‹ Les Institutions Politiques et Administratives du Pays de LanguedocChapitre 108 sur 293 · CL · texte numérisé non relu

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Comptes, 1417, fo 145.

nance du roi, prisonnier des Bourguignons, mais qui ménageait le dauphin, deux années durant, le pays a vécu entre deux maîtres, en réalité presque indépendant.

En mars 1420 le dauphin s'y rend et réussit à se faire reconnaitre en qualité de régent : son autorité est désormais établie; il y règnera sans conteste à la mort de Charles VI. Mais jamais roi n’eut si grand besoin des sujets qu'il conservait; jamais la monarchie ne parut si près de sa perte. Les Anglais maîtres de Paris et de tout le nord de la France, Charles VII réfugié à Bourges, le pays de Languedoc est « le membre le plus entier » qui lui reste du royaume : à le perdre, il risquerait sa couronne. Or, il ne peut protéger les Méridionaux, ayant peine à se défendre lui-même. Le comte de Foix, qu’il a pris pour lieutenant de peur de l'avoir pour ennemi (janvier 1425), réside de préférence dans ses terres de Béarn ; l’évêque de Laon, chargé en 1423 de la direction des finances, a de fait l'autorité principale, qu’il gardera jusqu’en 1440. Tous deux lient leur politique à celle de tel ou tel favori : les révolutions de palais qui bouleversaient la cour, les querelles de Giac, de Richemont, de la Trémoille ont eu leur contre-coup sur les affaires du Midi. | :

Le pays entier vit dans un état d'attente anxieuse, analogue à celle du paysan qui tremble de voir les routiers déboucher près de son villave, ou de ces guetteurs que les consuls des villes closes placent en haut des clochers. On ne sait ce qu'on deviendra; on sent que, dans ce grand péril, on ne peut compter sur le roi, qu'on est livré à ses propres forces, que l’on doit se sauver soi-même. Ce sentiment a survécu à de notables succès, même à la paix de Charles VII avec le duc de Bourgogne, à la reprise de Paris. Le calme et la confiance ne commencent à renaître qu'après la victoire du roi sur la Praguerie (1440); c’est alors également que Charles VII prend en main l’administration du pays.

Pendant près d’un quart de siècle le peuple s’est accoutumé à faire acte d’initiative ; il a redoublé d'efforts; il s’est uni pour se défendre; l'esprit public s’est affermi, tandis que le gouvernement chancelait sous les attaques des Anglais, ou s’énervait dans des luttes d'autant plus préjudiciables à l'autorité royale, que les partis se disputaient à force de concessions la bienveillance des sujets.

C’est principalement à la faveur de ces divisions que les États de Languedoc ont acquis les titres formels qui leur avaient toujours manqué. IIS étaient jadis convoqués en vertu de la coutume; leur assemblée était un acte de la volonté royale. Ils ont maintenant des droits, consacrés par des chartes explicites.

La première est celle que les délégués des sénéchaussées de Toulouse et de Carcassonne obtinrent de la reine, à Troyes, en date du 3 avril 1418. Leurs instructions portaient, entre autres articles, que

les trois ordres ne désiraient rien tant que de s’assembler, afin d’établir entre eux «union et fraternité perpétuelle » et de remédier aux misères du pays!. En effet, permission leur fut donnée de se réunir autant de fois qu’ils voudraient, par une, deux ou trois sénéchaussées, en présence d’un sénéchal, et de prendre les décisions qu’ils jugeraient à propos?. Il est vrai qu’un peu plus tard, par lettres du 4 juin, la reine affirmait n’avoir jamais entendu qu’une assemblée pût avoir lieu sans les ordres ni en l’absence des commissaires royaux $. En droit, les gens du pays n'ont jamais eu la faculté de s’assembler spontanément. Le comte de Foix, qui la leur avait accordée sous certaines conditions en 1419 #, prohibait sévèrement en 1431 toute réunion de ce genres.

L'édit de Troyes doit être considéré comme le point de départ des assemblées des trois États. La série s'ouvre par le « conseil » de Carcassonne, de juillet-août 1418, grande solennité que les villes célébrèrent par des sermons et des processions générales ; elle n’a souffert par la suite aucune interruption.

Si tous les ans, une ou plusieurs fois, le roi ou ses officiers ont réuni les trois ordres, ce n’est point qu’ils aient été pris d’une subite tendresse à l’égard des assemblées. Derrière leur apparente volonté il faut voir celle du pays. A Carcassonne, la grande affaire des États est de s'unir étroitement. [/ «union » a été conclue, renouvelée à Montpellier, en mars 1419, discutée très longuement à Toulouse en juilletaoût, et sans doute confirmée à Béziers au mois de décembre. Aussi n'est-il plus question de réunir les communes, à l'exclusion des deux autres ordres. Quand le roi requiert un subside, il ne croit pas être en état de se passer du consentement général : tous ensemble font l'octroi 7.

1. Arch. de Montpellier, AA 9. Missives des 22, 23 févr., 2 mars : Q@ Tota lor pena es de aver cosselh am los tres statz, etc.» — Arch. d'Albi, CC 174, fe 37 vo.

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