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CHAPITRE VIII

Le Gouvernement.

Le calife. — Le pouvoir du Prince des Croyants. — La fiction califienne. — L'État musulman : les tribus, radministration, la poste; Tarmée, les mercenaires; les impôts; le statut des non-musulmans.

La fonction essentielle da chef de la communauté musulmane, c'est d'en être Vimâm, celui qui dirige la çalàt, la Prière solennelle. Le Prophète ne faillit à remplir cette fonction que dans les cas de nécessité absolue. Maître de toute autorité, puisqu'il transmettait la parole divine, il déléguait, s'il le fallait, à l'un de ses fidèles le pouvoir de diriger la Prière, de conduire le pèlerinage {liajj ou 'omra)y de tenir son étendard et de commander aux guerriers de Tlslam. — A sa mort, on Ta dit déjà, rien n'avait été prévu pour assurer sa succession : c'est à une élection mouvementée qu'Âbou Bekr dut de devenir l'imam de la communauté musulmane avec le titre de Khalifatou n nabi ou Khalifatou rasouli llahi, « lieutenant du Prophète *. C'est le titre que conserva Timam suprême,

le calife; maïs dès la période abbasside. rinfluence byzantino-persane, qui déifiait le souverain, fit du représentant du Prophète le calife de Dieu {Khalifaiou llahï); et c'est ainsi que le comprennent les Turcs.

La succession du pouvoir est réglée théoriquement par le choix des fidèles, qui sont en fait représentés T)ar les personnages les plus importants de la résidence du calife : c est donc le choix de la cour. Mais la réalité des faits met en pratique la succession par hérédité. Le souverain régnant règle, durant sa vie^ la transmission du pouvoir, et fait décerner le titre d'héritier présomptif [wali Vahd) à celui de ses fils ou de ses parents auquel il veut léguer le pouvoir : une reconnaissance solennelle du futur souverain [bâta) a lieu devant la cour et le peuple, assemblés à la porte du palais. Cette proclamation, renouvelée au début du nouveau oègue est tenue pour rexpression du libre choix des fidèles.

Le calife doit être, suivant les orthodoxes, un Arabe coréichite, c'est-à-dire de la famille du Prophète; les Chiites réservent le pouvoir aux descendants d'Ali; les Kharidjites l'ouvrent à tout musulman^ qu«elie que soit son origine. U importe de noter ces lois, q;ue les réalités de la politique n'ont pas observées : le sultan orthodoxe de Constantinople a le titre de calile et n'est point un Arabe. La fiction de l'électioti du eaiiife par la communauté musulmane a» en revanche, conservé toute sa valeu.r théorique.

La. rébellion contre les souverains modernes de l'Islam s'est souvent manifestée sous la forme de L'apparition d'aventuriers qui prétendaient être le Mahdi attendu à la fin des tenips. On a parlé plus haut de cette croyance messianique, commune à. L'aneLdn Orient, que Ib Sunnisme a sani^tionnée et que le Cbiisme aocenitu^e de la croyance à TimBiBà caché.

A. l'épQque eiiassique, l'autorité était tout ealière

entre les mains du calife qui la déléguait à qui il voulait. Toute fonction était donc une délégation médiate ou immédiate du pouvoir califien. Les souverains oméyyades eurent, auprès d'eux, des conseillers qui gouvernèrent TEtat; les califes abbassides eurent de puissants vizirs ; les deux dynasties furent représentées dans les provinces par des gouverneurs qui exercèrent une autorité absolue, tempérée par la menace constante d'une brusque disgrâce.

Autour du calife, les nécessités du gouvernement et les traditions de Byzance et de la Perse développèrent rorganrsation des bureaux de la chancellerie. Car, à l'époque classique, le calife reste un souverain très vivant, source de toute autorité : il tient conseil et contresigne ou fait contresigner en sa présence tous les ordres et toutes les nominations de fonctionnaires.

Dans Fempire ainsi organisé, Tunité de direction est théoriquement maintenue, tout en laissant aux gouverneurs une très grande initiative. Malgré la poste officielle {berid) installée ou réorganisée par les Oméyyades, les provinces sont bien loin de Damas et de Bagdad, et la liberté de décision des lieutenants du prince tend Vers Tindépendance. Le califat, à Tépoque de sa splendeur, est trop étendu et habité de populations, trop diverses de tendances et de langues pour que la cohésion y subsiste, sous un gouvernement sans relations intimes avec les peuples. Les gouverneurs des provinces deviennent donc, les uns après les autres, des souverains indépendants [malik^ soultân) qui administrent librement une partie du monde musulman, et le pouvoir s'y transmet suivant les règles théoriques indiquées plus haut. Mais ces sultans ne sortent point de la communauté musulmane : ils prennent bien le titre de « prince des musulmans » [amir al mouslimin). Mais, dans la khotba

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du vendredU ils fonè proclamer le^nomcdacallfa aiprè» le Ibuc et aiju-de&»u& de lut. Il n'y a doiu?^ poiat mâture des liens qui unissaient les diverses pacties de la communauté musulmane, etilfaut bien entendre <|ue ceux qjii subsistent ne sont pas seulement religieuiL ; les fidèles du nouvel Etat r^esteni théeriq^iement aa' union complète avec ceux du reste de Tempire cali»âen. Le sultan local, par une. pure fiolieto, sepréâaate^ toujours le calife.

Lbistoire musulmane of&e q<uelques> eioemples intéressants de: la. persistaïuse de^ cette, fiiction^ pas exemple le sultanat des Mamelouks d'Kgj^pte. Ces Siiltans ont confisqué à leur profit le calife abbasside qjui vit au Caire sans aucune autorité néeUe, etpratirquement à la merci des Mamelouks:; meÂs il reste entouré de toute la vénération extérieure doat ses anrcètres jouissaient à Bagdad. Sa présence donne aijub Mamelouks un prestige dont ils savent se parer aiux yeux des autres souverains musulmans ei; des rois étrangers» On. connaît assez, bien la cbanceUerie: et la diplomatie des Mamelouks^ et,, en les^ voyant agic, Oin a rimpression quils cberchen^ à maintenir k leur profit, au dessus de la tête des califesy la. fiction adiréotlée de Funité de la communauté masulmane.

Cette Qction cependant a été nettement effacée da protocole gouvernementai dans quelq,ues parties du monde musulman à diverses époques et aujourd'bui même. Les Chiites, on Ta dit pcécédemiment,. n'acceptent pour calife q.u'un descendant d'Âli,, appartenant aune branche déterminée : le chah, est ua roi qui tient la place prête, pour Foffrir à Timam caché, au Mahdi, dès^q^u'il. apparaîtra. La rupture est complète entre lui et le sultan de> Constantioople, et il a fallu des circonstances politiques extraordinaires pour que Ton vît u causer » les deux cours ennemies. — Les souverains kharldjites de Mascate et de Zanzibar

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resteat isolés* km Maroc, les béritiecS' du Mahdi Iba Tbuunjerty les Almohiadiesv ont ébé, hors du califat d^Orieat, des ca^li<6ed oceideD taux; les MérLindea^ lieurs successeurs, oab prétendu parfois au. titre d'amùr ai maumimn et lesd^ynastiies qui pègnent et Fez et à. Mev^ nakech depuis, le x.vi® siècle, font remonber leur onLgine^ jusquau Pi-ophète {chorfw) et sont donc ami«r«i mouminin. Le roi du Hidjaz, chérif lui aussi, ai rompu avec le caiifè ée Gdnâtantinople et a pris le titore caliâen.

Le suUao) de Cous tantino pie prétend,, même après La guerre mKULdiale,. maintenir sur le monde musulman une suzeraineté, que Topinion européenne trans^ forme naïvemieat en une haute autorité religieuse analogue à celle q:ue Le pape exerce sur la catholicité. Mai&ia sultan tumc, qui s'est fait céder au xv* siècle le califat que ses prédécesseurs aTaient étranglé au xiii®, n'a jamais exercé aucune autorité réelle sur rjslam oriental (Indes, Insullnide, Chiael^ et sa politique iurque, désordonnée et méprisante^ Tavait rendu odieux ou au^ moins désagréable aux populations arabes, européennesv égyptiennes et berbères de TOccideai. Il a si bien, senti son impopularité et sa faitblesse qu'il a rêvé d'un pou:voir naiiooal qu'il ex.eroe«tait sur le monde turc; c'est le pantouranisme* Il importe don£ que l'Europe,, quelle qi^' soit d'ailleurs soD' attitude envers le maître de Gonstantinople, ne se fasse point la dupe de mouvements politiques, dont lescauses peuvent être légitimes^ mais qui, en se don)nant uin paravenit religieux, et eii évoquant le spectre du califat cla^^ique, prétendent, sans le vouloir sans doute, ramener Thistoire en arrière,, et aboutissent logiquement à la constitution d'un bloc musulman contre un bloc chnétien, le Califat en face du Pape et de l'Empereur» En réalité., L'Islam, oomme le protestantisme, n'a nul.besoin d'un chef religieux suprême;

et c'est ainsi que l'on peut espérer que la pensée religieuse y reprendra quelque activité et rejoindra le mouvement qui entraîne le monde occidental sur des voies nouvelles. Quoi qu'il en soit, il serait sage que les publicistes de TOccident s'abstiennent d'intervenir dans des questions théologiques, pour y prononcer des paroles inconsidérées et y faire de grands gestes

inutiles.

L'application des règles communes de la législation musulmane et la tendance à imiter la cour du calife a maintenu sans doute, à l'époque classique, une cer* taine unité administrative; mais chaque région de l'empire a conservé ses usages et ses organes de gouvernement. Des éléments politiques nouveaux sont en outre entrés en scène, et il est par exemple intéressant de comparer 1 Egypte des Mameluks au Maroc de la même date, k l'époque moderne, les différences se sont accentuées.

A la base de la vie politique musulmane, on trouve partout des groupements élémentaires variés : on dira seulement ici deux mots delà tribu arabe.

Le califat n'a point créé, à l'époque des conquêtes, une administration proprement dite. L'imam suprême a simplement délégué à des hommes de confiance les fonctions qu'il ne pouvait exiercer par lui-même : des imams ont dirigé la prière en son nom ; des cadis ont rendu la justice ; des gouverneurs ont commandé les troupes, maintenu la tranquillité et levé les impôts. En fait, l'autorité musulmane a encadré de cet étatmajor peu nombreux les fonctionnaires byzantins ou persans qu'elle avait conservés en Syrie, en Egypte, en [friqiya, en Mésopotamie, en Perse, etc.

La famille étendue forme la tribu, qui parmi les Bédouins modernes, comme dans l'ancienne Arabie, conserve jalousement sa généalogie, ses alliances, ses inimitiés récentes ou séculaires. L'Islam a fait entrer

la tribu, un peu au hasard, dans le cadre gouvernemeutal que lui léguait Byzance ou la Perse. La conception mahométane de la communauté musulmane, c'est-à-dire du groupement social qui, h Médine, sous le Prophète, dominait et semblait devoir détruire les liens tribaux, s'y est simplement superposée. Les conquérants arabes ont emporté avec eux à travers le monde leurs habitudes tribales, qui s'accor- ' daient fort bien avec celles des populations conquises : ils ont apporté, en Espagne par exemple, toutes les vertus et tous les défauts de Torganisation de la tribu , remaniée par celle des jound syriens.

Les origines des tribus sont obscures, et l'histoire qu'en trace l'orgueil des populations en grande partie artificielle. Les anciens cadre.s tribaux ont été en général rompus : de grandes tribus se sontémiettées, et leur nom n'apparaît plus aujourd'hui que comme l'étiquette de faibles groupements. D'autres agglomérations se sont formées, parfois d'éléments très divers, et des tribus nouvelles sont nées, qui occupent un instant la « scène du monde ».

La tribu arabe a un chef, appelé jadis sayyid et cheikh, aujourd'hui encore cheikh et caïd. Historiquement le chef de la tribu est l'un des chefs de famille, qui s'impose à leur assemblée, à la jama'a, par son courage à la guerre, son sang-froid et son éloquence dans le conseil, sa générosité. Et il suffit de relire les récits arabes antéislamiques pour savoir ce qu'est un chef de tribu moderne : et il n^y a guère de traits à changer pour retrouver la tribu berbère ou turque.

C'est par l'intermédiaire du chef de la tribu que le souverain s'efiorce de rappeler son autorité à ses sujets : il consacre son investiture et lui transmet des pouvoir militaires, administratifs et financiers, que le chef de tribu exerce avec une indépendance tempérée

seulement par k destitutmn ou i-assassiiiat. Pour certaras souverams asabes, faire payer fort cher à un oaDdidat le litre de caïd, le deâUtuer après quelques annéies grasses, Tejaaprisontter et co«rîiBqu^r ses biens^ semble être une suite de manifedtaticms Doraiales d'uoe bonne politique courante. Mais parfois ki dési- ^nalkOA doi chef de ia tribu par le souverain eet un geste saDS inouportance : le cheikh a '8âii^ea>eiDt Vsoîk^ torité que lui donnent son prestige personnel et Ja faveur de ses pairs.

Bans les années qui ont suivi la conquête, l'onganisQie gouvernemental du califat s'est islamiisé, et durant certaines périodes, il parut avoir abou<ti à dep a^dminifitratioiitô tT^ès semblables à celles qui gouvef^ Baient TEurope à la même époque : les « bureaux j» organisés par les Mam.«louks, par exemple '&n E^yprte et en Syrie, semblent avoir répoikdu font bien aux besoins du temps. 11 n'y<avaitden.c aucune raison fondamentale pour que œs combinaisons eussent pour conséquences le gaspillage, le désordre et la décar dence économique : et ce sofit pourtant ces faits qu'il faut bien constate», avant tout auti^, dans la vie politique de Tlslam moderne. Les raisons. en sont très complexes ; il est en effet bien simtpUste de les réd.'U'ire à un fatalisme musulman^ don^t on ne peut mesuner ni retendue, ni la iprofondeur,

La fonction administrative et juâidaiiflre de TEtait, qui est esseatleUe dans ies nations noiî^derBes et qui fut dé, à telle dans TcEmipire romain, fmt seoondaire dans Tempire des calbftes, même duranit les périodes où la centralisation du pouvoir parut être la plus cchuplète, par exemple sous les lAbkassides «t so«u5 les Msunelauks. Les organisations locales^ itribus et gronpemiedBits <de tnibus, vôMes et unions prolessiionneUes, grandis domaines d'allure DéodaLe (ifia'â^), restèswsrt iouijoufs assez lii^ants pour dispensâr le pouvioirtde

«^occuper d'outre chose que de maintenir intacte son autorité et d'étouffer toute tentative de rébellion.

Le calife avait donc besoin d*étFe renseigné (rapidement sur les événements qui pouvaient troubler 'la paiic de l'empire : il avait un bon service de postes officielles; il lui fallart une armée qui pût être aisé* ment déplacée à travers les provinces ; pour la payer, <;am!ine pour subvenir aux dépenses de laGour, il avait besoin d'argent.

Les services postaux du califat, qui transportent rapidement à travers l'empire les rapports des agents du prince et ses ordres, ont été organisés par le calife omeyyade Abd el Malik, sans douté' sur le modèle byzantin : c'est le berid. L'empire est sillonné de pistes, sur le parcours desquelles sont installés des postes {'manzUa)y qui renferment une écurie avec des chevaux, que soigne et monte un personnel expérimenté; le courrier, parti- de la capitale ou du bureau de l'un des chefs de province, trouve, à chaque relais, un cheval frais à échanger contre sa monture fatiguée, ou même un remplaçant s'il ne petft pasluinnême continuer sa route. Ces reliais sont utilisés pour les voyages du souverain et des grands fontstionnatres. L'on des plus anciens documents géographiques araibes, le livre d'H>n Khordadbeh, est une description de ces rout^ postales, un indicateur dn berid, La direction des services piostaux, dont les agents jouaient un rôle important dans la police de l'Empire, était remise aux mains de ^Fuii des officiers de^confiance du souverain!

A une date imprécise, les Ardbes.avarenft emprunté aux Persans la poste aux pigeons : "elle fut To^bjet d'une organisation complète bous les Mameloufk^. Des eolombiers {borj, plur. bourouj), oonstratts en des sftnations choisies et^rdés par des agents spéciaux^ 49ervaient dépeinte de départetd*«rmvée aux pigeons

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que les cavaliers du berid transportaient sur leurs çheTaux. /

L'organisation de Tarmée a varié aux diverses périodes de Thistoire musulmane, mais les principes en sontrestés stables. Elle est basée sur la levée générale des guerriers pour la guerre sainte ; à l'époque des grandes conquêtes, les nouveaux convertis marchèrent sur les provinces byzantines et persanes, en conservant leur division naturelle en tribus ; Timmense butin en terres, en objets mobiliers et en hommes qui tombait entre les mains des vainqueurs, stimulait et confirmait Tenthousiasme religieux. Mais ces levées en masse, en ruées de tribus vers la conquête, se transformèrent dès les débuts du califat oméyyade en une armée régulière de troupes arabes, dont El Hajjaj organisa à Basra, à Coufa et à Wasit le dépôt permanent et auxquelles furent adjoints des auxiliaires levés parmi les populations soumises et converties. A Tépoque abbasside, Tarmée arabe, permanente et payée (mourtaziqa) diminue de nombre et de solidité ; elle est renforcée par des musulmans volontaires ne recevant point de solde {moufaiomya), qui prennent part aux deux razzias annuelles du jihàd contre Tempire byzantin et par des mercenaires étrangers, turcs, nègres, berbères, etc. — Les troupes sont divisées, à la romaine, en groupes de dix, cent, mille et dix mille hommes, comme elles le seront plus tard dans les armées des Mamelouks, des Turcs et des sultans marocains. Sous les Abbassides, les chefs de ces groupements portent les noms de 'arif^ sous un naqib où khaîifay puis caïd, enfin émir.

Les frontières (thourhour, awàcin) sont protégées par des camps retranchés et des forteresses. Dans le ribài^ le camp oti les chevaux sont toujours à la corde prèt^ à être lancés contre Tinfidèle, les volontaires se sont voués à la guerre sainte : c'est le couvent-forte-

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resse des momes-fgnemers de la Croisade. On a dit plus haut que le inf>i ribàt a conduit, pariuike déri'vation directe, à inaFabeut (mouràbit).

l^'organisa^ion quasi féodaie des pvDviuces byzantines, Tcjlle que les Oméyyades Tavaient mainteoiue, per&ista jusqu'à Tépoque toute moderne- La Syrie, par expjQQple, était divisée en ciraouâcpiptions [jound, plttr. jounoud) où ies propriélaices des :fîefs «devaient le service militaire pour eui: et leurs hommes : à ohacane de ces circonscriptions, correepondait un groupement, un corps d'armée, portant un nom particuîûer; c'est ainsi que les noms des ciroenscriptions syriennes ont suivi en Espagne les corps d'armée syriens; le mot jound lui même, s«yrtaqi»e<d'origine, a pris le sens de «< corps d'armée, armée ».

Les troupes arabes composaient la force «essentielle sur laquelle les califes ahbassides «comtptaient pour faire des razzias dans l'empire byzantin ou contre leurs propres sujets.; mais les corps de soldats de métier, qui entouraient et protégeaient leur résidence, prinernt dans la suite, une importance de plus en plus gcanale. C'est l'oryganisation qui s'impose partout en des 'Circonstances semblables; «lansle Maroc moderne, îmmédiakemeBt avant le protectorat français, le sultan faisait encore les deux razzias de priniemfps et d'automne, /qui lui conservaient quelque autorité et Ini .procu<raient des ressources matérielles ; il rassemblait des cavaliers occasionnels autour 'd'iun groupe de troupes permanentes. M:ais celud-ci n'avait point une oomposièfion unique et durable; à l'origine de chaque dtfnastie, c'est ilairlbu oième du souverain, les principaoEX personnages des tribus dans lesquelles il a pris fensme et fies tribus aliiôei^, qui forment le no.vaxi militaire. Ce sont des éléments où l'isytérét -senxhle afisucer ht (fidélité, mais dont les in^trigues sent redou- IsUbs po«r la tsanquiilité àa souverain, dt il ne tarée

point à s'en apercevoir; il se fait alors une garde avec des mercenaires qui doivent lui être tout dévoués, car ils sont isolés dans la vie sociale qui les entoure, c'est-à-dire avec des Abyssins, des Turcs, des nègres et même des hommes qui restent en dehors de la communauté musulmane, des chrétiens.

Dans ^un Etat musulman oii le feu de la première conquête s'est apaisé, ce sont ces mercenaires qui constituent l'élément essentiel de l'armée, le corps solide et fidèle autour duquel se groupent les cavaliers des tribus qu'un 'murmure d'intrigue ou un souffle d'insurrection peut disperser. Comme les prétoriens de Rome, ces troupes étrangères ont, à certaines heures troublées de l'histoire musulmane, disposé du pouvoir, et des souverains énergiques ont dû s'en débarrasser par des exécutions en masse, dont le massacre des janissaires de 18^6 n'est qu'un exemple tardif.

Cette armée de mercenaires doit être payée; le souverain consacra à leur solde un fonds permanent comme l'armée e^e-méme. Or l'organisation budgétaire de l'empire des califes n'a jamais été établie sur des bases très solides ; elle reposait tout naturellement sur le principe des budgets spéciaux, chaque classe particulière de dépenses étant couverte par une catégorie spéciale de recettes. 11 importe d'indiquer brièvement quelles senties ressources que Torganisation musulmane permettait au calife de recouvrer.

Il est un souverain qui gouverne suivant la loi, c'est-à-dire selon le Coran et la Sounna : et le principe financier de la communauté musulmane, c'est que l'Islam ne connaît qu'un impôt légal, l'aumône, la zakât, dont on a parlé précédemment. Mais les ressources qui en proviennent sont insuffisantes à remplir le trésor public {baït el mal), d'autant plus qu'une partie notable du produit de la zakât reste, légale-

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ment ou noa, entre les doigts de^ agents fiscaux. .

D*autres impôts sont apparus dès le début de la conquête. Alors que la zakât n'était due que par les musulmans, les taxes nouvelles n'atteignaient que les non-musulmans : c'était un impôt foncier, le kharâj, et une taxe personnelle, la jizya. L'histoire de ces impôts n'est pas encore complètement étudiée : elle ne serait complète que si on en montrait l'origine byzantine ou perse. On se contentera ici de quelques indications générales.

Quand les conquérants musulmans s'emparèrent des provinces byzantines et persanes, l'occupation eut pour origine soit la contrainte et la violence (anwat), soit un traité conclu avec les vaincus (çoulh). Dans le premier cas, les terres firent partie du butin {rhanima)^ qui était partagé entre les guerriers vainqueurs pour quatre t^inquièmes, et le souverain, pour un cinquième. En pratique, les vaincus continuèrent à cultiver leurs terres, dont les produits furent remis par eux en grande partie à leurs nouveaux maîtres. — Dans le second cas, celui de la conclusion d'un traité, les vaincus conservaient, sur leurs terreâ, une sorte de droit d'usage, la propriété appartenant à la communauté musulmane; mais ils restaient maîtres de transmettre ce droit d'usage, et ils rachetaient cette faculté par le paiement d'une taxe annuelle dont le montant avait été fixé par le traité : c'est le kharâj. .

Cette taxe était donc essentiellement n infidèle », c'est-à-dire qu'elle avait été imposée à des nonmusulmans : cependant on la considéra comme inhérente, non au titulaire de la jouissance, mais à la terre même, et quand les possesseurs précaires du sol se trouvèrent amenés par la force de l'ambiance sociale à se convertir à l'Islam, les agents du pouvoii^ continuèrent à leur réclamer le paiement de l'impôt foncier [kharàj) ; mais c'était une prétention vaine à

ÏM LES INSTKEUTIONS MU.SUUfÂNES

élaqaiftUâ il Calkkt rapidement refooncer : Les luoiiveaax musulmansi n'acceptèveat poiat de subir un régime "Nuancier auquel échàppeieat les^^anciens coavertis. De même le kharâj àâs populatioas soumises par la violence (anwaUnn) tendit à disparaître; et c'est se ti'^rer à une dis€us6iaD< purement académique que de ebiercker à io&der sur la disLioctloA du mode de la coniftïéle la légitimité des impôts fonciers actuels à^s pays musuknans* Ceux-ci prétendent éire des modifications purement formelles de l'aumône légale {zaÂçt),

La taxe personnelle (^izya) était duie par tous les « gens du livre » {ahl el /ci^àô), c'est-à-dire les juifs, les chrétiens et par extension les Zoroaâtriens {majous)^ qui étaieiit autorisés à conserver leur religion et portaôsent k aom de ^Àimmt^ Cette taxe, arbitraire ou fixée par un traité, étajt d'un dinar au moins par téte^ et les collecteurs devaient S'efforcer de recueillir une somme aussi élevée qua possible i elle était versée au trésor puiblic»

On vient de vo4r que le régime financier avait été fondé s«i7 la distinction entre les éléments musulmans et nonf-mdiâulmâns de la population du califat :. ou a indiqué plus baut Timportance des principes qui précisaient les qualités du fidèle [moumin) et de Tinfidèie {kâfir),. On a eu; enfin l'occasion de signaler Texisienee « d'infidèles » au sein de' la communauté musulmaïke^ et si Ton cherchait à tracer, un tableau mèfiOfe restreint de la cour d'un souverain musulman, on. aurait bien souvent à y dessiner la figure du médecin juif ou chrétien^ qui veiUe sur tous les instante de la viede son maître. L'extension des relations cdminereiales av«c la Méditerranée occidentale amène' ea Oriient des marchands chrétiens dont la présence estuin élément essentiel de prospérité.

Le statut personnel de ces a citoyens inférieurs » a seùsiblement varié suivant les circonstances poli*

LE GOUVERNEMENT 147 j

tiques. En théorie, il faut distinguer nettement les infidèles proprement dits (kouffar)^ et les « gens d\i livre » {khi el kitàb). Avec les premiers, le monde musulman ne doit avoir que des relations de violence : les mettre à mort ou les réduire en esclavage. Les {

seconds sont tolérés dans la vie de Tlslam ; ils tiennent la place que les étrangers occupaient dans la société gréco-romaine, au-dessous des afiranchis. Les zhimmi^ mot qui signifie les « protégés », avec une nuance péjorative, étaient donc en marge de la société musulmane, et si leurs droits étaient théoriquement les mêmes que ceux des « fidèles », la pratique les réduisait singulièrement. On a vu quelle était leur situation territoriale et financière : paiement de taxes spéciales ^{kharàj et jizya). Leurs maisons devaient être moins hautes que celles d^s musulmans. La loi musuhnane leur était appliquée, à quelques exceptions près : ils n^étaient point punis, par exemple, pour avoir bu du vin. Ils jouissaient des garanties légales qui étaient assurées aux musulmans, et ils étaient protégés, comme eux, par la justice du càdi. Mais leur serment n'avait point de valeur et leur témoignage n'était point admis en justice : or on verra que tout le système de la preuve en droit musulman est fondé sur le serment et sur le témoignage. Il ne 'profitait point de la loi du talion; le meurtre d'un zhimmi n'avait pour sanction que Tindemnité {diya)y qui était la moitié de celle qui constitue le prix du sang d'un musulman.

Il avait été convenu que leur vie religieuse serait respectée et elle le fut tout d'abord, semble-t-il, avec une bonne foi scrupuleuse.

Plus tard, juifs et chrétiens n'eurent plus guère le droit de construire des temples neufs : ils durent se contenter de réparer les anciens, ce qui eut été encore très libéral. Mais de? événements de toute nature les privèrent aussi de ces derniers. Ils devaient, d'autre

f tô LES IN3TtTffTIX»!S-' MUSULMANES

part,, d'aibâtenir de* toirte nmaifiBStatioiii exiariâure :' acomem de ciocheâ,.pi^Qcessions,. cortèges^ eta.

G*eBt. surtouit daasi les (iétailBr' de bt vie sDciaLe 49100. Toii fait sentir au Mmmi rinfériorité de sa situaiicnjy oarlaTaBllé est le sendioi^nt Le plus vii^aceet le plas générât Dans la; &ue:, il doit céder 1» pasaui musalBaaiuiy eli sa place d£^s une aâseusiUée : il ne peut clFcuier à. <:b«ii;^ Il porte un insi^gne spéisiali {dchar ou> rhién), sixc l'épaule, biâu: pour lesi ehrôtieas, jautte pour Iabî juifs, et aoif oui rouge! pour leâ^ safMroastrienSb. La; oatisiiiiiiiaA pieux, évite les nelaiions aveeleszAmTni^.el. uaa dis^usaioii sléiève* entre les doobeuffs des dimiers iritest cwthodiGKues pour savoir site oontact d'^ noarffîAisukaan est iooipur et s'il oblige sul ablution mioBUa^ En touteas, et cela s'explique, le haram^ te stol sacné^^ ^)Ui entoui^e la Ka^'ba de la Meldcie, a été eè reste inierdit aux zhimmÀ ;, le'^^yageuo moderne qm s'y introduit, court un dangiefi graine, auquel il.ajeitui eât.pearmisd^^ s'exip<i>ser que si,, comme Mi. Snouck Hhirgroa]je,.il est préparé k reJ»servation 0*1116 du. paiy^ft et. desj hommie». Lea autoritétf» musulmaiLes ne laissent, pénétrée eur lei terr.ûtQire mémed'u. Hidjaz q>u'an iiiei^tUf d'un» autosisa^** tioni spéciale. Lekcunam d»' Médine, toubi artificiel qu'il soit,, jouit d<e& même» pm^ilèges..

Ën« somme,, à Tépoque des Gonquétes^. le; traitement que le& musulcnans ont réservé amx « gens du livre: » est très libéral. li est un soujsrenici de llestime quB Mohammed et ses premiers, adeptes eurent pour lest <:hrétieas,, pour Les juifs et «pour leurs pasteurs^ Les caliîes oméyyades mêlèrent à ce sentiment d<e8< raisons de politique pratique. Sous le- eaUfàtt abbasside,. les idées et les événements ne furent plus fa.iPQrablËss à latoléraiKe;la masse des populationstsoiumises s'était oon.^»ertie à Tlslam et,, bient que le-souiveraio> eonUéiuât 4 s'entourer de techniciens, non-musulmans, la situar tien, sociale de ceujiTci mêmes s'alfaiblitw L'entcée en.

scène des Turcs dans la Méditerranée et l'apparition dans les rangs musulmans d'un ramassis de nouveaux convertis levantins mirent la théorie du butin au premier rang du coda de Tlslam. Au xv® siècle, la course devint une coutume établie et\reconnue par tous les peuples» et les côtes de la Méditerranée furent livrées à des pillages périodiques tantôt au nom d'Allah, tantôt au nom du Christ : des deux côtés, on fît des esclaves, et la situation des groupements chrétiens, sous la domination politique musulmane, fut nettement aggravée. Des traités successifs intervinrent sans résultats durables; les « capitulations » assurèrent aux chrétiens d'Orient, protégés par la France, un régime privilégié. Au xix** siècle, la prédominance des nations européennes a introduit dans le gouvernement des populations musulmanes le principe de la tolérance absolue et aussi celui de. Uégalité, qu'il faut' introduire lentement et métàodicpdement daaa la législation et dans les relations sociales.

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