Rouquette, Æech. hist., etc.,t. I, p
3. Outre les textes précités (p. 174, n. 8), voir Le Bret, ist. de Montauban, t. 1, p 292; Lagrèze-Fossat, Wist. de Moissac, t, IT, p. 46; Arch. Nat., XIla, fo 142 v°, Narbonne, 25 févr. 1423; Médicis, Chroniques, t. II, p. 82, Le Puy, 21 avr, 1540. û
4, Arch. de Narbonne, AA 112, fo 104,
la tête des communautés de rang inférieur, tout agricoles ou industrielles, il y a des artisans et des cultivateurs; mais ce sont « les plus apparents », des maîtres de métiers, des paysans aisés ou riches. Quelque variable que soit selon les lieux la composition de la classe dirigeante, cette classe partout subsiste. Certes, elle s’est élargie; elle a renouvelé ses cadres ; grâce à l’appoint qu'elle a reçu d'hommes sortis du peuple, l'esprit de conciliation, d'équité a fait en elle des progrès; mais elle reste une minorité gouvernant, comme autrefois, sans que la majorité ait sur elle aucune prise directe.
Si l’évolution de la commune avait suivi son cours normal, les consuls auraient passé de la dépendance des seigneurs dans celle de leurs concitoyens. Pour établir le contrôle des administrés sur les administrateurs, il aurait suffi d’un conseil nommé par la population entière, comme on en voit organiser dans quelques consulats nouveaux dès la fin du x siècle !. Le vif mouvement de réforme qui se manifestait alors semblait devoir donner au gouvernement communal de larges et solides assises. La domination royale n’a pas permis qu’il produisit les résultats que l’on pouvait en attendre. Sous cette influence il avorte, ou n’aboutit qu’à des réformes imparfaites, inachevées. Les conseils qui sont chargés de modérer Parbitraire des consuls sont peu propres à cette tâche, et s’en acquittent assez mal; car ils sont composés d’un petit nombre d'hommes, toujours fournis par les mêmes familles, tous gens entre lesquels l’entente a lieu trop aisément. Au xv° siècle, sous l'empire de circonstances variées, le nombre des conseillers ira diminuant dans les villes principales : à Narbonne, à Toulouse, à Montpellier ?.
1. Cout. de Montclar et de Montflanquin, 1256, art. 13. (Nouv. rev. hist. de druit, 1890, p. 402), de Nomdieu, 1305, art. 43 (itid., p. 891), de Castelsagrat, 1270, art. 14, de Fonsorbes, 1279, art. 11, de Montcabiier, 1308, art. 14, de Lunas,
1312, art. 15 (Ord.,t. XII, pp. 362, 397.) 2 Mouyÿnès, Zavent., Ann. de la sér. BB, t. IT, n° 15. Permission aux consuls de
C’est l’absolue insuffisance du contrôle exercé par les communes qui a conduit la monarchie à surveiller ellemême les corps municipaux. Seigneur direct de tant de consulats et suzerain de tous les autres, le roi, dans ses rapports avec eux, a pris la suite des affaires des seigneurs particuliers. Tandis que ces derniers s’étaient montrés pour la plupart incapables d’user envers les communautés consulaires du pouvoir qu'ils conservaient, Charles VI et Charles VII, inaugurant un nouveau régime, mettent consuls et conseillers sous le contrôle permanent des officiers royaux. On verra que ce système s’est établi sans difficulté : 11 convenait sûrement mieux que le contrôle du peuple à la nature et aux traditions du gouvernement consulaire, que d’ailleurs il devait ruiner.
Reportons-nous à la première moitié du xv° siècle. La ville, et surtout la grande ville, est fort éloignée du type de l’ancienne communauté. L’autorité royale a remplacé chez elle ou supplanté celle du seigneur. Son territoire est souvent réduit aux proportions d’une banlieue. Le personnel qui la dirigeait s’est transformé par le départ de la noblesse, par l'accession d’hommes du peuple.
Ce qui en elle a le moins changé, C’est le régime intérieur. Elle vit sur un fonds d'institutions et d’habitudes de Pépoque seigneuriale, d’une vie à la fois énergique et concentrée, très bornée et très active, bien différente de celle d’une commune de nos jours.
Le corps politique est restreint, permanent, indépendant; il agit seul dans les limites que lui trace l’autonomie rela-
Narbonne de tenir & generale consilium.. cum triginta consiliariie », au lieu de 80 (1420). — Arch. de Toulouse, AA 5, n° 1083; 25 mars 1443. Le nombre de notables nécessaire à la validité des délibérations est réduit de 60 à 40. Dans les deux cas le motif allégué est le dépeuplement. — Germain, Æist. de la comm. de Montpellier, &. IT, pr. n° 19, et Ord. t. XIX, p. 320 (1390-1484). 24 conseillers « tenens luoc de cosselh general ». — Cf. La Grasse, 1525. (Mahul, Curtul. de Carcassonne, t. IT, p. 515.)
tive des corporations, des quartiers. Point de peuple souverain; de fait, aucune égalité : à Toulouse quatre cents personnes au plus conduisent le gouvernement; les autres n’ont aucune espèce d'influence. Mais ceux qui tiennent le pouvoir n’abdiquent pas, pour un temps plus ou moins long, devant des délégués élus; ils prennent part aux affaires continuellement, en personne, à titre de consuls, de conseillers, ou de membres de l’assemblée générale. Leur puissance est d'autant plus grande, que la communauté est capable à tous égards de se régir elle-même : la royauté y pénètre à peine, tandis que l’État actuel enlève aux magistrats municipaux la meilleure part de l'autorité publique, et les surveille dans P’accomplissement des fonctions qu’il leur abandonne. Chez nous la vie de la nation prime la vie municipale; nos regards se portent de préférence vers les intérêts nationaux : les hommes de ce temps n’avaient d’attention et de soins que pour le fait de la commune; leur vue n’allait guère au delà.
Les villes de Languedoc apparaissent fortes encore, susceptibles d'initiative et même de résistance, alors que, de longue date, les villes du Nord étaient assujetties étroitement aux officiers royaux !. De là vient l'importance de leur rôle. Mais avant de montrer comment, s’étant groupées en assemblées d’États, elles ont créé le « pays », il faut étudier aussi dans sa situation matérielle l’ordre qu’elles constituent, celui qui recevra le nom d’ « état commun » ou Tiers, — nobles ou anoblis qui continuent d’appartenir aux communes, bourgeois, marchands, hommes de métier, paysans;
— car la prospérité des gens du Tiers est à la fois la cause
et le résultat de la fortune politique, à laquelle l’ordre s'élève.
1. Luchaire, Les communes françaises à l'époque des Capétiens directs, 1890, in-8°, p. 284,