Bains et lavoir de la rue de Didenheim
Du 2 janvier au 31 décembre 1865.
Recettes Dépenses,
Lavoir 2181 95 Bains et lavoirs. . . 2 165 40
Bains 1269 60
Total 3451 55
Recettes 3451 55
Dépenses 2165 40
Bénéfice 7. 1286 15
Le bénéfice en 1864 avait été de 1040 fr. 15 c. Il a augmenté cette année de 246 fr., malgré l'établissement d'un troisième bain.
i30 INSTITUTIONS OUVRIÈRES DE MULHOUSE.
sonnes. Le lavage y est gratuit et les bains se payent 5 centimes. On y a joint une grande piscine couverte de 1 1 2 mètres carrés, alimentée par les eaux, jusqu'alors perdues, des machines à vapeur. Grâce à cette heureuse idée, les Mulhousiens peuvent, en plein hiver, se donner le luxe et la jouissance, inconnus partout ailleurs, de nager dans un lac d'eau chaude et toujours courante.
La maison Dollfas Mieg et C* a fait encore élever à Dornach un grand lavoir où sont admises gratuitement toutes les femmes de ses ouvriers, et un certain nombre de fabricants ont fait disposer l'écoulement de leurs eaux chaudes à Textérieur, de manière à ce qu'elles puissent être utilisées par toute personne qui veut les employer au lavage. Il serait à désirer que des disposions si utiles et si peu coûteuses fussent adoptées dans toutes les villes où se trouvent des machines à vapeur.
C'est aussi au moyen d'eaux chaudes, provenant de fabriques, que sont alimentés les bains et le lavoir de la cité. Celui-ci se compose d'une grande salle couverte, dans laquelle l'eau vient remplir un bassin où elle se renouvelle constamment. Les femmes y peuvent laver debout, abritées contre les éclaboussures, afin que leurs vêtements ne se mouillent pas. Il en coûte 5 centimes pour passer deux heures dans rétablissement; et ce temps est suffisant pour laver et sécher le linge que chaque femme y apporte. Afin de hâter l'opération, on a placé dans la salle une essoreuse à force centrifuge (hydro-extracteur), mise en
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mouvement au moyen de deux manivelles. Deux femmes rangent simultanément leur linge dans Tappareil^ qu'elles font mouvoir ensemble avec facilité. Au bout d'un instant, ce linge a perdu presque toute Teau qu'il contenait, sans avoir été usé et tiraillé par la torsion, et il ne reste plus qu'à lui faire subir un rapide séchage. Dans la belle saison^ il suffit de l'emporter dans cet état et de l'étendre un instant au soleil. En hiver, on se sert du séchoir de l'établissement, sorte de vaste armoire, à température élevée, où il suffît de maintenir quelques minutes le linge mouillé.
L'établissement de bains de la cité ouvrière, fondé en 1854, en même temps que le lavoir, contient 1 2 cabinets. Les comptes de 1 864 constatent 37 658 lavages et 9906 bains.
De pareils chiffres rendent inutile toute autre démonstration. On ne peut que souhaiter que l'exemple de Mulhouse soit partout imité. Les habitudes de propreté y gagneraient singulièrement, et par suite la santé générale de la classe ouvrière. Mais on ne sait pas encore assez combien il est essentiel de maintenir la peau dans un état qui lui permette d'accomplir régulièrement ses fonctions, et ce sont là de ces détails dont les médecins sont à peu près les seuls chez nous à sentir l'importance. Pour les autres, la propreté n'est guère qu'une espèce de luxe dont Touvrier peut se passer, et malheureusement, il y a beaucoup d'ouvriers qui sont de cet avis.
Enfin, la Société industrielle s'est appliquée à
propager parmi la population ouvrière l'emploi de la houille dans les ménages. Elle a fait étudier par une commission les meilleurs appareils qui font usage de ce combustible, et elle a déjà fait vendre à domicile et à prix réduits sept cents appareils de chauffage. C'est pour les ouvriers une notable économie qui équivaut à une augmentation de salaire.
Pour être complet sur ce qui fait Tobjet de ce chapitre, je devrais parler ici de la réforme des logements ouvriers à Mulhouse et dans les environs. En effet, la Société qui a opéré cette réforme n'y a rien perdu ; son œuvre repose tout entière sur des combinaisons ingénieuses et n'a rien de commun avec l'aumône. Cependant, malgré ces analogies réelles, je réserve ce sujet pour un chapitre spécial à cause de son importance et surtout parce qu'il marque mieux que tout autre la progression des efforts, des essais et des succès de la lutte des fabricants de Mulhouse contre la misère qui les entourait. C'est dans la création des cités ouvrières que nous trouverons une des plus heureuses applications des principes qui renferment la solution de ce grand problème social, et dont l'extension transformera un jour ou l'autre la condition de la population ouvrière.