‹ Les intellectuels; pièce en trois actesChapitre 19 sur 92 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

George.

Peuh ! du talent ! Nous avons tous du talent. Ce n'est rien que d'en avoir! La question est de s'en servir ! C'est ce que la plupart des jeunes ne savent pas !

FABEL.

Bien ! Mais toi ! Toi aussi, tu es un jeune, et cela ne t'empêche pas de marcher.

George.

Oui, mais moi, c'est différent! (D'une i>oix âpre et dwe.) Je ne suis pas un rêveur, moi, ni un sentimental quoique poète. D'ailleurs, il a été prouvé que les plus grands poètes furent les moins sensibles. Moi, je fais des vers comme on fait de la géométrie, en calculant! Puis, je ne fais pas de l'art pour vivre, ce qui est encore plus bête que de vivre pour faire de l'art. On se lance dans la littérature comme dans la politique, parce qu'elle mène à tout.

FabeL (admiratif).

Voilà !

George.

Il ne faut que faire paraître de temps en temps quelque chose : poésie ou statistique, peu importe ! pourvu que cela soit imprimé!

Fabel.

Bien entendu.

George.

Et marcher droit devant soi, tout droit devant soi, en renversant les obstacles. Tout droit! Comme un bœuf au labour!

Fabel (enthousiaste).

Oh! tu es un gaillard! Voilà ce que j'aime, l'homme actif, le débrouillard. Les autres, eux, ils ne comprennent pas ça. L'art pour l'art, disent-ils.

George.

L'art pour l'art! Une sottise! On écrit, on dit ces choses, cela entretient les illusions du public, qui aime bien de soupçonner en chaque artiste un martyr. Les vers ne sont goûtés que quand ils ont la réputation d'avoir été composés sur un lit d'hôpital ou sous un toit de grenier froid, en hiver.

C'est ridicule!

George.

N'est-ce pas? Mais cela me rappelle bien à

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