SUR LE CONSULAT DE PAMIERS AU XIV® SIÈCLE
Le roi a fait usage des droits supérieurs qu’il s’arrogeait sur l’administration des villes, même lorsqu'elles n'étaient pas situées dans son domaine. À cet égard aucun exemple n’est aussi décisif que l'affaire du consulat de Pamiers. Cette partie de l'histoire de la ville est assez peu connue. La Nofice historique publiée par J. Ourgaud (1865, in-80), ne s’étend pas jusqu'à l’époque où se sont produits les événements dont le récit va suivre. M. de Lahondès, dans ses excellentes Annales de Pamiers (1882-1884, ? vol. in-80), n’y touche qu’en passant, non sans quelque inexactitude. On peut les exposer avec plus de clarté et de détail depuis que les archives de l’évêché de Pamiers, transportées à Foix par les soins intelligents de M. Pasquier, archiviste de l'Ariège, sont devenues accessibles au public.
Le castrum de Pamiers formait une communauté et possédait un consulat avant l’année 1228, date où lui fat accordée la charte qui consacra son autonomie. Les consuls avaient autant d'autorité que ceux de Toulouse ou de Montauban. Ils exercaient la justice civile et criminelle dans le château et dans les localités circonvoisines, sur un territoire assez étroit, soigneusement délimité. (Ourgaud, pr. n° 8.)
La ville vécut dans une liberté d'autant plus grande qu’elle avait deux seigneurs, acharnés ennemis, et qu’elle s’alliait tantôt à l’un, tantôt à l’autre, selon ses intérêts. Le plus ancien était l’abbé du monastère de Saint-Antonin, lequel fut fait évêque de Pamiers lorsque le pape Boniface VIII créa ce diocèse, en 1295; l’autre était le comte de Foix. Entre eux un pariage avait été conclu dès 4114, renouvelé, rompu à plusieurs reprises, finalement restauré par sen-
-tence arbitrale, en 1297, et déclaré perpétuel. Ce pacte ressemblait
aux pariages ordinaires par l'institution d’une cour commune, destinée à recevoir les appels des sentences du tribunal consulaire, par le partage des droits de justice, etc. Il en différait en ceci que le comte tenait à fief de l’évêque le château et les fortifications, dont il avait la sarde, tandis que l’évêque conservait la Tour Neuve. (Ourgaud, pr. n0 63. — De Rozière, Le pariage de Pamiers, dans la Bibloth. de l'Éc. des Chartes, t. XXXII, p. 1.)
L'accord de 1297 ne mit pas fin aux troubles. Les gens des partis adverses se dressaient des embüches. Des rixes éclataient qui ne se terminaient guère sans effusion de sang. On avait une telle habitude de recourir à la violence, qu’en 1315 les chanoines de Pamiers, à la suite d’un différend avec l’évêque Pilefort, mirent dans la cathédrale une troupe d'hommes armés afin de l’attaquer, lui et sa suite. Comme il voulait se réfugier de son palais épiscopal dans la ville, il dut requérir main-forte des consuls. (Arch. de l'évêché, liasse xvir, n° 4.)
Cependant l'anarchie régnait au comté de Foix. Après la mort du comte Roger-Bernard IIT, il y eut deux minorités successives, celles de Gaston Ier (mars 1302-décembre 1314), mort à vingt-cinq ans, et de Gaston IT qui n’en avait que sept quand il succéda à son père. Une inimitié irréconciliable, origine de deux factions, existait entre Marguerite de Béarn, mère et tutrice de Gaston Ier, et sa femme, Jeanne d'Artois, qui le gouverna toute sa vie et qui parvint, lui mort, à se faire attribuer la tutelle de Gaston IT. On peut juger de l’administration de la comtesse Jeanne par le portrait peu flatté, mais ressemblant que traçait d'elle, en 1317, le procureur de sa belle-mère : « Elle est, disait-il, de vie et de mœurs déréglées, méchante, dure, injuste et volontaire, prodigue et négligente. Elle passe presque toutes les nuits en jeux, bouffonneries et autres divertissements indignes de sa condition, et presque toutes ses journées à dormir. Elle en oublie tout ce qui est nécessaire, utile, opportun. Qu’une idée lui vienne en tête, elle s’y tient opiniätrément, si peu raisonnable qu’elle soit, etc. » (Æ. L.,t. X, pr.no 200.)
Les officiers du roi eurent donc beau jeu. Les occasions ne leur manquèrent pas de s’immiscer dans les affaires du comté en général, et spécialement dans celles de Pamiers.
Ici une tradition s'était établie en faveur de l'intervention royale. L'abbé de Saint-Antonin avait profité de la croisade des albigeois pour substituer au comte de Foix dans le pariage les Montforts, puis le roi : la substitution dura de 1209 à 1229, jusqu’au traité de Meaux. I avait provoqué l'expédition de 1272, à la suite de laquelle Phi-