D0 BAN ET ARRIÈRE-BAN.— DÉCIMES.— SUBVENTION DES VILLES CLOSES
Visiblement les idées des gens de Languedoc, ainsi que leur langage, se sont modifiées avec le régime politique et maintenant s’y accommodent. Mais ce changement profond, si favorable au despotisme, est aussi le résultat d’un mouvement libre et spontané des esprits. [1 se peut qu'ailleurs, en Languedoil, en Normandie, on ait supporté les charges uniquement pour la raison qu’elles étaient imposées. Ici, tout en se plaignant, on les tolère plus facilement qu’on n'aurait fait dans d’autres circonstances, parce qu’on en sent l’utilité.
Durant ces grandes guerres d'Italie qui, plus de soixante ans, mettent la France et l'Espagne aux prises, on vit en Languedoc dans la peur presque continuelle de voir les ennemis paraître. Deux fois ils sont arrivés d’Italie à Marseille. Les Espagnols sont tout près, en Roussillon. Les villes se fortifient à la hâte, et non seulement les plus exposées comme Leucate, Narbonne, Aiguesmortes, mais aussi Carcassonne, Toulouse et autres « clefs » du pays. Chacun peut voir que le gouvernement, s’il exige beaucoup, remplit en retour son office. À part quelques villages brûlés à la frontière, point d’invasion espagnole. Les gens n’ont plus à se plaindre, comme autrefois sous Charles VII, « d’être abandonnés par le roi ». La crainte de l'ennemi et le respect inné, mêlé de confiance, que leur inspire la majesté royale, concourent au même effet. Leur intérêt immédiat les engage à « accepter la volonté du prince », même au détriment de la fortune et des libertés publiques. :
Tout le monde a souffert des charges de la guerre, y compris les ordres privilégiés.
Le service de ban et arrière-ban, qui avait donné lieu à
divers abus dès le xv° siècle et surtout au temps de Louis XI, devient très dur sous François I®'. M. de Clermont-Lodève, lieutenant de Montmorency, ménageait de son mieux les gentilshommes de Languedoc, dont il faisait partie!. Mais, après lui, les nobles ont parfois à répondre jusqu’à quatre où cinq convocations dans l’année; on les retient jusqu’à quatre ou cinq mois, servant à leurs frais?. Les États auraient voulu que la durée du service fût limitée à quarante jours, Comme en Auvergne. Les édits généraux, qui bientôt abondent, la fixent à trois mois au dedans du royaume, à quarante jours au dehors.
Les roturiers de Languedoc possédaient beaucoup de fiefs nobles, très petits pour la plupart et de faible revenu. Ils s’acquittaient en argent du service militaire; mais Louis XI et Charles VIIT avaient accordé dispense de contribuer ou de servir au ban aux propriétaires de fiefs valant moins de 25 livres de rentes#. François I*' décide au contraire qu’ils y prendront part, mais uniquement de leur bourses. Sous son règne, la convocation du ban n’est souvent qu’un prétexte; le ban ne marche point, mais une taxe est levée, à laquelle les gentilshommes sont soumis comme les rotu-
riers$é. L’antique service d’ost dégénère en impôt sur les ter-