‹ Les Institutions Politiques et Administratives du Pays de LanguedocChapitre 97 sur 293 · Ibid., t. X, pr. n · texte numérisé non relu

Ibid., t. X, pr. n

3. Les sept autres sont celles de mars, de mai, de juillet 1357, de juillet 1358, de mai, d'août, de sept. 1359. (Append., n° 2.) Ce nombre est d’ailleurs un minimum. Les sénéchaussées le plus souvent réunies sont celles de Rouergue, de Carcassonne, de Toulouse et de Beaucaire. Durant cette période, le Bigorre et le Quercy sont rarement représentés; l’Agenais ne l’est qu’une fois, Ce résultat tient

À ee.

TAUX », Consuia generalia, comme ceux de Languedoil et pour une raison pareille, parce qu’ils consistaient en un groupement des États de plusieurs sénéchaussées!. Les États de Languedoc ont gardé tant qu’ils ont vécu ce titre significatif.

Il est certain que la position d'indépendance réciproque où se trouvaient d’abord les sénéchaussées n’a changé que très lentement. Parfois le lieutenant général les consulte l’une après l’autre, et chacune, séparément, reçoit la même demande. Elles continuent d’avoir des assemblées particulières : le sénéchal en convoque quand l'intérêt de la sénéchaussée est en jeu, par exemple quand les Anglais ou les routiers menacent son territoire; on pourrait les énumérer par vingtaines pendant la guerre de Cent ans?, et celles que lon connaît sont sans doute les moins nombreuses. Même en assemblée générale, les sénéchaussées ont d’abord délibéré à part, rédigé à part leurs doléances, leurs octrois : en février et juin 1346, en mars 1351 elles semblent plutôt juxtaposées qu’associées 3. La constitution des États offrait encore au xvi° siècle des indices non équivoques dé leur ancienne autonomie; chacune nommait son syndic.

Mais entre elles, avant Poitiers, il s'était fait une soudure, dont témoigne l’assemblée de mars-avril 1356. Les communes de Périgord et Quercy, de Rouergue, de Car-

en partie à la position des trois pays, plus exposés que les autres aux incursions des Anglais, en partie à l'insuffisance des renseignements dont nous disposons,

1. Ménard, ist. de Nimes, t. II, pr. p. 221 : « In consilio generali ibidem (Béziers, août 1359) tenuto per tres status Lingue occitane ». Cf. Ord., t. II, DIE p. LXXXIxX; H. L.,t. X, pr. n° 517, V, 585, 578, etc.

2. Du commencement de 1356 à la fin de 1364 je compte 52 assemblées, dont 27 ayant compris plusieurs sénéchaussées, 22 réduites à une seule et trois douteuses.

3. Voir les textes cités plus haut, p. 209, n. 1, 2, 3. — Les choses s'étaient passées de même à Toulouse dans l'assemblée générale de janvier 1319, si l’on en juge par l'ordonnance du mois de juillet suivant, rendue en faveur des nobles de Périgord et Quercy; car les décisions et requêtes auxquelles répond l’ordonnance étaient sans doute une conséquence de l’assemblée de janvier. (Or4., t. I, p. 694.)

cassonne et de Toulouse accordèrent un subside et firent leurs conditions ensemble, en un seul cahier : l’un des articles portait « que rien ne serait perçu avant que toutes les communautés des sénéchaussées de Beaucaire, de Rouergue et de Bigorre (l’une dissidente et les deux autres peu ou point représentées), celles des terres des barons, comtes, hauts justiciers et celles, en général, de toute la Languedoc eussent donné à cet octroi leur exprès consentement!. » Elles se considéraient comme formant un corps ; elles voulaient être solidaires.

Cette volonté s’est affirmée, ces sentiments ont grandi très vite à la faveur des événements. Ils se manifestent dans les faits et dans le langage. On commence à dire : r'espublica, patria Linque occitane.

Par « chose publique » on entend la somme des intérêts communs aux sénéchaussées, intérêts qu’elles envisagent à l’exclusion de ceux du royaume, en vue desquels, uniquement, elles octroient des subsides. De bonne heure elles stipulent que si la guerre était transportée ailleurs, dans le Nord, par le fait même les impositions accordées devraient cesser d’être perçues. Elles refusent de contribuer avec les pays de langue française ?.

Le mot de patria, pays, n’est pas moins significatif. On appelait ainsi au xtm° siècle une circonscription fondée sur la nature et sur l’histoire, nettement délimitée, vivant, plus ou moins, d’une même vie, comme l’Agenais, l’Albigeois, le

1. ZI. L.,t, X, pr. n° 447, art, 8. — Cf. ibid., no 462, mai 1358. Octroi fait à condition que toutes les sénéchaussées de la Languedoc y contribuent, « una cum senescallia Bigorre ».

2. Bibl. Nat. lat. 9175, fe 96; 7 sept. 1366. Un impôt ayant été mis en Lyonnais, Mâconnais, Rouergue et sénéchaussée de Beaucaire pour l'évacuation du lieu d’Ange, près de Lyon, les consuls de Montpellier objectent que ce lieu est en Bourgogne, et que jamais on n’a vu que la Bourgogne et la sénéchaussée de Beaucaire se soient imposées ensemble; car l'une est située « in Lingua galli-

cana », l’autre supporte ses charges ( per se, vel sallem cum aliis senescalliis Lingue occitane ».

Toulousain ! : telle est à peu près l’idée qu’au milieu du siècle suivant le nom de Languedoc éveille. Aussi, à l’expression vague de partes, région, voit-on se substituer celle de pays de Languedoc, plus précise, mieux adaptée à la conception nouvelle ?. Ce fut la seule usitée jusqu’à l'époque des guerres de religion. Dom Vaissete, en écrivant constamment « la province de Languedoc », s’est conformé aux habitudes de langage de ses contemporains ; mais il a manqué à la vérité historique. Aux xiv° et xve siècles le pays de Languedoc n'était pas une province; il en comprenait plusieurs : « Nous avons fait citer à Toulouse, dit le comte d’Armagnac en 1356, les prélats, barons et consuls des sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne, Rouergue, Beaucaire, Quercy, Bigorre et de quelques autres provinces de la Languedoc . » Provincia désigne alors ou bien une province ecclésiastique, le ressort d’un archevêque, ou bien une circonscription administrative, en particulier la sénéchausséeh; ce terme ne saurait convenir au pays de Languedoc, sorte de moitié du royaume, équivalent de la Languedoil ; il ne s’y applique jamais.

Le traité de Brétigny a réduit les possessions du roi de

1. Magen et Tholin, Chartes, p. 259 (ann. 1286) : « Patria Agennensis. » — CReO72: EL, p.397, art. 95 HT; tXS pre n°120, "TIT.

2. Ibid., n°S 442 (ann. 1354), 455, etc. Cf. n° 206 (ann. 1318). Réformateurs envoyés dans six sénéchaussées et généralement dans toute la Languedoc « pro reformatione patrie predicte ».

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