LA SOCIÉTÉ MUSULMANE
Il importe tout d'abord d'indiquer comment se forme et comment se dénoue le lien ms^rîtiioniat qui est à la base de Torganisation familiale. Dans les très courtes indications qui suivent, il faut distinguer, avant tout, les rites qui accompagnent la célébration du mariage, et les règles du droit qui en. sanctionnent la yalidité. Celles-ci sont musulmanes. Les rites sont des cérémonies magiques, qui, sous des formes locales diverses, recouvrent des croyances et des coutumes qui sont communes à tous les peuples : à ces deux titres^ ils sont donc extérieurs au but de ce livre, et Ton se contentera d'y faire une brève allusion.
L'Islam, on l'a dit plus haut, recommande et même impose le mariage à tout homme bien portant, qui peut subvenir aux besoins d'un ménage ; il évite ainsi la débauche, qui est un péché grave, et accomplit le devoir de la procréation ; il est autorisé à entretenir quatre épouses libres et des concubines esclaves. La polygamie est l'un des points essentiels de la vie civile où la loi musulmane heurte les législations occidentales : il est difficile de dire si elle a coïncidé avec une moralité sexuelle supérieure ou inférieure à celle des populations chrétiennes de l'Orient. En tout cas, la pratique de la polygamie, au moins dans les villes, diminue peu à peu, sous des influences sociales et économiques, qui tendent à Taffaiblissement de l'autorité du père de famille et à Félargissement de l'indépendance de la femme; elle n'a point pour conséquence une atténuation de la prostitution. Il est aisé de répéter des; anathèmes. faciles contre la polygamie et des dithyrambes à la louange du mariage chrétien unique et des sociétés anti-esclavagistes; mais il faut aussi reconnaître nettement que le régime sexuel des nations dites civilisées n'a pas mieux réussi que celui de l'Islam à débarrasser la société de la prostitution.
116 LES mSTITUHONST: HCSSllttkNES
Ls' mariage confiiste essendeUemeat en une piK)messe échangée entre les deux parties et sanctiomiée par la présence de deua témoinsi: une det. (mtf^, çadàq^) doit être pa^yëeè lafemjxbei.Mais-celle-ei n'est point directem-eni pariie.au; oontnat; elle a.un; repisérâentant [wàlï) qui prend sa. place' dans lea^ négoeiartioas^et qui, avant rislam> sembtei avoir eu dk>rdir naiore le droit de rengager sans son conseotemieni.. Bien* que Tlslamiait hauneusement lïéagi sur ce peint: et n'ait conservé le droit de contrainte qu'au pêne ai au grand-père et qu il Tait limité dans- l'intérêt d^ la femme, en piratiqiue la fille vierge,, dont le sileoee^ reste affirmatif, est à. la mereides coutumes locales. Ce n'est qu'en l'absence de tout pairettt. que la ï^mma est repnés entée par le câdi, protecteur légal des inoar pables..
La demande en mariage (Mi^'6a)est;faite,,aprèsdes enquêtes discrètes et des négooiattons ourles fenmies jouent avec joie le rôle d'entremetteuses> Quaadles* questions financières ont été renées entre les. deux pères de famille, on conclut le contrat [iàqd en,nikàh):
L'échange des coiisentementS: peut se faire à la* mosquée devant le càcti ou le mufti; on récite la fâiibat et des versets du Goran ; mais le. oositrat peut ètnef passé dans la maison de Tune des parties, et il n'y» a* Ul aucun rite religieux du mariage.
Le futur époux envoie des cadeaux àssa femme, ejt;, pour être entièrement valable^, le* mariage conclu, n'ai plus qu à être consommé;.
G'est al(»*s^quev chez, tous les peupies^ânterviennent des ritos dr'opigine magique. L& vierdes deux éponXy. qui vont passe? du groupe di^s céUbataÂres dans eelui des gens mariés, se trou^ve àum touanraai dangereufit^:. des^ « pîtes de; passage » devront: étce* accomplis pcnir cendre la transformation possible^ et peur évitev* la poursuite redoufcajble ctesi (^inns». be& pareat& des-
LA SOG^é IHJSniaiATTB 117
éptHix^ fiiBent la datd d6> ce qu'on appeller», pour'Sbréger; «I^b- mariagd- »j mais'OD ae TaDDonce ouverte^ méat qua^quelques jO'UTs avaDt^la^Gérémonie<^ efc c'est' le conHnenoemeQt de la premièpa période critiquer EBe-es* remplie par <le»fèfces que le groupe deejeuuee' hommres célèbre chez le père de Tépoux*, tandis que' le groupe des jeunes- ôlles^ les célèbre chez lepèredfe l'épouse; des pèlerinages propitiatoires sont accom-^ plts^ aux sanctuaires des saints Tonérés*. Cepeudant les deu» futurs époux sont dans une sorte de qua*^ rai»taii»e^ dans up état d'iuterdiotioir, de tabou* (hurdm) qui oblige Tépoux à faire nae véritable retraité en un lieu isolé et ôctivement' secret, où Tentoitrent et le gardeut ses garçons d honneur, les- « visirs » {otnzarâ^ vxiqqâfin) de ce sultan éphémère;
Le jour où Tépouse doit être amenée au domi«' cil^ conjugal est le début d'une seconde période* qu'ouvre une double cérémonie préparatoire; les" époux 3^ sont entourés de préeauFtions- magiques^ re^ doublées et dd rites propitiatoires. Ces manifestations, s'exaspèrent autour de la nuit des noces. Mais la ooii-^ sommation du mariage, avec ses pratiques- exté* rieures brutales, auvre une dernière période dange^ reuse qui s'étend sur toute la semaine suivante. Lsi femme reste dans sa< chambre, et Tépoux lui-même ne circule qu'avec d'infinies pinécautions et reste en < dehors de la sodété. Ce n'est qu'à la> fin des sept jours que les deux époux, après, avoir accompli un/ rite, q«i est une purification, oiaune désacralisation selon la' nature q^ue 1:oq auttfibueà oes diverses pé«» riode&de rettwûteF, reprennoBt la vie normale.
]Le mariage de la. femme veuve oui divorcée &st aooomplipar ua contrat semblable à celui qui vient d'être indiqué pour la fille^ vierge ; mais les rîtes- de> passage^n'ont plu» de raison d^étreet les eérémonies^ se réduisent à des^réjoniaaaiiieesiet ài de» festins.
Il faut renoncer, on vient de le voir, aux descriptions qui étaient d'usage il y a vingt ans chez les« auteurs qui, prétendant raconter les usages du mariage musulman, se contentaient de faire un succulent récit de repas, de danses et de musique. Les rites du mariage sont enveloppés de fêtes et de ripailles qui entoilent l'existence aux yeux d*un observateur superficiel.
Si les mœurs donnent au mari une autorité quaâi absolue sur sa femme, çn revanche la loi musulmane assure à celle-ci des droits pécuniaires qui dépassent même ceux que leur accordent les législations féministes de TOccident. Le mari n'est point le chef de la communauté financière, la femme conserve sa fortune personnelle. Le mari est tenu de pourvoir' à l'entretien de sa femme et de ses enfants, conformément à leur rang social. Dans la vie conjugale, la femme doit obéissance complète à son mari ; elle a contre lui un recours devant le cadi, mais les mœurs le rendent en général théorique : e)le peut se plaindre de toute infraction à la loi ou aux clauses du contrat de mariage qui prévoit souvent en sa faveur des avantages, parfois sanctionnés par une obligation de répudiation.
La législation sunnite n'admet pas le mariage temporaire (mouta'a)y mais les Chiites Tout conservé ouvertement, et dans l'orthodoxe La Mekke, il est habituellement pratiqué.
Le mariage se dissout par la répudiation (talâqy que le mari prononce à son gré, mais qui rend la femme créancière immédiate de la seconde partie de sa dot, la première seule ayant été versée lors de la conclusion du mariage. La répudiation n'est définitive qu'après une triple répétition d'une formule sacramentelle. Durant une période fixée par la loi ('iddà)^ la femme ne saurait contracter un nouveau mariage.
Dans^lBS cas nestneints et dtrlctemBDt éniimérés^ la femme psutideman-der au cadi de lac libéferdes liens dni>maaria^.:
Qtiaad le mari;ne proao&ee omitresaffeminB qa;une seulfi' formule de^ rôpïidlatioQ;. il pesatr y resenrcer, tattf que le.'délai^de r /it/rfa.ne s'jest point écouiérvet la. vie conjugale, repceoid. son cour&y dans les coaditioast fixées par- 1& coatrat prirtiitif. Il ©b est da même si Le. marr arprojiooicé une formule: double. Mai«! s'il a dit : « Jete.répudie par trùis fois », ou:toute autce phrase semblaMe, le mariage est définitivement rompu|.et l'exTmari ne peut contracter un nouveau mâmage avec sai femBoe qu'après que celle-ci a convolé avec un aotra h.omm©'. Cette règle, fort raisonnable en théorie^, estiune source féconde de situations comiquies: et ItSr fàd[)Viaux arabes sont pleins d\àistonres de maris qui, désireux de reprendre leur femnae, préparent pour aile un lien fictif avec unj époux de théâtre^, qui se fait grassement, payer pour jçuer son, rôle, et qui^. parloist viola^ti la marché oondu, prélendl 1& remplir auî naturel. i
La vie conjugale: est réglée surtout: par la coutume: qui confère au j mari une autorité antique, et par la morale courante de llsiam qui enseigne la modération^ la géfférositéf,,la vertu. — Dans les villesy la. femme mariée,. comjQEie la jeune fille pubère^ est complèteiDiefiut séparée dé tous les bo(miEnes> qui sont étraiSkgsears à/S«L famille im^cnédiate. IL reste doioe nettement un càavL dès'hffmïmeaft.etrun clan des femmes^.eit.les individus de chaque groupe n'oni; daiitresi relaJLions que leB rapports- sesrnels et de& intérêts domestiques res* treihtsà.
Le^rt du voile, est la; manifestaiionde riaterdiction qun edttpècke tout homme de vtMrle visagaides^fenuaies étirangèvas à safatnille proche. Or c'est une eontUiSue^ qwimasiastgâBéraUséefqjae dans une péiàoida: iralati-
m LES INSTITUTIONS HU^SULIIANES
f<Hnxmle de l*appel à la ppière {azhàn) émts sod ormlle droiifce «t eeUe deViqâma dans -Bon toreiite gauche, afiai d£ IcBecDurhimer à la profefisioiide ioi mçsuàmsiue.
"On recommande de d^moer (Udi nom :à T^iifami le septième jouv, mak cette cénémcxaie peut a^oir iieu oa plusi tatou plttâ tard. Ce nom (ism) est diiîéreiit setoQ ks régions du monde musulman, car à icèté du fonds (Commun spéciakment islamique, c'est-à^dm aicabe, de vieux noms locaux persane, turcs, berbèreft, etc., restent en usage^ sans parler des noms de saints^, qui étendent leur influence i>ur une surface plus ou moins vaste.: Ghô'aib et Bou Hédine sont courants en Gra;n?ie, autour du saDotuaire ne fiidi Bou Médien à. £1 Ënbbad, près Tlemcen ; .Jilali et Jelioul sont ausfii pénandus que l0s qoubbas de Sidi Aibd el Qâder ellilali. Les principaux noms vraiment imusulmana sont (saux du Prophète : Ahmed Mohammed (prononcé aussi Méhémet et Maliammed), Moustafa (Moâtfa) ; des membres de sa famille : Mi, Hassan, Hossein; — des prophètes et des grands personnages de la tradriiitm musulmane : Ibrahim «Brahim , Mousa, Ismail, Soleiman^ Daoud, Ishaq, Abou.Bekr, Omar, Othman; enfia Abd Allah {Abdu llahv « ^ervibc^ de Dieu • et toutes les vairianies où le nom d'Allah est recQplafièv. par lune de ses quatne-vingt-dix-neuf épithètes : -el Qâdir, ^r ilahman, es Salam, ler Rezzâq el, Hamtd, el Aziz el Haqq, etc.
Le nom de l'enfant se trouve complété par celui de son "père, Ahmed ben Mohammed^ et aussi f^ar d;aiitres éléments : d'abord par uiq kamfa qui repndduH le nom du premier âls apnès le mot « ipère de » : Abou 1 Q&sim (Mohammed), Abou (t)thmàn, A.bQu flDar^ cteBn, etc. ; l'ensemble peut former -un nom oéLètoe dans rhisteiire qui est .appliqué en bloc à Tenfaiiilb : Àbon 1 iiaasan AIL Aussi ce peut être un eurnom^ lafùb z l^our ed «dia (lumière de la ioîf), :Bou Barhia