Arch. de Toulouse, AA 5, n
2. Bibl. Nat., lat. 9177, fo 83. — Arch. de Toulouse, AA 37, n° 8, et le vidimus y attenant.
3. Ord.,t. VI, p. 22; lettres du 14 août 1374. 4, Bibl. Nat, lat, 9174, fo 311; lettres de Montpellier, 18 déc. 1358.
398 bis L'ADMINISTRATION ROYALE.
nous, en qualité de lieutenant de notre seigneur le roi, qu’il appartient de connaître et de disposer des affaires de tout le pays !. » Le duc de Berry décrète que les officiers royaux, s’ils ne font pas viser par son Conseil leurs lettres d’offices, ne pourront s’en servir ?. Les gens de son Conseil, en 1401, défendent à tous ceux qui obtenaient du roi des permis pour l'exportation du blé de les mettre à profit, « si premièrement icelles lettres et mandements ne sont par nous vues et expédiées 3, » On trouve plusieurs lettres de Charles VI, auxquelles le duc, pour les faire exécuter, a mis son attache #.
Il ne faut donc pas prendre pour de vaines paroles les formules dont les gouverneurs ornent si volontiers leurs lettres : « En vertu des pleins pouvoirs à nous attribués en ces matières, de notre certaine science et grâce spéciale »,.… « En vertu de l’autorité royale, qui nous a été remise, etc. » Ici, la pompe du langage s'accorde entièrement avec la réalité des faits. Non moins significatives sont les expressions par lesquelles on désigne alors l'administration du pays, selon qu’elle est exercée par le roi lui-même ou par son lieutenant. Dans le premier cas elle est « immédiate », « sans moyen »; dans ie second les habitants sont « mis en
la main » d’un autre que le roi. On dirait qu’il s’agit de la 104 création d’un fief ou de la concession d’un apanage. | À On imagine aisément quelle devait être, parmi tant de :0
guerres, de crimes et de trahisons, la défiance des rois à e. l'endroit de ceux qu’ils avaient appelés à un si haut degré ; de puissance. Un lieutenant général n’entrait pas en charge +
£ 1. ÆL,t.X, pr. n°517, vi. — Cf. Arch. d'Albi, CC 83. Lettres du duc d’An- Si jou, de Nimes, 2 janv. 1375, ordonnant de mettre à exécution des lettres royales, # de Paris, 18 sept. 1374, sur la réparation des feux, z 2. Arch. de Toulouse, AA 5, n° 118; 14 avr. 1388. — De même le comte de Foix. 2 (Flourac, Op. cit., p. 121.) 2 à 3. Ord,, t. VIII, p. 478. l 4. H. L.,t, IX, pp. 994, 1010, 1023. — Cf. Arch. de Toulouse, AA 35, n° 62; lettres de Jean, évêque de Beauvais, du 29 janv. 1346. L'évêque n'était pas alors lieutenant du roi, mais sans doute principal conseiller en Languedoc,
avant d’avoir prêté serment d'y bien servir le roi, selon la teneur des provisions qu’il avait reçues, de lui obéir, d'agir en toutes Choses au mieux de ses intérêts, de ne faire aucune alliance à son préjudice, etc.!.
De certains lieutenants généraux, il y avait tout à craindre, même une usurpation complète, même de les voir passer à l'ennemi avec le pays qu’ils gouvernaient. Les rois alliés de France et d’Angleterre nomment en 1422 Jean I", comte de Foix, lieutenant en Languedoc ; mais ils se réservent de « reprendre le pays en leur main » et font jurer au comte de le « restituer », le cas échéant ?. En 1384 Charles VI accuse le comte Jean II d’'Armagnac de s'être entendu, six ans plus tôt, avec le comte de Foix pour partager entre eux le gouvernement de Languedoc, de telle sorte que le roi, disaient-ils, « ne y auroit rien, fors le nom de nostre seigneur seulement ». Il lui reproche aussi d’entretenir des intelligences avec les Anglais, d’avoir engagé les communautés à représenter qu’elles étaient incapables de payer les aides, de s'être secrètement allié avec les Compagnies « pour faire renoncer les gens du pays au roy 3 ».
Ii pouvait arriver que les habitants du Midi, accablés d’impôts dont ils ne tiraient aucun avantage, laissés en proie aux bandes de pillards qui depuis quarante ans surgissaient sans trêve aux frontières de Guyenne, eussent recours à
% quelque protecteur dont ils auraient aussi fait leur maître. 1 Deux s’offraient, l’un et l’autre voisins de la terre du roi,
rivaux de longue date, chefs de grandes maisons féodales, le comte de Foix et le comte d’Armagnac. En 1380 le bruit - courut en France que ceux de Languedoc « avoient prins à seigneur le comte de Foix ». Tout au moins voulaient-ils l'avoir pour capitaine général; car il leur avait promis « par
Je Bibl. Nai., Languedoc, 89, fes 35, 36.
-__ 2. Besse, Recueil, p. 332.
SL; rt IX, p 920;
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Dieu et le diable, de les défendre si bien que pas un habitant, paysan ou citadin, n’y perdrait une poule ». Les plus grandes villes se liguèrent avec lui contre le duc de Berry que le roi leur envoyait en qualité de gouverneur. Vingt ans plus tôt, quand le duc portait le titre de comte de Poitiers, elles avaient éprouvé sa tyrannie et son avarice; Gaston de Foix voyait en lui un ennemi personnel : « Tant que j’auray la vie au corps, écrit-il au roi, je ne souffriray en Languedoc seigneur et partie ».
Et voici l’un des plus graves sujets d'inquiétude que les lieutenants de Languedoc aient donné au souverain : autorisés par leurs provisions à traiter avec les ennemis, à les ramener à l’obéissance du roi?, ils avaient une politique personnelle; ils salliaient à tel grand seigneur contre un autre, se faisant des amis, mais aussi des adversaires. Jean de Poitiers, pendant sa lieutenance, s’unit si étroitement avec le comte d’Armagnac, que Gaston de Foix, ennemi du comte, se met en campagne contre tous les deux. La terre royale et ses habitants se trouvent entraînés dans une querelle qui leur est étrangère; ils font les frais de la guerre et de la paix 3. Le duc d'Anjou au contraire prend parti pour le comte de Foix, si bien que Charles V profite d’un séjour que son frère faisait à la cour pour lui faire jurer d’être « bon ami » du comte d’Armagnac, de remplir envers lui
1. 1. L.,t.X, pr. ne 652, — Cf. plus haut, pp. 2388, 289, et les notes. — Le joli récit de Froissard sur cette affaire doit reproduire exactement celui que fit au chroniqueur le bon chevalier Espang de Lyon, conseiller du comte de Foix, pendant qu’ils chevauchaïent ensemble entre Pamiers et Orthez ; car, chaque soir, Froissard écrivait ce que son compagnon de route lui avait conté dans la journée. Les ambitions du comte y sont voilées et son échec atténué plus qu’il ne convient; mais on y trouve cette vérité supérieure qui consiste dans la représentation fidèle de la position, des rapports et des sentiments des hommes.
2. Voy.ap. Tardif, Monuments historiques, 1866, in-4°, n° 1341, un de ces traités, du 1 oct. 1354, d’ailleurs confirmé par le roi, et cf. A. L.,t. X, pr. nes 550, 561, b89, etc.
3. A. L., t. IX, pp. 686-710, et X, pr. n° 475.— Arch. d'Albi, Comptes, CO 149, 150 (ann. 1359 et 1360).
toutes les obligations contractées par le roi, de le secourir en Cas de guerre entre les deux comtes... Ce serment, solennisé par lettres royales !, n’empèche pas le duc de s’allier quelques jours plus tard contre Jean I d’Armagnac au propre fils du comte, dont il fait, l’année suivante, un capitaine général ?.
La politique des rois dans le Midi se trouvait donc à la merci des intérêts et des sympathies de leurs lieutenants. La politique générale en a parfois été affectée. La maison d’Armagnac doit assurément au duc de Berry les quelques dix ans de grandeur qui forment le plus clair de sa renommée dans l’histoire. D’elle-même, elle tenait une place importante parmi les seigneuries méridionales; mais, sous ce puissant patronage, son nom, son influence ont passé les frontières de Languedoc et de Guyenne; elle a pu diriger les affaires du royaume; elle a donné son nom à l’un des deux partis qui le déchiraient.
Les rois ont voulu prévenir la formation de liens trop durables entre les gouverneurs et leurs administrés ou les grands seigneurs circonvoisins : Charles V interdit au duc d'Anjou de faire dans son gouvernement, sans autorisation, « conquestes notables 3 ». Tous sentaient quelle cause permanente d’affaiblissement c’était pour leur autorité, que d’en revêtir des personnages assez forts déjà de leurs propres forces, et quel péril aussi, malgré les précautions : « Nos predecesseurs rois, dit une ordonnance de Charles VI,
voulurent que toutes les choses qu’estoient faites en nostredit royaume en leur temps, fussent faites par eux ou
par leurs seneschaux, baillifs, prevosts et autres justiciers