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Mouynès, Zavent., Ann. de la sér. AA, n

les marques d’origine des communautés et des consulats.

Les consuls appartiennent aux classes supérieures, d’où le seigneur tirait ses conseillers. Ge sont uniquement des bourgeois, des prud'hommes notables quand il n'y a point de chevaliers dans la communauté, — et le cas est assez fréquent, — des chevaliers dans plusieurs châteaux où manquent les bourgeois. Les chevaliers des Arènes de Nimes avaient quatre consuls qui ne furent unis à ceux de la cité qu’en 1207, après une guerre. Le château de la Garde- Guérin, fief de l’évèque de Mende, à l'entrée du Gévaudan, était aux mains de vingt-sept seigneurs pariers, formant seuls le corps politique et nommant deux « consuls nobles ». Le cas le plus ordinaire est l’association des deux classes dans le consulat ainsi que dans la commune. Les chartes rédigées aux xmm® et xiv°® siècles, même celles des bastides, attribuent aux chevaliers un nombre fixe de consuls : à Rodez un sur quatre (cité) et un sur six (bourg), un sur cinq à Narbonne (cité), deux sur six à Prayssas en Agenais, etc.!.

Dans la communauté méridionale, les personnages de haut rang, proceres, n’ont pas cessé de primer les autres. Les habitants avaient le sentiment profond des différences sociales. Ils étaient divisés en classes distinctes, répartis en

1. Même proportion à Clermont-Dessus, à Fumel qu’à Prayssas. A Corbarieu, Cournon-Terrail, Rabastens, Lavaur, Cordes, Miremont, Monteuq, Gramat, etc., les nobles ont une part déterminée dans le gouvernement de la communauté. A la bastide de Castelnau-de-Lévis, fondée par Sicard Alaman, il y a six consuls, « IL del cap del castel et-IIII dels barrias » (Compayré, Op. eit., p. 313, charte de 1256), à la Bastide-d’Arthès, 2 nobles & si ibi inveniantur » et 4 & barriani seu innobiles ». (Zbid., p. 298 ; ann. 1329) Dans un grand nombre de communautés telles que Toulouse, Agen, l’Isle Jourdain, Nogaro, Lautrec, Moissac, Montauban, Graulhet, il y avait des consuls nobles, sans doute en nombre variable : à loulouse 2 ou 3 sur 12 pendant les guerres anglaises. Dans les seigneuries à syndicats les nobles et les non-nobles forment deux communautés distinctes (univer-sitates), qui peuvent s'associer dans nn but d'utilité commune, mais qui nomment à part leurs syndics : ainsi à Beaucaire (voir les textes cités p. 66, n. 1), Aimargues (Arch. du Gard, E 246; ann. 1295), Lunel (Bibl. Nat., lat. 9173, fo 102; ann. 1270. — Millerot, Zistoire de la ville de Lunel, 1886, in-S°, p. 110; ann. 1315. — ZI. L,, t. X, pr. n° 315, 709).

« échelles » selon leur position, leur profession : dans les premières étaient les moins nombreux, mais les plus riches; dans les dernières la masse du menu peuple. On jugeait naturel que les plus puissants commandassent. La composition du corps consulaire n’a fait que traduire l’organisation aristocratique de la Communauté. Les gens de métier y figurent en nombre fort restreint à la fin du xmm° siècle. En 1272, la cité de Narbonne ayant cinq consuls, l’un est noble, l’autre bourgeois, le troisième marchand, les deux derniers artisans où marins. En 1278, sur six consuls du bourg, il y en a quatre « de la place » et deux des métiers, « selon la coutume »!, À Nimes, en 1272, les deux ou trois douzaines de chevaliers qui logent aux Arènes, gardent quatre consuls sur huit ; l'échelle de la place, où vivent « ceux qui lemportent sur les autres par la richesse, la sagesse et rang », en possède deux toute seule ; restent deux pour les neuf échelles suivantes2. De même dans les assemblées les nobles, les clercs, les bourgeois riches et considérés donnent les premiers leur avis; le reste des assistants se partage entre les opinions qu’ils ont exprimées 3. Ils marchent en tête des cortèges. Ils s’emploient aux ambassades, aux négociations, à toutes les grandes affaires de la vie communale. Ils les ont

1. Mouynès, Znvent., Ann. de la sér. AA, n° 74; de la sér. BB, n° 1, art. 15, et n° 3; Ann. de la sér. AA, n° 87.

- 2. Ménard, list. de Nimes, t: I, pr. n° 71. — Cf. les règlements relatifs à Montpellier, 1252 (Petit Thalamus, p. 99), à Alais, 1294 (Bullet. de la Soc. d'Alais, 1870, p. 346), à Béziers, 1332 (Bullet. de la oc. aïchéol. de Béziers, 1re sér., t. IIT, p. 43, et Mascaro, Lo libre de memorias, ibid., t. I, pp. 69 et suiv.). — À Toulouse, en 1248, les consuls sont pris moitié dans la haute classe, moitié dans la moyenne. (Arch. de Toulouse, AA 1, n° 103.) - 3. Cout. de Nogaro, confirmée en 1341, dans Bladé, Coutumes municipales du département du Gers, 1864, in-8°, p. 191, art. 16 : Dans ies assemblées, les cérémonies. les délibérations, & ut primi sint nobiles et clerici, deinde graduati et bachalaurey. et post reliqui omnes secundum gradum consulatns si consules fuerint, aut secundum alium gradum si quem habuerint, Teneant tamen et nobiles et bachalaurey primum gradum consulatus equaliter, non simul, sed alternative ». — Voir aussi les registres de Délibérations de Toulouse (Arch. de Tou- Jouse, BB 1 à 8: 1374-1439), d’Albi (Arch. d'Albi, BB 16 à 19; 1372-1421),

traitées longtemps comme leurs propres affaires, lintérêt public n'étant à leurs yeux que la somme de leurs intérêts privés.

Gette oligarchie régit la communauté, c’est-à-dire la seigneurie tout entière, puisqu'elle est associée au gouvernement du seigneur. Son pouvoir dans les seigneuries urbaines est borné par le dex, ou par les murailles du bourg que le seigneur possède. À Béziers, en 1131, 1l y avait des consuls dans le quartier du vicomte, mais non dans les bourgs de l’évêque. Les consulats du bourg et de la cité de Narbonne, ennemis et confédérés tour-à-tour, sont demeurés à part l’un de l’autre jusqu’en 1338. À Rodez la séparation durait encore au xvi* siècle, malgré le pariage conclu en 1316 entre le seigneur du bourg et celui de la cité!. Le chapitre de Toulouse, de même que le conseil, se compose de deux corps, réunis il est vrai dès le xu° siècle, parce que le comte est maître à la fois de la ville et du bourg, mais dont la dualité persistante indique qu’ils étaient nés dans deux seigneuries jadis séparées.

Le consulat d’une seigneurie rurale est petit ou grand selon l’étendue de la seigneurie : il n’est jamais enfermé dans le castel ni dans la banlieue. « En tout Ce qui touche la communauté de Montpellier et de la terre de Montpellier », le lieutenant du roi de Majorque doit se régler par les avis des consuls ?. Par consuls d’Ambialet il faut entendre non les magistrats d’une ville, mais ceux « d’Ambialet et Ambiladès », par consuls de Lautrec ceux de « Lautrec et Lautreguës », deux vicomtés considérables, dont la seconde compte 29 forces et plusieurs autres localités. Ceux de Villemur ont à gouverner, outre le château, 19 paroisses 3,

1. Affre, Lettres sur l'hist. de Rodez, p. 384 et pp. 20, 33, 78.

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