‹ Les Institutions Municipales de Péronne sous l'ancien régimeChapitre 52 sur 57 · Notice de M° Jean de la Villette (xvn° siècle · texte numérisé non relu

Notice de M° Jean de la Villette (xvn° siècle

absorbantes. Le cinquième était chargé, gratuitement aussi, des recettes et dépenses concernant les biens patrimoniaux de l'Hôtel de Ville. Nous avons vu,par ailleurs, que les octrois étaient confiés jusqu’en 1765 à un particulier qui touchait« quatre deniers et demy à livre ». Nous savons aussi qu’à partir de cette époque, il fut chargé également de la recette des biens patrimoniaux et de celle du bien des pauvres chaririers. Le sixième échevin avait dans ses attributions le service de la garde bourgeoise. Il remplissait aussi à l’occasion les fonctions de fourrier et de commis aux ouvrages.

Tous s’assemblaient deux fois par semaine sous la présidence du mayeur suivant les règles déjà indiquées (1). La première heure était employée à rendre la justice ; la seconde était occupée par l’administration des biens de la ville, de l'Hôtel-Dieu et des pauvres, et par les différentes affaires de la commune. Celles-ci étaient des plus complexes. Les biens immeubles nécessitaient des achats et des ventes, un entretien constant et des réparations fréquentes. L’autonomie de la ville en cette matière persista jusqu’au commencement du xvrr' siècle. A partir de cette époque, les intendants et le Conseil du roi acquirent

sur elle une complète tutelle administrative. C’est

1. Il y avait de plus, suivant les nécessités; de fréquentes assem-

blées extraordinaires.

ainsi qu’on voit en 1730 une lettre de cachet obliger le mayeur à donner aux religieuses de Sainte-Agnès» l'alignement dont elles avaient besoin pour la construction de leur chapelle.

Nous avons vu, à propos du pouvoir réglementaire de l'Echevinage, que des ordonnances de policeintervenaient fréquemment en matièreindustrielle et commerciale et aussi en matière de voirie et d'hygiène. Ces ordonnances nesontpasles seules manifestations du zèle administratif des officiers municipaux ; ces questions faisaient encore l'objet de nombreuses délibérations de leur part. La santé publique était confiée à des chirurgiens surveillés par le conseil. S'ils négligeaient les malades ils étaient destitués ; une délibération de 1596 nous en donne un exemple. Ils devaient soigner gratuitement les malades de l’Hôtel- Dieu (1). Mais à partir de 1740 ils demandèrent des gages. Ceux-ci étaient fixés en 1787 à 15 septiers de blé et 60 livres d’argent par an. Les secours en remèdes pour les malades de l’Hôtel-Dieu n'étaient accordés que sur autorisation écrite du mayeur. [lsne l’étaient que pour huit jours et l’autorisation devait être renouvelée après ce laps de temps. Les médecins et les remèdes n'étaient pas les seuls moyens employés.

En 1543, au cours d’une épidémie, on nomma un

1. Cependant en 1683 le doyen des médecins, chargé de ce service

touchait 75 livres par an (Archives de Péronne BB. 22.

appariteur de la maladie à qui une somme fut allouée pour aller faire un pèlerinage à Notre-Dame du Hamel. L'histoire n’en dit pas le résultat.

Le mayeur prenait encore une part active aux œuvres charitables. A la fin de l’ancien régime, avaient lieu deux fois par an des assemblées du bureau de la Charité chez la trésorière, où se trouvait le premier magistrat de la ville avec le lieutenant-général, les curés des différentes paroisses et quelques dames.

L'instruction publique n’était pas non plus négligée. Péronne possédait un collège fondé par la Collégiale de Saint-Fursy. Un principal ecclésiastique était chargé d’y enseigner gratuitement les Humanités ; il jouissait du revenu d’une prébende. En 1628 la direction du collège fut confiée à des pères de l’oratoire ; mais ceux-ci trouvant leurs revenus insuffisants, abandonnèrent cet établissement en 1637. On prit alors des ecclésiastiques séculiers dont la nomination appartenait à la fois au Chapitre de Saint- Fursy et aux mayeur et échevins de la ville, « à cause des appointemens que fournit la manse communale (1) ». Les Trinitaires occupèrent ensuite le collège de 1663 à 1778. Puis, après leur renonciation, un ancien chanoine régulier fut nommé par le Chapi-

tre et l’Hôtel-de-Ville, avec deux professeurs sous ses

1. L'Hôtel de Ville fournissait le collège, se chargeait des grosses

réparations et payait annuellement une somme de 330 livres (1775).

ordres. Le dernier principal dont il est fait mention avant la Révolution, est un prêtre séculier du diocèse de Reims, M. Curaté. — Le mayeur ne manquait jamais d’assister aux distributions de prix en habit et épée. La moitié des prix était payée par l’Hôtel de Ville. Les élèves étaient l’objet de la sollicitude de la municipalité, et le mayeur demandait parfois des congés pour eux, les jours d'élections, par exemple.

A côté de l’administration municipale, l’Echevinage avait,encore la surveillance des intérèts privés des citoyens. Celle-ci ne se manifestait pas seulement par l'exercice de la juridiction civile, mais encore par une sorte de tutelle bienveillante ayant son origine dans les droits seigneuriaux de la ville. Ainsi on ne pouvait entrer en religion sans la permission des magistrats ; et l’on voit par exemple le 9 octobre 1654, Antoine Journel, ancien échevin, solliciter l’autorisation de placer sa fille dans le couvent de Sainte- Claire. Elle lui fut d’ailleurs accordée. Voici un cas d’un autre genre.En 1707,Charlotte Boitel avait fait, au profit des Ursulines de Péronne, donation de tous ses biens. Les héritiers attaquant cette disposition, les mayeur et échevins intervinrent au procès pour faire annuler la donation comme contraire aux intérêts de la ville.

Nous connaissons maintenant toutes les attribu-

tions administratives des échevins et du mayeur,

Mais ces charges, ils n’étaient pas seuls à les supporter. Les notables les y aidaient. On comprenait parmi ces derniers en 1765, en dehors des échevins, Messieurs de l’ancienne loy, les anciens mayeurs, les six mayeurs de maireries, le président lieutenant-général, un député du bailliage, le président et le procureur du roy de l'élection et grenier à sel, le procureur des traites foraines, le doyen des communautés de notaires et procureurs, un député des marchands et le bâtonnier des avocats. L'assemblée ainsi composée en 1765 était réunie pour discuter les nouveaux édits modifiant le système électif, et pour de multiples affaires d'administration : achat de grès nécessaires au pavage des rues, adjudication « au rabais et moins disant » des fournitures nécessaires aux troupes de passage, des marchandises de mercerie pour le service de la ville et le corps de garde. On y procédait aussi à l’examen du compte des deniers patrimoniaux de l’argentier. Le mayeur recueillait après la lecture des pièces les suffrages des vingt-six membres sur chacun des objets mis en délibération. D'autres auxiliaires furent adjoints aux échevins en 1765.. Nous voulons parler des conseillers de ville. Bien que cette institution n'ait duré à Péronne que pendant sept ans, il convient d'en dire quelques mots. Ils avaient été chargés de la régie des biens communaux, c'est-à-dire de l’administration de la

recette et dépense des biens et revenus patrimoniaux

et d’octrois et « généralement de tous les revenus communs ». Mais ils prétendirent à d’autres fonctions, et leurs attribut.ons exactes furent l’objet de nombreuses polémiques. Ils voulaient avoir le droit d'assister à toutes les réunions échevinales où il était question, en dehors de l’administration des biens communaux, de la justice, de la police, des logements de troupes, du service de la garde bourgeoise, de l'administration des biens de l’Hôtel- Dieu et des pauvres chartriers,et de l'imposition annuelle de la capitation. Les échevins protestèrent vivement. En fin de compte on accorda aux conseillers de ville la participation à l'exercice de la justice et de la police, et on leur permit de nommer deux ou trois commissaires au plus, pour concourir à l’imposition de la capitation. Quant au service de la garde bourgeoise, sa surveillance fut confiée exclusivement au mayeur et aux échevins. On interdit également aux conseillers de ville de s’occuper du logement des troupes (1).

D’autres magistrats, les Notables, avaient été créés par les édits de 1764 et 1765. C'est devant eux qu’est rendu le compte des deniers patrimoniaux en 1771. Le reliquat actif au profit de la ville était alors de 11.551 livres. Le compte des deniers d’octrois est aussi rendu le même jour devant eux,et on constate

1. Lettres de M. Laverdy, contrôleur général, de septembre et

octobre 1768. Documents inédits réunis par M, E. Quentin.

que le reliquat passif de l'Hôtel de Ville envers le receveur s'élève à 5.145 livres. C’est également dans l’assemblée des Notables qu’on délibère de faire les travaux importants, et de modifier les gages de certains officiers. Nous n’insisterons pas sur ces prérogatives étant donnée la durée éphémère de cette institution.

A partir de 1773, le mayeur et les échevins se retrouvèrent seuls comme par le passé pour administrer la ville, et leurs attributions restèrent celles

que nous avons indiquées.

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