‹ Les Institutions Politiques et Administratives du Pays de LanguedocChapitre 200 sur 293 · LT · texte numérisé non relu

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autre sens. Le roi dira en général : les « gouverneurs des provinces », les « provinces de nostre royaume », entendant exprimer ainsi toutes les parties, toutes les unités historiques qui le composent, si différentes qu’elles soient d’origine, de nature et d’étendue; mais, s’il veut indiquer nommément chacune d'elles, il la qualifiera du nom qui lui convient en propre, pays, duché, comté‘, Soumises à l’autorité des gouverneurs, elles sont devenues « provinces » au sens originel du mot, qui implique l’idée de circonscription administrative, d'unité pareille à l’unité voisine. Si bien que peu à peu se glisse, d’abord dans la langue courante, puis, sous Henri INT, dans les actes émanés des agents du roi le terme de « province de Languedoc », que les contemporains de Charles V n'auraient pas compris ?. Il sera d'usage exclusif sous le règne d'Henri IV. Pendant les guerres de religion, on dit encore de préférence : pays, gouvernement de Languedoc.

Ce « gouvernement », malgré que d’autres, analogues, aient surgi dans le royaume et même en son voisinage, est fort éloigné de leur ressembler de tous points.

A se borner aux pays d’États, on n’en pourrait citer un seul où les libertés municipales aient au même point fleuri, aucun dont les trois ordres se soient plus régulièrement réunis et trouvés mieux en mesure de défendre leurs privilèges, aucun enfin dans lequel aient existé les assiettes diocésaines, ces utiles intermédiaires entre les communautés et

1. Isambert et Decruzy, Recueil général des anciennes lois françaises, 1827, in-8e, t. XII, n°5 206, 221, 308, 356, 399 ; &. XIII, nes 14 (p. 19), 47, 119, etc.

2. IH. L., t. XII, col. 1090, 1095, 1250, 1288, etc. — Arch. de l'Hérault, Doi. t. supplém., f° 293 ; cah. d’avr. 1590 : « Les deputtez des trois estatz de la province de Languedoc. » Les États ont été les derniers à adopter cette expression.

3. Dans le langage ordinaire du xvIe siècle on rencontre très souvent l’expression «le Haut » ou bien « le Bas-Languedoc », ou « le Languedoc ». Elle a fait fortune. Maintenant nous serions tentés de la prendre pour un solécisme, Languedoc étant un mot féminin. En réalité c’est une ellipse. Le mot € pays » était sous-entendu.

l'assemblée d’États. En Languedoc, toutes ces institutions sont étroitement unies. Nées sous l’égide de la monarchie et dans leurs parties principales existant depuis un temps fort long, elles ont pour elles Pautorité de la chose vingt fois, cent fois jugée, les habitudes prises par les administrés et, ce qui importe davantage, par les gouvernants. La Bretagne n’aurait à montrer rien de tel, ni la Provence, encore moins la Bourgogne, où les États se réunissaient de trois années l’une, ni la Normandie, pays d'élections dont l’assemblée annuelle ne fut jamais que d’apparat.

De son passé, le pays gardait aussi l’ample organisation administrative, le bel ensemble de Cours souveraines qui permet, même à la veille des guerres de religion, de reconnaître en lui l’ancienne moitié du royaume, sœur de la Languedoil. Il n’y avait encore en 1560 que cinq gouvernements, celui-là mis à part, qui eussent leurs Parlements spéciaux, trois leurs Chambres des comptes, un seul une Cour des aides ; nulle part d'organisation complète, une ou plusieurs pièces manquant aux mieux pourvus. Il est difficile d'admettre que ces Parlements nouveau-nés, que ces gouverneurs privés de la force qu’une longue tradition procure aient été d’emblée aussi puissants dans leur ressort que ceux de Languedoc, et capables au même degré d’action spontanée, d’indépendance relative à l’égard du pouvoir central. De sorte que les pays de récente conquête ont dû, somme toute, se montrer moins rebelles à l’assimilation administrative et politique, que ne fit une contrée unie depuis le x siècle à la couronne.

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