucHé-LEcLERCQ, p

papyrus 23 du British Museum, sans ajouter aussitôt que ses cadres avaient cependant une certaine valeur pratique, en ce sens que le recrutement pour le service actif était régional. Mais c’est encore trop restreindre l'importance des institutions clérouchiques que d’en faire un moyen de doter des colons et des vétérans, dont les fils pouvaient au besoin fournir des recrues ou des engagés volontaires. Sans examiner dès maintenant la situation des rÿs irryovñc, sans déterminer ni leurs devoirs militaires, ni le caractère de leur service, on peut se refuser à juger du cas des clérouques par celui de leurs fils et par l'exemple, fameux, mais unique, d'Apollonios'. L'engagement volontaire, loin de jouer un rôle accessoire dans l’armée des clérouques, est au contraire à son origine et à sa base. Il en a déterminé la création et assuré le recrutement. Par lui, les premiers Lagides ont réuni une armée régulière et constitué artificiellement une population toujours disponible, qui dans l'intervalle des campagnes a colonisé l'Égypte.

Les clérouchies ont eu une double origine, égyptienne et hellénique. L'ancienne Égypte n'avait pas, en dehors des mercenaires, une armée proprement dite, mais une milice territoriale, celle des péæymo. On ne sait trop ce qu’ils devinrent sous la domination des Perses; peut-être perdirent-ils en quelque mesure leur caractère militaire ; s’il en fut ainsi, les Lagides le leur rendirent*. On s’explique aisément dans ces conditions qu'ils aient pensé à étendre à leurs troupes régulières le système des péytpot. De même que ceux-ci devaient à raison de leur tenure le service militaire aux Pharaons et vraisemblablement aux Ptolémées, de même et au même titre, les engagés volon-

1. Sur la portée réelle de cet exemple, cf. ci-après, p. 54. 2, Boucné-Lecerco, pp. 2-4; et ch. I, p. 6,

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taires dotés d’un xs restèrent à la disposition du roi après les campagnes.

Cette extension des institutions pharaoniques à l’armée régulière fut favorisée par le mouvement général de colonisation qui commence avec Alexandre’. L'idée de fonder des colonies n’est certes pas nouvelle à la fin du rv° siècle, ni propre à Alexandre; mais aucune cité ni aucun souverain ne l’a conçue et n’a pu la concevoir auparavant avec autant d’ampleur que lui : le nombre des villes qu’il a fondées en témoigne; et l’impulsion qu'il avait donnée, soutenue par un prodigieux mouvement d'expansion ethnique, continua de faire sentir ses effets non seulement sous les Diadoques et les Epigones, mais longtemps encore après eux ; la colonisation s’est étendue à tout l'Orient, faisant ses plus grands progrès pendant le premier siècle qui suit la mort d'Alexandre. Cette colonisation n’a pas un caractère purement stratégique : Alexandre paraît avoir eu en vue en même temps que l'occupation militaire, le développement commercial de son empire et la diffusion de l’hellénisme ; ses fondations ont été surtout des villes jouissant de l'indépendance communale; ses successeurs, et notamment les Séleucides, suivirent en ce point l'exemple qu'il avait donné. Seuls les Lagides font exception; on ne peut leur attribuer en Egypte que le développement d'Alexandrie et la fondation de Ptolémaïs, et leur activité semble s'être tournée d’une part vers les explorations coloniales, d'autre part vers la colonisation rurale à forme non-urbaine; l'influence d'Alexandre et de leurs contemporains, pour être certaine, n’a pas été aussi profonde sur eux qu'on pourrait d'abord le croire; une autre s’est exercée, peut-être grâce à Démétrius de Phalère?, celle des institutions athéniennes.

Athènes a fourni aux Lagides, selon toute vraisemblance, le vocabulaire et la plupart des règlements de leurs clérouchies?.

4. Cf. G. Droysen, Hellén , t. 11 de la trad. fr., app. HI, p. 655.

2. ÆLIEN, Var. Hist., 1], 17, parle de son rôle comme législateur sous Sôter. Sur les clérouchies athéniennes, cf. Foucarr, Mém. prés. par div. sav. à l'Acad.

des Inscr. el Belles-Leltres, 1877, pp. 323 sqq. 9, Boucné-Lrcterco, 1, pp. 231 sqq.

A l’époque hellénistique, les termes en usage, quand on parle des colons et des colonies militaires, sont ceux de xérorxos, arorxl, xavourodvres, etc. ; si toutes les zaroxix connues ne sont pas militaires, il y a du moins parmi elles quelques colonies de soldats ; ceux-ci sont officiellement nommés xärorner et xatormodvrec!. Ces expressions n’ont cependant pas été adoptées en Egypte, où on leur a préféré celles de xAnpoÜyos, xAnpouyix, KEXANPEUYTULÉVOL. Le mot xXns5yos et ses dérivés sont évidemment en rapport étroit avec le terme de zñ9os qu'Hérodote employait déjà pour désigner les terres des laboureurs pharaoniques; et cette relation suffirait sans doute à expliquer leur usage dans la langue administrative des Ptolémées au 1° siècle; il est cependant impossible de ne pas croire qu’ils viennent du vocabulaire officiel athénien en matière de colonies, d’où le mot xarorxec et ses dérivés, termes non techniques, étaient écartés comme de celui des Lagides. L'influence des colonies athéniennes sur les celérouchies ptolémaïques se marque encore en effet dans la condition juridique du xAÿsos et du clérouque égyptien; le “pos reste la propriété de l'État comme à Athènes?, et le fils d’un clérouque citoyen d'Alexandrie ou de Ptolémaiïs doit se faire inscrire dans son dème pour conserver ses droits de citoyen, comme le fils d’un clérouque d'Athènes‘; enfin, en Egypte comme à Athènes, de toutes les obligations du clérouque, les plus strictes sont les obligations militaires; ses enfants doivent faire leur apprentissage de soldat‘ et lui-même est astreint à servir toutes les fois que l'Etat le lui demande. Ce sont cette condition et ces obligations du clérouque que marquèrent en Egypte au 11° siècle l'emploi du vocabulaire athénien et l’usage du mot zAnsoÿyes et de ses dérivés. Les caractères de la colonisation des Lagides s'expliquent donc par l'influence réunie des institutions des Pharaons et de celles d'Athènes ; c’est un des exemples de ce mélange des traditions helléniques

1. Cf. Scuuuren, dans : Hermes, XXXII, pp. 523 sqq., à corriger par : En. Meyer, ibid., XXXII, pp. 643 sqq.

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