‹ Les institutions représentatives en AutricheChapitre 6 sur 8 · TOTAUX · texte numérisé non relu

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108 LES IlfSTITUmNS RBPBÊSBNTATiVBS

Ainsi les Magyars, qui ne sont queletroi* sièine groupe important daus rethûograpkie de Tempire, ne sont même pas assez nombreux pour former la majorité absolue dans ia Hongrie proprement dite. £t si Ton voulait partager la Hongrie d après les principes de quelques ethnographes politiques de notre temps, la Roumanie transylvaine aurait le droit de s*annexer tous les comitats hongrois qui s*é* tendent jusqu*à la Theiss et à la Buia)vine; la Bohème s'incorporerait la Slovaquie, c*est*àdire tous les comitats du' Nord-Ouest; la Gai* licie prendrait les comitats de Zips, Marmaros, etc., en un mot, tous les Ruthènes du Nord-Est ; la Servie revendiquerait le Banat et la Woiwodine; TAUemagne serait autorisée à s'incorporer s^s comitats dTisenburg, OEdenhurg et Wiesselburg et de réclamer des en* ctûves dans le Banat et la Slovaquie! Il ne resterait aux Hongrois que la Pmia, habitée par les Kumans et les cavaliers Jasyges !

Cette diversité de population, je le répète encore, loin d'être un danger pour Tempire d^Âutriclie, est, au contraire, un gage de vie et de durée. Les Hongrois ne forment pas la

moitié de la population de la Hongrie» et quelques-uns d'entre eux prétendent , en repoussant la suprématie des Allemands» imposer la leur aux Slovaques, aux Valaques , aux Croates, ele. Us se plaignent amèrement des revendications politiques formulées à Vienne ; mais ils entendent que la Croatie ne brise pas les liens qui l'assujettissaient autrefois à la couronne de Saint-£tienne« Les Croates, imitant la conduite politique des Magyars à Tégard du gouvernement impérial, font la sourde oreille à toutes les injonctions partant de Pest. Ils sont fiers avant tout d'appartenir au royaume c triple et un, » qui comprend»

selon eux, la Croatie» laSIavonie et la Dalmatie. Le comitat de Fiume, qui, lui, appartient offi-^ ciellement au royaume de Croatie» désire»

dit-on» être annexé à la Hongrie, dont il est séparé par toute la longueur de la Croatie proprement dite. La Dalmatie proteste» à son tour» contre les prétentions de la diète d'Agram et veut conserver sa diète indépendante» à Zara. Si Titalie s'était mieux faite» les quarante-cinq mille Italiens de la Dalmatie auraient pu réclamer leur annexion au royaume

ilO LES INSTITUTIONS REPa£SfiNTATiV£S

dllalie. Cette supposition n est pas tout à tait gratuite, car. k la diète de Gœritz-Gradisca, une iuiime minorité italienne a voulu faire décider par la majorité que la langue slovène^ parlée par la plupart des habitants de ce territoire^ est une langue mùrte ! A leur tour les vingt-sept mille Slovènes du royaume Lombard- Vénitien pourraient, en vertu des mêmes principes, faire entendre leurs « cris de douleur » à la diète Slovène de Laibach (Gamiole) m à celle de Klagenfurt (Carinthie) !

le cite ces quelques faits k titre d'exemple; on pourrait en énumérer d autres encore. Tous prouvent combien Texistence de la monarchie autrichienne, œuvre des siècles, a rendu et rend de services à la sécurité de l*Ëurope. Oui, « si TAutriche n'existait pas, il faudrait l'inventer. > Ses plus implacables ennemis en ont fait plus d'une fois Tpveu. Lisez, par exemple, la lettre qn'un des membres les plus influents de rémigration hûugroise,>M.Klapka, écrivait» au mois d*aoùt i861, à madame Ôora distrîa, à propos d'une proclamalioa par laquelle Ga-f ribaidi exborti^it les « populations danu?

biennes à la coqcorde, » dans le l>i|t de chasser

leur t tyran. » Voici Uû fragiïient de cette lettre (1)» dans laqUélle je substitue le mot

Autriche au mot Hongrie.

€ ... n fondrait presque désespérer de Tavenir des

peuples, 8i, après des expériences si réeentes, les menées de la réaction pouvaient encore réussir. Heureusement ces craintes ne se réaliseront pas; j*ai la ferme convictioii que les sentiments de fraternité remporteront sur les néfastes rivalités qui ont ensanglanté le passé.

» De même qu'en Suisse, bur ce sol classique de la liberté allemande, Français, Allemands et Italiens, pénétrés du même amour pour la patrie et protégés par les mêmes institutions, vivent et prospèrent; de même le jour s*approclie, espérons-le, oh. en Awiriehe (texte : Hongrie), Slàves, Ivoiimuiiis et Hongrois vivront en trères, j unissant des mêmes libertés et prêts à unir leurs forces pour se défendre contre toute agression.

f Les liens principaux qui relient enti^ elles dans

le même faisceau les différentes populations de la Suisse sont : les nécessités de la délense contre rétranger, les conditions géographiques et Tidentité des intérêts.

• Déjà ces liens Estent parmi les populations

slaves, roumaines et hongroises, et ce n'est qu'en les resserrant davantage ^ue chacune d'elles pourra, par

(1) GetM lettre a paru dau les joarfiani à l'ë|«M|ae dlée.

Ili LES INSTITUTIONS REPBÉSENTATIVES

un appui réciproque, arriver à son développement complet; en les méconnaissant, au contraire» désu-

uies et sans défense, elles ne tarderaient pas à tomber, comme une proie facile, sous les coups de puissants voisins au milieu desquels elles se trouvent placées.

• I.ta dicte de Venqnre d'Autriche (texto : de Hongrie), convaincue et pénétrée de ces vérités, a (texte : vient de proclamer) proclamé, avant de se séparer, comme un des principes fondamentaux de la constitution le texte ajoute : hongrme), que :

» Tous les peuples demeurant dans l'empire d'Au* triche (texte : e» Hongrie)^ notamment les Magyars, les Slaves, Roumains, Allemands, Serbes, Buthènés, etc., sont regardés comme des nationalités pleinement égales en dioit, qui, au ino^cii de la liberté individuelle et du droit d*association, peuvent réaliser, sans aucune restriction, leurs aspirations nationales, dans les limites de Tunité du pays.

» N'c«t-ce pas là la meilleure rq»Qiise que VAuiriche (texte : Hongrie) peut opposer à ses adversaires ?

> La diète et tous les patriotes en Autriche (texte : en Hongrie) sont et seront toujours prêts à toutes les transactions équitables, pour donner satisfaction aux populations (non magyares, coliabitant la Hongrie) ; mais ils ne sauraient jamais aller jusqu'à porter atteinte à Tintégrité territoriale du pays.

f Pour que YAtitriche (texte : Hongrie] puisse accomplir sa mission humanitaire, elle a indispensablement besoin de tout son territoire, c'est-à-dire de ses

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BM AUTRICHE

frontières naturelles et de la totalité de ses forées. 1 J*ai la conviction que, en dehors de ces conditions,

il n'y a de salut pour personne.

» Mutiler V Autriche (texte : Hongrie), c'est fermer ravenir et étoufTer toutes les espérances d'affiranchissèment non-seulement en A%iHeh$ (texte : ffangrie)^ mais encore chez tous lès peuples, pour lesquels une fui te Autriche (texte ; Hongrie] est la première condition de salut... »

Un membre du cabinet de Vienne ne dirait pas mieux : ces arguments sont si concluants» qu'il est inutile de les commenter.

La lettre de M. Klapka, lequel ne prétend nullement défendre la monarchie autrichienne, renferme encore un autre aveu, que je rapprocherai tantôt des projets à peine déguisés de plusieurs hommes d'Etat magyars» et qui jette un grand jour sur le conflit constitutionnel actuel.

Redisons d*abord en quelques mots les eau* ses qui Font provoqué et celles qui le font durer.

Le mouvement magyar de 1848» légitime dans son origine» conservateur même dans son but, avait dégénéré en révolution» tant par la faute des libéraux doctrinaires de ^enne que

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tu LES lNSXlT(JtlOM& WAÉ&fiNTATlVES

par l'ambition des radicaux de Pest, tant par la faiblesse du gouvernement de l'empereur Ferdinand que par laudaceetrénergie du parti de Kossuth. Après la capitulation de Vilagos, tous les pays hongrois furent, par un moyen qu on appellerait révolutionnaire si l'autorité elle-même ne l'avait employé, incorporés dans la nouvelle organisation centralisée de la mo* narchie. Les comitats devinrent de simples départements de Tempire. L'ensemble de la législation particulière hongroise fut abrogé et remplacé par des lois uniformes et communes à tous les pays de la couronne. Le Banat et la Woiwodine Serbe furent détachés administra* livement de la Hongrie proprement dite. La Croatie-Siavonie forma un gouvernement spécial. Le royaume detiongriCi divisé en ^oui;ernementa^ fut placé sous la direction d*un gouvernement général dont le siège était Bude. Cet état de choses dura jusqu'au jour de la pu* blicalion du diplôme d'octobre. Les immenses concessions fisiites alors par le pouvoir jetèrent les Hongrois d'un extrême à un autre. Faut-il trop s*en étonner? Je ne le pense pas : en politique comme en mécanique, l'action est égale

BU AtmiIClIB*

à la réaction. Demandons-nous plutôt vers quel but tendent actuellement les divers facteurs de cette réaction.

Le parti radical ou antidynastique est en infime minorité en Hongrie : ses meilleurs pour ne pas ' dire ses seuls soutiens sont dans rémigration, à Turin, à Londres ou à Paris.

Cest un parti sans avenir» parce que son programme est antipathique aux populations ultraroyalistes de la Hongrie. En dehors des na«tionalités non magyares du pays et de la masse populaire qui ne s'occupe pas de politique active, il est assez difficile de distinguer les hommes politiques en partis bien tranchés.

On parle, il est vrai, de cotiser valeur s j de parti Deak^ de parti Teleky (on de larésolution\et^. Mais tous ces partis sont également dominés par une sorte de terrorisme patriotique qui, sans être bien dangereux pour le gouvernement impérial et royal» le place pourtant en présence de perpétuelles irrésolutions. Si Ton en excepte quelques conservateurs éminents, tous alléetent de répéter plus ou moins hautement qu'ils veulent la légalité, rien que la légalité, mais toute la légalité : le texte de cette légalité est

116 LES IMSTITOTIONS aEPAÂSKNTATlVES

particulièrement la constitulion votée au milieu

des révolutions de i848. Or, vouloir aujourd'hui la restauration de cette constitution, qui sépare complètement, radicalement, laHongrie du reste de Tempire, en laissant subsister un très-faible lien personnel à la dynastie, c'est évidemment prétendre soumettre Fempire à un dualisme plus que jamais impossible. Incontestablement, la Hongrie peut revendiquer, en vertu de ses droits antérieurs, une position en quelque sorte privil^iée; mais de là à un état de choses qui est la négation de la monarchie autrichienne, comme grande puissance, il y a un abinie.

Les Hongrois, pris individuellement, le comprennent parfaitement; mais leur amour pour la légalité ou plutôt la légitimité (RechlsconH* nuUàt) reste entier. J'ai entendu soutenir trèssérieusement et non sans dignité cette thèse extrême : « Que l'empereur, disait-on, vienne à Bude en appeler à la confiance et à la loyauté du peuple magyar ; qu'il lui rende motu pro^ pria ce qui lui est dù, les lois de 1848, et, le lendemain, les députés de la iiations'cnlendront avec Sa Majesté Apostolique, pour mettre les

EN AUTRICHE. m

lois fondamentales du royaume en rapport avee

les besoins généraux de rempire. » Je ne crois pas que cette solution, assez conforme aux mœuiii chevalercs(iuos des Hongrois, serait universellement adoptée : il est plus que probable d'ailleurs qu'elle rencontrerait à Vieuiie, chez quelques politiques positifs du gouvernement aeluel, des répugnances peut-être insurmontables.

Mais alors, que l ebU-t-il à faire / Que veulent donc les Magyars? Renverser la monarchie, détruire l'empire? non. 11 n est pas ua Hongrois sérieux qui oserait avouer un semblable projet. Tous protestent bautement, éloquemment) qu'ils veulent fortifier^ agrandir même Tempii e des Habsbourg. Ces prolestaLiuiis, que je crois très^sincères, ne sont pas bien comprises à 1 étranger, et il est difficile qu'elles le soient.

Plus j'étudie les questions politiques soulevées en Autriche» plus je suis convaincu que les Hongrois seraient les plus ardents soutiens de Tempire, s'ils en étaient le cenire. Un des membres les plus populaires de la diète de 1848 me disait : « Pest est juste à mi-chemin

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118 LES IHSTimiOlfS KMASENTATIVES

entre Paris et Gonstdntinople, » voûtent me

prouver ainsi que le chef-lieu de la Hongrie est la capitale naturelle d*un empire appelé à avoir la mer Noire pour limite. L'infortuné comte Louis Batthyani, le généreux comte Ëtienne Szechenyi se sont exprimés sur le même sujet en termes plus ou moins formels.

Le premier voulait même, en 1848, attirer Tem^ pereur Ferdinand & Pest» se faisant fort alors de pacifier, de fortifier et d agrandir la monarchie* La lettre de M. Klapka, citée plus haut, contieui la même pensée sous une forme nouvelle. Les Magyars se croient appelés naturellement à civiliser et à dominer toutes les autres races qui vivent entre les Carpathes et les Balkans. On connaît leurs armes nationales ; rimage des Carpathes avec une couronne surmontée d*une croix qui semble avec celle-ci se perdre dans les nuages. Un moment, leur royaume a eu, au moins nominalement, celte étendue et comprenait, en tout ou en partie, la Croatie turque, la Bosnie, rHersegovine, la Servie, la Bulgarie, la Valachie et la Moldavie* Les rois de Hongrie jurent, à leur couronnement, de reconquérir ces provinces. La for-

EN AmiICHB. lift

mule historique de ce serineiit^ trèd^peu ob*servé depuis la mort du prince Eugène de Savoie/ confirme entièrement Topinion que j'exprime ici sur le fond des tendances des chefs politiques dû mouvement magyar. Les Hongrois^ qui ne veulent pas se laisser germa^ niser (et c'est leur droit), ne seraient pas fâchés de magyarmer Fempire d'Autriche. Cessez de c coquetter » avec l'Allemagne, crient-ils à la dynastie de Habsbourg-Lorraine, des hauteurs de Bude, en montrant le cours du Danube.

Votre empire n'est plus celui des Hohenstaufen et de Rodolphe I"* : il est Temptre de l'Est (Ost-Reich;, qui doit dominer tout le Danube et la mer Noire, dans laquelle ce superbe fleuve se jette. Nous, qui sommes sortis de TOrient, nous vous y conduirons avec le christianisme. Notre ascendant, Tirrésistible élan de notre volonté et de notre civilisation, nos épées, s*il le faut, vous tailleront entre les Alpes, les Carpathes, la mer Noire et les Balkans, le plus bel empire de la terre : et,s'il nous plait, nous irons à Gonstantinople restaurer Xemjnre {romain) de l'Est. Alors vous serez plus puissants que vous ne Tav^ jamais été, et TAliemagne, à

m LES INSTITUTIONS REPRÉSENTATIVES

laquelle vous tenez tant» ne vous échappera

plus. Fiez-vous à nous et à nous seuls, nccou lez pas les ce Souabes (i ) )> et les doctrinaires de Vienne, antiroyalistes par tempérament. S'ils vous menacent, ne craignez pas : un régiment de cavaliers hoiigruis vaut deux régiments Je cuirassiers c souabes! »

Il y a quelque chose de vrai dans cette poli* tique de hussard* Au xyiï'^ siècle et au Tmi% lÀutricbe a trop poursuivi la chimère de la monarchie universelle et pas assez porté son attention du côté de TOrient. Affaiblie par le partage de la Pologne^ sa barrière dans le Nord, elle n'a rien gagné à s exagérer Timportance de ritalie comme barrière dans le Sud. Le champ naturel de sa politique d'expansion est l Urient, dont elle est la voisine immédiate. Les hom<* mes d'Ëtat de Vienne auraient dû travailler sans relâche à se rendre maîtres des embouchures du Danube. N'est-ii pas lamentable de voir TAutriche catholique, TAutriche, qui a sauvé l'Ëurope de Tinvasion corrosive de 1 islamisme, ne rien ou presque rien faire pour les

(1) Cesl lins! qu*on appelle les AUemands en Hongrie.

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£N AUTRIGUË*

chrétiens de rOrieut? Si elle a pu n^liger ses véritables intérêts politiques, rien ne saurait l'excuser d'avoir failli à ses obligations morales : chrétienne, son devoir avant tout est de ré* pandrc les lumières chrétiennes et de secourir les chrétiens. Jusqu'en 18S5, les agents consulaii:es autrichiens avaient dans tout F Orient une position complètement efiacée. Il leur était même» dit-on» recommandé de faire parler d*eux le moins possible. Les chrétientés de ces splendides et malheureuses contrées attendaient la consolation, les secours et la délivrance de f £glise de Saint-Pétersbourg. Depuis lHùb, les agents français et les consuls anglais ont substitué leur influence à romnipotence moscovite. Quantaux agents autrichiens, mal payés, faiblement appuyés, ils jouissent d'un prestige médiocre et ne font souvent qu'assister aux faits qu'on dirige de Paris ou de Londres.

A Vienne, on ne reçoit pas dans le monde les boyards de la Yalachie et de la Moldavie, qui sont forcés d'aller étaler leur faste à Paris, à Baden, à Spa, à Londres, partout, excepté en Autriche. Les chrétiens bulgares, qui vivent, pour ainsi dire, aux portes de Tempire, cher-

Itt IBS IMSTITOTIONS REPRÉSENTATIVES

chent et trouvent de Tappui à Paris, quand ils

ne rencontrent à Vienne qu'indifférence. La Sublime-Porte fait plus pour les catholiqùes de la Turquie que l'Autriche. Quand un évêque catholique, latin , grec, arménien ou bul« gare a besoin d'adresser un appel à ses coreligionnaires de rËurope, ce n'est pas du coté de TAulriche qu'il se tourne : il entreprend en France un long et coûteux voyage qui lui procure, il est vrai, d'amples dédommagements :

la cour, le gouvernement, le clergé, le peuple, encouragent ses efforts, soutiennent son zèle, augmentent ses ressources, décuplent son énergie. Et il retourne dans son diocèse raconter les miracles de la foi, opérés dans le pays des « Francs, » source intarissable d'admirables soldats et de missionnaires incomparables. L'Autriche ne parait pas être jalouse de ce grand rôle joué par la France sur ses proprei^ frontières. Aussi n'exeree^t^elle aucune attraction sur les populations des principautés et de la Turquie. Les récents événements de la Bosnie, du Monténégro, de la Servie, de la Valacho-Moldavie se sont, à deux pas de chez elle, déroulés contrairement à ses intérêts les plus

évidents, el t^minés sans avantage pour elle.

Son apathie politique a semblé se réveiller en iSâSf parce que le passage du Pruth par Tar-

mée russe menaçait directement sa sécurité.

£t même, dans ces circonstances suprêmes, le

cabinet de Vienne, mal inspiré chaque fois qu il s agit de TOrient^ a, par son irrésolution» mécontenté tout le monde, perdu ses alliés et rendu possibles les complots de 1859* U est

temps pour rAutrielie de secouer les derniers

préjugés d'un autre âge; qu'elle arbore fran-

clicment le drapeau chrétien et se laisse entrainer par le courant du Danube là où l'appellent ses destinées. La France l'appuiera, et l'Angleterre, à laquelle les conquêtes morales ne peuvent porter ombrage, est intéressée à susciter des obstacles à la Russie. Quant à celle-ci, n'a-l-elle pas le Caucase et toute la Russie d'Ââe pour champ d'action P

Entre celle action purement diplomatique et la politique d'envahissement que préconisent quelques hommes d'Etat magyars, il y a une différence qu'il n'est pas nécessaire de faire ressortir. Quand même le gouvernement impérial, passant subitement d'une indifférence

iU LES unrmmoiis rbprésbntativbs

absolue à une conflance témérairei serait disposé à prêter Toreille aux discours séduisants tenus à Pest et à céder à l'enthousiasme militaire de quelques hardis Hongrois Je sentiment de sa position en Allemagne le maintiendrait dans une certaine réserve. L'Autriche, allemande d'origine et tète de l'Âllemagne» ne peut abandonner sans danger T influence européenne qu'à ce titre elle exerce. Qu'elle ne devienne pas ultrâgerniani(|ue, soit ; mais aussi qu'elle ne se fasse pas ultramagyare.

C*est par la pratique sincère, large, complète» des institutions représentatives^que tous ces intérêts opposés finiront par se concilier. Ces institutions^bien appliquées, exerceront sur les peuples de l'Orient une action semblable à celle de l'aimant. En Hongrie, la c réconciliation » (c'est le mot usité) se fera bientôt : on ne réconcilie que de vieux amis. La Hongrie a besoin de l'empire. L'empire ne peut pas se passer de la Hongrie. A Vienne, on sera obligé de faire des concessions de forme : à Pest, où Ton est excessivement sensible aux ^rds, on finira par céder, j'en suis convaincu, quant au fond du conflit actuel. Les esprits sont prépa-

BN AUTRICHB. liS

rés de part et d'autre à un arrangement rëci*

proque : pour le réaliser, il ne faut plus qu une occasion. On a cru un instant 1 avoir trouvée, quand l'empereur a autorisé la fondation de ÏInsiitut foncier hongrois et diminué les forces négatives de réiuigration, en proclamant une amnistie qui n'exclut que les adversaires de toute conciliation et par conséquent de toute liberté.

L'abstention est la pire des politiques. Dans un gouvernement libre» les citoyens qui s'abstiennent ont matériellement tort. L'abstention n'est permise qu'aux institutions éternelles : les partis, en se taisant, se suicident. 11 importe donc aux défenseurs de la cause des Magyars de trouver le plus tôt possible les termes d'une transaction. Chaque jour de retard augmente la force dateurs adversaires. Si l'Europe conserve (ce que Dieu veuille !) les bienfaits de la paix, les Hongrois, en continuant à se draper dans leur attitude actuelle, s'exposent à entendre le vieux cri des partis triomphants : « Il est trop tard! »

Quoi qu'il arrive, leur opposition a rendu un

immense service à l'empire et à ses jeunes in-

Lfi& IMSTlTUmNS RSPJltSENTATlVSS

stiluiiaii%ea empèchaat les libéraux ceDlralisateimde réaliser leur programme et en délivrant rAutriehe pour longtempâ du règne de» doctrinaires.

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Des caltes profeiiét en Antriebe. — Zi« Jo- ■éphlsm». — Zi«Go««ord«t 4m lt5ft. — Progrès «Attolliittli ptat U liberté.

Pour compléter cette esquisse de la situation

actuelle de Fempire, il me reste à parler des affiiires religieuses et des ressources matérielles de rÉtat et des divers peuples de la monardiie.

Les cultes professés en Autriche sont presque aussi nombreux que te nationalités. La rdigion catholique est celle de Hminense mâjorité des citoyens, puisqu'elle compte 27,tit)5,57tt fidèles, divisés en catholiques grecs (3,526,932), en catholiques arméniens et en cMbo-

lis LB8 IRSTinmOllS RBPRfiSBMTATITBS

liques latins (23,968,686). Puis viennent successivement les protestants, qui sont au nombre de 3^82,616 luthériens : i, 21 8,831 — calvinistes : 1,963,785); les Grecs non unis, 2,918,126; les Israélites, 1 ,049^71 ; les unitariens, S0,870; les Arméniens non unis, 3,513; les lippovans de la Bukovine, les mennonites de la Galiicie, etc., 3,915 (1). Par les mêmes raisons que j*ai exposées plus haut, cette diversité de cultes ne couslilue pas, comme on pourrait le croire, ^ne cause de faiblesse maUrielle pour le gouvernement impérial.

La situation des afi&ires religieuses en Autriche est meilleure aujouid hui qu^elle ne la été depuis longtemps. Par le jos^Aîsme, qui tfest qu'une des formes du césarisme, on était enfin parvenu à introduire dans les États héréditaires dû la maison de Habsbourg les soidisant réformes dont les princes protesUnts rèliraieiU depuis longtemps les bénétices politiques. L'empereur Joseph U, appuyé sur les

(1) Ces cbiffifès ne correspondent pas tout à fait k la slatis- Uque de la population que j'ai donnée plus haut, parce- qu'ils sont extraits du irecensemenl de 1857, plus récent. Yoj^PM tiumvH de ttaHUiqw, p. 40.

EN AUTMCHB. 1S9

traditions absolutistes de ses prédécesseurs ci les opimoDS anticbrétieDues du dix-huitième siècle, eut le triste honneur de donner son nom à cette doctrine tiberticide. Ce type du libérai anticatfioUque de notre temps, confondant comme ce dernier le principe de Tautorité politique avec la toute-puissance de l'Etat, et la liberté avec la baine de la liberté des catbo* liques, fut le collaborateur le plus sérieux do Frédéric II dans l'œuvre de la décadence de l'empire germanique. Il n'était quelque chose en Allemagne que par le principe catholique, et il en fut le contempteur. Défenseur élu, ou plutôt « avoué de la sainte Église romaine (advocatus S. E. R.), » il voulut en être systématiquement Toppresseur, Que dis-je, il essaya d'en ùlrele corrupteur!

Je crois qu'il ne laut regretter qu'au point de vue des principes les spoliations dont Joseph II se rendit coupa)>le envers certaines congrégations religieuses, peu dignes, à son époque» de l'intérêt des philosophes chrétiens. Le fils de Marie-Thérèse eut même mérité des éloges pour différentes réformes ecclésiastiques

qui élaient de sa conipélence, s il n'avait pas

taO LES INSTITimaB» RBPRÉSRNTATITBS

érigé en lois de FÊtat les préceptes ftbroniens. S il avait appliqué sa 4)uissance à distinguer plus nettemem TÊglise de TËtat, & ramener une grande partie du clergé de ses provinces dans la Toie qui lui était tracée par le saintsiège et à prêter librement son concours à ressemer Tunité de FÊglise catholique, qui importe à l'Autriche, il n'eût pas perdu les provinces hdges et Taffeetion des Hongrois, fsi dévoués à sa mère. Joseph II essaya d'asseoir Vabfloluiîsme sur sa base |)écessaire : la subor* dinajtion de T Église à FÊtat. Il réussit autaiH que possible dans cette entreprise, parce que ses prédécesseurs en avaient singulièrement prépari^ les mt^ens et qu'il vivait à une époque où de tels coups d État étaient considérés comme des progrès! Frédéric II adressa ses félicitations à son « frère le sacristain. »

Ainsi donc, au lieu du régime qui se résume dans la formule de M. de Montalembert :

VÈglise libre dans l'État libre^ l'Autriche en était venue à posséder une Eglise esclave, Eeclesia anciUa^ dans un Ëtat despotique.

Le clergé séculier fut considéré comme une catégorie nouvelle de pmtionmiftB. Le clerg|g

EN AUTJUCHE.

la bureaucratie. Toute communication avec le ^eotre de TË^ise^ le siég^ aposftoUque, éta^t interdite. Inactivité ecclèiiastique^ déjà tant tiQsiiWe au dix-jbjuiûèoi^ siècle» ^ ralenjlit davantage encore, t^s gros bénéfices devinrent ïoki^i d!intsigue& souyeQjt scandaleuses, La science, le mérite personnel, la piété, les qualités sacjBrdpt^ies ii'éjtajient pas toujours àfis titres suffisants à la collation des dignités ecdésiastiqucis. Le^prclres rc^igîeqx, soustraits aux visites de lears supérieurs généraux, s*é- Mgn^rent j/^im ^que jamais 4^ l'esprit 4e leu^ règles. Les tnoe^rs jcléricales restèrent pures, du moi!QB ep géipr^ ; ma^s le rie|4cl^eQ,t de la discipline, rintervei^ion perpétuelle deFÊtat, ie fqr ^ientfi 4m clergé^ ^térèire^t de plus ^ pltts }es caractères essentiels de la vie sacerdot^l.e. Si rÉt^at avait ,sf>plié complètement TËgtise en lui prenant de vive force tous ses btens« comme le conseillajjt Fr<édéric II, ijine réaction sahitaire eût éclaté ; la pauyreté eût suscité le dénouement et proYQqué nn cri irrésistible la (iberté. Mais non : on laissa an clergé U joVii^sajE^i^je .d^ /a |^us ^^a^de partie biens

ISS LES JMSTimiOMS AEPR6&fiNTÀTlVËS

de rÉglise. Kaunitz aurait dit de la Hongrie : c Laissons-la étouffer dans sa graisse. > Il semble que cette parole ait été une révélation pour les oppresseurs deTËglise d'Autriche. De là cet air de < bon bourgeois » qui caractérisait, il y a vingt ans, un grand nombre de prêtres séculiers autrichiens, dont le costume ne se distinguait de celui des laïques que par un affreux col noir et des bottes à récuyère ; je ne sais vraiment pas pourquoi. Qui de nous ne gémissait en entendant des voyageurs revenant de Carlsbad, d'Ichl ou de Venise, raconter les scènes grotesques de la vie du clergé. Ici, c était un vicaire prenant part sottement aux danses des villageois le dimanche après vêpres, où Ton avait chanté les cantiques en langue vulgaire, décrétés par le gouvernement; là c'était un curé plus habile à monter les chevaux du seigneur du village et à tuer ses lièvres qu'à le réprimander sur ses vices ; plus loin, c'était un carme jouant au bouchon avec les habiuiés d'un cabaret^ dans telle grande ville, c'étaient des franciscains oubliant totalement

Fesprit des admirables constitutions de Tauge d'Assise, et s*affublant d'un costume ridicule,

EN AOTIHCBB* m

dans lequel le capuchon seul faisait reconnaître

le religieux, chaussé d énormes bottes et te« nant à la main une canne badine. Dans telle et telle population mixte, moitié protestante» moitié catholique, le curé et le pasteur se rendaient mille petits services, au mépris des plus vulgaires convenances religieuses ; le pasteur faisait le catéchisme aux petits eoiàuls catholiques, pendant que le curé jouait une partie de men$ch chez un camarade du voisinage; à son tour, le curé catholique c fonctionnait » pour la communauté prolestante, quand le pasteur allait prendre les eaux. C'était Tidéal de tolérance révé par beaucoup de u réformateurs 9 de nos pays. Tout ce clergé avait été élevé dans des séminaires, soumis à la haute surveillance du gouvernement de Sa Majesté Apostolique, et avait étudié dans des Manuels de théologie, de droit canon et d*histoire approuvés par les bureaux ministériels ! Les cierges à brûler aux offices avaient été Fobjet des graves méditations des hommes d*État de Vienne : le nombre en était r^lementé par le pouvoir civil! Pendant que le clergé de France se purifiait au pied de Técha-

ISé LB8 INSTironONS RmftSBNTATIYBS

6tt4, rEglise d^Aiitrichet ealacée par rabeoiu'itisme, 8*6ngourdîs8aitdaDs une fausse sécurité, laisnil un étroit formatitme prendre insensiblement la place des doctrines yiyantesy et frayait le chemin aux révolutioDs. Heureusement les catastrophes de 1790 à 1815 empêchèrent le système de se dèreiopper plus rapi* dément. Cependant un principe produit tôt ou tard, dans la politique positive, les conséquences qu'il suppose; aussi, toutes les bonnes intentions des empereurs Léopold II, François II et Ferdinand V' atténuèrent-elles le mal plutôt qu'elles ne Tarrêtèrent ; personne, pas même le prince de Metternich, n'était assez hardi ni assez fort pour briser les entraves que le temps avait accumulées. Pendant que les catholiques croissaient en force et en nombre, partout où leurs efforts étaient fécondés par un rayon de liberté, anx Ëtats^Unis« en Belgique^ en Angleterre, à Genève, ils s'affaiblissaient dans Tempire d'Autriche. D*un pays qui renferme près de trente millions de catholiques, il ne sortait pas une œuvre religieuse digne de ce nom ; la littérature religieuse y était à peu près nulle. En Hongrie, le spectacle que présentait f Ë*

BM AUTRlGttJS

g^6e éiâit yixis désolaût eoeore; et si j ea£sùfiais h description» j'étonnerab bien des lecteurs. Le 8 septembre 1822» rarchevèque-primsil de Gran assembla, avee Paatorisatioii de Tempereur-roi, un cofiuîile oatûmal, doni le but était € d'arrêter la décadence des memra, de dé* tourner les maux dont le fléau de Timpiété menaçait FËglise et FÊtat, et de rétablir l'anr cienne discipline ecclésiastique dans le clergé, le peuple et les éeoUs. » Voilà les œuvres du « libéralisme » de Joseph II.

L'État récolta le premier le fruit de sa d6lestable politique. £a 18^, le clergé piémoûtais était supérieur, sous tous les rapports» au clergé du royaume lombard-vénitien et des duchés italiens, associés à la politique autrichienne. Le gouvernement rencontra de redoutables et d'acharnés adversaires dans les rangs des prêtres de la Lombardie et de la Hongrie. Ces prêtres profitaient des leçons qui leur avaient été données au séminaire. Les événements de i848, en mettant en relief ces maux et bien d autres, fournirent au gouvernement Toccasion de les faire disparaître. La révolution avait fait table rase de toutes les institutions

136 LES INâTlTOTlOMS A£PRÉSËMTAT1V£S

existantes» sauf peut-être de la bureaucratie,

pour laquelle les chefs du gouYernemcul conservèrent une grande tendresse. Ce dernier fait acheva d éclairer la coQsciencc du gouvernement impérial : il coupa le mal dans sa racine*

Le Concordat du 18 août 1855 porta un coup mortel au césarisme bureaucratique. U « restitua aux catholiques les libertés reftgieuses, qui sont leur droit. »

Dans celLc esquisse rapide de la situation générale de TAutriche, je ne puis m étendre longuement sur toutes les graves questions soulevées par cet acte mémorable* Je me bornerai donc à dire que le Concordat autrichien, tant décrié par des publicistes qui ne Font pas même lu , accorda aux catholiques de Tempire d'Autriche les mêmes droits et libertés que garantit , par exemple , la constitution belge. Il ne diffère de la l^islation belge qu'eu trois points :

l"* Le droit pour les évèques catholiques de surveiller l'enseignement de la morale dans les établissements catholiques (équivalantà peu près au droit donné par la convention dite d'Anvers au clergé catholique belge d'approu-

ver OU dHmprouyer les livres destinés à Yen-

seigaement religieux et moral, dans les établissements publics d'instruction moyenne en Belgique) ;

Les tribunaux ecclésiastiques, en matière matrimoniale, comme en Angleterre, dans les anciennes provinces prussiennes, etc., et, jus* quà ce jour, en Piémont même;

5*" Les tribunaux ecclésiastiques, pour les crimes et délits commis par les clercs, conformément à Tancien droit canonique.

La mise en vigueur du Concordat ne porta aucune atteinte aux droits civils des autres cultes ou des autres confessions chrétiennes. Les protestants jouissent» depuis longtemps dans Fempire d'Autriclie, en fait et en droite de plus de libertés que les catholiques dans aucun pays protestant de l'Europe. A Londres, à Berlin, à Stockholm, etc., les cathohques sont, à divers degrés, exclus des fonctions publiques, soit par la l^islation, soit par Hntolérance officielle. Allez à Vienne, vous y verrez représentés équitablement dans le gouvernement tous les intérêts légitimes des huit ou dix cultes positifs professés dans fempire.

m LES INSmuilONS AB^aÉSENTATIVfiS

Le Concordat du 18 août 1855 est Taete le plus important qui ait été posé dans les États de la maison de Babsbourg-Lorraine, depuis la promulgation de la Pragmaiique sanctianj et ne peut être comparé, par conséquences, qu^aux grandes réforme» de 1860-4861, dont il a été le précurseur nécessaire et qui l'ont complété. En sept ans, il a produit des résul* tats considérables. Une nouvelle vie circule dans le corps de TÊglise d*Aiitrielie : les séminaires ont été réorganisés» les études restaurées, les ordres monastiques réformés, le clergé séculier épuré. Des évèques, pleins de science et de piété, sont revenus, ad limim aposlolorum^ prouver que les nations chrétiennes sont éternellement « guérissables. » Des obstacles, autrelois insurmontables, ont été à jamais renversés.

Sans doute, il reste encore bien des lacunes à combler^ quelques taches à efiaeer, beaucoup d'œuvres à créer. 11 y a quelques années, YAssemblée général dès catholiques Memméé se tenait à Prague. De généreux sujets prussiens, bessms, badme, etc., y prenaient haut et ferme la défense des intérêts et des libertés catho-

EN AOTRICHE. 1S9

tiques» tendis que beaucoup de membres du

clergé local s'abstenaient de paraître aux séaiices! Les biens de FÉgiise dutrichieDue, qui ont subi au siècle dernier l'atteinte du césarisme, ont été respectés par les révolutions de noire siècle. Ils sont considérables, surtout en Hongrie* Je n'hésite pas à le dire» dans ma li-* berté de chrétien et de citoyen, il importe que ces richesses soient dépensées dans l'esprit de leur origine et rendues partout et toujours à leur destination primitive. ËUes permettent à l'Église d'Autriche de devenir et de rester une des plus indépendantes du monde» et d'être en même temps un des plus puissants instruments de la propagation et de la glorification de la foi en Europe et en Asie. Pour rendre impossibles ou vains tous les projets de spoliation de la cupidité d'Ëtet ou de la convoitise révolution<naire» que les catholiques de 1 empire ne laissent jamais aux adversaires de TÊglise le plaisir de se draper dans une fausse vertu» et qu'ils prononçât toujours les premiers le cri de réforme, partout où il sera juste. Pour conserver intacts les biens de leur Église^ ils ont de grands et nobles devoirs à remplir. Que du fond de

140 LES mSTimiONS RBPRÉSBNTATIVBS

quelques-uns de leurs diocèses, si riches^ils envoient des dél^ués en Angleterre, en Belgique, en France, en Hollande, aux Ëtats-Unîs d'Amérique, et ih apprendront quels prodiges

nous opérons avec des ressources exiguës et péniblement amassées centime par centime ; il est tel diocèse de l'empire d'Autriche où Ton pourrait trouver aisément les moyens de soutenir toute TEglise bulgare renaissante. II ne faut plus, par exemple, que les catholiques autrichiens nous laissent seuls, en France et en Belgique, créer les œuvres des Eglùes unies (TOrieni^ des Écoles (T Orient, des Pèlerinages àJéruêolem^ etc., etc. Qu'ils fondent des missions, qu'ils multiplient les écoles, qu ils bâtissent des églises, des refuges pour la vieillesse, des crèches pour l'enfancè, et surtout des associations pour les adultes. Sous ce rapport, j'ai en le bonheur de le constater, de grands prc^rès ont été accomplis, mais il en reste beaucoup k faire. Ils seront réalisés prochainement, j'en ai la conviction, parce que la vérité, que l'absolutisme étouffe, triomphe toujours par la liberté.

Aussi les adversaires les plus passionnés du

Concordat de se sont rencontrés surtout

dans les rangs de ces soi-disant libéraux, pour lesquels il n*y a de vérité que dans la négation des doctrines catholiques, et de liberté que par

. l'omnipotence de TÉtat représenté par eux.

Le Concordat a élé un acte de liberté, de liberté relative, si l'on veut, mais enfin de liberté. Son exécution n'aj ant réellement donné lieu à aucun abus sérieux, ceux de ses adversaires qui connaissent le texte de ce document et la situation de l'Autriche aiment à dire .: « Il ' n'est pas appliqué! » Un pareil argument renferme un aveu indirect.

Pour ma part, je ne suis pas en théorie un admirateur des concordats, qui ne sont»

à vrai dire, qu'une diminution dts droits imprescriptibles de TÉglise,, à laquelle nul ne peut refuser la liberté. L'expérience, de ce siècle a démontré d'ailleurs que les gouverne^

. ments ont changé les concordats à leur convenance. Sans doute le régime des concordats a été nécessaire et le sera encore, surtout dans les pays absolutistes. Mais j'estime qu*à notre époque, les libertés religieuses des catholiques sont mieux garanties par les libertés publiques

lit hB8 IN8TITimON8 RBPRtSBNTATIVES

et générales que par un simple traité entre

deux chancelleries. Le régime du droit commun politique et ciyil est aujourd'hui plus pro*

Stable aux intérêts catholiques que tout autre. L'Ëglise catholique est la settle qui puisse se

passer du bras séculier et qui doive se distinguer du pouvoir civil.

Gardons-nous cependant de préconiser des

doctrines absolues dans les matières essentiellement relatives de la politique ; car c en politique il n y a de légitime que ce qu'il y a de possible. >« En Autriche, toutes les aflhires, surtout les affaires religieuses, se traitent maintenant d'après le droit historique. Les diverses Kglises ont conclu des concordats avec l£tat. Le régime des concordats est donc , h un certain degré, le régime de droit commun. Comme il n'y a pas en Autriche de budget des cultes, comme les divers cultes jouissent de revenus qui leur appartiennent en propre, comme la constitution politique est basée sur la représentation des intérêts et que Tintérét religieux a sa place marquée dans FEtat réorganisé, il est pins que probable que l'Autriche n'abandonnera pas de si tôt le régime des concordats.

BN AUTAICHE*

Pourquoi ft*en plaindre, si la liberté générale n'en souffre pas ? En politique, Tabus de la logique conduit souvent aux conséquences lea plus désastreuses.

Tous les cuites positift sont reconnus par TËtat impérial, qui n'admet pas, cependant, qu'on soit sans culte : les ministres des différents cultes tiennent les registres de Tétat civil de leurs Adèles*

n n'y a pas en Autriche de religion d'Etat, excepté dans le Tyrol et le Royaume lombardevénitien. Je ne puis qu indiquer ce fait intéressant à plus d'un titre. La législation tyrolienne, par exemple, est en conflit avec les institutions constitutionnelles générales de l'empire. Quelle en sera la fin? Le vénérable baron d'ÂndIaw, dans une lettre récemment publiée, a donné à cette question une excellente réponse. « Oui, a^-t^il dit, il faut maintenir l'unité religieuse dans le Tyrol, mais cette unité doit régner dans les consciences et non dans les lois, qui ne sont souvent que des actes de puissance. Le peuple tyrolien conservera son unité religieuse, s'il le veut, et pour le vouloir il n a pas besoin de l'intervention de l'Etat, à condition, bien en-

144 LBS INSTITUTIONS RErRÉSBNTATiV£S

tendu, que ce dernier reste dans son rôle et protège la liberté de tous, i» Cette solution, à la fois rationnelle et sage» sera très-probable* ment adoptée.

Les catholiques autrichiens ont, à très-peu d'exceptions près, accepté firanchement, avec empressement même, les institutions nouvelles. A la chambre des Seigneurs siègent de droit tous les archevêques et évéques ayant eu cidevant rang de princes. Lie clergé catholique a aussi une place constitutionnelle équitable dans les diètes et, par conséquent, dans la chambre des députés du Reichsrath : deux évéques, plusieurs abbés mitrés ou prêtres y ont été èn<voyés par les Diètes provinciales* Le père Wenig, de la Compagnie de Jésus, siège à la diète d'Inspruck, en sa quaUté de Reclùr magniftcus, élu de 1 université de cette ville ; etc.| etc. Le clergé a ainsi le devoir constitutionnel de soutenir les institutions qui profiteront surtout, j'en ai la ferme espérance, aux intérêts catholiques.

On ne peut le nier, il a bien compris sa mission. Le 9 décembre dernier, le principal n^ociateur du concordat, le cardinal de

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