De kinard est dérivé le mot canette
« À M. le Gouverneur et à M" la Gouvernante deux pâtés, au lieutenant de roy un;au président de la Chambre des Comptes un, et un au procureur de la même chambre. Le festin donné à l’occasion de la reddition des comptes n’aura plus lieu(1).» Ces mesures restrictives s’atténuèrent bientôt et à la fin de l’ancien régime les festins municipaux étaient plus florissants que jamais, en même temps que les cadeaux se faisaient plus nombreux. En 1788, à l’occasion de la procession du siège, un grand déjeuner eut lieu à l'Hôtel de Ville pendant le sermon, et on nous en a conservé un menu alléchant (2). Le repas de la Saint- Jean fut de même très somptueux en 1789 ; on y voit assemblés à la même table la nouvelle et l’ancienne chambre, les douze prud'hommes et le capitaine de la garde. D'autre part l’usage des envois de pâtés s'était conservé, et à l'occasion de la nouvelle année, l’échevinage en expédie au ministre de la province, aux gouverneurs de la province et de la ville et à l'intendant (3).
On constate le même usage persistant à chaque
visite d’un grand personnage. C’est que Péronne a
1. Manuscrit de M. Hiver et Registre aux Résolutions pour 1673.
2. Un grand pâté du prix de 24 livres,un jambon, dix poulets rôtis, quinze paires de pigeons ; pour trente sous de radis et artichaux, une livre de beurre, deux livres de fromage de grière,35 bouteilles de vin.
3. Journal de M. Dehaussy de Robécourt mayeur, pour la police et les autres affaires concernant l'Hôtel de Ville, (1788-1793).
MALICET 7
toujours eu à cœur de recevoir dignement tous ceux qui passaient chez elle, et ils étaient nombreux grâce à la situation de la ville. Elle ne se bornait pas à leur faire ces cadeaux en nature, elle savait aussi organiser en leur honneur de brillantes réceptions. En 1594 lors du passage de Henri IV le gouverneur va au-devant de lui jusqu’à quatre lieues accompagné de toute la noblesse du pays. Les jeunes gens « bien vestus, bien armés » s’avancèrent jusqu'à une lieue de la ville. Le bailliage alla attendre le roi également. Quant au mayeur et aux échevins, ils se trouvaient à la porte de Péronne. Comme le mayeur se disposait suivant l’usage à prononcer sa harangue à genoux, le roi lui ordonna de se lever et lui remit les clefs de la ville qu'il lui avait présentées. Six cents enfants marchaient devant le roi portant chacun une petite bannière. Henri IV fat reçu sous un dais de damas blanc enrichi de passements, franges et crépines d'or; le mayeur marchait à la gauche du roi. Il y eut ce soir-là un grand feu d’artifice.
En 1635 Péronne reçut d'une façon aussi grandiose le roi Louis XIII, la reine et le cardinal Richelieu. La moitié des clefs de la ville « attachées avec un ruban bleu, blanc et rouge » fut présentée au roi par le mayeur.
Lors des fréquents séjours de Louis XIV à Péronne le même cérémonial se reproduit. En 1744 la réception faite à Louis XV fut aussi extrêmement brillante.
Ces occasions n'étaient pas les seules où la ville sût déployer son amour des cortèges somptueux. La procession du siège de 1536 était l’occasion de fêtes où la municipalité prenait une part active (1). Dés sept heures du matin elle se rendait à l’église pour le départ de la procession. Après la messe les maire et échevins retournaient à l'hôtel de ville avec les tambours, les drapeaux et le cortège de la milice bourgeoise (2).
Nous avons vu également quelle pompe accompagnait les élections. Il en était de même pour les enterrements des personnalités marquantes. A la mort du mayeur, quatre échevins tenaient les quatre « poinchons » du drap mortuaire. « Les sergents et le guet du beffroi, coiffés d'un bonnet de deuil que les héritiers devoient leur donner » suivaient le convoi ainsi que toutes les autorités de la ville (3). On trouve d’autre part dans les Documents Inédits réunis par M. Quentin, la description de l’enterrement d’un lieutenant de roy à la fin de l’ancien régime. Citons-en quelques extraits se rapportant au cérémonial muni-
cipal : « Aux obsèques du lieutenant de roy, M. De-
1. Voir un arrêt du Conseil d'Etat de 1750 qui maintient les mayeur et échevins dans le droit de porter le chef de Sainl-Fursy à la procession de l’Assomption. Archives AA. 121.
2. Journal de police et autres affaires concernant l'Hôtel de Ville, pour 1788.