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Au xiv* siècle cet esprit de conservation pure fait place à un sentiment de réelle bienveillance. Philippe le Bel, ses fils et les premiers Valois commencent à se rendre compte des profits et des services qu’ils tireront des consulats. Et pourtant il est vrai que la conquête royale doit être regardée comme un événement fatal à l'institution consulaire, celui qui l’a frappée d’un arrêt de croissance, empêchée à jamais de s'épanouir librement, comme elle fit en Italie.
Sur un sol morcelé en seigneuries autonomes les consulats avaient pu faire de rapides progrès, Chacun n'ayant à vaincre que la résistance assez faible d’un ou plusieurs seigneurs particuliers. On a vu ceux de Toulouse et de Nimes imposer leurs conditions au plus puissant des seigneurs du Midi, au comte de Toulouse. Quelques-uns touchaient à l’indépendance. La guerre leur aurait permis de s'affranchir entièrement, d'agrandir leur territoire, de s’organiser en États. Déjà mainte communauté protégeait par la force ses intérêts el son commerce. Les habitants de Toulouse marchaient contre les seigneuries et les communautés des alentours ; ils auraient pu les asservir ou se les annexer, fonder une grande république, ainsi que Florence ou Milan.
Cest ce que la domination du roi à rendu impossible. Ce suzerain, de qui dépendaient toutes les seigneuries , toutes les communautés, tenait pour un devoir royal de ne pas laisser les plus faibles à la merci des autres. Son intérêt évident était de maintenir la paix. La monarchie a eu grand'peine à triompher d’habitudes invétérées. C’est alors chose normale que le consulat, le seigneur, ensemble ou séparément, livrent bataille à leurs voisins. La brutalité est extrême : à la moindre querelle, on tire le couteau. Quoique Louis IX et tous ses successeurs aient interdit les guerres, elles sévissent encore sous Louis XI et sous Charles VIT. Mais les viguiers, les sénéchaux du roi s’interposent tôt ou tard; les belligérants sont cités devant leur cour, et les
agresseurs condamnés. Les affaires les plus graves se dénouent en Cour de Parlement, où les amendes pleuvent : amende de 204 livres contre les consuls de Mas-Cabardès, coupables d’avoir assiégé le château de la Tourette (1320), autre de 4000 livres au profit des consuls et habitants de Bovila (Quercy) contre des damoiseaux qui avaient envahi et pillé la ville, autre de 500 livres contre la communauté de Castelmoron pour violences exercées contre celle du Masd’Agenais (1323), etc. !. Ces courtes luttes ne changent rien aux limites des consulats, sauf peut-être à la frontière, où durant les guerres anglaises le pouvoir royal expire. Aussi les plus favorisés ne dépasseront-ils pas le point qu’ils ont atteint au moment de la conquête, et si d’autres à leur tour fournissent les mêmes étapes, aucun d’eux n'ira plus loin.
Quant aux guerres qui s'élèvent à propos de privilèges entre seigneur et communauté, elles se perpétuent à l’intérieur d’une foule de seigneuries, mais non en terre royale. Ici les communautés peuvent attendre quelque chose des besoins d’argent du roi, rien de l'emploi de la force. Elles achèteront des libertés, soigneusement mesurées par un pouvoir jaloux ; mais il n’y a pas un seul exemple d’une sédition par laquelle les consuls aient tenté d'accroître leur puissance. Tout empiètement est réprimé avec vigueur, et parfois entraîne la suppression du consulat.
Restent les nombreuses seigneuries dont le roi ne tient qu’une part, et toutes celles où il n’a rien. Là subsistent encore des conditions plus ou moins semblables à celles que, sans exception, seigneurs et communautés trouvaient avant la croisade. Mais si, dans un pariage, la part du roi est
1. Boutaric, Actes du part. de Paris,n°s 6017, 7147, 7180; cf. 3563, 3768, 4283, 4301, 6414, 7996. — Magen et Tholin, Chartes, n° 68. — H. L., t. VIII, pr. n°5 482, 483, 506. — Lafforgue, ist. d'Auch, t. I, pp. 74-77. — En parlant des guerres privées, les historiens paraissent croire que les seigneurs seuls s’y livraient. On voit que les communautés agissaient comme les seigneurs. Of. A. L., t&. X, pr. n° 17. Définition de la « pax fracta ».
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