CHAPITRE IV Les Dogmes de Tlslam
La Foi. — L'unité divine. — Anges. — Démons et djinns. — Prophètes. — Les Saints. — Baraka. — Confréries. — Marabouts. — Jugement dernier. — Paradis. —
La théologie musulmane orthodoxe, telle que le Coran et la Sounna Font constituée, peut se résumer en un petit nombre de faits essentiels, si Ton renonce d'une part à débrouiller le fatras des docteurs de l'Islam, et d'autre part à étudier les hérésies des sectes, dont on a dû se contenter ici d*in(}iquer les tendances et dont on ne reparlera plus qu'en passant.
Quelles sont les croyances qui font d'un homme un croyant {moumin), un musulman (mouslim) et y a-t'il identité entre ces deux expressions, entre ïimàm et Yislàm^ Elles sont employées toutes deux dans le Coran sans que Ton aperçoive entre elles une diflFérence. Des théologiens expliquent que le mot mouslim s'applique au fidèle qui, à la pureté des pensées et des paroles qui caractérise le moumin^ ajoute la pureté
^2 LES IRSTITUTÎO?^ WCFStîrLMANES
mort, qui vient prenxfare le deraier soafEe sur la bouche des moursints.
Des anges veillent sur l^hotonse : les deuoc <r gardiens » {hàfizhain) ei les deux^t écrivains » {kàtibuin) qv prenn'ent note de ses 'bonnes et «te ses mauvaises actions : il y a hésitation si ces ang<eB sont des personnages différents ou si ce sont les mêmes êtres occupés de fonctions diverses. Les d'eux :gardiens de k nuit font place à deux autres, au lever du soleil, ^t aussi à son coucher : il 7 a là pour le fidèle deux instants dangereux, où il doit craindre les attaques 4e Satan (Eck Ckaithàn^ Iblis) et de ses acolytes. — 'On confond aussi les Kàtibaih avec tes deux auges de la tombe, Nakir'Qi Mounkar, — Leparadis estç^wié par i'arige Bidhwm, Tenfer par l'ange Màlik.
Les démons rôdent sur la terre et dans tes cAmtx inférieurs et cherchent à surprendre, aux confins ^du septième ciel, les secrets des anges, qui les (Shassent en leur lançant des pierres qui ^sont des étoiles filantes; ils les lapident {rajamou), comme lepèteirm lapide les jamamt de Mina, à rimitalion d'Abraham, qui selon la tradition, y chassa jadis Satan à coups de pierres, d'où celui-ci est dit le « Lapidé » (er riajim) : l'interprétation de toutes ces croysmces reste incertaine-
Les démons d« l'armée d'Iblis portant divers i^ams: djinn^ ^liXY. djounoun; chaithân, plur. cfiayà$hin; nfrit, plur. afàrit ; màrid (m rebelte. ils ont été^créés avant les hommes "et sont faits de feu (nàr) : ils sont mâles ou femelles, et ils peurvent s'unir avec les êtres humains. Qtielques*uns sont musulmans ; axais le plus grand nombre est «nuemi de l'humanité ^et de rislam. La croyance populaire qui, comme 00 le àita. plus loin, a largement déireloppé le culte des.«aints, a peuplé aussi le monde de djinns, répartis en sept armées dontchacune a sondïef, sesattributiotns, son domaine ; de chacune Thomme «ràint des attaqi$6S
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spéciales et contre chacune il possède des moyens partic»U«rs de défense*
La tradition mniBuIniane n'est pas bien fi-xéesur la natwreprimitive de ces êtres. Ihhs, leur chef, appelé à Toorigine Asâziî ou El Hàriih, est, selon les aiïs, un ange, selon d'autres, un djinn ; mais il a été créé d'un feia'plus ardent [nàr as sumoum). De même, il n'est pas net si les êtres de sa suite étaient jadis des anges on des djimns. Quoi qu'il en soift, la terre était habitée, avant la création d'Adam^ par des djinn's dont la mauvaise conduite contraignit Allah à envoyer Iblis avec une armée d'anges on de djinns pour les sou* mettre.
^Lf«s musulmans croient à la mission des prophètes {nabi\ pltrr. anbiâ; rasouly plur. r^ousoul ), qu'Allah a envoyés aux hommes pour.leur^Bngeigner la vraie foi ou pour la leur rappeler. Les prophètes sont des hommes, que caractérisent certaines vertus essentielles : véracité, intelligence, etc. Ils sont garantis contre les péchés graves [kabàïr)^ et ils ont en général le poTïvoir de faire des miracles. — Les théologiens ne «ont point d*accord sur le nombre des prophètes ; on adm^t d'ordinaire que cent treize d'entre eux ont apporté des livres qui, pour la plupart, sont perdus : les six principaux -sont Adam, Nx)ë {Nouh)^ Abraham {Ibrahim)^ Moïse {Mouid), qui a apporté ba Tfaora (le Pentateuque), Jésus {'Isa) qui a ..transmis FEvangile (/n/i/), eilSn Mohammed qui est le dernier et le plus grand des prophètes. Bien qu'une tradition^ qui parait être authentique, fasse dm à Mohammed qu'il n'a point reçu le don des miracles et qu'il n^en a accompli qu'un, le plus grand de tons il est vrai» ^1a révélation du Coran, la croyance populaire lui attribue quelques menues merveilles, notamment celle delà lune fendue en deux. L*égo¥sme de Thomme domine le sentiment de la
religion, comme les autres : il réclame une divinité qui lui soit proche, qui Técoute et lui réponde, qui soit, sinon son dieu personnel, du moins celui du petit groupe social auquel il appartient. ' En internationalisant le dieu de la Ka'ba, Tlslam a répété l'évolution que le christianisme avait fait subir à Yahveh. Mais les dieux locaux, que les conquérants musulmans prétendaient détruire en Orient et en Occident, sont immortels, et sous un déguisement ils ont retrouvé une nouvelle existence.
La croyance en la mission des prophètes est, on vient de le voir, l'un des dogmes de l'Islam : les prophètes pouvaient donc, sans atteinte grave à la foi, passer au rang de dieux inférieurs. C'est ce qui paraît avoir eu lieu en maint endroit : le sanctuaire du Prophète à Médine est devenu,' on le redira, un lieu de pèlerinage aussi vénéré que la Mekke.
Les compagnons du Prophète {el Açhàb), qui sont la source de la tradition, occupent un rang éminent dans la hiérarchie musulmane, et Mohammed a, d'avance, promis le paradis à plusieurs d'entre eux. Cependant le respect qu'ils inspirent ne s'est point transformé en un culte véritable. Du moins, il faut rappeler que quatre d'entre eux, les premiers califes, les rachidin^ « ceux qui ont suivi la voie droite », sont toujours, de la part des Sunnites, Tobjet d'une vénération particulière, Abou Bekr et Omar avant les deux autres; les Chiites au contraire estiment qu'ils furent, comme Othmân, des usurpateurs du pouvoir qui appartenait de droit à Ali.
Ce n'est point pourtant en faveur de ces personnages que les cultes locaux se sont développés : la place des anciens dieux a été prise par les saints {wali, plur. aouliya).
Le culte des saints joue un rôle considérable dans la vie des musulmans. C'est la survivance des pra-r