VER
RS EN EN ET ai
faveur furent rendues à la requête des barons, des prélats, non d’une sénéchaussée, mais « de toute la Languedoc » (1315-1316)1, La même année, avant Paques, Louis X convoquait à Bourges les « communes de Languedoc » : l’assemblée fut décommandée et n’eut pas lieu; rien ne prouve que les villes du Midi aient été seules appelées; la formule employée pour les convoquer n'indique pas moins clairement qu'aux yeux des Contemporains elles commençaient à représenter un certain groupe politique?.
En réunissant près de lui les personnes féodales, Philippe IV les avait astreintes à de longs et coûteux voyages ; car le royaume était très étendu pour l’époque, surtout du nord au sud : en ce sens il atteignait les limites de la France de nos jours. L'obligation de se rendre à Tours ou à Paris semblait aux vassaux du roi une dure servitude, et nul n’en souffrait autant que les habitants du Midi. Louis X avait reçu leurs plaintes : les lettres où 1l dispense les communautés de se rendre à Bourges font mention des frais et des fatigues qu’elles avaient à subir en venant « d’une région si éloignée » pour obéir à ses mandements. Pour la même raison Philippe V leur faisait grâce, en février 1318, du voyage de Paris$.
1. Ord., t.I, p. 553; 1e avr. 1315. Lettres rendues en faveur des communautés «de la Langue d’oc » et à leur requête. Chaque sénéchaussée à reçu, à différentes dates, un exemplaire de ces privilèges. — Zbid., p. 613, et Æ. L.,t. IX, p. 358; lettres de déc. 1315, en faveur du clergé. — Æ. L.,t. X, pr. n° 189; lettres de janv. 1316, en faveur des nobles des sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne, Périgord, Rouergue, Beaucaire, Lyon. — Voir aussi ibid., pr. n° 190, 342, et Ord., t. XII, p. 114.
2. H. L., pr. n° 188.— Cf. n° 209, une délibération prise en assemblée des villes du royaume par « les gens de la Langue d’oc, car bonnement ladite terre ne se puet gouverner par monnoie de Paris », etc. Cette pièce ne peut se rapporter à l’assemblée de nov. 1314 : en effet n’y figurent point sept villes du Midi ayant pris part à la susdite assemblée (Ord., t. I, p. 548) ; est mentionnée au contraire la ville de Martel, qui n’assistait pas à la réunion de 1314. Elle date peut-être de juill. 1321, comme le voudrait M. Hervieu (Op. cit., pp. 162 et suiv.), ou de 1318 :
en tous cas elle est postérieure au règne de Philippe le Bel,
. 3. Hervieu, Op. cit, p. 136.
Tout en continuant de convoquer des assemblées, les deux rois ont essayé de ménager leurs sujets. En mars 1317 Philippe le Long réunit dans sa capitale les communautés des bailliages situés au nord de la Loire, tandis que celles du pays qui s’étend au sud du fleuve venaient seulement jusqu’à Bourges, ville plus centrale et pour elles plus commode que Paris!. En 1318 autre combinaison : les États généraux furent de nouveau fractionnés, mais cette fois de telle sorte que l’une des fractions se composàt exclusivement de sénéchaussées du Midi, à savoir Toulouse, Carcassonne, Beaucaire, Rouergue, Périgord et Quercy, Lyonnais et bailliage de Màcon. Il y eut plusieurs assemblées, délibérant sur le même objet. Quoique celle « de Languedoc » eût été mandée à Toulouse, le roi se proposait d’y assister; elle fut prorogée au 9 janvier 1319 et tenue, en l’absence de Philippe V, devant les réformateurs généraux qu’il avait envoyés six mois plus tôt dans la contrée?. Les villes et les nobles de Lyonnais et Màconnais furent excusés de s’y rendre à cause de la distance; on ne voit pas que par la suite ils aient jamais comparu aux assemblées de Languedoc, dont celle-ci est la première.
Pour rencontrer la seconde, il faut franchir un long intervalle de temps, pendant lequel ont eu lieu plusieurs assemblées générales du royaume où les Méridionaux continuaient de figurer; il faut aller jusqu’en 1345, année de la grande invasion anglaise. À partir de cette date les États généraux
1. Hervieu, Op. cît., p. 127. — ZX. L.,t. X, pr. n° 196.— Ord., t. I, p. 645. Ont été convoqués à Bourges ( procuratores nonnullarum bonarum villarum et locorum insignium dicti regni, Lingue specialiter occitane ». Of. t. VIII, p. 473.
2. Historiens de France, t. XXIII, p. 813, et AZ. L., t. X, n° 205; cf. nos 213, 215, t. IX, p. 381, et Ménard, t. II, pr. n° 17, etc. — Les assemblées énumérées par M. Hervieu, pp. 140 et suiv., se répartissent topographiquement comme il suit : 1° prélats et barons du royaume, 2° villes sises au nord de la Loire, 3° noblesse du Centre, 4 et 5° Languedoc, 6° noblesse du Nord et du Centre, ou de Languedoil, 7° nobles et villes de la sénéchaussée de Lyonnais et du bailliage de Mâcon. L
FL
se fractionnent plus souvent; la dissociation s'accélère entre le Nord et le Midi : au bout de quelques années elle devient définitive.
Le 30 décembre 1345, sous prétexte d’abolir les impositions et de prendre à ce sujet l'avis des prélats, barons et communes du royaume, Philippe VI mandait en sa présence les trois ordres de Languedoil. Quant à ceux de Languedoc, il confia le soin de les réunir à son fils et lieutenant, le duc de Normandie, qui séjournait dans le Midi. Les deux assemblées se firent presque simultanément, l’une à Paris, l’autre à Toulouse, en février 1346, et cette dernière comprit sept sénéchaussées : Agenais, Bigorre et cinq autres nommées plus haut!. De même, le 20 novembre 1350, Jean le Bon convoqua les trois États du royaume en deux assemblées distinctes, ceux du Midi à Montpellier, pour le 8 janvier 1351, et ceux du Nord à Paris, pour le 16 février?. Il les tint successivement, en personne.
Ainsi les États généraux se séparaient en deux fractions inégales, entre lesquelles l’objet, la date, le mode de convocation mettaient encore un lien, mais qui bientôt allaient se rendre entièrement indépendantes. En mars 1851 elles semblent se rejoindre encore : les villes d’une sénéchaussée au moins, celle de Carcassonne, comparaissent à Paris, où se trouvaient réunies les villes de Languedoil, et accordent une aide au roi?. Ensuite rien de pareil : il n’y a plus qu’assem-
1. Æ. L,,t. X, pr. n° 393; cf. n° 395, 396, — Ord., t. II, p. 228. — Hervieu, Op. cit., pp. 214 et suiv.
2. Arch. de Toulouse, AA 35, n° 83. — Ord., t. III, préf. p. xxI. — A. L., t. IX, p. 624. Quatre sénéchaussées seulement répondirent à la convocation royale, celles de Toulouse, de Carcassonne, de Beaucaire et de Rouergue.
3. Ord.,t. II, pp. 674, 675. Secousse n’avait pas une connaissance assez minutieuse des États de Languedoc pour bien comprendre cette pièce; il l’interprète inexactement. (Zbid., préf. pp. XXI, xxXIV.) On peut affirmer que les gens d'Église et les nobles de Languedoc ne se rendirent pas à Paris. Y furent convoquées les communautés dont les procureurs n ’avaient pas voulu, à Montpellier, accorder l’aide que le roi sans aucun doute avait dû leur demander, ou qui
blées de Languedoil et assemblées de Languedoc, qui ne se confondent point. Il est vrai que les gens du Nord et les Méridionaux, du règne de Jean le Bon à celui de Charles VIT, ont été assez souvent convoqués ensemble!; mais, ceux-ci faisant ordinairement défaut, il ne paraît pas qu’en un siècle on se soit rencontré plus de trois ou quatre fois : ainsi à Lyon, en juillet-août 1383%, à Paris, en avril 14118, à Chinon, en juillet 1428, et toujours dans des conditions difficiles à préciser#. En somme les liens que la guerre de Cent ans avait
l’avaient octroyée en principe, sans en fixer le chiffre, en se réservant sur ce point de consulter leurs commettants. Y vinrent pent-être aussi les communautés des sénéchaussées qui n'avaient pas été représentées à Montpellier. — En somme, de 1302 à 1351, les Méridionaux ont pris part à douze assemblées générales, au moins, à savoir celles d’avril 1302 (Ménard, t. I, pr. n° 120, et Hervieu, pp. 308 et suiv.), de mai 1308 (Biblioth. de l'Ec. des Chartes, v° sér., t. I, p. 34), du 1er août 1314 (Hervieu, p. 105), de nov. 1314 (ibid., p. 109), d’avr. 1317 (ibid., p. 131), de juin 1320 (ibid., p. 158, et Arch. de Narbonne, AA 171, procuration du 30 mars 1320), de juin et de juillet 1321 (Hervieu, p. 162), de mars 1333 (ibid., p. 194, et Arch. de Cahors, Chartes, n° 78), de sept. 1343 (Hervieu, p. 227. — Lacoste, Op. cit., t. III, p. 101. — Arch. de Toulouse, Comptes, 1343, fo 45), de mai et de nov. 1347 (Hervieu, p. 226. — Arch. de Narbonne, AA 172, procuration du 24 avr. 1347), de mars 1351.
1. Les villes du Midi sont convoquées à Paris après la bataille de Poitiers par lettres du 27 sept. 1356 (Arch. de Cahors, Chartes, n° 79) ; maiselles n’y vont pas. De même en avr. 1359. (Æ. L., t. X, pr. n° 467. — Ord., t. III, préf. p. LXXXVI.) Sous Charles VII les convocations sont fréquentes. (Thomas, Ze Midi et les États généraux sous Charles VII, dans les Annales du Midi, 18S9, 1892.)