P. Dognon, Les Armagnacs, etc., Loc. cit., pp
2. Appendices, n° 4. — Pour prendre possession du gouvernement direct du pays, Charles VII y fait un voyage, accompagné du dauphin et de Charles d’Anjou, frère de la reine, en févr.-mai 1437. (Voir de Beaucourt, ist. de Charles VII, t. III, pp. 40 et suiv.) Au cours d’un second voyage en Languedoc (avril 1439), il laisse pour y commander le jeune dauphin Louis. (ZZ. L., t. X, pr. n° 871, 866, 11 et 111, etc.) Mais dans aucun acte le prince n’est qualifié de lieutenant en Languedoc. Les lettres qu'il donne sont rendues au nom du roi, selon la formule qu’employait toujours un Conseil royal agissant en l’absence du gouverneur : & Par
le roy, à la relation » des membres du Conseil et de leur chef. (Arch. Nat., K 65,
n° 38; 13 octobre 1439, etc.) Louis ne séjourne dans le pays que jusqu’au mois d'octobre 1439; il nomme avant de partir plusieurs « capitaines généraux », dont le vicomte de Lomagne. (ZZ. L., t: IX, p. 1138; X, pr. n° 875, II.) En réalité ce sont les généraux des aides et l’évêque de Laon qui gouvernent en toutes choses jusqu’à l’époque où Charles d'Anjou devient lieutenant général. (5 juill. 1440.)
titre de lieutenant général, mais il en a partagé les fonctions avec le comte de Foix, administrant à peu près seul la justice et les finances. En 1436 il est chef du Conseil royal. Durant dix-sept ans il accumule les concussions et les abus de pouvoir, brave les plaintes de ses administrés !, les ordres mêmes du roi. Il sait que Charles VII a trop d’affaires sur les bras « au pays de France » pour user de force contre lui. Il répond à ses envoyés par des menaces, se vante de leur résister « par voie de fait? », et le roi se voit obligé de patienter jusqu’à ce que, devenu plus fort et plus libre, il le destitue à la fin (août 1440)3.
1. 4. L.,t. X, pr. n° 848, col, 2088. États de Chinon, 11 nov. 1428. 2. Ibid., n° 879. En nov. 1428, le Galois du Puy du Fou et Jean de Velly avaient été interdire à l’évêque l’administration des finances. (Zbid., t. IX, p. 1100.) Le
comte de Vendôme remplit ensuite une mission semblable avec le même insuccès;
mais il est difficile de dire à quelle date.
3. Voir Appendices, n° 5. — Cet appendice était imprimé déjà, quand j'ai trouvé aux Archives de Toulouse une pièce curieuse, que je me décide à publier ici in-extenso. (AA 80, Copie authentique, en double.) C’est une circulaire adressée aux communautés principales en avril 1440, au plus fort de la Praguerie, par Guillaume de Champeaux. L'évêque essaie de s'appuyer sur les États du pays pour soutenir le dauphin, sous prétexte de médiation entre lui et Charles VII. Il était difficile que le roi victorieux pût lui pardonner une démarche aussi hardie. Quant aux États, malgré les euphémismes dont il voilait ses desseins, il ne paraît pas qu’ils aient consenti à s’y associer.
« Memoire à messire Jehan Barriere et Phillebert de Neve de ce qu’ils ont à remonstrer et dire à ceulx devers lesquelz ilz vont.
« Premierement, comment ainsi que chacun peut savoir, permettant nostre Seigneur et instigant l’ennemy d'enfer, grant question et division s’est naguere sourse et mise entre le roy, nostre seigneur, et monsieur le daulphin, à laquelle cause se sont ensuis desja grans inconveniens, desquelz ilz pourront reciter partie, et entre les autres comment à celle cause la guerre et resistance contre les ennemis anciens est comme habandonnée, et ont grant liberté de faire sur le royaulme et les subgetz à leur bon plaisir, au grant et irreparable dommage du roy et de toute sa seigneurie; car le roy, pour reparer et pugnir l’offense qu'il dit à luy avoir esté faicte par aucuns grans seigneurs de son sang et autres, toutes choses arriere mises, s’est mis en armes à puissance et y employe sa personne et ceulx qui le veullent servir et fere pour luy, et les autres pour y resister et eulx deffendre ont assemblé et assemblent gens le plus qu’ilz peuvent; par quoy les frontieres sont desemparées et desemparent, et n’est pourveu souffisamment à la deffense et peuent lesdits ennemis fere ce que bon leur semble, comme
ditest.
« Item, diront que à cause de ladite division ce royaulme est en voye d’estre
362 bis L'ADMINISTRATION ROYALE.
Le comte de Foix est le dernier qui ait pu longuement
tout party; car pluseurs, tant seisneurs comme autres, ont et auront principale-
ment leur regard au roy, et les autres à monsieur le daulphin, et se pourront courir les ungs sur les autres et user de voye de fait, etc., comme desja font et ont fait, qu’est assez pour destruire ceste seigneurie, posé qu’il n'y eust aucuns ennemis estrangiers.
« D’autres inconveniens pourroit-on dire sans nombre, lesquels chacun notable home peut en soy mesme bien penser.
« Si semble qu'il est pure necessité que chacun bon et loyal subget du roy travaille en tant qu’il devra et luy sera possible à l’appaisement desdites divisions et debatz.
« Et pour ce que le pays de Languedoc a esté tousjours tenu et ainsi est l’ung des plus notables membres de ce royaulme, et pour le temps present le plus entier, bien amé du roy, de mondit seigneur le daulphin et des autres seigneurs du royaulme, garïny de notables et saiges homes, tant d’esglise comme nobles, bourgois et merchans, ete., sembleroit que le païs devroit mettre sus et envoyer notable ambaxade devers le roy premierement, et puis après par son bon plaisir devers monseigneur le daulphin pour requerir et supplier très humblement au roy qu’il luy plaise avoir pitié et compassion de ses royaulme et subgetz et luy remontrer les maulx, perilz, inconveniens et domages qui peuent avenir à luy et à sa dite seigneurie par les causes dessusdites, et mitiguer son ire, courroux et desplaisance, et en lieu de rigueur faire doulceur et misericorde; car c’est œuvre de roy et de prince.
« Item, par le bon congié du roy pourra ladite ambaxade aler devers monseigneur le daulphin luy remonstrer ce que sera à remonstrer touchans ces matières et luy supplier très humblement qu’il vuille croyre bon conseilh et faire ce qu’il doit envers le roy son pere, tellement qu'il soit et doye estre content, et ne vouloir que en son jeune commencement soit dit qu’il soit cause de la perdition de ce royaulme, dont il est et sera vraysemblablement seigneur, héritier et chef principal après le roy son pere.
€ Item, pourra ladite ambaxade remonstrer les inconveniens et perdition des seigneuries les temps passez advenues par divisions, etc., et mesmement sans aler plus loing le peut on cognoistre et veoir en ceste seigneurie du royaulme de France.
« Tous autres advis et memoires se pourront faire au bon advis et discretion de ceulx qui seront deputez pour aller.en icelle ambaxade.
« Semble et doit on avoir esperance que de ladite ambaxade le roy saura tres bon gré à tout le païs, et aussi fera ledit monseigneur le daulphin, car c’est pour leur honneur, pour le bien et salvation de leur seigneurie, et eschever la perdition d’icelle. |
& Doit on aussi penser que autres seigneuries particulieres de ce royaulme feront pareillement et se bouteront en ceste matiere avecques l’ambaxade du païs de Languedoc. Encores se dit desja que les troiz estatz du pays d'Auvergne ont
deliberé fornir et envoyer tres notable ambaxade devers le roy pour ceste cause. :
« Se on veist que aucuns grans seigneurs de ce royaulme ou d’ailleurs se meslassent dudit appaisement, le païs de Languedoc se pourroit bien passer de ladite ambaxade, jà soit ce que, qui que soit qui s’en mesle ou meslast, ne feroyent ilz
avec impunité suivre les traditions administratives des ducs d'Anjou et de Berry.
que leur devoir de ce faire; mais il n’y a grant seigneur ne autre qu’on saiche qui s’en mesle, ainçois dit on communement que tous, grans et petiz, sont divisez et partis, et tiennent ung party ou autre; par quoy est plus grant necessité que ledit pays face ce que dit est.
€ Il souvient et souviendra bien à chacun de ce que a esté derrenier conclud à Narbonne par les trois estatz dudit païs, et entre autres choses de l’ambaxade que on devoit faire devers le roy pour requerir monseigneur le daulphin. Semble que ledit païs ne peut mieulx faire que convertir ladite ambaxade pour et en la maniere dudit appaisement, et seroyent leur devoir, leur grant honneur et prouffit, mesmement que aucuns parlent de la venue de mondit seigneur le daulphin en ce païs, et doit on estre certain, s’il y vient, que ce ne sera pas sans grans gens ; et si est à doubter que le roy viengne après, et à plus grans gens et puissance, qui seroit la destruccion totale dudit païs sans point de ressourse.
« Sembleroit que chacune seneschaucee devroit eslire quatre notables homes, c'est assavoir ung pour l’eglise, ung pour les nobles et deux pour l’estat commun, et prestement les faire mettre à chemin, car le delay est trop dangereux, et pourroit n'avoir point de fruit, mesmement que le feu est fort alumé en icelle mauldite division.
« Sembleroit encores qu’on pourroit eslire et nommer pour l’ung des ambaxa- $ deurs, oultre le nombre de douze, monsieur l’evesque de Beziers qui est desja par dela et est tres notable seigneur com chacun scet, et bien agreable.
« Semble que pour prestement delivrer icelle ambaxade, pour ceulx qui seront
7 nommez la faire se devroit faire finance de IIII" francx pour distribuer entre eulx selon qu’on adviseroit, et incontinent imposer et mettre sus la somme advisee et distribuee à Narbonne pour le fait de l’ambaxade qui y fut advisee, afin d'envoyer argent aux ambaxadeurs qui yroient, tellement que pour faulte de ce ilz n’eussent à retourner ou laysser le œuvre commencee.
« Plusieurs ont advisé et leur semble qu’il seroit moult honneste pour le païs et prouffitable pour la matiere qui est haulte, si grande, si pesante que plus ne peut, car elle touche la salvation du royaulme ou perdicion, que Dieu ne vuelle, que monsieur le cardinal de Foix feust chef de ladite ambaxade, car l’honneur et autorité de luy y pourra moult prouffiter et valoir, mesmement qu’il est bien aggreable à toutes les parties, et de ce est on certain, et si scet on que s’il en est requis de part le païs il le fera et se employra tres voluntiers, ouquel cas fauldroit avoir regard et advis à sa despense, laquelle ne celle que se fera pour les autres homme ne doit plaindre, car de memoire deff. (sic dans les deux textes)
RENTE PDA E
‘À £ Dee despense ne fut mieulx, plus honnorablement, ne plus prouffitablement em- SLA ployee.
« Item, par le moyen de ceste ambaxade et les choses bien appaisees, lesdits ambaxadeurs pourront sentir et savoir si le roy prendra plaisir qu’on lui requiere mondit seigneur le daulphin pour venir et estre ès païs de par deça selon qu’il avoit esté advisé à Narbonne, ouquel cas auroyent ce qu’ilz demandent, et pour une chose, ce est d’avoir monsieur le daulphin, en auroyent fait une plus grande ..., et non pas une seulement, maiz tant et tant qu’on ne les sauroit dire.(?).
@ Faït à Montpellier, XXVIIS jour d'avril G. Evesque de Laon, »
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