‹ Les institutions ouvrières de Mulhouse et de ses environsChapitre 14 sur 29 · ASSISTANCE INDIRECTE · texte numérisé non relu

ASSISTANCE INDIRECTE

Les institutions dont je me propose de parler dans ce chapitre sont bien encore des institutions de secours et d'assistance en faveur des ouvriers. Cependant je n'ai pas cru devoir les confondre avec les précédentes y parce que si elles leur ressemblent en quelques points de leurs résultats matériels, elles en sont néanmoins très-différentes par leur principe, par leur constitution et par les résultats moraux qu'elles entraînent. L'aumône, avec quelque soin qu'on la déguise, a toujours quelque chose d'humiliant pour celui qui la reçoit, et ses conséquences économiques et morales sont rarement sans danger. Ici, il s'agit de tout autre chose, de combinaisons qui, tout en étant très-utiles aux ouvriers, n'exigent guère cependant des patrons qu'une première misedefonds, qui peut être, dans un temps plus ou moins long, couverte par les bénéfices de l'institution. C'est une

sorte de spéculation charitable, qui, tout en restant coûteuse pour son auteur en ce sens surtout qu'il pourrait placer d'une manière plus productive pour lui-même les capitaux qu'il consacre à l'amélioration du sort des malheureux, ne se réduit pas cependant à une perte sèche, comme dans les institutions qui reposent simplement sur l'aumône. Il ne donne guère à ceux qu'il secourt que ce qu'il a manqué à gagner, il ne leur sacrifie qu'un gain possible. Il est parfaitement vrai que ce sacrifice est de sa part à peu près aussi méritoire que le don direct, mais il n'a pas le même effet moral sur celui qui en profite. Par cela seul que celui-ci paye au moins en partie l'avantage qu il en retire, il rentre dans la condition d'un homme qui fait un marché avantageux ; il ne se considère pas comme aussi directement obligé que celui qui reçoit de la main à la main un secours en argent. Tel qui s'en va pour quinze centimes prendre un bain dans l'établissement des Cités ouvrières, ne consentirait pas à recevoir d'un autre les sept ou huit sous qu'il faudrait ajouter pour pouvoir prendre un bain dans une autre partie de la ville. On peut sourire de ces susceptibilités, et je veux bien admettre à la rigueur que, au point de vue de la logique, elles n'ont pas une grande valeur. Mais, en fait et au point de vue moral, ces nuances ont une importance bien plus considérable qu'on ne se Timagine en général. Ce sont là des sentiments qu'il faut soigneusement ménager quand on veut agir sur les hommes et surtout sur des hommes aussi onibrageux que le sont les ouvriers, tant qu'une

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longue habitude de la misère n'a pas brisé en eux le ressort moral, et ne les a pas plies aux humiliations. Sans doute la forme n'est pas tout, et au regard du philosophe, elle a souvent peu de valeur; mais c'est pré- ' cisément pour cela que la plupart du temps les philosophes ne sont pas des hommes pratiques. Ils ne croient pas aux préjugés et à leur puissance, parce qu'ils les ont mis ou croient les avoir mis sous leurs pieds. Mais, pour les intelligences qui n'ont pas Thabitude de creuser au fond des choses et de chercher sous les apparences, les formes sont les choses ellesmêmes, et quand la forme leur est suspecte ou désagréable, ils ne regardent rien au delà.

D'ailleurs ont-ils si grand tort? Quand un patron donne à un de ses ouvriers malade ou gêné un secours en argent, quelle que soit sa manière de penser, il n'est guère possible qu'il ne se considère pas comme le bienfaiteur de ce malheureux, et qu'il ne regarde pas celui-ci comme son obligé. Mais tout en admettant que M. Jean Dollfus ait parfaitement conscience du service qu'il a rendu aux ouvriers de Mulhouse lorsqu'il a fait construire l'établissement où ils trouvent, grâce à lui, un bain complet pour trois sous, il n'en est pas moins vrai qu'il ne regardera pas du même œil Touvrier qui vient de profiter de sa muniiicence et le mendiant auquel il aurait donné les sept sous complémentaires. L'illusion de l'ouvrier, si elle est réelle, se retrouve donc à peu près dans la même mesure dans l'esprit du patron, et cet accord a bien sa valeur. Mais je ne veux pas pousser plus loin cette

discussion. L'exposé des faits élucidera mieux la question que toutes les dissertatioiis possibles.

C'est un usage à Mulhouse et dans presque tout le Haut-Rhin que^ quand les prix des substances alimentaires commencent à monter d'une manière anormale, ou qu'on peut prévoir une récolte insuffisante, les fabricants viennent au secours de leurs ouvriers en leur livrant au prix de revient, et quelquefois à perte, les denrées qu'ils ont eu soin d'acheter en gros dès le commencement de la crise, telles que farine, légumes secs, bois et autres objets à leur usage, dont le prix n'est plus en rapport avec des salaires qu'on ne peut, dans ces moments difficiles, élever proportionnellement aux besoins. Cette sorte de mesure n'avait eu jusqu'alors qu'un caractère transitoire, et elle ne se renouvelait que quand reparaissaient les circoustamces qui la rendaient nécessaire.

Lorsqu'on fonda la première cité ouvrière, on pensa qu'on en pourrait rendre les avantages permanents, en y établissant une boulangerie, qui fournirait du pain aux ouvriers à un prix inférieur à la taxe officielle. On installa donc une boulangerie avec ce luxe de propreté et cette entente de l'appropriation qui distinguent toutes les créations des fabricants de Mulhouse; on y établit une boulangère active et avenante avec mission de faire faire et de vendre par jour neuf cents pains. Le jour où je l'ai vue, elle en avait vendu soixante- cinq, et c'est à peu près tout ce qu'elle vend par jour. Heureusement pour elle qu'elle est également chargée de la direction de l'épicerie,

qui réussit un peu mieux ; sans cela elle serait condamnée à mourir d'ennui dans la solitude de son magasin.

A première vue, rien n'est plus singulier que cette indifférence deTouvrier pourune institution dont tous les profits sont pour lui, et cependant rien n'est plus facile à comprendre. Il pourrait avoir à la boulangerie de la cité du pain meilleur et à meilleur compte, mais il faut le payer comptant; voilà l'obstacle. Il y a bien peu de ménages d'ouvrier qui puissent à certains moments n'avoir pas besoin de crédit. Or, pour avoir du crédit, il faut être connu. Iront-ils chez un boulanger de la ville demander du pain à crédit, précisément au moment où, faute d'argent, ils ne pourront plus en avoir à la boulangerie de la cité? On ne voudra pas les écouter, et alors ils seront obligés de se passer de pain. Il est facile de comprendre que cette perspective n'ait rien de séduisant. Tant que cette difficulté ne sera pas écartée, la boulangerie de la cité ne rendra aux ouvriers que de très-médiocres services. Je conçois fort bien qu'elle craigne, en faisant crédit, de s'exposer à des chances de perte, qui la forceraient d'élever ses prix au détriment de ceux qui payent, ou qui, en exigeant une subvention des fondateurs, la transformeraient en une pure institution de charité. Cependant il est triste de voir une heureuse idée se perdre sans résultat, et peut-être serait- il possible de trouver quelque moyen de lui rendre ses effets naturels. Nous y reviendrons dans un instant.

Au-dessus de la boulangerie sont des magasins qui

ne s'ouvrent guère, et où la sociéîé tient à la disposition des ouvriers, qui semblent l'ignorer, des objets de première nécessité, des lits, des ustensiles de cuisine, du bois à brûler, des vêtements confectionnés, qu'elle a achetés en gros, et qu'elle offre de vendre au prix coûtant, jusqu'à ce que les ouvriers, à Fimitation des tisserands de Rochdale, se décident à faire eux-mêmes leurs achats en s'associant pour créer des magasins. Les fondateurs, du reste, no conservent aucune illusion sur le succès de cette tentative philanthropique. Ils comprennent qu'on ne pourra obtenir de résultats sérieux qu^en transformant cette institution en une société de consommation, et c'est de ce côté qu'ils dirigent en ce moment leurs efforts. Cette société ne tardera pas à être constituée, et l'on ne doute pas quelle ne prenne rapidement une grande extension. En attendant, les ouvriers continuent à aller chez les marchands, qui leur vendent tout plus cher, mais qui leur font crédit.

Cette question du crédit est toujours la grande difficulté. L'ouvrier, qui n'a pas encore pris Thabitude de faire des économies, ne peut renoncer à la facilité depayer par à- compte. Mais d'un autre côté, il est clair que c'est là une tendance que ne doivent pas favoriser les hommes qui ont précisément pour but de la faire disparaître. Le crédit est en réalité la ruine de l'ouvrier. Tant qu'il n'y aura pas renoncé, il ne prendra jamais ces habitudes d'épargne, qui un jour transformeront sa situation, en l'arrachant à la dissipation dans laquelle l'entretient le désespoir de jamais

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rien pouvoir amasser. L'association de consommalion, en lui créant un intérêt immédiat et palpable, en opposition directe avec ses habitudes présentes, finira certainement par en triompher, comme elle a fait en Angleterre. Sans doute, il ne faut pas compter que la transformation s'opérera du jour au lendemain, mais il est certain qu'elle se fera, et c'est assez de cette certitude^ appuyée sur des exemples si nombreux et si indiscutables, pour que l'on doive engager à entrer dans cette voie tous les hommes qui, comme les fabricants de Mulhouse, aspirent à relever la condition physique et morale des ouvriers.

A côté de la boulangerie est le restaurant qui a beaucoup mieux réussi. En s'approvisionnant aux bons moments, cet établissement, qui est étranger à la Société des cités ouvrières, et qui appartient en propre à son président, M. Jean Dollfus, peut donner à des prix très-réduits ce qu'on paierait bien plus cher ailleurs. « Ici, dit M. L. Reybaud, les habitants de la cité ne sont pas seuls admis à profiter du rabais offert; tous les ouvriers de la ville peuvent y participer. L'entrée est libre ; on peut librement aussi emporter au dehors. Les prix sont des plus modiques. On est parvenu à réduire la portion à une moyenne de dix centimes. Une soupe coûte cinq centimes; une portion de bœuf bouilli ou de légumes, dix centimes ; un hectogramme de veau, quinze centimes; un quart de litre de vin, quinze centimes ; pour trente ou quarante centimes on fait un repas convenable. Les salles du restaurant n'ont qu'un luxe, celui de la propreté.

mais il est poussé très-loin; les murs, les tables, les bancs, le plancher, tout est net; on n'y souffre pas la moindre souillure. Les convives y sont servis en porcelaine, et le coup d'œil à l'heure du repas est des plus animés; ces deux salles remplies d'ouvriers sont moins bruyantes que ne le serait une pension bourgeoise; une certaine ténue y règne; on y cause entre voisins ; on y échange des nouvelles. Point de rixes, point de brutalités; tout s'y passe poliment et comme il convient. De temps à autre les fondateurs de Pœuvre viennent s'asseoir à côté de leurs clients pour partager leur ordinaire, s'assurer par leurs yeux de l'état des choses, et fortifier par leur présence les bonnes habitudes de l'établissement. C'est un honneur dont ces ouvriers sont très-touchés et dont ils s'efforcent de se montrer dignes.

a J'avoue,* pour ma part, qu'il est peu de spectacles auxquels j'aie pris un plus vif intérêt, et que cette visite m'a laissé les meilleures impressions. Qu'a-t-il fallu? deux choses; d'un côté des hommes de cœur et de bien, désintéressés et connus pour tels, acceptant une tâche laborieuse avec la ferme intention de la conduire jusqu'au bout, ne s'y dévouant pas à demi, mais résolus à traiter cette affairé d'utilité publique comme ils traiteraient une affaire d'utilité privée, y apportant moins de vanité que d'esprit de calcul, visant à la réussite plus qu'à l'éloge, prenant en un mot l'opération au sérieux et cherchant à la rendre bonne afin de la rendre durable; il a fallu d'un autre côté des ouvriers qui ne fussent pas décidés à tout envisa-

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ger de travers, et à découvrir une idée de spéculation dans les avantages qu'on voulait leur faire; des ouvriers ayant plus de jugement que de passion, consentant à essayer avant de condamner et écoutant leurs intérêts plutôt que leurs systèmes; des ouvriers sensés, clairvoyants, oubliant pour un jour leurs préjugés d'état et leurs jalousies de classe. Tels sont les deux éléments qu'il s'agissait de rencontrer, et ils ne se rencontrent pas partout ; même séparés, ils sont rares, et réunis ils le sont encore plus, ».

On a souvent comparé cette institution à l'association alimentaire de Grenoble. Le rapport me paraît plus apparent que réel. Des deux côtés le but est le même : c'est de fournir à bon marché une nourriture saine et substantielle ; mais l'organisation des deux institutions diffère sensiblement dans le détail, et il manque à celle de Mulhouse ce qui, à mes yeux, constitue le caractère saillant et vraiment original de celle de Grenoble, l'usage des jetons, remplaçant la monnaie dans l'intérieur de l'établissement. Le jeton est en cuivre et représente une portion; les différentes portions sont représentées par des jetons de couleur et de forme différentes. Leur valeur varie de cinq à vingt centimes. Cette valeur est purement conventionnelle, et c'est précisément ce qui en fait l'avantage. Du jour où les jetons seraient reçus hors de l'établissement, l'association alimentaire perdrait son principal avantage sur les institutions de même nature. Cela a l'air d'un mystère. Rien n'est plus simple.

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(]e qu'il importe surtout de développer ou plutôt de faire naître chez l'ouvrier, c'est le goût de l'épargne, c'est rhabitude de prévoir et de régler ses dépenses. L'ouvrier qui reçoit sa paye commencé presque toujours par en dissiper une partie, soit au cabaret, soit en parties de plaisirs, et dès le milieu de la semaine ou de la quinzaine, la famille se trouve sans le sou et obligée de recourir au crédit. Nous avons vu que c'est là la vraie cause qui s'oppose à la prospérité de la boulangerie économique des cités ouvrières. 11 semble qu'il y aurait pour l'ouvrier un moyen bien simple d'éviter cet inconvénient, ce serait de prélever avant tout et de mettre de côté la somme nécessaire pour les besoins de la famille dans l'intervalle des deux payes. Oui, sans doute, ce serait simple, si l'ouvrier le voulait, mais il faut qu'il le veuille et qu'il le veuille fortement. Or, cet argentqui dort là dans un tiroir est pour lui une tentation incessante à laquelle il ne résiste pas. Il ne lui suffît pas d'avoir eu une bonne inspiration, d'avoir voulu un moment, il se trouve . obligé de vouloir sans trêve et sans relâche, et cette tâche est au-dessus de ses forces. A la première occasion, il est entraîné, et voilà toutes ses bonnes résolutions à vau-l'eau. Il le sait bien pour avoir essayé plusieurs fois et n'avoir pas réussi. Aussi finit-il par y renoncer. Il n'essaie plus même d'économiser, et peu à peu il se laisse envahir par les dettes, au point que bien souvent chaque quinzaine est d'avance dévorée par le crédit de la quinzaine précédente.

Si la femme qui, elle, comprend mieux la nécessité d'économiser, parce que c'est elle qui est chargée d'acheter et de donner, coiite que coûte, à manger à toute la famille^ si elle pouvait proGter d'un de ces bons moments du mari pour mettre d'un seul coup dans son garde-manger toute la nourriture delà quinzaine, elle serait sauvée. Elle n'aurait plus besoin de demander crédit au boulanger, au boucher, à l'épicier, à la fruitière, au charbonnier, etc., etc., et le mari s'étant dessaisi de la meilleure partie de sa paye ne pourrait plus guère s'enivrer. Le point difficile, c'est de trouver des aliments qui puissent se préparer en un clin d'œil, pour ne pas laisser au mari le temps de se raviser, et qui se conservent quinze jours sans se gâter. Voilà le problème avec tous ses éléments, et il ne paraît pas aisé de le résoudre. Et cependant il est résolu. Ces aliments, ce seront des jetons. La femme n'a qu'à se présenter au guichet et à acheter tant de jetons de soupe, tant de viande, tant de légumes, tant de vin, etc., et chaque jour on lui fournira les aliments correspondant aux jetons qu'elle rapportera- Voilà au moins une monnaie qu'elle peut garder chez elle sans inquiétude et qui ne tentera pas le mari, •parce que ces jetons n'ont pas cours chez le marchand de vin, Par là, l'association alimentaire est une institution de prévoyance. 11 n'est pas rare à Grenoble de voir des femmes d'ouvriers acheter jusqu'à vingtcinq francs de jetons à la fois. C'est autant d'enlevé au cabaret, et la subsistance de la famille se trouve assurée. Qu'on eu fasse autant à Mulhouse, et nous

aurons à enregistrer un grand service de plus rendu par les fabricants à leurs ouvriers ^

Mais une autre institution qui manque à Grenoble et qui commence à se répandre dans l'Alsace, ce sont les bains pour les ouvriers. Dans un rapport qu'il a présenté en 1 855 à la Société industrielle de Mulhouse, sur les institutions fondées par les industriels

1. Il ne faut pas oublier non plus que l'association alimentaire constitue une véritable association entre tous ceux qui y prennent leurs aliments. Voici la définition qu'en donne son fondateur luimême, M. Taulier : L'association alimentaire est une réunion de personnes qui font préparer leurs aliments dans une cuisine commune. Ces aliments sont ensuite emportés à domicile , ou consommés dans des réfectoires attenant à la cuisine même. Le titre de sociétaire s'acquiert au moyen d'une carte, qui selon l'une ou l'autre hypothèse, coûte 25 centimes ou 1 franc par an. Cette idée d'association n'est pas indifférente pour le succès de l'institution. Chaque sociétaire se sent là chez lui, et cela suffit pour qu'il s'y plaise mieux que dans un restaurant quelconque.

Voici année par année le tableau des opérations de l'association :

Représentant Consommations une somme de :

Années. de jetons. fr. c.

Pour plus de détails, voir le livre qu'a publié sous le titre de Vrai livre du Peuple^ M. Frédéric Taulier, le fondateur de l'association alimentaire. On y trouvera, outre tous les renseignements utiles sur cette association, l'histoire et les statuts des vingt-deux sociétés d'hommes, et des vingt sociétés de femmes qui sont établies à Grenoble.

du Haut-Rhin en faveur de leurs ouvriers, M. le docteur Penot apprécie à leur juste valeur les conséquences de cette innovation: « La propreté du corps, du linge, des vêtements est un moyen hygiénique puissant que Thomme ne peut négliger sans compromettre sa santé et quelquefois sa vie. Des ouvriers qui travaillent au milieu d'une atmosphère imprégnée d'émanations odorantes ou de poussières de diverses natures, ont besoin surtout de bains fréquents et d'ablutions souvent renouvelées. Le séjour trop prolongé de diverses substances sur la peau nuit à l'accomplissement des fonctions de cet organe, à la régularité de la transpiration, et devient quelquefois même dangereux , parce qu'il entraîne l'absorption de certaines d'entre elles. Aussi atlribue-t-on aux soins de propreté , devenus plus universels de nos jours, une diminution notable dans le nombre des cas de maladies cutanées , et les regarde-t-on comme ayant contribué dans une notable mesure à rallongement de la vie moyenne , si heureusement constaté depuis un demi-siècle.

ce Considérée au point de vue moral , la propreté a aussi de précieux avantages. Elle est comme un fidèle reflet des habitudes contractées par l'individu ; et Ton se tromperait rarement en jugeant la conduite d'un ouvrier d'après l'état ordinaire de ses vêtements et le soin qu'il prend de sa personne. C'est surtout chez les femmes, généralement plus attentives à leur toilette, que cette observation acquiert toute sa portée. Qui ne reconnaîtrait une mère de famille sans écono-

mie et sans ordre à la répugnante saleté des sordides habits qui la couvrent ainsi que ses enfants ? Car il n'est pas de vêtement si usé qui ne puisse avoir sa propreté relative et décente. C'est donc travailler à la fois à l'amélioration physique et morale de la population ouvrière, que de mettre journellement à sa portée des moyens faciles et peu coûteux d'entretenir tout ce qui tient à la personne dans un état de propreté convenable et constant. Quelques fabricants l'ont bien compris. MM. Dollfus, Mieg et C% à Mulhouse; MM. Haussmann, Jordan et Hirn, à Colmar; MM. Bourcart, à Guebwiller, ont établi dans leurs usines mêmes des bains et des lavoirs à l'usage de leurs ouvriers, qui utilisent ainsi à peu de frais une partie de l'eau chaude autrefois perdue, provenant des machines de ces établissements, w

Aux établissements de bains énumérés plus haut , il faut ajouter celui que M. Napoléon Kœchlin a fait élever dans sa manufacture de Massevaux. Le bain y est gratuit pour les ouvriers; il coûte 40 centimes aux autres personnes, et le produit de cette rétribution est versé dans la caisse fondée pour les ouvriers malades.

Le premier des établissements de bains ^ créé à Mulhouse, celui de la rue de Didenheim, a été fondé en 1851 ; les frais en ont été supportés par tiers par la ville, par le gouvernement et par M. Jean Dollfus. Il contient 8 cabinets à une personne, et deux piscines, chacune d'environ deux mètres carrés, pour

familles. Il y a place en tout pour 14 ou 15 personnes. Le bain coûte 15 centimes. A rétablissement de bains est joint un lavoir où, pour 5 centimes, une femme peut rester deux heures. Des pressoirs et des tambours à l'anglaise servent à égoutter, à sécher et à repasser le linge, sans le tordre. Malgré la modicité de ces prix et l'élévation assez considérable des sommes dépensées en améliorations de toutes sortes, on a pu, depuis Tépoque de la création jusqu'en janvier 1 864, réaliser un bénéfice net de 4 976 francs \ qui a servi à construire un autre établissement du même genre, le long du canal de décharge des eaux d'inondation , près de la grande usine Wehrlin Hofer et C*% qui a été ouvert en 1864.

Dès la première année, on a compté, dans ce nouvel établissement, 47 649 lavages et 7 674 bains.

En 1865, jusqu'au 15 décembre, on a compté, dans ce même établissement, 41 805 lavages et 8348 bains.

Cet établissement renferme un lavoir pour 60 per-

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