LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE LANGUEDOC
Les sénéchaussées du Midi se sont rencontrées d’abord sous le règne de Philippe IV, dans les assemblées générales du royaume : ainsi en avril 1302, en mai 1308, en août et novembre 1314. Une seule fois, en juillet-août 1303, celles de Carcassonne, de Beaucaire et de Rouergue furent convoquées ensemble. On a voulu voir dans cette assemblée « les premiers États généraux de Languedoc »; la qualification n’est guère acceptable; car les prélats, barons et communes n’eurent pas à prendre de décision : ils étaient mandés uniquement pour approuver, en nombre aussi grand que pos-
sible, celle qu'avait adoptée une assemblée générale, tenue
à Paris devant le roi. Aussi y eut-il deux réunions, l’une à Montpellier, le 85 juillet, l’autre à Nimes, le 7 août, deux
fournées successives d’adhérents, puis des adhésions particulières, jusqu’à ce que tout le monde eût donné son consentement. Les autres sénéchaussées avaient été mandées à part*.
Les assemblées de Montpellier et de Nimes sont des faits accidentels, sans portée et sans conséquence. Les États de Languedoc ont un autre point de départ. Hs sont issus du dédoublement des États de tout le royaume. Pour que la scission eût lieu, il fallait un ensemble de circonstances que le règne de Philippe IV a préparées, et qui n'ont été réalisées que sous les règnes suivants.
Les États généraux que Philippe IV a réunis avaient un fondement dans le passé; il n’avait eu besoin pour les créer que d'élargir la Cour avec laquelle il gouvernait. Mais il n’avait point de raisons pour convoquer des États de Languedoc. Le cadre faisait défaut. Ce mot de Languedoc était encore une expression purement géographique : il servait à désigner, non une unité historique, comme le comté de Toulouse ou le duché de Guyenne, mais, de la façon la plus vague, une vaste région, disloquée, puis remaniée à la suite de la conquête. Entre les sénéchaussées royales qui se partatageaient le Midi, 1l y avait identité ou analogie de position, de langue et de mœurs, mais point de lien politique qui les unit et les distinguât des autres sénéchaussées et bailliages du royaume. C’est seulement à mesure que ce lien s’est formé, qu’il a pu être question d’assemblées de Languedoc.
Sous Louis le Hutin paraissent les premières traces d’association spontanée entre tous les Méridionaux. La ressemblance des usages engendrant la éommunauté d'intérêts, le clergé, les communautés, les nobles de six sénéchaussées ont alors sollicité la restauration de leurs privilèges, violés par Philippe le Bel. Les lettres que le roi donna en leur
1. Du Puy, Histoire du différend d’entre le pape Boniface VIII et Philippe le Bel, 1655, in-f°, pp. 109, 185-170, — Cf, ZZ, L., t, IX, pp. 247 et suiv.
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