Arch. de la Haute-Garonne, © 2279, fo
5. Fontanon, t. II. p. 888. En Languedoc l’édit ne paraît avoir été appliqué qu’au diocése ecclésiastique, à la recette des décimes. (Cab. cité de nov. 1558,
art, 1.)
G0 TAILLON. — ENTRETIEN DES TROUPES DE PASSAGE, ÉTAPES.. — APPROVISIONNEMENT DES CAMPS ET DES PLACES FORTES.
Ce n’est pas tout. À côté des charges que fait peser sur le pays l’expresse volonté du roi, d’autres prennent place qui naissent des circonstances immédiates, de la force des choses, des besoins que la guerre engendre.
Les gens de Languedoc avaient accordé la taille à partr de 1445 pour être exempts de loger les « lances » de Charles VII. Ils ne désiraient pas moins tenir à l’écart les troupes en marche; car elles causaient autant de mal que les autres, et s’arrêtaient volontiers en route. Jusqu'à la fin du xv° siècle, ils ont su se préserver des garnisons. Quant aux passages de gens de guerre, ils étaient bien obligés de les subir à l’occasion et de fournir les vivres nécessaires ; mais ils voulaient être payés de leurs fournitures, et souvent ils y réussirent.
Les choses ont changé avec les guerres d'Italie. Les troupes affluent alors en Languedoc, soit qu’elles s’acheminent de là vers l’Italie, soit qu’elles viennent garder la frontière de Roussillon. Depuis 1503, il y a presque toujours des gens d’armes dans les diocèses de Carcassonne, d’Aleth, de Narbonne, etc. Sous François I*, ils résident en permanence dans le pays. Ceux qui n'auraient qu’à le traverser marchent avec tant de lenteur, qu’on dirait une garnison. Les uns et les autres pillent, violent, massacrent; parfois ils prennent d'assaut les villes qui se ferment à leur approche. Ils se font donner gratuitement et largement le vivre et le couvert; car, disent-ils, le roi ne les paye point.
1. Arch. de la Haute-Garonne, C 993, fo 256 ve, cah. d’oct, 1516, art. 5. — Cah. cités de janv. 1523, art. 9, de déc. 1523, art. 6, d’oct. 1524, art. 2, de févr. 1525 (), art, 3, de févr. 1525 (2), art. 2, etc. Chaque cavalier exige en argent 6 s. 3 d. par
Chaque assemblée retentit de doléances. En novembre 1503, tous les diocèses crient à la fois; les États se fachent si fort, qu'ils menacent de refuser l’octroi!. Louis XII ne nie point que les plaintes ne soient fondées : il souhaiterait que les dépenses des gens de guerre fussent acquittées et les vivres dûment payés. François I rend même à cet effet, le 14 mai 1523, une ordonnance que les États avaient sollicitée. Son lieutenant, M. de Lautrec, fixe le taux des vivres que les troupes devront acheter? Quant à leur faire observer le tarif ou l’édit, il ne semble pas que ceux qui en avaient la charge s’en soient beaucoup inquiétés3. Eussentelles voulu s’y soumettre, qu’elles ne l’auraient pu, faute d’une solde qui leur fût régulièrement servie, et, même dans ce cas, les gages des hommes d’armes auraient été d’une insuffisance notoire, en un pays où les foins et les avoines étaient « horriblement » cherst.
En 1527, les habitants ont renoncé à tout espoir de remboursement. Les règlements qu’ils acceptent consacrent le fait accompli. Sous forme de vivres, de logement, d’ustensiles, ils ont à fournir un supplément de solde aux compa-
jour, chaque homme de pied 3 s. 4 d., et de plus la fourniture des ustensiles. Les États se plaignent du gaspillage, un homme d’armes dépensant jusqu’à 22 s. par jour. Trois, disent-ils, coûtent plus cher que douze ne devraient faire, Ils évaluent successivement les pertes du pays à dix tailles, à trois tailles par an, à 200,000 écus en six mois.
1 Zbid., C 2276, fes 75 vo, 87 vo. — I. L., t. XII, pr. n° 142; cah. de nov. 1503, art. 2 et suiv.
2. Caseneuve, Chartes, p. 187. Lettres du 14 mai 1523. — Cahiers cités de févr. 1525. Chaque homme d’armes devait payer 5 s. par jour pour ses vivres, etc., tarif « bien petit», disent les États.
3. Cahier cité de déc. 1528, art. 6. Les commissaires répondent aux doléances des États que les habitants seront remboursés de leurs fournitures, « quand le
temps le pourra porter », etc.
4, H, L.,t. XII, pr. n° 172. — Bibl. Nat., fr. 3 074, fo 207, — La solde à cette époque est encore celle du temps de Charles VII, 15 livres par hommes d’armes et par mois, 71.10 8. par archer. En 1533 on l’a relevée à 20 1. pour le quart des hommes d’armes, soit 25 par compagnie, et à 10 1. par archer pour les deux tiers
:ou 100 par compagnie. (Bibl. Nat., fr. 4523, f° 43 vo.)
gnies qui séjournent chez eux, ainsi qu'aux troupes de passaget, Ils payent un impôt dont ils s'étaient rachetés autrefois et se rachetaient chaque année, un subside nouveau que les États n’ont point voté.
Le pays a donc logé et nourri, comme les autres parties du royaume, un certain nombre de lances : 580 en octobre 1525, au fort de la guerre?. Mais de longtemps 1l ne put s’y résigner. Les États multipliaient les offres et les négociations pour le débarrasser de ces hôtes gênants ?. S'ils n’y sont point parvenus, du moins, avec l’aide de Montmoreney, ont-ils fait réduire les garnisons au chiffre minimum, à 150 lances environ jusqu’au traité de Cambrai, à 14 et 40 par la suite, de sorte que pendant dix années 1l y en eut moins en Languedoc que dans aucun autre gouvernement; mais elles sont revenues au nombre de 150 après la disgrâce du connétable#.
Les États cherchaient aussi à égaliser cette charge, à la rendre tolérable. En 1527 et 1528 ils décident que les diocèses entretiendront une garnison trois mois chacun, à tour de rôleÿ. Ils font diminuer autant que possible le tarif des frais quotidiens, par homme et par cheval6. Ils surveillent
1. Caseneuve, Chartes, p. 189; févr. 1527. — Bibl. Nat., lat. 9180, fes 185, 191. 2. Arch. de la Haute-Garonne, C 2277, fo 322, La reine-mère et son Conseil promettent d’en ôter 240.
3. Ibid., fs 427, 433, 482. Ils offrent, si les garnisons sont supprimées, de don-
ner 6,000 livres au grand-maître, 2,000 à M. de Clermont, 1,000 au général de
Languedoc, etc., en outre de remettre au roi près de 60,000 livres qu’il devait au
pays. — Cf. I. L.,t. XII, pr. ne 208.
4. Arch. de la Haute- Garonne, © 2277, fes 445, 478, 525 vo, 594 vo, et C 2278,
fo 68 bis. Le connétable fait savoir aux États (oct. 1538) que selon « le despartement general » des garnisons, le pays devrait recevoir 200 hommes d’armes. Il en a fait retrancher 160. — Cf. ibid., © 2278, fe 286; proc.-verb. de juin 1544.
5. Bibl. Nat., lat. 9180, fo 191. — 77. L., t. XIT, pr. n°s 165, 188, et Bibl. Nat. fr. 83078, fo 199. — Le même ordre paraît. avoir été suivi presque constamment, sauf faveurs particulières faites par le roi ou le gouverneur à tel ou tel diocèse, Les États tenaient fort à ce que « equalité feust gardée ».
6. ZT. L.,t. XII, pr. n° 188, 192, 198. — Arch. de la Haute: Garoine, C 2278,
fos 195, 267. — Arch. de Narbonne, AA 112, fes 34 vo, 69 ve. .
de près la gendarmerie, réunissant les informations, puis se pluügnant si haut qu’on y prend garde, et que nulle part elle ne cause aussi peu de dégâts!. La fourniture des vivres coûte en 1549, pour 150 hommes d'armes, 59,100 livres environ?., Mais on en à pris l'habitude. L’impôt reste aux mains de ceux qui le supportent. Il est administré par leurs soins, acquitté en nature.
Henri II en a fait toute autre chose. En 1549 il change la fourniture des vivres et, deux ans après, celle des ustensiles en une contribution pécuniaire, destinée à relever d'autant la solde des gens d'armes. A raison de 450 hommes, le pays se trouve taxé d’abord à 71,743 livres 4 sols, puis à 82,543 livres. Les États commencent par se débattre. La première année ils réussissent à n’imposer que la somme à laquelle, selon leur estime, montait la « commutation » proposée. La seeonde, ils cèdent, malgré leurs justes défiances, aux pressantes invitations du roi ?. Ils sont obligés de ne point « se rendre en cela dissemblables aux autres ». La taille en Languedoc, comme celle du royaume, acquiert une nouvelle annexe, qu’on appellera le « taillon »; les garnisons passent à la charge de l’ensemble du pays.
Au contraire l'entretien des gens de guerre en marche est resté essentiellement affaire diocésaine. Ces passages, quoique fréquents, n’étaient pas assez réguliers pour donner prétexte à l'imposition d’une taille annuelle. Certaines années, il n’y en avait presque point, tandis qu’ils se multipliaient à d’autres époques : ainsi en 1503 pour le siège de Salses en Roussillon, en 1521 durant la guerre de Navarre, en 1536 et 1542 à l’occasion des camps formés autour d'Avignon et
1. A. Lt. XII, pr. n° 167. — Bibl. Nat, fr. 3073, fo 37; 3064, fe 81; 3074,
fo 161. b