‹ Les Institutions Municipales de Péronne sous l'ancien régimeChapitre 3 sur 57 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine des libertés péronnaises

Plusieurs historiens de Péronne ont cru devoir faire remonter son origine à l’époque gauloise. Cette affirmation paraît bien osée. Il ne faut y voir sans nul doute que l'expression d’un sentiment d'amourpropre local. Le promoteur de cette hypothèse est M. Hiver, auteur d'une Chronique de Péronne écrite en 1835 et restée à l’état de manuscrit. Il compare l’organisation municipale chez les Gallo-Belges avec celle dont jouissait la ville au moyen âge, et il trouve entre elles une ressemblance si parfaite qu'il n’hésite pas à les faire découler l’une de l’autre. Il suflit de relire les Commentaires de César pour faire justice

de ce rapprochement. La condition du peuple gaulois

12 = lors de l’invasion romainé approchait beaucoup du servage : Plebs pene servorum habetur loco (1). Les classes inférieures n’avaient aucune part à la vie publique et ne participaient à aucune délibération. Les druides jouissaient d’une autorité considérable, et le rôle du peuple se bornait à l’élection annuelle d’un chef civil et d’un chef militaire (2). On trouve, il est vrai, des Sénats composés de notables, mais il est difficile de rapprocher cette situation, d’ailleurs peu connue, de l’organisation démocratique si complexe que Péronne connut plus tard. Il vaut donc mieux ne pas conclure d’une ressemblance problématique entre les institutions, à une ancienneté si grande de la ville de Péronne.

Nous ne nous attarderons pas davantage à la période gallo-romaine. L'organisation municipale y est très intéressante à étudier, mais nous ne pourrions traiter ce sujet sans redire, moins bien qu’elles n'ont été dites, des choses connues et étudiées de longue date. L'opinion de M. Hiver, maire de Péronne dans .la première moitié du xix° siècle, est que les villes belges, alliées des Romains, surent se soustraire en partie au joug décurial et conservèrent assez d’indé-

pendance pour être réputées libres ; et il persiste à

1, Comm., N1;-13. 2. C'est là ce qui avait lieu anciennement (ro ma)atov) dit Stra-

bon IV, p. 197 (note de Henri Martin).

to établir une relation entre les vieilles institutions gauloises et celles du moyen âge. Il rapporte un passage de Dubos où cet auteur cite un arrèt du Parlement de Paris du 25 mai 1568 qui reconnait pour Reims l'origine gauloise non altérée par les Romains des institutions municipales de ce temps. M. Hiver croit que Péronne, faisant partie de la seconde Belgique, a toujours joui de ces anciennes libertés.

À vrai dire, à supposer même l'existence de Péronne à cette époque, ces conclusions sont bien hasardeuses. Il semble difficile d'admettre une filiation entre les institutions municipales du début de l’ère chrétienne et celles du moyen âge. À l’époque mérovingienne, il ne reste que des vesiiges de l’organisation romaine, étouffés par l’autorité des agents royaux. Le seul lien qui puisse rattacher à notre point de vue ces périodes à celle du moyen âge, est constitué par l’existence des rachimbourgs, notables admis dans le mallum pour dire le droit. Ces rachimbourgs auxquels Charlemagne ajouta un Collège permanent de scabini nommés par le comte avec l'assistance du peuple, ne peuvent ètre cependant considérés euxmêmes comme les ancêtres des échevins. Ces derniers au contraire peuvent être regardés comme dérivant des scabini, à la condition d’admettre une iransformation considérable dans leur caractère et leurs fonctions. À notre avis, l’organisation munici-

pale d’un grand nombre des villes du Nord de la France

au x1r° siècle a sa base dans ces notables, devenus électifs et chargés non plus seulement d’attributions judiciaires mais aussi de fonctions administratives.

Il nous resie à étudier l'origine de cette organisation en ce qui concerne Péronne. Cette ville, née bien après certains villages de sa banlieue, ne faitson apparition certaine dans l’histoire qu'au vi‘ siècle ; elle est installée dès ce moment sur son emplacement actuel, le mont des Cygnes (1). Elle ne se compose guère, au temps de sainte Radegonde, que d’une « villa >» royale entourée d’une sorte de village fortifié. Au vrr' siècle plusieurs textes (2) en font mention sous le nom de vicus, terme qui indique un village important. Il serait en effet excessif de décorer Péronne du nom de ville à la fin de la dynastie mérovingienne. Mais il n'en est plus de même au 1x° et au x° siècle. Le castrum Peronense est alors sérieusement fortifié et les chroniqueurs du temps en parlent en termes très élogieux (3). En 818, sous Louis le Débonnaire, Péronne

passe sous la domination des comtes de Vermandois,

1. Mons cycnorum, propter nigentem multitudinèm cycnorum qui reperiebantur in montem (le P. Lecomte).

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