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CHAPITRE II

La formation des doctrines.

L'Arabie antéislamique. ^ Mohammed. — Les Califes. ^ Les Oméyyades. — Les Abbassides. — Le déterminisme et la liberté. — Les Moutazilites. — Le Coran incréé. — Droit et Théologie. — Hadith. — Sectes. — Kharidjites. — Chiites. — Ismaïliens. — Soufisme. — Inde. — Babisme et Béhaïsme.

Parmi les grandes religions de Thumanité, quelquesunes ont des origines lointaines et obscures. Llslam est une religion récente qui date du yii*" siècle de Tère chrétienne : son livre saint, le Coran, a été conservé sous une forme qu'il n'y a aucune bonne raison de ne pas croire authentique : des documents historiques, religieux et littéraires permettent de' reconstituer rhistoire des origines de Tlslam, et si, malgré les recherches de Térudition moderne, il reste encore bien des questions douteuses, on peut, dès maintenant, connaître la religion musulmane et en exposer le développement avec quelque certitude.

L'histoire religieuse de TArabie est incertaine, avant le VII® siècle de notre ère : les textes épigraphiques sont insuffisants, et les documents arabes postérieurs

sont incomplets et tendancieux. Au temps de « Tignorance y>, jàhiliy a, selon Texpressièn arabe^ la péninsule arabique paraît avoir connu les cultes les plus variés : des rites solaires, lunaires, stellaires s'étaient développés chez des populations pastorales et agricoles, dont les éléments commerçants et voyageurs se guidaient sur les astres, au cours des longs voyages nocturnes qui les sauvaient de la chaleur des jours ; le culte des hauts lieux avait des sacrifices, où Ton offrait les prémisses des troupeaux ; des croyances à des démons locaux, djinns, goules, etc., ^t à une vague existence de Thomme après la mort sous la forme d'un double flottant, qui n'est plus le corps et qui n'est point Tâme, se combinaient avec des rites animistes, pour former un ensemble qui ne paraît pas avoir présenté une originalité bien nette. La conquête et le commerce avaient fait pénétrer en Arabie des doctrines étrangères : c'est sous ces deux formes que le Persisme y était ai^paru ; le Judaïsme et le Christianisme s'étaient infiltrés, un peu partout, et avaient fait des prosélytes.

Ce mélange confus de croyances et de rites, dès le VI® siècle, causait en Arabie un malaise moral qui, avant la venue de Mohammed, s'était manifesté par des essais d'organisation religieuse, qui sont mal connus et qui semblent avoir été un peu vagues. Un groupe de ces aspirants à une réforme porte le nom de hanif et leurs idées otit sans doute préparé Tlslam. — D'autre part, tous les Arabes croyaient au savoir du devin kàhin et du a sachant » chà'ivy qui dévoilaient l'inconnu en des oracles qui par leur expression mystérieuse, rythmée et rimée (sadfa) s'imposaient à. l'imagination de la foule.

Dès qu'il commence sa prédication , Mohammed apparait comme l'un de ces magiciens plus ou moins bien informés de l'inconnaissable, et c'est pour un mysti-

flcateur d'oracles que le tinrent ses adversaires, jusqu'à sa victoire définitive. C'est à quarante ans, suivant la tradition, après ttne existence de commerçant et de voyageur qui lui fait porter ses regards au delà du mur de la Mekke, qu'il croit sentir en lui la -parole divine et qu'il répand une prédication destructive des vieux cultes qui faisafent la gloire et la fortune de ses contribuiez, les Coréichites.

Devajat. leur opposition violente, Mohammed dut chercher un appui au dehors ; ne Tayant point trouvé dans la cité voisine d'Et Thâif^ il se tourna vers Yathreb où les juifs étaient nombreux ; l'ancienne jalousie qu'excitait la supériorité religietise et économique de la Mekke contribua sansTioute à gagner aux doctrines de Mohammed un groupe d'habitants de Yathreb, auprès desquels il se réfugia en 622 {hijra^=: hégire) avec quelques partisans fidèles : Yathreb de?nini la ville du Prophète, Madinai en Nahi^ Médine.

A la Mekke, le Prophète n'avait point précisé sa doctrine : les chapitres du Coran qui datent de cette époque ont un souffle poétique, violent et court, qu'on ne retrouvera point plus tard ; mais, quand ils n'attaquent point les infidèles, ils s'en tiennent à des pré* eptes un peu vagues sur l'unité divine, le jugement dernier, la vie future. C'est à Médine que Mohammed devint chef d'Etat, et que le Coran, tout en conservant son caractère de loi quotidienne qui apporte la solution de toute situation nouvelle, prît raliurè plus précise et plus prosaïque d'un code religieux, politique et civil. Il fait le droit de la communauté musulmane, de la owwma, groupement nouveau qui domine l'organisation tribale sans la détruire et que le Prophète gouverne par son jautorité morale, audessus des chefs de tribus. La doctrine a subi nettement l'influence du judaïsme et du christianisme tels qu ils existaient en Orient au vn® siècle. Pendant les

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dix années que Mohammed passa À Médina, jusqti'à sa mort en 632, il s'efforça de converti!', puis d'écraser les juifs de Toasis, ensuite les tribus arabes da Eidjaz ; mais il n'y réussit qu'en luttant sous toutes les formes contre l'hostilité des Mekkois. Médine fut alors la cité du Prophète et la capitale de la foi, en face de la Mekke, Tancienne ville sainte, peuplée de marchands idolâtres. Conquise par Mohammed, qui y rétablit le culte oublié d'Allah fondé par Abraham, la Mekke devint la ville d'Âilah, où Ton adore sa maî-^ son et où Ton vient accomplir les rites sacrés du pèle* rinage. Mais, à travers le temps, une hostilité persis^ tera entre les deux villes, Médine, résidence des descendants du Prophète et des grands imams de la loi, et la Mekke, qui, malgré son caractère sacré, restera la cité des marchands habiles et rapaces. Durant de longues années, les deux cités seront gouvernées par deux familles rivales, toutes deux issues de Fatima, toutes. deux chérifiennes.

La nouvelle religion se répand par la récitation répétée du Coran que conserve et transmet la mémoire tenace des Arabes» Mais la parole d'Allah manque souvent de précision et de clarté. Elle trouve en Mohammed un vivant commentaire: le livre divin, le Prophète le réalise par ses actes, par sa parole, par son silence même. Le groupe des fidèles qui entaure le maître le prend pour modèle et s'efforce d'imiter ses moindres actions ; par lent exemple donc, par leur souvenir et par le souvenir de leur exemple, la loi commentée par Mohammed se répand et se dével(q>pe en tradition oralç.

Après sa mort, les imperfections de l'organisme qu'il a créé apparaissent brutalement : il faut un chef à la oumma, et aucune règle n'a été posée pour en préparer le choix. C'est un hasard, semble-t-il, l'énergie et la décision d'Omar, qui empêche l'Islam de se

briser dès la première tourmente contre les multiples écueils de l'ambition individuelle et de Torgueil des tribus.

Le Prophète, avant de mourir, avait lancé ses adeptes à la conquête des terres infidèles. Sans doute, la sainteté de l'entreprise commune et la richesse du butin conquis par Teffort de tous et partagé entre tous avaient vite resserré les liens entre les guerriers de l'Islam, quand ils n'excitaient pas des intérêts contraires et des vanités ennemies. Mais, au contact des civilisations étrangères et dans les jouissances d'un bien-élre imprévu, des idées nouvelles s'étaient éveillées parmi eux : et l'on comprit la nécessité de fixer des règles que le Coran n'avait pu prévoir. Elles le furent, dans l'esprit du livre saint et de la tradition, par des hommes qui en étaient pénétrés, mais qui malgré tout apportèrent chacun à sa tâche la couleur propre de son tempérament particulier : les quatre premiers califes, Abou Békr, Omar, Othmân, Âli, maintiennent le oumma dans ]a « voie droite » tracée par le Prophète : ils sont les ràchidin.

Cette direction sainte ne suffit plus aux califes oméyyades (681-752). Le successeur du Prophète, Khalifaiou rasouli llahi^ est un coréichite très pra- ^ tique, réalisateur, assez indifférent en matière religieuse, un peu grisé sans doute par la fortune inattendue qui a fait de lui le successeur du roi des rois sassanides et l'égal du basileus de Byzance. Il est trop clairvoyant pour ne pas comprendre la puissance de l'organisation dont il a vaincu les serviteurs aveulis : et il conserve toute ladministralion byzan« tine et persane qui soutient l'armature fragile du nouvel Etat, et lui permet de durer. Sans doute il ne porte aucune atteinte sacrilège au Coran et à la tradition du Prophète ; mais à travers celle-ci s'infiltrent des principes et des idées nouvelles, qui

:SOiit tt|i rajeunissement de la yieille pensée romaine. ^ Cependant, dès le règne d'Othman, des dissidences graves s'étaient manifestées entre les divers éléments 4e la communauté musulmane. Elles aboutirent au massacre du malheureux calife et la communauté musulmane se trouva coupée en deux tronçons : les Goréiehiteç, réunis autour du gouverneur de Damas^ Moawia, prirent pour mot d^ordre la vengeance du meurtre d Othmân ; sous Tétendard d7Âli se groupèrent ceux des compagnons du Prophète qui n'avaient rien oublié de la lutte contre les Mekkois : au second plan, Aïcha, la plus jeune veuve du Prophète, tenta, sans succès, de briser son ancien ennemi, Ali, auquel elle ne pouvait pardonner d'avoir été parmi ceux qui à Médine l'avaient regardée avec un sourire malveillant quand elle avait été ramenée du désert par un bédouin isolé et attentif.

Les deux grands partis correspondaient d'ailleurs -à des régions séparées par le désert, où la race, les traditions et les influences politiques étaient différentes, la Syrie byzantine et la Mésopotamie persane. Us se trouvèrent en présence à mi-chemin, à Siffin, sur le moyen Euphrate, en 657, et après des combats sans issue Moawia eut l'habileté de préparer un arbitrage qui lui assura le poiivoir. L'indécision d'Ali et en mêm^ temps l'allure de souveraineté légitime, héréditaire et presque divine, que certains de ses partisans commençaient à donner à son autorité, séparèrent de lui un groupe important de « vieux croyants », tenaces dans leurs idées d'égalité pblitique et de souveraineté élective, les Kharidjites. Ecrasés par Ali, ils restèrent un parti politique, actif et remuant, qui contribua aux désordres du califat, et dont on rappellera plus loin les tendances. — A leur tour, les fidèles adeptes d'Ali, qui prirent désormais te nom de Chiites (partisans], furent vaincus par

Moawia et par Yézid qui fit massacrer les descendants du Prophète à Kerbela (680). Mais le Chiisme resta bien vivant : on le retrouvera.

Parmi ces querelles, la dynastie oméyyade use en quelques dizaines d'années ses forces à Téxercice du pouvoir. Après les souverains énergiques, aidés de ces grands gouverneurs de provinces, dont El Hajjaj ben Youssef est le type le plus parfait, Tlslam connaît un souverain à la mode de Médine, un nouvel Hassan, qui, hors des plaisirs de son harem et de la pratique étroite des règles religieuses, ne comprend rien, ne prévoit rien, Omar ben Abd el Aziz (717). — Ses successeurs sont des faibles, au moment où en Iraq et en Perse la famille du Prophète devient le centre d'attraction d'éléments nouveaux et divers : d'abord, le persisme qui, un moment brisé, réclame de nouveau sa place au soleil; puis le mécontentement des populations soumises qui cherchent à préciser leur statut personnel et à grandir leur rôle économique et politique ; aussi l'agitation factice de quelques meneurs qui jettent aux derniers oméyyades l'accusation d'impiété, comme d'autres en ont écrasé jadis le malheureux Othman.

Les partisans d'Abou Moslim, sans l'avoir tous prévu ni souhaité, conduisent au trône les descendants d'el 'Abbas, cousin germain du Prophète (749). Le calife abbasside fait avant tout profession de piété et de respect pour la tradition. Il est, comme au temps heureux de Mohammed, l'interprète naturel du livre saint soit par lui-même, soit par les théologiens et les juristes auxquels il accordé sa confiance. Les historiens opposent sa piété, sa sainteté, à l'irréligion et aux vices des califes oméyyades : il y a là une tendance polémique dont il ne faut pas rester dupe. Mais il est aussi uti souverain à la persane^ demi-dieu, roi fastueux et splendide, autour duquel

se développe le luxe familier aux populations de riraq et de la Perse, qui n'ont point oublié tout leur passé' artistique La cour du calife réunit dans un assemblage un peu étrange : de pieux docteurs et des chanteurs, des cadis et des poètes, des pédants et des escamoteurs. Les nuits exquises de Bagdad sont rheure des réunions royales ; après avoir pieusement fait la prière du soir, on chante des vers et l'on boit entre deux chansons; la voix' des chanteuses et celles des luths pénètrent de mélodies doucement puissantes Tair déjà vibrant du murmure des eaux courantes et des vapeurs parfumées des cassolettes; quelque incident imprévu vient varier la fête quoti. dienne, l'interrogatoire d'un prisonnier fécond en réparties et en verve, la visite d'un moine mendiant orgueilleux et brutal, parfois une tête que Ton fait trancher tandis que les coupes circulent; la nuit approche de ka. lin, Tivresse alourdit les cœurs, et Ton pleure, et Ton récite des vers sur la brièveté de la vie ; enfin Paube approche, et ceux des convives qui peuvçnt encore se tenir debout, font pieusement la prière de l'aurore : vie pleine de sensations violentes et délicates, de grossièreté et de raffinement, dont on retrouverait Tanalogue, avec plus de force et d'éclat, dans notre Renaissance et qu'ont excellemment peinte les Mille et une Nuits, le Livre des Chansons, les Prairies d'Or, les historiens et les poètes.

A ses débuts, la dynastie abbasside est servie par un lieutenant, qui est, plusieurs fois, un homme supérieur, le visir^ dont la vie est brûlée entre les soucis du pouvoir et les plaisirs obligatoires de Tintimité califienne. Il maintient et développe la vieille administration byzantine ou sassanrde que les diversités locales n'ont point encore réussi à briser.

Tandis que l'empire des califes, du septième au dixième siècle, se forme, s'affermit et dure, la société

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musulmane est remuée par des querelles religieuses qui prouvent sa vitalité intelleetuelle et qui fondent les doctrines définitives de Tlslam.

La qujestion du déterminisme et de la liberté humaine a inquiété, dans tous les temps, la pensée des hommes ; elle s^est posée^ dès l'époque oméyyade, devant les musiulmans auxquels le Coran ne semblait point donner une doctrine sûre et claire. Allah est omnipotent : il est loin de Thomme qu'il mène à son gré ; mais il est aussi toute justice, et on résiste à admettre qu'il veuille contraindre sa créature au mal. Cependant, parlant des indécis sans sincérité qui à Médine trompent le Prophète, Allah a dit (Cor., 2, 6) : « Allah a mis un sceau sur leurs cœurs et sur leur entendement : sur leurs yeux, il y a pn voile; et pour eux, il y aura un châiiment terrible. » Donc Allah Jes punira de l'incroyance qu'il leur a imposée! — D'autre part, de nombreux passages du Coran montrent que la rémunération finale sera la conséquence d'actes volontaires des hommes : l'histoire des gens de Thamoud (Cor., 4L, i6) est caractéristique à cet égard. — Le Coran fournit donc des indications contradictoires; il n'a aucune doctrine ; peut-être, comme on l'a supposé, le Prophète en a-t-il changé en passant de la Mekke à Médine. Peut-être du flottement apparent de la pensée se détacherait-il avant tout une image, et le Coran rejoindrait ainsi le plus moderne des philosophes français : les hommes sont des voyageurs errant dans le désert : aux bons, Allah montrera la voie droite ; il laissera les méchants ^rer et se perdre.

Quoi qu'il en soit, la doctrtoe de la liberté humaine se montre nettement à Damas, sous l'influence de la philosophie grecque, en face de renseignement de l'école médinoise. On pouvait s'attendre à ce qu^'dle fût approuvée par les califes oméyyades, dont la religiosité est faible; mais le fatalisme est, en politique,

une théorie heureuse pour faire accepter par les masses une autorité un peu lourde ; les souverains de Damas préfèrent donc jouer le rôle d'instruments aveugles du destin. — Entre les deux parties, les Qadarites, partisans de la liberté humaine et adversaires de la prédestination (qadar), et les Jabarites, adeptes de la contrainte divine (jabar), la lutte continue jusqu'à l'entrée en scène, vers 750, d'une école de théologiens plus modernes que les seconds, plus respectueux de la tradition que les premiers, les moutakaU limin^ qui introduisent dans la discussion les procédés de la dialectique grecque [kalam). Les plus illustres d*entre eux sont les Moutazilites, ceux qui se sont (c séparés du monde », suivant l'étymologie la plus vraisemblable : car si leurs tendances les éloignent des doctrines étroites de la vieille orthodoxie, ils ne sont point cependant des intellectuels philosophes, mais pour la plupart, des ascètes, comme leur fondative Wàcil ben 'Athâ.

Avec tous les enseignements que leur impose leur respect pour les textes sacrés, ils introduisent, dans les discussions théologiques, la raison, el 'aql^ un mot qui apparaît pour la première fois et qui n'est point dans le Coran : non point que les Moutazilites puissent même penser à opposer la raison et la foi : ils les allient au contraire étroitement, et ils professent que la volonté divine est parfaite, parce qu'elle est le principe absolu et nécessaire du vrai» du beau et du bien. Cette intervention de la raison humaine dans les choses de la foi, quelque timide qu'elle puisse être, entratne des conséquences importantes de détail, et ce furent ces détails, concrets et proches, qui seuls intéressèrent les fidèles et excitèrent leurs passions.

Le moutazilisme modifiait en effet la notion de la fatalité, puisqu'il partait d'un principe essentiel, la

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Justice divine [el 'adl), Allah est jnste et bon, et s'il permet ^ue les fidèle^ les plus pieux soient atteints en ce monde de malheurs immérités, il les en rétriimera doublement dans la me future. Ce n'est point fait qui égare les méchants : il les abandonne seulement à leurs erreurs, pour les en châtier à la fin des temps.

D^autre part, la nouvelle doctrine s'en tient strictement au principe de Tunité, c^est-à-dire qu'elle réprouve l'interprétation verbale qui transforme des épithètes accolées au nom d'Allah : celui qui voit, cekd qui entend, etc., en des attributs (cifat) indépendants de son essence (zhàl). C'est en ce sensqu'il place la doctrine de l'unité divine, le {taouhid)^ en tète de ses principes directifs, et c'est aussi en ce sens que plus tard, 1« Mahdi des Almohades, Ibn Toumert, fera de ce mot sa devise.

Dans la querelle des attributs divins, les Mouta2sl« li^es heurtaient une opinion dominante, qui était plu* tôt une tendance de l'esprit qu'une doctrine :raiithropomorphisme. La théologie orthodoxe, à diverses époques, a poussé très loin Tassimilation de la forme humaine. Prenant pour point de départ une phrase au Coran sur la création d'Adam, elle a interprété à la kttre tous les passages où Allah voit, marche, entesod, ceux qui mettent en action ses mains, s&& pieds ; et un professeur, voulant préciser le sens d'un passage où il est dit qu'Allah descend, descendait lui-même les degrés de sa chaire en ajoutant : « Allah descendit, comme je descends moi-même en ce moment. »

Contre cette compréhension grossière de la divinité, les Moutazilites protestèrent énergiquement et s'efforcèrent de découvrir des interprétations figurées et symboliques, qui blessaient d'au^nt mieux les sentiments de la foule qu'elle ne les comprenait point

Sur un autre point concret, ils eKOitèrent des résistances et des réactions aussi vives. La natmre du

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Corafi ëtdt !e sujet de discussions pB:SsioiiDées : le livre saint, parole d'Allah, en est-il seulement la représentation, créée par lui, ou est-il cette parole même, émanation d'Allah, donc incréée comme lui* mêiffe? En conséqiience, le Coran, sous sa forme matérielle et verbale, a-t-il été créépour'iarévélatïofn, oiu chaque exemplaire du Coran doit-il être considéré, non point comme une reproduction de la parole divine, mais comme sMentifiant à cette parole même? Les Moutazilltes se prononcèrent nettement pour la doctrine de la création du Coran et repoussèrent toute matérialisation grossière et subtile de la parole divine. Leur manière de voir devint doctrine d'État sous le calife El Mamoun (873-833)., et Fintolérance d'une secte qui semblait libérale se manifesta avec la férocité ingénieuse qm plaît à TOrient ; pendant plusieurs années, les partisans du Coran incréé furent feueïtés, emprisonnés, massacrés. Puis, la roue du sort ayant tourné, le calife El Mo'tacim (833-842), type classique du souverain licencieux et dévot, envoya les Moutazîlites remplacer leurs adversaires dans les pri* sons et sur les gibets.

D'aîlleoTS ce fut la vieille et étroite doctrine des docteurs de Médine qui efu dernier Heu triompha, au moins quant au fond des choses. Bans la forme, la nouvelle école de théologiens se para des dehors d'une dialectique rationaliste. L'école d'Abou Hassan el Achari (mort en 933) emprunta aux mouiakallimin leurs procédés de discussion, mais s^en tint strictement aux anciennes doctrines, et particulièrement à celle du moins souple des quatre chefs des rites orthodoxes, l'imam Ahmed ibn Hanbal. C'est FAcharisme qui -est devenu, -d'une façoii générale, la doctrine orthodoxe de l'Islam, sans que âes tentatives récentes aient réussi à la moderniser.

Ce n'est que par un artifice de langage qu'on vient

d*isoler les faits proprement théologiques des théories relatives aux devoirs du musulman dans sa vie religieuse, civile et économique, ensemble de théories connexes dont Tétude constitue ce qu'on appelle le droit musulman {el fiqh). Les théologiens, dont on vient de parler, sont aussi des juristes. Il est temps que Ton précise les sources auxquelles les uns et les autres ont puisé, bien qu'elles diffèrent en quelque mesure, et que les musulmans aient distingué les sources du droit iouçoul el fiqh) des sources de la religion {ouçoul ed din).

On a indiqué précédemment le j*6le immense que le Prophète, intermédiaire de la révélation, a joué d'autre part comme interprète de* cette révélation : en imitant sa conduite, les compagnons de Mohammed, (eVaçhàb)^ ont développé ce commentaire.

Après la disparition de cette première génération de fidèles, ce commentaire vivant se transmit par la voie orale, et la liste des passages successifs d'une autorité à une autre s'allongea de plus en plus. C'est sous cette formé purement orale que ces « récits » [hadithy pluriel ahàdiih) se sont conservés. A l'époque oméyyade où l'on commença à les utiliser comme base de discussions ou de décisions nouvelles, les hadiihs n'étaient ni recueillis dans des ouvrages livrés au public^ ni soumis à un essai de critique. Or il devait arriver que chaque théologien, chaque juriste, auteur d'une doctrine ou d'un argument nouveau, était teoté de fabriquer à l'appui de sa thèse un hadith qui lui donnait le poids de l'autorité prophétique ; il lui suffisait d'y ajouter un a chaîne d'appui» {salsalat el asànidf sing. isnàd) dont le modèle était désormais connu : « Un tel m'a rapporté tenir d'un tel, qui le tenait d'un tel, etc., qu'il avait entendu ou vu le Prophète, etc. » Vrai ou faux, authentique ou fabriqué, le hadith remonte à un personnage connu, et il y en

a d'abondantes collections dont les premiers auteurs sont par exemple Ibn el Âbbas et Aïcha. Un jour vint où les docteurs de l'Islam, au milieu des discussions qui les divisaient, sentirent la nécessité de choisir parmi la foule des hadiths transmis de bouche en bouche ceux qui paraissaient être authentiques, et de les consigner dans des ouvrages classiques où ils seraient à Tabri de la falsification et de l'oubli. Une science auxiliaire du hadith, la critique, s'efforça de faire un choix équitable; mais elle resta toute extérieure, et s'attacha seulement à l'examen des isnàd et à la possibilité matérielle de la transmission orale d'un traditionniste à un autre. L'érudition moderne cherche à pousser plus avant la critique, non sans hésitation et sans risque d'erreur.

Le mouvement législatif, dont on vient d'indiquer les débuts, s'est développé durant le califat oméyyade et le califat abbasside par l'effort continu des théologiens et des juristes. En donnant plus loin quelques détails sur les sources de la religion et du droit, on complétera les indications qui précèdent.

On a vu comment, au sein même de l'orthodoxie, des tendances diverses s'étaient tout d'abord manifestées, puis avaient été étouffées et avaient abouti à une doctrine commune qui est la loi normale de rislam. Mais on a indiqué plus haut (p. 23) que des divergences plus profondes s'étaifent élevées dès la fin du VII® siècle, à la naissance des sectes kharidjites et chiites : elles n'ont point été effacées et ce sont elles dont il importe maintenant de résumer l'histoire.

Après la bataille de Siffin (657J qui avait mis en présence les partisans d'Ali et ceux de Moawia, un groupe important de guerriers de l'armée alide, on Ta dit plus haut, en quitta les étendards (kharijiyin) et se donna des chefs particuliers « pour la prière et pour la guerre »• Leurs tendances sont caractérisées

3S LES ufôTiTcmoNs wasmukms

paor la perBistance des TielUes» idées bédouines dT iodé* pendance,. par le respect strict envers la tradition dm Prophète et par la répugnance à aeeepter la domination héréditaire dfune dynastie. Les Kharîdjites se aéparentt du reste,, dâ la coouniuiauté musulmane, swr la question du. choix, du ealife qui d'après eux doit être soumis à une Térttable élection ; en outre ils n'accèpfaont point le- ptrincipe d'après kquel le calife dioit être coréichite, et qui^ i Tépoque de la crise àe Siffîn, également favorable à Ali et à Moawia, était considéré par tous deux comme une loi de TEmpise^; ces dissidents vont jusqu'à admettre que le souverdân p«ttt. n'être point un Arabe. Leurs doctrines religieuses et juridiques prétendent, non sans raison^ à une stricte observance des priiacipes de la primitive loi musulmane ^ cependant certains gronpes kharidîites modernes> les Mzabites algériens par exemple, tout en s'en tenant à la rigidité des idées> se sont fort bien adaptés aux conditions économiques d'unse société nouvelle. Les Kharidjites sont âpres à considérer comme infidèles {kâfir) les musulmans qui ne pensent pas exactem^ent comme eui^, et d'ailleurs Forthodoxie les exclut à leur tour de Tlslam;*

Après avoir agité de ses rébdlions le califat d'Orient^ le Kharidjteme n'occupe plus dans le mx)nxte musulman q^u'une plaœ secondaire ; mais y: y reste bien vivant., L'Oman et sa colonie, Zanzibar, l'oasis de Syouah et le Djebel Nefousa en TcipoU*taine^ le Mzab dans les confins sahariens de l'Algpêrie SDint les principaux îlots d'une doctrine qui a en outre kbissé des traces dans les coutumes locales de certa^ines populations berbères de l'Afrique du Nord.

Au moment où naissait le Kharidjisme» se formait «n< autca parti, une autre cAi'â, qui se réservait ce nom, les Ghiites; c'est le paiti d^Ali, q^ui prit sa couleur définitive après l'assassinat du gendre du Pro-

phète en 661 et surtout après le massacre de Kerbéla Qù les soldats du catife o-méyyade Yézid égorgèrent le second fils d*AU^ Boa^ein^ sa faoïiUe et quelques scwpiiiteurs fidèles {680)* — Dès la mort du Prophète, UA^oupe de Médinois avait considéré son cousin g^MXOMXi, le mairi de sa fille Fâtima, comme son suctcessQur légitime et nécessaire : ils avaient subi Abou Bekr et Omar ; Us combattirent sourdement Otbman et contribuèreat à sa perte. A sa mort, Hédine» Goufa et Basra furent les capitales du califol d'Àli; mais TiAcapacité du souverain et la léger reié de ses partisans cédèrent devant Ténergie des premiers califes de Damas, et la fraction alide ne fut plus représentée que par des groupes épars d'agitateurs qui, on 1% dit plus haut, contribuèrent sans ravoir souhaité au succès de la révolution abbasside.

yopposltion que les Chiites tentèrent contre les premiers représentants de la nouvelle dynastie fut sains succès,, et ils virent successivement s'éteindre, avec leurs espérances, plusieurs branches des descendants authentiques du Prophète. C*est à la faveur <|e ces. événements que naquit et se développa la doctrine du retour de Timam {raj'a)y qui a sans doute son origine dans les croyances judéo-chrétiennes. Les Chiites iref usèrent de croire h la mort du dernier descendant de Tune des branches alides^ Mousa, Ismaïl ou Zéid, suivant les sectes, et acquirent la certitude qne ce personnage restait caché, pour réapparaître à Theure opportune. En attendant son retour, la communauté chiite supporterait la domination d'un souverain illégitime, et sous les paratiques extérieures de Forlhodoxie, déguiserait ses opinions hérétiques.

La croyance en Timam caché entraînait de graves conséquences. Elle donnait tout d'adbtord au Chiisme les- allures et lâi meatalité d'und société secrète, ce qui devait conduire à la formatiosn de groupements

Secondaires, dont on dira un mot plus loin et qui, s'écartaat de plus en plus de rislam orthodoxe, en sortirent même assez complètement pour aboutir à l'athéisme intégral. Le Chiisme s'adonnait aux réunions mystiques, aux pratiques d'extase et tendait ainsi vers le Soufisme. — D'autre part, l'absence de l'imam et le caractère mystérieux dont elle l'auréolait devaient inévitablement lui faire attribuer des pouvoirs surnaturels. On parlera plus loin de l'effluve sacrée qui rayonne du corps des saints : elle n'est qu'un pâle reflet de la lumière divine qui, suivant les idées chiites, d'Adam s'est transmise aux Prophètes^ puis au père de Mohammed et à celui d'Ali, à ceux-ci et à leurs descendants issus de Fâtima. L'imam chiite est impeccable {ma'çoum) : à aucun moment de sa vie, il n'a pu commettre une seule faute contre la loi. Il est infaillible dans le gouvernement des hommes. Ces idées, qui sont communes à tous'les Chiites, ont été poussées à l'extrême par certains d'entre eux : l'imam fait des miracles, il n'a point d'ombre, car il est toute lumière; à quelques-uns même, il apparaît comme une émanation directe, comme une partie de la divinité. — Il en résulte enfin que, si la communauté chiite réussit à échapper à une domination musulmane orthodoxe, donc hérétique, elle ne pourra être gouvernée (c'est le cas de la Perse actuelle), que par un roi, un chah, qui tient la place de l'imam, en attendant que celui-ci veuille bien se révéler, La porte est ouverte à tous les aventuriers qui s'aviseront de jouer son rôle.

Le Chiisme comprend diverses branches qui se distinguent par la lignée des imams alides dont ils reconnaissent l'autorité. La principale est celle qui accepte douze imams, dont la descendance s'arrête à Mohammed ben el Hassan ; ce sont les Duodécimains ou Imàmiya. Les Zeidites remplacent le cinquième de

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ees imams par Zerd, fils de Âlî Zeîa el Abidin, qui est derenn l'imam cacliô : c*cst à celle branche qn'appartleDt la dynastie édrisside de Fez (791 -926) et les imams du Yémen ; il y a encore des Zeidites dans l'Arabie méridionale.

Les Ismaïliens, qui prennent leur nom d'un septième imam, ismaïl ben Jâfar eç ÇSLdiq, qui clôt la liste des souverains légitimes, n*ont pas seulement joué un pôle considérable dans ITfîstoire de TAfrrque du Nord avec le Mahdi Obéid Allah et la dynastie fatimrde que Fillogisme religieux fil régner en Tunisie^ puis en Egypte ; mais rhistoire de l'Orient et des Croisades est pleine de leurs exploits et de leurs merveilles. C'est sous cette forme que le Chiisme a le p3us complètement développé son rôle de société secrète, caractérisé par l'obéissance absolue à son chef, et par une iaitiation religieuse qui, poussant à Fextrême limite l'interprétation allégorique du Coran, a conduit ceux qui l'ont reçue tout entière à une complète indépendance religieuse et morale. Les Ismaïliens n'ont pas disparu : les Druzes du Liban conservent la croyance en la divinité du calife El Hakîm et attendent son retour; il reste, en Syrie ot ailleurs, des traces des « Assassins » ; l'Inde a des Ismaïlis, récemment encore groupé^ autour d'un musulman en partie rallié aux idées européennes, Agha Khan. Au Liban, les Nocairis combinée t avec le Chiisme des rites et des interprétations antérieures à Tlslam et au Christianisme. ^

L'allure nouvelle qpi'avait prise !e Chiisme le conduisait, on vient de le dire, dans le voisinage du Sou- Bsme. Il importe d'expliquer d'un mol quelles sont les originçs et les tendances d'un mouvement moral qui tient une grande place dans Thistoire de la pensée musulmane.

La communauté musulmane primitive n'est nulle-

ment ascétique. En des hadiths decirconstaace, le Pro^ phète tantôt conseille à ses fidèles de jouir des biens de ce inonde, tantôt d'y renoncer pour se consacrer à des services de piété; quelle qu'ait été sa véritable doc« trine, sans doute éclectique et variable, et ses penchants personnels, il eut été étrange que ses compagnons, dont l'existence s'était écoulée d'abord dans les incertitudes journalières de la vie arabe, eussent regardé avec dégoût les biens terrestres qui dès les premières campagnes de conquête venaient s'amonceler à leurs pieds. Certains érigent en système le pillage et Tavarice ; d'autres, par réaction, pratiquent ou affectent le renoncement aux jouissances de ce monde, qui compromettent le bonheur promis dans l'autre. Les deux tendances s'accusent dès la période oméyyade, et s'appuient l'une et l'autre sur des hadiths « authentiques » : et il y a autant de naïveté ou de préjugé à accepter ceux qui célèbrent Tascétisme du Prophète qu'à suivre uniquement et aveuglément ceux qui le montrent avant tout préoccupé de la toilette de ses femmes, de ses propres vêtements, de ses teintures et de ses parfums.

Les conquêtes, celles qui mettaient les Arabes en face de richesses inconnues, leur faisaient en même temps connaître des hommes qui y avaient volontairement renoncé. Les tendances ascétiques qui s'éveillaient dans la communauté musulmane allaient donc trouver en Syrie et en Perse des modèles et des enseignements qui leur permettraient de se développer. Les mœurs du solitaire chrétien et celles du moine bouddhiste étaient des exemples dont les théologiens musulmans pouvaient reconstruire la doctrine avec les débris du néoplatonisme. Ainsi naquit le soufisme, la doctrine des gens qui renoncent au monde, et qui, vêtus de rudes habits de laine (çouf), s'en vont de ville en ville, cherchant Allah.

Développé dans rislam, le soufisme tend en efifet à s^en détacher : le soufi n'est musulman qu'à la surface. 11 fait bon marché du Coran et de la Sounna ; car il est, avant toute chose, préoccupé de s'unira la divinité par un élan mystique du cœur, et l'essentiel du culte consiste pour lui dans les pratiques qui, en abolissant l'intelligence et la conscience, préparent au sentiment d'extase qui le rapproche d'Allah. Souvent l'union avec la divinité se réalise : le soufi ne sait plus s'il est lui-même ou s*il est dieu. Et le soufisme réveille, pour son service, de vieilles névroses dont Taction contagieuse ne s'est point atténuée au cours des temps.

Le soufisme a une influence sensible sur la désorganisation et la décadence de l'Etat musulman^. Puissant auprès des foules et redoutable aux souverains, le soufi n'apporte que négation et abstention. 11 peut détruire, et violemment : il n'a aucun moyen de reconstruire. En politique, le mysticisme conduit au nihilisme intégral, s'il ne ramène point par un détour au despotisme absolu : et c'est ainsi que, quittant sa vraie route, le soufisme est venu à la rencontre du chiisme.

 mi-chemin de ces excès contraires, le soufisme, grâce, sans doute, à l'influence personnelle d'un homme supérieur, Ghazàli (mort en 1111), a exercé sur l'orthodoxie musulmane une influence inattendue et heureuse. Théoricien de l'Islam officiel pendant la première partie de sa vie, Ghazâli n'a point sombré dans le soufisme complet : tout en lâchant la bride au sentiment, il a conservé lalucidité de son intelligence. Il a apporté à l'Islam orthodoxe une vie intérieure, que celui-ci a d'ailleurs oubliée en rabâchant des manuels, mais qu'il pourrait retrouver en modernisant les idées du vieux maître, qui s'adaptent aux doctrines orthodoxes sur toutes lès surfaces essentielles.

Dans la vie sociale de l'Islam, le soufisme a, dès le

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califat abbaâside^ pris sa plsMse a« sokeîl. Ses adeptes se sont réunis daoïs^des couvenlis (Aron^A, ribât), oiiils menaiefiik la. vie infioinparabte, soiffî la direction d'un cheikli; quekfiigues-aiis d'entve eux se- coosacraient à Fensei^emeAt. Les relaibifons qui «nlssaiest les conflits les uns avcic les autres par les Tisites qu'échangeaient £réqueED!in«iil lears fidèles^ et Uiuiluence personnelle de quelques personnages iUnstres condn^- ^rent à des groupemeuts eonventuels qvi suivaient la même règi« et se soumettaient à des pratiques re&gieuses semblables. A ce point de son éYolution^ le soufisme rejoint le mjsti^ism^ chrétien et les congrégations monacatles de TOccident : il les appelle des confréries^ doist les membres sont dits «( panières » [fouqarà) ou « frèares' » {kh<3uàn). On diara plus loin comment le soufisme et ses moitt'es devaient ensuite nou^r des liens intimes a^iec le culte des saints et le maraboutisme.

Ces pénétrations d'éléments divers, qui sont les conditions normales du développement des institutions humaines,, ont eu, dans Thistoire moderne de rislam, des effets qu'il importe designalerrapidement*

Sans doute, Fessai infnictuefux d'an syncrétisme reliigienx tenté an xvn® siècle par te souverain œriginal que fut r^otiperenr mongol Akbar, n'a poènl laissé dans l'Inde de souvenirs vÎTa^ees et ce n'est point à lui qu'il font rattarcher les tendafuces actuelles de rislâm hindou : eependant il est probable que tKDiui n'en a point été perdu, et. c'est en tout cas dans des voies analogues que se sant dirigés d'autres réformateurs reM^ux.

Le Ghiisme, figé, comme l'octhodoxie, dans tes formules rigides et lié à la vie intellectaeUe étroite et machinale d'une clique cléricate, tes Mollahs, a subi, au XIX® siècle,. U/U assaut tirés rade quîl'alaissé ébranlé pour un long temps. Un personnage à la fois instruit

et illuminé, Mirza Mohammed Ali, prétendit sentir en lui la manifestation de Tlmâm caché et le sq[uffle divin : il dit être la porte {Bâb) qui s'ouvrait sur une humanité parfaite. Détaché de Tesprit traditionnel, il voulut non point ramener Tlslam aux principes antiques, mais lui en apporter de nouveaux ; imbu d'autre part des idées des Ismaïliens, qui faisaient peu de cas des rites et tendaient tantôt vers le rationalisme, tantôt vers le mysticisme, il montrait à Tlslam un avenir de manifestations divines successives, dont chacune, après lui, apporterait une nouvelle connaissance de rÀu-delà. A une théologie, un peu vague, le Bâb joignait une éthique pratique qui, mieux fixée que celle de Flslam, prétendait notamment développer la solidité et la moralité de la famille en réalisant l'indépendance des femmes. Il osait même pénétrer sur le terrain politique en opposition très nette avec les classes dirigeantes de la Perse. Les Mollahs obtinrent son incarcératioo, puis son supplice (850) qui ne fit que grandir sa personnalité et parut tout d'abord assurer le succès de sa doctrine. Mais, après sa mort, ses partisans se divisèrent : le groupe formé autour de Soubhi Ezel conserva intactes les idées du maître. Il semble difficile d'apprécier l'influence actuelle de cette branche du Babisme sur révolution religieuse en Perse. Les autres babistes ont accepté la direction de Béha Oullah^ qui a repris le rôle de réformateur et de prophète et dont les doctrines sont exposées par des ouvrages traduits en plusieurs langues européennes : ils remplacent soit le Coran, soit l'enseignement traditionnel du Prophète à ses compagnons. Dans son dernier état, le Béhaisme, qui semble n'avoir eu qu'une médiocre fortune en Orient, mais qui s'est répandu jusqu'en Amérique^ a revêtu la forme d'une doctrine composite, à laquelle chacune des grandes religions de l'humanité apporte sa contribution et

qui s'efibreiQ de hq a déooiueageir » ni le raHonafiisinie' s«ienU&{ue, m les tendaQces mystiques de certaift» groupes contemporain». U convient d'adaûrer les bonne» intentions du Béhaisme^ mais on ne. i^ut réussir à y trouver ni orîginaUté» ni cohérencew UL est possible que les circMstaniOfis aeiueUiBâ rendedat quelque forée au Babism^e*

Ce n'est point comme une tendance vers le pirogrès fti la tolérance^ mais comisne un biruial retour en arrière qu*il fat&t considérer W mouvement wahhàbiie qui, né à la ftn du xvni^ sirècle> a conservé une influence notable dans TArabie moderne. Mohammed ibn Abd A Wahhab prétendait ramener Fislam aux heureuix jours de sainteté dies califes de Médine, à la pureté première au nom de laquée les Kharidjites^ après la bataille de Siffio, avaient abandonné les Alides comme les Oméyyadas : il fallait anéantir tootes les innoivabions {hié^''àt) efc, sortant de son berceau» le Nedjd et les confins dugoUePersique, le Wdfaitainszne voulait commencer par nettoyer la Mekke des co«* tûmes hérétiques et des mœurs impures qui y régnent, et par débarrasser Médine du enlte saerilège du Prophète. Ils prirent et pill^ent lesviUes saintes, comme avaient fait jadis les Carmates, et il fatlut Tintervention de TEgypte pour réprimer un mouvement qui était une grave menace pe«ir Vlslam officiel. Enfermé dane »n petit Etat bédouin, le Wahhabisme n'a d'imporianee que parée qu'il reste un danger pour le ce&tre du pèlerinage, doat les cérécnonies. ont conservé leur importance dans la vie générale de Fhumanifeé. Avec une moralité élevée, les Wakhabifaes combinent un retour à la tradition qui reproduit les tefkdanees: les plus étroites de Tlslami, celles de Tiinam Ibn Hanbal^ et ils semblent être irrécoociliables avec le aa,ouveoient inlellectuet du monde moderne.

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