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INSTITUTIONS DE PRÉVOYANCE, AVEC LA COOPÉRATION CES OUVRIERS

La population ouvrière est victime d'un défaut qui paralyse ses meilleures intentions, et d'un vice qui la consume et la démoralise. Le défaut, c*est l'imprévoyance; le vice, c'est l'ivrognerie. Grâce à l'un, elle ne songe jamais à l'avenir, et grâce à l'autre, elle le ruine d'avance. Vice et défaut s'accordent merveilleusement contre les intérêts les plus évidents de l'ouvrier, et cet accord leur donne une puissance formidable, mais en même temps il fait leur faiblesse, car il les rend vulnérables l'un par l'autre, et il est bien certain que si Ton parvenait à trouver un moyen de déraciner l'un, l'autre disparaîtrait du même coup. On a souvent attaqué l'ivrognerie, ou plutôt on a cherché par quel côté on pourrait l'atteindre sûrement. On ne l'a pas encore trouvé, ou du moins on n'a trouvé moyen de guérir un excès qu'en se jetant

dans l'excès contraire. Cette exaltation cérébrale que produit l'ivresse, unie à l'excitation nerveuse, a tant d'attrait pour le malheureux, qui reste étranger à la vie intellectuelle et qui par conséquent ne peut se procurer cette jouissance de la vie cérébrale par le mouvement des idées, qu'on ne peut le détacher de Tivrognerie qu'en lui interdisant absolument le vin. C'est ce qu'ont fait en Amérique et en Angleterre les sociétés de tempérance.

Mais ce genre d'institutions n'a pas encore pénétré chez nous, et à vrai dire, je ne crois pas qu'il y obtienne jamais un grand succès. Quant aux autres moyens qu'on a proposés pour combattre l'ivrognerie, ils sont d'autant plus nombreux qu'ils sont moins efficaces. Mesures privées et mesures publiques, remontrances du patron ou punitions correctionnelles, autant de palliatifs à peu près impuissants bu qui ne pourraient avoir d'effet que dans des conditions particulières, difficiles à rencontrer. On cite le succès des manufacturiers de Sedan, qui sont parvenus à chasser le vice de leur ville, ou peut-être à le forcer de se cacher. Mais cela n'était possible qu'à la .condition d'une entente très-rare et très-difficile entre tous les fabricants, et il a fallu dans chacun une énergie de volonté et une persistance qui sont encore moins communes et que l'on n'a pas le droit d'exiger de tous les hommes. Et d'ailleurs, au fond, n'y a-t-il pas quelque chose d'un peu bien cruel à chasser un ouvrier de toutes les manufactures de son pays, à le forcer, faute de travail, à s'en aller avec, toute sa

famille chercher son pain quelquefois à cent lieues de sa ville natale, parce qu'on laura quelquefois rencontré ivre dans la rue? Pour moi, je Tavoue, si ce résultat général de la suppression de Tivrognerie dans toute une ville me remplit de joie et d'admiration pour les hommes qui y sont parvenus, cependant je ne puis m'empécher de songer aux souffrances des femmes et des enfants^ aux larmes qu'a dû coûter ce résultat, et alors je me demande si je dois encore admirer ou gémir.

Ainsi le plus bel exemple de succès qu'on puisse me citer me laisse des scrupules que je ne puis vaincre. J'en conclus que, à mon point de vue du moins, nous n'avons pas encore découvert de remède sérieux contre l'ivrognerie, et que le plus sûr est encore de l'attaquer dans son alliée, l'imprévoyance. Le jour où le goût de l'épargne aura pénétré dans les habitudes de la populatiou ouvrière, l'ivrognerie aura auprès d'elle, au lieu d'un allié, un dangereux ennemi. Qu'à cela on joigne l'instruction, qui détourne des plaisirs grossiers en rendant possibles les jouissances intellectuelles^ en donnant à l'ouvrier le moyen d'occuper ses loisirs par des distractions variées et utiles; qu*on le retienne chez lui, nonseulement par l'attrait des livres, mais aussi par le charme du chez soi, et je crois bien que la solution du problème ne seraplus à chercher. L'ivrognerie, ainsi attaquée, ne pourra guère résister, et il n'y aura plus besoin de bien grands efforts pour la chasser de toutes ses positions; sa défaite définitive ne sera plus qu'une

affaire de temps, et à mesure qu'elle ^disparaîtra, reparaîtront ces sentiments de famille et ces habitudes du foyer qui sont, pour l'ouvrier comme pour les autres hommes^ la première condition du bonheur et la plus solide garantie de la moralité.

C'est le détail de cette lutte acharnée contre l'imprévoyance et l'ivrognerie, et de la reconstitution progressive et pour ainsi dire pièce à pièce de la moralité dans la classé ouvrière, qu'on trouvera dans les chapitres suivants.

§.1 — Associations de secours mutuels.

Les associations de secours mutuels existent depuis fort longtemps dans certains pays; à Lille par exemple, où elles durent depuis trois cents ans. En Alsace elles sont beaucoup plus récentes, mais elles s'y sont propagées assez rapidement. M. Villermé, en 1835, en trouvait déjà dans la plupart des manufactures qu'il a visitées! Mais il faut avouer que ces caisses de secours étaient et sont encore pour la plupart dans un état peu florissant et que^ sans l'intervention des patrons dont un grand nombre payent de leurs propres deniers le médecin et le pharmacien de l'association, et qui parfois même reconstituent le fonds social^ quand il est épuisé^ les associations ne pourraient secourir qu'un bien petit nombre de malades. C'est une remarque que fait M. Villermé à propos de l'association de secours qu'il trouva établie entre les ouvriers de M. André Kœchlin. Chacun^ en

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payant à la caisse 1 5 centimes par semaine, avait droit en cas de maladie à un secours de 1 fr. 50 c. par jour, sans compter les visites du médecin et les médicaments. Il est bien certaip que dans de pareilles conditions, le patron devait supporter la plus grande partie des charges.

C'est un mal. Il est bon et juste de soutenir Touvrier dans la mesure où cela peut être nécessaire ; mais il faut en même temps que sa situation soit pour lui un sujet de réflexion et qu'il s'instruise par une expérience personnelle de certaines privations. Si son éducation pouvait se faire autrement, ce sérail une belle œun*e que de lui épargner la plus grande partie des misères auxquelles il est condamné. Mais il ne faut jamais l'oublier, personne ne s'instruit que par son expérience propre, et l'homme, à un certain degré de son évolution intellectuelle, n'agit et ne conaprend que sous l'aiguillon de la nécessité et de la souffrance. Le secourir au delà du strict nécessaire, c'est le condamner à Timmobilité morale, c'est le priver du progrès qu'il pouvait faire, et perpétuer son infériorité intellectuelle en perpétuant les causes qui l'y maintiennent, c'est-à-dire en achevant par une sécurité funeste de briser eu lui le ressort que l'absence de toute éducation morale a déjà laissé si faible. Cet excès^ je le retrouve presque partout, et c'est peut-être en partie pour cela que l'esprit d'initiative est chez nos ouvriers moins avancé que chez les ouvriers d'Angleterre. Là, outre une liberté beaucoup plus grande pour s'assembler et pour agir, ce qui est

déjà par soi-même un puissant stimulant à Faction^ l'ouvrier n'est pas entravé^ comme chez nous, par des habitudes de tutelle et de patronage plus ou moins éclairé, dont les effets moraux ne sont pas toujours aussi salutaires que paraissent Tétre leurs effets matériels. Il est possible après tout que cette habitude de passivité, quoique produite par une tutelle trop prolongée et parfois appliquée à endormir les esprits, ne puisse être réveillée que par les excitations d'un patronage plus intelligent et plus désintéressé. En tout cas il ne faut pas oublier que, si cette intervention est nécessaire, il est dangereux de la prolonger au delà d'une certaine mesure et que, quand on veut habituer les gens à se conduire eux-mêmes, il faut un jour ou lautre renoncer à les conduire, quitte à les voir trébucher quelque peu en commençant. Cette réserve une fois faite, je n'ai plus que des éloges à donner à Torganisation des associations de secours mutuels de Mulhouse, et au zèle que mettent les fabricants à habituer leurs ouvriers à ces usages.

A Mulhouse, je n'ai trouvé d'association de secours contre la maladie, en dehors des ouvriers de fabrique, que celle des jardiniers, sous Tinvocation de saint Fiacre. Cette intervention de l'élément religieux a le tort grave, dans une ville peuplée de protestants et de catholiques, d'écarter de l'association un certain nombre de ses membres naturels. Le premier principe en fait d'association, c'est d'en bannir rigoureusement tout ce qui est étranger au but même de l'association. C'est l'oubli de ce principe

qui, en 1848 el depuis, a fait disparaître tant d associations qui, sans Tintervention intempestive des questions étrangères, auraient pu réussir.

A Munster, la caissede secours, formée par les cotisations des ouvriers de la fabrique, est dans une situation si prospère, qu'elle permet de faire des pensions de retraite aux invalides de rétablissement. Il faut ajouter que MM. Hartmann et fils lui accordent une subvention considérable. Mais, malgré ce secours, il me semblerait plus prudent d'établir deux caisses. Un jour ou Vautre, les retraites mangeront les secours, ou bien qu'il survienne une épidémie, et la nécessité des secours contre la maladie supprimera brusquement les retraites. Tant qu'on reste dans cette confusion, il est impossible de connaître ses ressources et de régler convenablement ses dépenses. Les deux services s'embarrassent réciproquement, et à un moment donné, cela pourra produire de graves et injustes misères, en supprimant tout à coup des secours dont la périodicité constitue le caractère et l'utilité propres. A Guebwiller, MM. Bourcart subventionnent la caisse de secours en lui donnant tous les six mois autant de fois trois francs qu'il y a d'associés. Le reste est payé par les ouvriers, sauf les dépenses exceptionnelles qui sont supportées par la maison.

Dans le grand établissement de Wesserling, l'idée première de la fondation des caisses de secours est venue des ouvriers eux-mêmes. La création de la première caisse de secours date de 1825. Elle fut fondée par les ouvriers de la filature. Les imprimeurs

et les graveurs vinrent ensuite, puis les tisserands et les ouvriers de la blanchisserie. En 1845 une nouvelle caisse, dite générale, admit les ouvriers de tous les autres ateliers qui étaient restés en dehors des pre* mières sociétés.

Enfin, vers 1 853, une sixième caisse a été créée pour les étrangers, maçons et charpentiers, employés temporairement dans rétablissement/

Chaque caisse a son règlement particulier, approuvé par les chefs de la maison. Elles sont administrées par des comités, nommés par les sociétaires et présidés par des chefs d'ateliers.

Voici quelle était, au 1*' janvier 1854, la situation des six caisses :

fr. c.

Nombre des sociétaires (2610) » »

Capital placé 76 044 40

Recettes de Tannée 28 544 05

Malades secourus (620) » »

Somme qui leur a été allouée * 22 388 85

Au 1" janvier 1855, le capital était

monté à 85498 10

Au20août 1864, il était d'environ ... 120000

Le secours alloué à chaque malade est de 75 c. à 1 f. par jour.

Deux de ces caisses sont assez riches pour pouvoir servir des pensions de retraite aux sociétaires que l'âge ou les infirmités mettent hors d'état de travailler. En 1854 elles servaient à vingt-six ouvriers des pensions de retraite s'élevant à trois mille deux cent quatre-vingt-dix-huitfrancscinquante centimes. Mais

OD a eu soin de prendre des précautions pour éviter les inconvénients de la confusion entre ces deux genres de services. Les autres associations se t)*ouvent dans une situation moins prospère. MM. Gros^ Odier^ Roman et Gie y suppléent par des dons annuels considérables. Ainsi, en 1854^ ces messieurs ont consacré une somme de huit mille francs à servir des pensions à une centaine d'ouvriers invalides ou de femmes veuves.

A Wesserling, comme dans un grand nombre d'associations du même genre^ la caisse de secours acquitte aussi tous les frais de sépulture, à un prix fixé d'avance par un règlement.

La prospérité exceptionnelle des associations de secours de Wesserling s'explique en grande partie par l'isolement même de la manufacture et par la situation particulière des ouvriers qu'elle emploie. La plupart sont propriétaires. Ils possèdent une maison ou un champ. Par là ils se trouvent fixés au sol. On peut donc à leur entrée dans l'établissement leur imposer l'obligation de verser une part déterminée de leur salaire à la caisse de secours sans s'exposer à ce qu'ils aillent chercher du travail ailleurs. Dans les grands centres industriels, comme Mulhouse, cette obligation ne serait efficace qu'à la condition d'une entente préalable entre tous les fabricants. Sans cela l'ouvrier est toujours libre de s'y soustraire en allant chercher du travail dans une manufacture où on ne la lui imposera pas. Malheureusement, niême à Mulhouse, il y a encore quelques manufacturiers qui ne

croient pas à la possibilité d'améliorer la situation de leurs ouvriers et qui se refusent à prendre des engagements qu'ils considèrent comme inutiles. 11 en résulte que ceux qui ont la conviction contraire se trouvent en partie désarmés contre l'imprévoyance des ouvriers, et demeurent, malgré toute leur bonne volonté, dans l'impuissance de prendre contre elle toutes les mesures qui pourraient être efficaces.

La spécialité de l'industrie de M. Charles Kestner lui a permis d'imposer à ses ouvriers la même obligation. Le premier article du règlement qu'il a fait pour les sociétés mutuelles de secours de ses établissements est ainsi conçu : « Tous les contre-maîtres et ouvriers employés dans rétablissement sont membres de la caisse de secours pour les malades. » Ce règlement, voté par l'assemblée générale des sociétaires, est d'une netteté parfaite, et pour donner une juste idée de l'organisation de cette société^ je ne puis mieux faire que de détacher les articles qui me paraissent les plus importants.

Art. 2. — Chaque membre de la Société est tenu, moyennant une cotisation particulière, d'assurer les soins médicaux et les médicaments à sa femme et à ses enfants.

Art. 3. — Les fonds se composent :

V Des cotisations versées chaque quinzaine par les Sociétaires; elle seront de quarante centimes pour sa personne, de dix centimes pour sa femme et de cinq centimes pour chacun de ses enfants âgé de seize ans et au-dessous. — Toutefois le^ membres de la So-

l"^ PARTIE. — LUTTE CONTRE LA MISÈRE. 143

eiété qui font en même temps partie d'une autre caisse n'utirdnt pas à verser de cotisation pour leur personne;

2'' De la cotisation versée chaque quinzaine par Charles Kestner; elle sera de quarante centimes par chaque ouvrier, de vingt centimes par chaque femme et de dix centimes par chaque enfant de seize ans et au-dessous;

3^ Du produit des amendes encourues par suite du règlement de la fabrique ;

4* De dons volontaires.

Art. 10. — Le membre de la Société qui est empêché de travailler par suite de la maladie reçoit^ mais à dater du troisième jour seulement, une subvention d'un franc vingt-cinq centimes par jour. Si la maladie se prolonge au delà de deux jours, le malade aura droit à récupérer la subvention pour les deux premiers jours. Toutefois elle ne sera pas payée pour le dimanche qui précédera immédiatement sa rentrée à la fabrique. — Elle cesse du jour où le malade, reconnu incurable, reçoit une pension de la maison.

Cette subvention ne sera pas payée aux membres de la Société qui font partie d'une autre caisse, lesquels n'ont droit qu'aux soins médicaux et aux médicaments.

Art. 11. — Lorsqu'un membre de la Société est soigné à l'hôpital aux frais de la Société, il n'a pas droit à la subvention, mais le conseil d'administration peut accorder à sa famille des secours journaliers proportionnés au nombre de personnes dont elle se

compofie : à savoir, de cinquante centimes pour une personne^ de soixante-quinze centimes pour deux ou trois, d^un franc pour quatre ou cinq, d'un franc vingt-cinq centimes pour six et au delà. — Le conseil d'administration peut également accorder des secours extraordinaires en cas de maladie très-grave ou très- prolongée d'un membre de la Société, ou bien en cas de maladie de sa femme et de ses enfants.

Art. 12. — La Société n'accorde aucune espèce de secours dans le cas :

1^ De petite vérole, [à moins que le malade ne prouve qu'il a été vacciné ;

2^ Ni dans les cas nés de la débauche ou des suites de l'ivresse;

S*" Ni pour blessures reçues dans une rixe, où le réclamant aurait été l'agresseur ;

4"* Ni enfin aux malades faisant partie d'une autre caisse de secours.

Art. 13. — En cas de mort d'un de ses membres, la Société alloue à la famille du défunt un secours de soixante francs ; chaque Sociétaire a droit à un secours de quarante francs en cas de mort de sa femme, et de vingt francs en cas de mort d'un enfant.

Art. 14. — La Société est administrée par un conseil composé de huit membres; savoir: un président, un secrétaire-trésorier, six visiteurs. Ils sont élus chaque année le dernier dimanche de janvier, par l'assemblée générale des Sociétaires, au scrutin secret et à la majorité absolue des suffrages; ils sont toujours rééligibles. — Leurs fonctions sont gratuites.

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Art. 15. — Les yisiteurs ont pour mission de se transporter chez lés malades, de s'assurer s'ils ont reçu les secours auxquels ils ont droit, de veiller à ce qu'aucun membre de la Société ne feigne d'être malade^ ou ne prolonge sa maladie par calcul, enfin détenir la main à l'exécution des règlements et à lobservation des ordonnances du médecin.

Art. 22. — Le capital de la Société ne pourra jamais être partagé ni en totalité, ni en partie, entre les Sociétaires, quelle que soit son importance. Il restera toujours sous une forme quelconque en réserve pour être affecté aux engagements que la Société a pris ou pour être appliqué à un but d'utilité générale.

Art. 23. — Les Sociétaires qui s'absentent de la fabrique temporairement, soit pour cause de chômage, soit en vertu d'une autorisation régulière,' restent membres de la Société, à la condition expresse de continuer leurs cotisations.

Art. 24. — Les Sociétaires qui quittent la fabrique ou qui sont congédiés, conformément aux usages et règlements existants, ne pourront, en aucun cas, réclamer la restitution de tout ou partie de leur cotisation, celle-ci restant acquise à la Société.

Art. 25. — Pourront être admises, sur l'avis du conseil d'administration, toutes les personnes qui contribueront par des dons volontaires à la prospérité de la Société. Elles assisteront dans ce cas aux assemblées générales, avec voix délibéra tive, et se-

ronl éligibles, au nombre de trois au plus, pour les fonctions du conseil d'administration.

Gè qu'il faut remarquer dans ce règlement, c'est que, tout en faisant porter au patron la plus lourde charge dans les dépenses, le patronage y est cependant atténué autant que possible. Le maître ne s'est réservé aucun moyen d'influence prépondérante. Une fois qu'il a payé sa cotisation personnelle, qui est à elle seule plus considérable que celle de tous ses ouvriers réunis, il n'est qu'un simple sociétaire comme les autres. Toutes les modifications au règlement^ toutes les élections à toutes les fonctions sont laissées à la décision de l'assemblée générale qui se réunit deux fois par an. La partie du règlement qui se rapporte à ces deux points importants ne renferme aucun piège, aucune équivoque, qui puisse, dans certaines circonstances, permettre au patron de prendre la haute main et de confisquer Taction de l'assemblée. Dans les conditions qu'il s'est faites lui-même, il ne. se réserve d'autre part d'influence que celle que lui fera la confiance de ses ouvriers. Le respect de leur indépendance, en tant que sociétaires, est poussé aussi loin qu'il peut aller. Or c'est là un point capital qu'on néglige trop souvent, et qu'il est bon de faire remarquer à ceux qui voudraient tenter avec chance de succès des combinaisons de même nature.

§ 2. — Caisses de retraite.

Nous avons vu que, dans un assez grand nombre d'établissements, les patrons ont pris l'habitude de

servir des pensions à leurs ouvriers âgés ou infirmes. Le défaut de cette organisation^ c'est de faire du secours accordé par le patron une sorte d'aumône gratuite ou, si Ton veut^ de récompense, qui a certainement son bon côté, puisqu'elle est pour l'ouvrier un encouragement à s'en rendre digne par sa bonne conduite et son travail ; mais on peut^ je crois, lui reprocher de ne pas stimuler assez vivement Tesprit d'initiative de Touvrier, et de ne pas travailler assez directement à lui inspirer le goût de l'épargne et l'habitude de la prévoyance. Or il ne faut jamais perdre de vue que c'est là le point capital vers lequel il faut faire converger tous les efforts. Du moment que ce déplorable esprit d'imprévoyance, qui ruine et démoralise la population ouvrière, aura été vaincu, tout le reste deviendra facile. Si l'ouvrier est imprévoyant, c'est qu'il ne se doute pas qu'il puisse rien faire de sérieux pour son avenir. Il n'en désespère pas cependant, et fort heureusement, car ce désespoir serait désastreux pour lui et pour toute la société; mais il s'en remet au hasard; il compte vaguement sur quelque chance heureuse. C'est là le fond de sa pensée, et cela explique pourquoi l'habitude des loteries, qui commence malheureusement à reparaître chez nous, est si dangereuse et si mauvaise pour la population ouvrière. Quant à son salaire, il est toujours disposé à le considérer comme la part du présent; à chaque jour suffit sa peine. Mais pour ces combinaisons, grâce auxquelles un homme peut assurer le repos et la sécurité de sa vieillesse,

148 INSTITUTIONS OOVRIÈRES DE MCILHOUSE.

en mettant de côté quelques sous par semaine, il ne les comprend guère, et s'il ne refuse pas absolument d'y croire, il ne peut pas se décider à ne pas s'en défier, ou plutôt, dans la plupart des cas, il n'y songe pas, il les ignore. Quand il cessera d'être imprévoyant, c'est qu'il les aura comprises; c'est que l'habitude de les voir fonctionner partout autour de lui aura vaincu en lui cette longue tradition d'indifférence ou de défiance ; c'est qu'il aura enfin reconnu qu'il a entre les mains un instrument bien autrement productif qu'il ne le suppose, et qui peut, tout en soutenant le présent, assurer aussi Tavenir. En somme il s'agit donc d'une connaissance, d'une idée à faire pénétrer dans la tête des ouvriers. Il y faut du temps, parce qu'ils n'ont pas le loisir d'étudier et d'examiner; il faut qu'ils l'aient sous les yeux longtemps et sous toutes les formes, et dans toutes ses applications, et avec tous ses résultats bienfaisants, avant qu'ils songent à la régarder; il faut qu'ils la tournent et la retournent, et qu'ils la palpent dans tous les sens, comme les bonnes ménagères aux étalages des marchands d'étoffes, avant de se décider à y réfléchir sérieusement. C'est un mystère en effet pour beaucoup d'entre eux que cette multiplication de l'argent, par le seul effet du temps, et ils ne peuvent venir à bout de le comprendre, ou du moins ce n'est pas assez clair dans leurs esprits pour qu'ils y trouvent un motif d'action. Comment cet argent, en circulant, au lieu de s'user, s accroît-il? Suivant le dicton populaire, l'argent ne fait pas de petits. Il ne

faut pas trop leur en vouloir de ne pas comprendre cet effet de la circulation sur les capitaux. Il faut bien admettre que toutes les questions qui touchent à l'intérêt de l'argent sont obscures^ puisque nos législateurs mêmes semblent à peine les comprendre, et que jusqu'à présent, ils ont essayé d'entraver toutes les réformes qui s'y rapportent tant qu'ils ont pu et même au delà de leur pouvoir. Quelques leçons bien simples d'économie politique auraient sans doute de bons effets sur l'esprit des ouvriers. En attendant, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de multiplier le plus possible parmi eux les institutions de prévoyance, afin de les familiariser avec leurs effets. Quand ils les comprendront bien nettement, il y en aura bien peu parmi eux qui hésiteront encore à en profiter. Mais gardons- nous de vouloir aller trop vite : ce serait chercher un échec. L'histoire de Mulhouse nous en présente un exemple instructif et qu'il est bon de méditer pour en tirer la leçon qu'il contient. Puisqu'il y a à Mulhouse des fabricants qui semblent consacrer toutes leurs pensées à l'amélioration du sort de leurs ouvriers, sans qu'on puisse comprendre oii ils trouvent le temps de faire tout le reste, et de s'enrichir par-dessus le marché, il était impossible qu'ils ne remarquassent pas que ni la caisse d'épargne, ni la caisse de secours contre la maladie ne suffisaient à soulager les misères de l'ouvrier pendant cette autre maladie plus longue, qu'on appelle la vieillesse. La plupart des ouvriers, quand ils n'avaient plus la force de travailler, retombaient à la

charge de leur famille^ déjà souvent bien embarrassée de se suffire sans ce surcroît de dépense. Un certain nombre, les plus méritants, recevaient à titre gratuit des pensions de leurs anciens patrons. Mais tout cela n'avait rien de régulier. La plupart des malheureux, devenus incapables de se suffire, étaient livrés au hasard, à la merci des circonstances, et parfois obligés de tendre la main à la charité publique. En tout cas^ la seule chose à peu près certaine pour eux, c'était la nécessité de subir un jour Thumiliation de l'aumône^ sous une forme ou sous une autre. Il paraissait bien évident que, si Ton offrait aux ouvriers un moyen simple et facile d'échapper aux soucis que devait leur causer la préoccupation de cet avenir, ils s'empresseraient tous de l'accepter.

Onze des principales maisons de Mulhouse le comprirent, et aussitôt, comme toujours, elles se mirent à l'œuvre*. Le problème était celui-ci : Amener les

1 . Voici les noms de ces maisons, avec le total des versements de chacune d'elles, de 1851 à 1860 :

MM. DoUfus, Mieg et O* 104,278 39

André Kœchlin et C*' 85,036 10

Steinbach-Kœchlin 63,624 »

Ch. Nœgely 37,632 30

Schwarts Huguenin 30,062 90

Kœchlin DoUfus 25,219 25

Schwartz , Trapp et C^^ 27,856 63

Frères Kœchlin 21,722 25

Weber frères 9,747 95

A. Bricard 3,451 15

G. Schlumberger et G'« 4,718 05

Total 413 348 97

ouvriers à consentir à une retenue snr leur salaire, assez faible pour ne pas leur être une gène, assez forte pour pouvoir produire une pension de retraite capable de les nourrir. C'est-à-dire que les termes étaient contradictoires, et que la question pour bien d'autres eût été insoluble; mais elle ne letait pas pour les onze associés, grâce à l'ingénieuse combinaison qu'ils imaginèrent et que tout le monde n'aurait pas trouvée, pour bien des raisons. Pour ne pas effrayer les ouvriers, ils ne leur demandèrent que de consentir à une retenue de 3 pour 100 sur leurs salaires, laquelle serait versée en leur nom à la caisse des retraites de l'Etat. Mais comme une retenue aussi faible ne pouvait donner droit qu'à une pension assez maigre^ et que cependant il était impossible de demander aux ouvriers un sacrifice plus considérable, ils se l'imposèrent à eux-mêmes, et en 1851, les fabricants associés s'engagèrent par acte notarié à déposer en outre dans une caisse commune et à leurs propres frais, trois centièmes du total des salaires qu'ils distribuent chaque année à tous les ouvriers des deux sexes de leurs établissements. A la retenue de 3 pour 1 00 consentie par l'ouvrier, l'association ajoutait 2 pour 100, ce qui, pour chaque ouvrier souscripteur, élevait le montant des dépôts à 5 pour 1 00 de la solde, et devait lui permettre d'arriver à un chiffre de retraite suffisant pour vivre. En supposant que tous les ouvriers eussent souscrit, il restait disponible 1 pour 1 00 du total des salaires, versé par les fabricants. Il devait servir : 1** à couvrir

les frais de gestion; 2** à distribuer immédiatement des secours aux ouvriers déjà trop vieux pour pouvoir supporter utilement la retenue réglementaire, au moment où la caisse entrait en fonction; 3"* à élever dans la suite le taux des pensions qui seraient reconnues insuffisantes.

C'est à cette combinaison que se rattachait TAsile des vieillards dont nous avons parlé précédemment. Malgré tous les efforts des fabricants, malgré toutes leurs précautions, malgré l'intérêt évident des ouvriers, la caisse de retraite n'a pas mieux réussi que TAsile. Après dix ans, le nombre des ouvriers qui ont consenti à profiter de cette combinaison est réduit à 16, sur les 7000 qu'emploient les établissements associés. Les recettes, de 1851 à 1860, se sont élevées à 498 836 fr. 90 cent., sur lesquels les versements des patrons, avec les intérêts accumulés, figurent pour 464819 fr. 57 cent., tandis que les retenues consenties par les ouvriers pendant la même période n'arrivent qu'au total de 34 017 fr. 50 cent. On a dépensé 1 69 270 fr. 1 cent, pour le service des pensions; 65 597 fr. 41 cent, pour l'entretien de l'Asile; 55 743 fr. 02 cent, pour dépôts effectués à la caisse des retraites au nom des ouvriers, et 31 856 fr. 25 cent, pour frais d'agence. Le solde en caisse au 1" janvier 1860 était de 176 370 fr. 20 c.

Aussi les associés se sont-ils aperçus bien vite que leur but était manqué. Il devenait inutile d'accumuler des fonds désormais sans objet défini. Dès la fin de la seconde année, la réserve s'élevait à 110 011 fr. 07 c.

Ils se décidèrent à réduire a I pour 100 de la totalité des salaires leurs versements, mais ils maintinrent la prime de 2 pour 100 pour les ouvriers qui consentiraient à la retenue de 3 pour 100^ et ils continuèrent à subvenir aux frais de l'Asile et au service des pensions * .

Dans ces conditions, ils ont fait un chaleureux appel aux maisons de Mulhouse qui étaient restées en dehors de Tassociation. Devant TindifTérence des ou-

1. M. de Grimaldi a fondé, pour les usines de Dieuze, une institution du même genre , qui semble avoir mieux réussi. La compagnie, pour encourager les ouvriers à faire des versements à la caisse des retraites, s'engage à verser pour eux : !<> quel que soit leur âge, une somme égaie à celle qu'ils versent eux-mêmes; 2® pour les ouvriers de 30 à 45 ans, des sommes calculées d'après l'élévation du salaire et des versements de Touvrier ; 3° outre ces deux premiers versements, une prime d'âge, pour les ouvriers de 45 ans et au-dessus, ayant 10 ans de service dans l'établissement, annuelle et graduée d'après l'âge de l'ouvrier. Les ouvriers qui préfèrent un capital à une pension sont libres de placer leurs économies à la- caisse d'épargne, tout en conservant leurs droits aux avanlages que la compagnie fait à ceux qui placent à la caisse de retraite, mais à la condition qu'ils ne retireront pas leurs dépôts pendant toute la durée de leur service à l'usine.

Malgré l'analogie apparente de cette combinaison avec celle de l'encouragement à l'épargne de Mulhouse, il faut cependant remarquer à son avantage une différence qui en explique le succès : c'est qu'il ne s'agit pas ici de retenue sur des salaires. Les sommes qne les ouvriers de Dieuze versent dans la caisse de retraite représentent uniquement la part qui leur revient dans fes bénéfices annuels de l'établissement. Cette participation des ouvriers aux bénéfices sous forme de prime, que je retrouve dans les établissements de M. Charles Kestnep et dans celui de MM. Bourcart à Guebwiller me parait, par elle-même et indépendamment des facilités qu'elle peut donner pour la fondation de caisses de retraite, mie très-heureuse idée que je regrette de n'avoir pas vu appliquer plus souvent.

vriers, ils sont bien obligés de renoncer à la séduisante idée de Tencouragement à l'épargne, qui avait été leur premier mobile; mais ils ne veulent pas pour cela renoncer à secourir Tindigence de leurs vieux serviteurs. Ils veulent, en unissant tous les fabricants dans une même oeuvre^ fonder une caisse générale de retraite, qui assurerait à la vieillesse de tous les ouvriers des manufactures l'assistance que dans la donnée précédente ils étaient obligés de réserver pour les leurs. D'ailleurs ils conservent le secret espoir que l'exemple pourrait avoir plus d'influence, s'il devenait général, et que cette manifestation plus éclatante des inquiétudes qu'inspirent aux patrons les besoins futurs de leurs ouvriers déciderait peut-être ceux-ci à s'eninquiéter àleurtouretà se préoccuper des moyens de leur donner satisfaction.

C'est cette espérance, tout illusoire qu'elle puisse . être, qui fait à mes yeux le vrai caractère et le principal mérite de cette combinaison. Otez-la^ et il ne reste plus guère qu'une institution de secours, qui procède certainement d'une inspiration généreuse, mais qui peut, réduite à ces termes, avoir le grand inconvénient d'affaiblir encore dans l'ouvrier le sentiment de l'épargne, déjà si faible, et même de le désintéresser complètement de la préoccupation d'un avenir désormais assuré en grande partie par la libéralité des patrons.

Quoi qu'il en soit, cette expérience est pleine d'enseignements dont il nous reste à profiter. La combinaison des associés était excellente par un côté, par

son point de départ. On peut bien préparer par Tinstruction les enfants à ane amélioration morale ; mais pour les hommes faits et à qui a manqué cette préparation, on ne les moralisera jamais par des conseils, ni par des prédications. Ou ils s'en défient ou ils ne les comprennent pas ; et en tout cas c'est se faire une singulière illusion que de se figurer que quelques paroles prévaudront contre des habitudes invétérées et impérieuses. La seule méthode efficace, c'est de choisir parmi les passions ou les instincts de l'ouvrier ceux dont l'empire peut le mener le plus directement à la pratique des vertus dont il a besoin, de les stimuler, de lui créer des intérêts qui puissent devenir assez puissants pour contre-balancer ses habitudes vicieuses et les détruire à la longue. En faisant un appel direct à un intérêt personnel aussi légitime que celui d'assurer le repos de sa vieillesse, l'association de Tencouragement à l'épargne était donc sur la voie du succès et son principe était excellent. Cependant elle a échoué. Pourquoi? Pour deux raisons qu'il était difficile de prévoir avant l'épreuve, mais qui me paraissent en ressortir d'une façon assez claire. D'abord l'intérêt qu'on leur présentait, tout sérieux qu'il est en réalité, n'était pas assez évident, assez saisissant, assez immédiat pour eux. Puisque leur défaut capital est l'imprévoyance, il était assez difficile qu'ils fassent bien vivement touchés d'un intérêt qui repose sur la prévision d'un avenir éloigné. Ils peuvent bien à la rigueur (et encore ne le font- ils guère) se dessaisir d'une partie de leurs salaires pour

S assurer des secours coutre la maladie, parce que c'est là en quelque sorte un mal présent, dont chacun peut avoir eu plus d'une fois à souffrir; mais c'est trop exiger d'eux que de leur demander de s'imposer dans le présent des privations en vue de la vieillesse dont ils se sentent séparés par un nombre plus ou moins considérable d'années et à laquelle ils ne sont pas même sûrs de parvenir. En second lieu, l'organisation même de l'institution projetée lui donnait des apparences trop marquées de patronage, et par là elle heurtait leurs instincts de défiance et d'indépendance. Pour qu'une caisse de retraite réussisse dans ces conditions, il faut que les ouvriers soient forcés de subir la condition d'une retenue sur leurs salaires, ce qui n'est possible que dans des manufactures isolées ou dans le cas d'une entente unanime entre tous les fabricants d'une même contrée. Mais ce qui en assurerait encore mieux le succès, sinon immédiat, au moins dans un avenir prochain, ce serait de stimuler chez les ouvriers l'instinct de l'association, et de les intéresser personnellement, non pas seulement aux bénéfices de l'institution, mais à sa gestion directe. L'ouvrier tient à faire ses affaires lui-même. C'est une prise qu'il donne sur lui à ceux qui voudront en profiter, et pour mon compte je suis convaincu que, si des caisses de retraite doivent réussir parmi les ouvriers, c'est à la condition qu'on leur laisse le soin de les administrer directement. Ils pourront d'abord la compromettre par des imprudences, mais on n'apprend rien sans payer les frais de l'expérience, et ils arriveront bien

vileàse défier de leurs entraînements. Le premier soin deshommes qui veulent sincèrement lamélioration du sort des ouvriers doit être d'éviler soigneusement tout ce qui peut blesser en eux quelqu'une de ces susceptibilités personnelles qui leur font rédouter par-dessus tout la dépendance et Thumiliation. Cette fierté un peu farouche et défiante peut être gênante dans bien des occasions^ parce qu'elle n*est pas encore bien éclairée, mais j'avoue que j'en vois le progrès avec joie. Il n'y a ni morale ni développement possibles sans un juste sentiment de dignité personnelle. L'excès même dans ce sens me paraît infiniment préférable à cette molle et lâche humilité à laquelle Thabitude de la misère et le superbe mépris des autres classes ont si longtemps condamné la population ouvrière des villes et des campagnes.

A Wesserling, où, grâce à la situation isolée de rétablissement et aussi aux habitudes sédentaires des ouvriers, presque tous propriétaires, on a pu leur imposer, comme condition d'entrée, l'obligation de faire partie de l'association de secours mutuels, la prospérité de cette institution permet d'e servir aux ouvriers infirmes ou âgés des pensions de retraite, qui peuvent 8 élever à plus d'un franc par jour. Il en est de même àMunster dans l'établissement de MM. Hartmann et fils. Mais il ne faut pas oublier que ni à Wesserling ni à Munster ce service dépensions ne serait possible sans les subventions des patrons.

Dans les trois établissements que possède M. Charles Kestner, àThann, à Mulhouse et à Bellevue, la caisse

(le retraite, complètement indépendante de la caisse de secours^ est également alimentée, pouc la plus grande partj^ par les libéralités du fondateur, qui s'en réserve absolument la gestion. Sauf cette restriction, dont je ne vois pas la nécessité et qui me semble avoir des inconvénients au point de vue de Téducation économique des ouvriers, je ne puis qu'applaudir aux dispositions du règlement qui se rapporte à l'organisation de cette caisse. Il me semble pouvoir être, à peu près pour toutes ses parties, présenté comme un modèle aux fabricants qui auraient l'heureuse idée d'introduire la même institution dans leurs établissements.

En voici les principaux articles :

Art. 1®^ — Les contre-maîtres et ouvriers recevront en sus du prix de leur journée une prime annuelle qui sera prélevée sur les bénéfices He rétablissement.

Art. 2. — Cette prime sera proportionnelle à la somme des salaires et s'accroîtra en raison des années de collaboration. Elle commencera à dater du 1*"" avril qui aura suivi l'entrée du contre-maître ou de l'ouvrier dans l'établissement; elle sera de 3 pour 100 pour la première série de 5 années; de 4 pour 100 pour la deuxième, et ainsi de suite en augmentant d'un pour cent par chaque série de 5 années révolues.

Art. 3. — Chaque année, après la clôture de l'inventaire, la prime sera portée au crédit de chacun des intéressés, en prenant pour base la somme totale

(les salaires qu'il aura touchés dans Tannée qui aura commencé au l*"" avril de Tannée précédente et qui aura fini au 31 mars.

Art. 4. — Les héritiers d'un contre-maître ou d'un ouvrier auront droit à la prime qui devait lui revenir pour Tannée de son décès.

Art. 5. — Les primes ne seront pas dues si Tétablissement n'a pas réalisé des bénéfices suffisants.

Art. 6. — Les primes capitalisées au crédit des intéressés porteront intérêt à 5 pour 100 Tan, mais elles ne pourront être retirées qu'après 3 ans, sauf le cas où les intéressés viendraient à décéder ou à quitter Tétablissement; sauf également le cas prévu par l'article 7. (Nous aurons occasion de citer cet article 7 au chapitre des caisses de prêt.)

Art. 9. — Les contre-maîtres ou ouvriers auront droit aux pensions viagères suivantes : T à 540 fr. par an, lorsque ayant atteint Tâge de 70 ans et 33 ans de collaboration, ils voudront cesser de travailler; — 2" à 360 francs par an lorsqu ayant atteint Tâge de 70 ans et 30 ans de collaboration, ils voudront cesser de travailler, ou lorsque des blessures ou des maladies incurables reçues ou contractées par suite de leur travailles mettront dans l'impossibilité de travailler ; — 3'à240 francs par an lorsque des infirmités incurables, dûment constatées, mais ne résultant pas de leur travail, les mettront dans l'impossibilité de travailler, pourvu toutefois qu'ils aient atteint dix ans de collaboration.

Art. tO. — Les veuves des contre-maîtres et ou-

vriers, qui à leur décès avaient atteint 1 ans de collaboration> auront droit aux pensions suivantes :

1 ® A 1 80 francs, lorsqu'elles auront elles-mêmes atteint l'âge de 70 ans au moment du décès de leur mari;

2® A 120 francs, lorsqu'elles auront atteint l'âge de 60 ans au moment du décès de leur mari;

3® A 60 francs , lorsqu'elles auront atteint l'âge de 45 ans au moment du décès de leur mari.

Art. 11. — Auront droit à un secours unique de 100 francs, les veuves qui, au moment du décès de leur mari, auront moins de 45 ans d'âge, et celles dont le mari avait à son décès moins de 10 ans de collaboration.

Art. 12. — Les veuves des contre-maîtres et ouvriers qui, avant leur décès, étaient admis comme pensionnaires, jouiront, selon leur âge et selon les années de collaboration de leur mari défunt, des pensions fixées dans les articles 10 et 11. Toutefois les années de la pension ne seront pas ajoutées aux années de collaboration.

Art. 13. — Les pensionnaires hommes qui prendraient de l'ouvrage dans un autre établissement, et les veuves qui contracteraient un second mariage ou qui n'auraient pas une conduite irréprochable, perdront leurs droits à la pension.

Art. 15. — Charles Kestner s'engage à verser chaque quinzaine, comme par le passé, les cotisations suivantes : 40 centimes pour chaque ouvrier, 20cen- * times pour chaque femme d^ouvrier, 10 centimes pour

chaque enfant d'ouvrier de 1 6 ans et au-dessous ; à condition que les contre-maîtres et ouvriers verseront également à la caisse une cotisation égale au moins à la moitié de la cotisation de Cliarles Kestner, et que le capital de la caisse de secours ne pourra jamais être partagé ni en totalité ni en partie entre les sociétaires^ quelle que soit son importance. Il restera toujours en réserve pour être affecté aux engagements de la société ou pour être appliqué à un but d'utilité générale * .

1. C'est la seconde fois que je me vois dans la nécessité de transcrire presque en entier des règlements rédigés par M. Charles Kestner. J'espère qu'il me le pardonnera s'il songe que mon but n'est pas du tout de mettre sa modestie à la gêne, mais de concourir autant que possible à Taraélioration du sort de la classe ouvrière, pour laquelle il a tant fait. Toute autre considération doit disparaître devant celle-là. Si ces règlements que je cite portent la marque d'une expérience et d'une sagesse qui font désirer qu'on les prenne pour modèles, il faut bien avouer que la faute n'en est pas surtout à moi. Du moment que j'entrevois la possibilité d'en propager l'imitation, je me croirais coupable de m'arrôter devant des scrupules personnels, fort honorables sans doute, mais qjii ne me paraissent cependant pas de nature à ce qu'on doive leur sacrifier le reste. Il est bon de ne pas courir après les louanges, mais je ne crois pas qu'il faille en avoir peur, quand on les mérite. En tout cas, c'est un danger à l'égard duquel on montre communément plus de courage, et auquel M. Ch. Kestner devrait être particulièrement aguerri. Du reste je dois dire que j'ai trouvé en Alsace un assez grand nombre de fabricants, qui semblent craindre qu'on publie ce qu'ils ont fait pour leurs ouvriers. Cette délicatesse peut être respectable, cependant je la crois exagérée et même malentendue. Mon but en somme n'est pas du tout de faire le panégyrique des patrons qui ont manifesté plus ou moins de dévouement et d'intelligence. Je veux avant tout montrer par des exemples qu'on peut faire à peu près partout ce qui s'est fait dans une partie de la France, et faire comprendre, par .

Je n'ai pas besoin d'insister sur ce qu'il y a de moralisant pour l'ouvrier dans cette institution des primes ainsi entendue. Elle stimule l'activité de l'ouvrier, puisque à l'élévation de son salaire corres* pondra une élévation proportionnelle de la prime à laquelle il aura droit; elle l'intéresse personnellement à la prospérité de l'établissement et l'y attache par la perspective d'un bénéfice croissant avec les années de collaboration.

.Mais ce qui est surtout à considérer, c'est que l'obligation qui lui est imposée de laisser le montant de ces primes se capitaliser pendant trois années l'habitue à l'épargne. Du moment qu'il a pu s'en passer pendant trois années^ il n'y a pas de raison pour qu'il ne s'en passe pas plus longtemps et qu'il ne laisse pas primes et intérêts s'accumuler indéfiniment. LapreuvCi c'est qu'en ce moment^ la maison a dans sa caisse une somme de 50 000 fr. ainsi capitalisés et appartenant à ses ouvriers. Par là l'ouvrier, qui tout en recevant sous forme de salaire la même somme, n'aurait peut-être jamais été capable d'en rien réserver pour l'avenir, se transforme peu

des faits, aux patrons et aux ouvriers, que la misère n'est pas un mal aussi incurable qu'on le croit généralement, faute d'avoir essayé de la combattre, ou pour l'avoir tenté par des moyens mal combinés. Les fabricants qui, soit par modestie, soit pour n'avoir pas Pair de faire la leçon à leurs confrères, moins heureux ou moins bien inspirés, hésitent à livrer les renseignements qu'on leur demande, me paraissent donc obéir à des scrupules excessifs, en privant du bénéfice de l'exemple ceux qui peut-être n'attendent que cette impulsion pour les suivre dans la même voie.

à peu, et par le seal fait du temps, en petit capitaliste, et en prend les sentiments. Il finit par suivre avec un intérêt sérieux Taccroissement de cette somme qui lui appartient et que, sans la sagesse de son patron, il aurait probablement dissipée. Pour la grossir, il s'accoutume à Tordre et à l'économie, et par là, il se trouve hors des atteintes de cet esprit d'imprévoyance et de dissipation qui perd tant de malheureux.

En résumé, l'institution des caisses de retraite a beaucoup de peine à conquérir dans l'esprit des ouvriers la place qui lui appartient. C'est à peine si, en se chargeant de presque toute la dépense, les. patrons peuvent obtenir de leurs ouvriers qu'ils veuillent bien consentir à distraire, chaque mois, quelques centimes de leurs salaires pour assurer le repos de leur vieillesse. Il y a un mot bien connu dans les ateliers et qui explique en partie cette apathie : L'hôpital n'est pas fait pour les chiens ! Mourir à l'hôpital, voilà l'avenir auquel se résignent gaiement des hommes qui, en d'autres moments, portent jusqu'à l'excès le sentiment de la fierté personnelle et l'horreur de l'aumône. II est vrai que cette résignation devient moins gaie à mesure qu'ils voient approcher le moment où il leur faudra aller solliciter véritablement ce lit d'hôpital qui leur inspirait si peu de frayeur autrefois. Ils voudraient bien alors s'être préparé un autre refuge, même au prix de quelques privations. Mais quand cette pensée leur vient, il est trop lard pour obvier au danger.

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait, c'est Téternel refrain de l'histoire des ouvriers, et un peu des autres hommes. Il semble que le regard de l'esprit soit borné dans le temps comme celui du corps l'est dans l'espace et que nous ne puissions rien prévoir au delà de quelques années, comme nous ne pouvons plus distinguer au delà de quelques mètres.

Une observation importante et qui se dégage de ce que nous avons vu dans ce chapitre, c'est qu'il sera probablement toujours très-difficile d'obtenir de l'ouvrier qu'il consente à des retenues directes sur son salaire. Quel qu'il soit, le salaire à ses yeux représente la dépense de chaque jour; c'est d'après lui que se moulent les habitudes^et c'est dans ce sens que l'on peut dire très-justement que le salaire de l'ouvrier ne représente presque jamais que le nécessaire. La raison en est simple, puisque c'est le taux du salaire qu'il reçoit qui règle à peu près invariablement la somme de bien-être dont ensuite il ne peut ou ne veut plus se passer. Aussi faut-il des intérêts bien puissants, c'est-à-dire bien présents, pour le décider à en retrancher quelque chose.

Pour parer à cette difficulté, il y a un moyen presque toujours applicable ou que du moins il ne faut jamais négliger d'appliquer quand la chose» est possible, c'est celui qu'ont employé MM. Kestner et Bourcard. En donnant à toute augmentation postérieure de salaire la forme de primes capitalisables, on rendra à la population ouvrière un service dont les conséquences peuvent s'étendre très -loin. Sup-

r* PARTIE. — LUTTE CONTRE LA MISÈRE. 165

posez que^ tout d'un coup^ il devienne possible à un fabricant d'élever de 25 pour 100 les salaires de chacun de ses ouvriers. Croyez-vous qu'il leur aura rendu en réalité un plus grand service que s'il s'était contenté de leur attribuer une prime pouvant varier de 3 à 10 pour 1 00 du salaire, suivant le nombre des années de collaboration^ et faisant partie d'une combinaison qui engage naturellement l'ouvrier à le laisser capitaliser entre les mains du patron? Quant à moi, je ne le crois pas. Pour quelques ouvriers qui feront bon usage de l'accroissement soudain des salaires, la plupart n'y verront qu'une raison de moins calculer et de s'enchaîner à un plus grand nombre de nécessités de dépense et de luxe qui leur en feront perdre tous les bénéfices, tandis que dans le second cas, les primes, n'entrant pas dans les dépenses journalières du ménage, n'en changeront pas les habitudes, et par l'effet naturel de la capitalisation, l'accoutumeront à regarder vers l'avenir.

S 3. — Caisse d'épargne et de prêt.

Je réunis sous le même titre ces deux institutions, cependant fort distinctes, parce que, dans la plupart des manufactures où elles existent, elles sont réunies.

Un certain nombre de fabricants de Mulhouse et des environs avaient fondé des caisses d'épargne bien longtemps avant que le Gouvernement eût songé à en établir dans le Haut-Rhin. L'ouvrier, recevant son

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!'• PARTIE. — LUTTE CONTRE lA MISÈRE. 167

caisse d'épargne de TÉtat^ eut cessé de rendre nécessaire le dévouement des fondateurs.

L'établissement de Wesserling a sa caisse particulière d'épargne depuis 1 821 . Trop isolé pour qu'il fût possible à ses ouvriers de porter leurs réserves dans aucune des succursales de TÉtat^ il a été obligé de continuer à la gérer. Les dépôts rapportent 5 pour 100 par an et sont volontaires , sauf deux exceptions : 1^ les jeunes gens en apprentissage dans les ateliers de construction^ de gravure ou d'imprimerie^ sont tenus de déposer à la caisse d'épargne une partie déterminée de leur salaire, et de laisser accumuler leurs dépôts jusqu'à la fin de l'apprentissage ; le produit est mis en totalité à la disposition des parents ; 2"" les jeunes filles attachées à la filature et dont le salaire atteint la somme de 5 fr. par semaine, doivent laisser à la caisse d'épargne un douzième de leur paye. Ces dépôts successifs et leurs intérêts accumulés forment un capital qui ne leur est délivré qu'au moment où elles quittent la fabrique, c'est-à-dire le plus souvent à Tépoque de leur mariage.

La caisse de Wesserling, au 31 décembre 1853, contenait, au compte de 1 ,098 ouvriers, la somme de 246,389 fr. 90 c, c'est-à-dire environ 226 fr. par ouvrier.

Au 31 décembre 1863, le solde dû à 3,628 déposants s'élevait à 898,686 fr. 70. c, ce qui fait près de 247 fr. par tète.

La prospérité d'un certain nombre de caisses d'é-

pargne ou de secours a inspiré à quelques fabricants la pensée d'en profiter pour détourner leurs ouvriers de l'habitude, trop commune en Alsace^ des emprunts usuraires^ La caisse d'épargne et la caisse de secours de Wesserling, et la caisse de secours de Munster, prêtent à 5 pour 1 00 aux souscripteurs de ces caisses des sommes dont l'emploi doit être déclaré d'avance et est soigneusement contrôlé. A Giromagny, MM. Boigeol-Japy avancent, et souvent sans intérêt, à l'ouvrier qui a déjà quelques économies^ le supplément dont il a besoin pour acheter une maison ou pour en bâtir une. Ils viennent même en aide à celui qui n'a rien en réserve, mais qui offre en gafantie la moralité de sa conduite. On lui fournit gratuitement les matériaux les plus essentiels ; on paye même les prin-

1. Tout le monde connaît la facilité avec laquelle s'endette le paysan, surtout en Alsace. 11 y est souvent conduit par le désir de faire des acquisitions ou pour satisfaire à des engagements antérieurs, plus ou moins imprudents. Il trouve toujours des usuriers prêts à venir à son secours, moyennaat une hypothèque. El comme la plupart du temps le débiteur est hors d'état de payer quand arrive l'échéance, l'immeuble est vendu en justice, ou le plus souvent est abandonné au prêteur pour une somme bien inférieure à sa valeur. Les directeurs de Wesserling ont voulu soustraire leurs ouvriers aux bienfaits des usuriers,-en leur facilitant des emprunts dans des conditions telles qu'ils pussent y satisfaire par les ressources de l'économie. Un comité examine les demandes d'emprunt, les rejette ou les admet, et fixe les conditions de remboursement. Ce remboursement se fait par fraction, chaque jour de paye, et il est calculé de manière à ne pas imposer à l'emprunteur un trop lourd sacrifice. L'emprunteur doit présenter une caution. En 1853, la caisse d'épargne a prêté 30 976 fr. à 177 ouvriers, soit en moyenne environ 175 fr. par tête, et les caisses de secours ont prêté à leurs sociétaires la presque totalité de leur capital, environ 70 000 fr.

r« PARTIE. — LUTTE CONTRE. LA MISÈRE. 169

ci pales façons, et chaque an née voit s'élever aux environs de la fabrique une ou deux peliles maisons, d'abord bien étroites, et qui ne reviennent dans le pays qu'à quelques centaines de francs. Quand l'ouvrier prospère, il agrandit peu à peu sa maison, en y ajoutant de nouvelles constructions, jusqu'à ce qu'il se Irouve suffisamment au large.

M. Charles Kestner prèle à ses ouvriers et sans intérêt, dans les conditions déterminées par l'article 7 du règlement concernant les primes, pensions, etc. : a Si les contre-maîtres ou ouvriers veulent employer leurs épargnes à acquérir des propriétés immobilières ou à construire une maison^ ils pourront être autorisés à disposer du capital produit par leurs primes. Il pourra, dans ce cas^ leur être fait des prêts sans intérêt aux conditions suivantes :

I^Que le contre-maître ou l'ouvrier qui réclamera l'avance soit recommandable par sa moralité et son travail ; 2° que Charles Kestner ait reconnu préalablement l'avantage et l'utilité de l'acquisition ou de la construction projetées; 3*" que les acquéreurs aient eux-mêmes réunis une somme au moins égale à l'avance demandée; 4° que l'avance ne dépasse jamais une somme de 1,000 fr. ; 5^ qu'elle soit garantie par une inscription hypothécaire et remboursable par cinquièmes en cinq années consécutives.

Art. 8. — Les contre-maîtres ou ouvriers n'auront droit aux prêts relatés dans l'article précédent et aux avances ordinaires quelconques qu'après deux ans de collaboration. »

MM. Bourcart ont établi également une caisse de prêt dans leur établissement de Guebwiller.

On trouvera plus loin quelques détails sur les prêts faits par la caisse de la boulangerie^ qui a été fondée à Guebwiller par les ouvriers de la maison Scblumberger.

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