‹ Les Institutions Municipales de Péronne sous l'ancien régimeChapitre 37 sur 57 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Composition du corps municipal.Ses auxiliaires. insignes. Privilèges. Cérémonial.

Ayant suivi à travers les siècles les modifications successives du système électoral des magistrats de la cité, nous savons maintenant quels étaient ceux à qui était confiée l’administration municipale. Nous avons constaté dès le xrr° siècle l’existence du mayeur des jurés et des échevins. A cette époque lointaine, les jurés semblent avoir la prédominance, et on les cite toujours les premiers. Ils concourent avec le mayeur à l'exercice de la juridiction, Les échevins ne figurent comme juges que dans des cas spéciaux. Leurs attributions sont exclusivement administratives. Le nombre de ces différents magistrats nous est déjà connu et nous en avons enregistré les variations. Au x siècle les jurés sont au nombre de trente et ce sont eux qui élisent le mayeur et les sept échevins parmi eux. Il y a donc finalement vingt-deux jurés. Au x1v° siècle ils ne sont plus que quinze, et comme ils élisent toujours le mayeur et les sept échevins, ils

restent sept en dernière analyse, Le nombre des jurés et des échevins est dès lors égal. Celui des jurés ne tarda pas à diminuer encore. En 1620 on n’en trouve plus que quatre. Ils sont nommés par les huit échevins élus d’abord en deux fois comme nous l’avons vu. En 1651, on ne trouve plus trace de jurés dans les comptes rendus élecloraux.

Les échevins assument à cette époque toutes les les charges. Ils ont été, il est vrai, secondés de tout temps par les mayeurs des métiers. Ceux-ci, on l’a vu, étaient consultés dans toutes les circonstances importantes. Les mayeur et échevins sortants appelés « Nos Messieurs anciens » ou « Messieurs de l’Antienne Loy » figurent également comme notables dans les réunions où se débattent de graves intérêts. Dans certains cas exceptionnels on appelle à la délibération tous les habitants. C’est ainsi que le 21 août 1515 fut tenue à l'Hôtel de Ville une assemblée extraordinaire des trois états de la ville et des environs, au sujet de mesures militaires à prendre. Tous les habitants ayant le droit de vote y sont rangés par classes et la délibération contient les noms de tous.On énumère d’abord les gens d’église, puis les nobles, les magistrats municipaux, les mayeurs de métiers, les officiers du roi et enfin les noms des absents (1). On

trouve encore mention de ces sortes d’assemblées

1, Manuscrit de M. Hiver.

ere

dans une Déclaration du roy de 1702 dont l’article IV est ainsi conçu : « Voulons que les maires et en leur absence les lieutenants convoquent, à l’exclusion de tous officiers. toutes assemblées générales et particulières des habitants, soit qu’elles soient du tout ou de partie desdits, par députez notables, anciens ou autrement, en quelque sorte et manière que ce soit, toutefois et quantes qu'ils jugeront que nôtre service ou le bien des affaires de la communauté le requerra… Faisons défenses à tous juges, eschevins ou consuls et autres personnes telles que ce puisse être, de convoquer aucunes assemblées, à peine de nullité de tout ce qui y seroit délibéré, et de cinq cens livres d’amende (1). »

Au xvurr siècle nous avons assisté à la création des notables et des conseillers de ville. On a vu combien leur existence fut éphémère. Les attributions administratives de ces derniers furent très contestées, et nous verrons qu’elles donnèrent lieu à des discussions sans nombre. Il n’y a pas lieu d’y insister ici, d'autant plus que ces rouages municipaux, créés pour toutes les villes du royaume ne sont pas une particularité péronnaise.

Parmi les auxiliaires les plus précieux de la magistrature édilitaire il faut rappeler le procureur du roi de l’échevinage et le greffier de l'hôtel de ville, que nous avons eu déjà l’occasion d'étudier.

1, Archives de Péronne. Lettre B, n° 2.

RE

Enfin la municipalité avait sous ses ordres des fonctionnaires plus modestes, élus par elle chaque année. Après la nomination du corps municipal et celle des mayeurs de maireries, on procédait en effet à celle «des charges de la ville ». Voici par exemple comment il fut procédé en 1651: « Dimanche 95 juin, jour des bans à son de cloche les portes ouvertes en la manière accoustumée. Pour la prestation de serment des officiers, le renouvellement et eslection des esgards de chacun mestier. Messieurs ont députté M° Abraham Lebrethon eschevin pour aller donner advis à Mgr le gouverneur de la nouvelle eslection du magistrat. Le procureur du roy en l’eschevinage nous à remonstré que les quatre sergens avoient accoustumé de remettre leurs charges et leurs baguettes ensemble le garde du belfroy et les autres officiers de la ville et ensuitte de renouveller le serment. Ensuitte de quoy les quatre sergents de la ville ont remis leurs charges et leurs baguettes et estans sorty de la Chambre et rentrez ont eslé continuez et admonestez d’être plus assidus à l’advenir. Le garde du belfroy a remis aussy sa baguette et la clef du belfroy el estans sorty a esté continué à la charge d’y coucher toutes les nuictz et d’y aller de fois à autres durant lejour pour vacquer exactement à bien mener et gouverner l'horloge, avec deffence de ne pas laisser entrer aucune personne dans le belfroy que de cognoissance et sans nosire permission, ce qu'il a

promis faire. Le capitaine et le lieutenant du faulxbourg de Soibotécluze avec le guetteur de la porte dudict fauxlbourg ont remis les clefs et estans sorty ont esté continuez. Le garde des clefs des chaisnes des pilotz a aussi remis les clefs lesquelles luy ont esté rendues après qu'il a esté admonesté de ne pas ouvrir lesdictes chaisnes de nuict sans la permission du capitaine et pour quoy luy a esté ordonné suivant le réquisitoire du procureur du roy en l’eschevinage de remettre tous les soirs et matins les clefs desd. chaisnes entre les mains dud. capitaine dud. fauxbourg. Le capitaine du fauxbourg de Bretagne avec le lieutenant et les deux sergens ont remis les clefs et estans sorty el rentrez ont esté continuez et presté nouveau serment et à eux enjoinct de ne plus avoir tant de familiarité avec les officiers quy commandent dans led. faulxbourg en ce qui concerne le service du roy et de la ville. Et afin que le service du roy et de la ville soit myeux observé que par le passé, Messieurs ont donné le pouvoir et l’authorité de condamner les défaillans jusques à la somme de vingt solz parisis d’amende laquelle il pourra faire exécuter nonobstant opposition ou appellation et laquelle ne pourra estre remise sinon que par résolution de la chambre. — Le guetteur de la porte Saint-Sauveur est comparu et a raporté la clef du corps de garde, a esté remis et presté le nouveau serment à la charge

de nettoyer tousles jours aux soirs sur le pont Subite

et de porter les immondices sur le rempart et pourquoy luy sera donné au bout de l'an 6 livres. — Les quatre guetteurs du belfroid sont aussy comparu et ont presté le nouveau serment et iceulx admonestez de myeux faire leur debvoir, »

Cinquante ans plus tard tout se passait encore de la même manière. Mais il y avait alors six sergents à verge au lieu de quatre. Il est fait mention de plus de vingt-quatre porte-sacq. Puis « Claude Duchamp, dit l’Entortille, a remis la clef de l’hospital sur le bureau et s’estant retiré a esté rapellé et laditte clef à luy rendue par monsieur le mayeur. Pierre Laisné, commis pour l'entretien des ramparts et autres endroits publiques est aussy comparu et estant sorlis a esté rapellé et remis dans sa charge après avoir renouvellé son serment. La veuve Rouillon, etc, revendeuses de meubles et hardes sont finallement comparues et ont renouvellé leur serment » (1).

On le voit,les employés de la ville peuvent être divisés en deux classes: ceux qui étaient chargés de besognes toutes pacifiques, et ceux qui avaient comme attributions la police et la garde de la ville. Les premiers n’ont pas eu à Péronne l’importance qu'ils eurent dans

d’autres villes.On ne trouve pas en effet les écrivains,

1. L'art, XII de la Déclaration de 1702 parle aussi de valets de ville nommés alternativement par les maire et lieutenant en titre d’office. Ils étaient chargés d'accompagner le maire ou en son absence le lieu-

tenant dans toutes les cérémonies publiques.

mice

les juristes, les financiers qui se rencontrent auprès de beaucoup de municipalités. C’est sans doute que les magistrats péronnais étaient suffisamment instruits et travailleurs pour se passer de ces auxiliaires. On ne voit guère dans cet ordre d'idées que des percepteurs d'impôts. Il est fait mention en 1553 d’un receveur des biens de l’hospice Saint-Ladre et d’un receveur de quartiers, nommés pour la première fois par les prud'hommes, On remarque aussi à cette date la nomination de deux charpentiers et de deux maçons, chargée de tous les ouvrages qui seraient à la charge de la commune. D'autre part nous avons eu l’occasion de mentionner pour l’année 1765 un receveur des deniers d’octrois dont les attributions furent augmentées à cette époque.

Mais le plus curieux des employés de la ville était le réveilleur. Il parcourait les lundi, mercredi et vendredià minuit toutes les rues de Péronne, muni d’une cloche en bois du poids de quarante livres et faisait retentir les ténèbres du son de cet instrument, en disant d’une voix lugubre: « Réveillez-vous, gens qui dormez, priez Dieu pour les trépassés. » L’Hotel de Ville lui allouait huit setiers de blé pour remplir cette mission. L’intendant d'Amiens, qui parcourait, en compagnie féminine les rues de Péronne fut une nuit si effrayé de ce rappel inattendu à l'au-delà qu’il fit abolir cette ancienne coutume en 1750.

Les employés chargés de la sécurité de la ville

étaient de beaucoup les plus nom breux. Il y avait tout d’abord les sergents à verge ; ils avaient été créés le 12 août 1398 « pour servir les six maireries, commander les gens d'icelles, aux gages de huit sols par

n (1) ». On les voit intervenir à chaque instant dans la vie municipale. Il y avait ensuite les gardes et guetteurs du beffroi et des portes, les capitaines et lieutenants des deux faubourgs. Nous aurons l’occasion d'étudier plus amplement la garde de la ville quand il sera question de la milice bourgeoise.

Nous connaissons maintenant le personnel de la mairie. Quels étaient les insignes de ses différents hôtes ?

Tout d’abord la commune était symbolisée par un sceau spécial apposé par Messieurs de Ville « pour servir aux actes et patantes de l’hostel de ville ». Il représentait le mayeur tête nue suivi d’un homme d'armes. Sur le contre-scel se trouvait la fleur de lys, témoignage d’attachement à la Couronne. En 1729 les armes de la ville étaient encore très simples: d’azur au P couronné d’or, entouré d’une branche de feuillage. À partir de cetle époque, à la suite d’une délibération du 9 février 1729, on y ajouta pour supports deux chiens barbets, un de chaque côté,et pour cimier un buste de femme nue, tenant de la main droite un sabre levé, et de la main gauche une banderole avec la devise de la ville : « urbs nescia vinci ». Sur le

4 Archives de Péronne. Lettre B, n° 22,

0) revers furent gravées une plume et'une épée «en sautoy » avec ces mots : « ad utrumque paratus ». Il fut « décidé qu’ilseroit gravé un cachet aux armes,suports, cimier et devise cy-dessus pour servir à cacheter les lettres que le corps de ville escriroit, et qu’à ces mesmes armes, suports, cimier et devise il seroit gravé une petite planche en cuivre rouge pour imprimer au haut ou en teste les ordonnances ou mandements que Messieurs les mayeur et eschevins jugeroint à propos de faire publier, afficher ou autrement ». On trouve à ce sujet sur le registre des revenus patrimoniaux pour 1729 l’article suivant : « La somme de 48 livres payée pour les sceaux et cachet aux armes de la ville nouvellement gravés,avec leursornemens ».Ce cachet, vieuxsouvenir des gloires péronnaises, a été supprimé en 1911.

Passons maintenant aux insignes des magistrats municipaux.Ceux-ci étaient autrefois revêtus derobes. On en trouve souvent la description dans les textes anciens. Ainsi en 1571, lors de l’entrée du gouverpeur général de Picardie, les échevins portaient de longues robes de camelot de soie noire enrichies de bandes de velours violet. Dans ces circonstances ils avaient soin de mettre leur tenue numéro 1, « leurs bonnesrobes».Ils étaient obligés sous peine d'amende de les revêtir pour siéger. Ainsi le 11 décembre 1533 « Fursy Ranet, eschevin, a esté condamné en la

somme de 20 livres pour estre venu et soy trouvé en

2 01 la Chambre du conseil à deux assemblées, sans estre revestus de la robbe de la loy et livrée de Messieurs » Elles leur étaient en général données en cadeau en même temps que des bougies, sucreries, médailles, etc... Certains autres personnages avaient aussi ce costume. Les sergents étaient revêtus d’une robe mi-partie rouge, mi-partie bleue; c'était une livrée aux armes de la ville. Le chirurgien nommé pour les épidémies, qui était obligé également de s’en affubler, s’en vit dispensé en 1673 : on voulait alors faire des économies et on supprima l’usage de lui donner cette robe. Il en fut, paraît-il, enchanté,

Le mayeur jusqu’en 1729 n'avait aucun insigne extérieur qui le distinguât des échevins. A cette époque, il obtint un brevet du roi lui permettant de faire frapper une médaille en or et de la porter en lieu insigne lors de son élection (1). Cette médaille « sera portée avec une chaisne d’or à la boutonnière avec un ruban blanc par le mayeur qui doresnavant sera tousjours en espée lorsqu'il ne sera pas en cérémonie avec le corps de ville (2) ». On voulait ainsi que le mayeur en imposât davantage et pût remplir avec plus de dignité ses fonctions de commandant de la place en l’absence du gouverneur et du lieutenant de roy. La médaille dont il vient d’être question et qui fut par la suite remplacée par une croix, représentait

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